L’ancien Palais d'Été ou parc Yuanming () est un ancien palais impérial, édifié au et au début du à au nord-ouest de la Cité interdite de Pékin, par les empereurs mandchous Yongzheng et Qianlong. Les empereurs de la dynastie Qing y résidaient et y menaient les affaires d'État (la Cité interdite étant destinée aux cérémonies officielles).

Reconnus pour leur vaste collection de jardins, d'architecture et d'autres œuvres d'art (un nom populaire en Chine était le « jardin des jardins », ), les jardins impériaux furent détruits par les troupes britanniques et françaises en 1860 lors de la seconde guerre de l'opium. Aujourd'hui, la destruction de l’ancien Palais d'Été est encore considérée comme le symbole de l'agression et de l'humiliation infligées à la Chine par l'Alliance franco-britannique. Y sont placés une statue de Victor Hugo et un texte qu'il avait écrit pour s'élever contre Napoléon III et les destructions de l'impérialisme français, pour rappeler que cela était non pas le fait d'une nation, mais celui d'un gouvernement.

Situation et accès L'ancien Palais d'Été est situé dans le district de Haidian, juste en dehors de la porte ouest de l'université Tsinghua, au nord de l'université de Pékin, et à l'est du Palais d'Été, reconstruit par l'impératrice Cixi. Le site est desservi par la station Yuánmíngyuán Zhàn de la ligne 4 du métro de Pékin.

Vue d'ensemble du site originel

Les jardins impériaux étaient composés de trois jardins couvrant une superficie totale de : le jardin de la clarté parfaite () proprement dit ; le jardin du printemps éternel () ; le jardin élégant de l'été (). Ils étaient cinq fois plus étendus que la Cité interdite et représentaient huit fois la taille de la cité du Vatican. On y trouvait des centaines de structures : salles, pavillons, temples, galeries, jardins, lacs et ponts. Certains paysages connus du sud-ouest de la Chine étaient reproduits dans les jardins impériaux, des centaines d'œuvres d'art et de pièces d'antiquité chinoises étaient conservées dans les salles, ainsi que des exemplaires uniques d'ouvrages et d'anthologies littéraires, faisant ainsi des jardins impériaux une des plus grandes collections au monde.

L'ancien Palais d'Été est souvent associé avec les palaces de style européen (Xi Yang Lou) construits en pierres. Les concepteurs de ces structures, les jésuites Giuseppe Castiglione et Michel Benoist, ont été employés par l'empereur Qianlong pour satisfaire son goût prononcé pour les bâtiments et objets exotiques. Parfois, les visiteurs peu familiers avec la présentation de l'ancien Palais d'Été sont induits en erreur en croyant qu'il se composait essentiellement de palais de style européen. En fait, la zone des jardins impériaux à l'arrière du jardin du printemps éternel où les édifices de style européen se trouvaient était marginale par rapport à la surface totale des jardins. Plus de 95 % des jardins impériaux étaient constitués de bâtiments de style essentiellement chinois. Il y avait aussi quelques bâtiments dans les styles tibétain et mongol, reflétant la diversité de l'Empire Qing.

Construction

La construction initiale du palais commence en 1707, sous le règne de l'empereur Kangxi et est beaucoup moins vaste que sa superficie finale. Le jardin est conçu comme cadeau au quatrième fils de l'empereur, qui deviendra plus tard l'empereur Yongzheng. En 1725, sous le règne de Yongzheng, les jardins impériaux sont fortement agrandis. Yongzheng y introduit des ouvrages d'eau en créant des lacs, ruisseaux et étangs qui complètent les collines et les plaines. Yongzheng nomme également pittoresques du jardin.

Sous le règne de l'empereur Qianlong, la seconde expansion est bien engagée. L'empereur dirige personnellement les travaux d'expansion. Il augmente ainsi le nombre de sites pittoresques du jardin pour atteindre le nombre de cinquante. Jusqu'au milieu du , les jardins connaissent de nombreux aménagements et extensions sous différentes formes.

L'ancien Palais d'Été était une merveille de l'art chinois, considéré par les Chinois comme le palais des palais. En Occident, les pavillons et les jardins avec fontaines et jeux d'eau, réalisés sous la direction de deux pères Jésuites, Giuseppe Castiglione et Michel Benoist et terminés en 1760, sont connus sous le surnom de Versailles Chinois. En 1860, lors de la seconde guerre de l'opium, sous le règne de l'empereur Xianfeng, tout le site du Yuanmingyuan est pillé et saccagé par les troupes franco-britanniques à partir du au soir avant d'être incendié par les Anglais le . Aujourd'hui, la destruction de l'ancien Palais d'Été est considérée comme un symbole de l'agression étrangère et de l'humiliation de la Chine.

Destruction

Début , durant la seconde guerre de l'opium, les corps expéditionnaires britanniques et français, partis de Tianjin sur la côte, se dirigent vers Pékin.

Les envoyés britanniques, et Harry Smith Parkes, prennent les devants du corps expéditionnaire franco-britannique sous le pavillon de la trêve afin de négocier avec les Chinois à Tongzhou. Après une journée de pourparlers, ils sont soudainement capturés et emprisonnés avec leur petite escorte de soldats britanniques et indiens. Ils sont conduits au Conseil des Peines, à Pékin, où ils sont enfermés et torturés. Parkes et Loch sont relâchés environ deux semaines plus tard avec quatorze autres survivants. Une vingtaine de captifs britanniques, français et indiens meurent. Leurs corps sont à peine reconnaissables. Le traitement qui leur a été réservé provoque une répulsion dans l'armée européenne..

Dans la nuit du , des unités françaises sont détournées de la force d'attaque principale pour faire route vers l'ancien Palais d'Été qu'ils atteignent au soir. L'ancien Palais d'Été est alors occupé par seulement quelques eunuques, l'empereur Xianfeng ayant fui. Les troupes britanniques rejoignent les Français le lendemain.

Bien que le commandant français Charles Cousin-Montauban assure au commandant britannique Grant que « rien n'a été touché », le pillage généralisé, également par des Chinois, a bien commencé hors la présence des Anglais.. Il n'y a pas de véritable résistance face au pillage, même si des soldats impériaux sont postés dans la campagne environnante.

Le , en représailles à la torture et à l'exécution d'une vingtaine de prisonniers européens et indiens — dont deux diplomates et un journaliste du Times— ainsi que pour contraindre le gouvernement Qing à signer un traité de paix, le haut-commissaire britannique James Bruce, comte d'Elgin, ordonne la destruction du Palais d'Été. La possibilité de s'en prendre également à la Cité interdite est évoquée, dans le but de dissuader l’usage du rapt comme moyen de négociation. Environ britanniques incendient le site, qui brûle alors durant trois jours. Seuls royaux, principalement situés en périphérie ou près du lac, échappent à la destruction. Certains témoignages précisent que seules les maisons des fonctionnaires et des civils à l'extérieur du jardin avaient initialement été incendiées, mais qu'ensuite de nombreux bannerets et bandits en ont alors profité pour piller le palais et poursuivre les destructions.

Une fois le Palais d'Été réduit en cendres, une inscription en chinois est érigée : « Ceci est la récompense de la perfidie et de la cruauté ». L'incendie du palais est le dernier épisode de la seconde guerre de l'opium..

Charles Gordon, alors capitaine de dans les Royal Engineers, écrit à propos de cet incendie de 1860 :

Nous sommes sortis, et, après l'avoir pillé, avons entièrement brûlé le lieu, détruisant comme des vandales des biens des plus précieux qui ne [pourraient] pas être remplacés pour quatre millions. Nous avons reçu en récompense plus de chacun... J'ai bien fait. Les populations [locales] sont très courtoises, mais je pense que les nobles nous haïssent, comme ils le doivent après ce que nous avons fait au Palais. Vous pouvez à peine imaginer la beauté et la magnificence des lieux que nous avons brûlés. Ça brisait le cœur de les brûler ; en fait, ces lieux étaient si grands, et nous étions tellement pressés par le temps, que nous ne pouvions pas les dépouiller avec soin. Quantités d'ornements en or ont été brûlés, considérés comme étant en laiton. C'était un travail misérablement démoralisant pour une armée.

Victor Hugo, quant à lui, écrit dans sa lettre Au capitaine Butler : Cette merveille a disparu. Un jour, deux bandits sont entrés dans le Palais d'Été. L’un a pillé, l’autre a incendié. [...] L’un des deux vainqueurs a empli ses poches, ce que voyant, l’autre a empli ses coffres ; et l’on est revenu en Europe, bras dessus, bras dessous, en riant. Telle est l’histoire des deux bandits. Nous, Européens, nous sommes les civilisés, et pour nous, les Chinois sont les barbares. Voilà ce que la civilisation a fait à la barbarie. Devant l’histoire, l’un des deux bandits s’appellera la France, l’autre s’appellera l’Angleterre.. L'écrivain espérait aussi que la France se sentirait un jour coupable et retournerait ce qui avait été dérobé à la Chine.

Une consolation pour les Chinois vient du fait que les pilleurs britanniques et français ont préféré la porcelaine tout en négligeant les vaisselles en bronze, très prisées localement pour cuisiner et enterrer dans les tombes. Beaucoup de ces trésors datent des dynasties Shang, Zhou et Han et sont âgés de . Une exception cependant est le pillage de la fontaine du zodiaque située devant le Haiyan Tang (海晏堂, « Hall de la paix nationale ») avec ses douze têtes d'animaux en bronze.. Deux de ces têtes créent une polémique en France en 2009, lors de la vente aux enchères de la collection d'Yves Saint Laurent et Pierre Bergé (voir ci-après).

En 1873, selon les plans de l’architecte , établis à la demande de l’impératrice douairière Cixi en vue d’une éventuelle reconstruction, l’ancien Palais d’Été n’était pas entièrement détruit. Par ailleurs, des photographies datant de 1870 montrent que plusieurs bâtiments de style occidental étaient encore relativement intacts . Quelques pavillons du Jardin du Printemps Élégant ayant échappé à l’incendie, la cour impériale tenta de les restaurer et de reconstruire l’ensemble du complexe. Toutefois, le projet échoua faute de moyens financiers, en raison du contexte difficile que traversait alors la Chine. A partir de 1886, l'impératrice douairière Cixi construisit cependant un nouveau Palais d'Été ( - « le jardin de l'harmonie préservée ») près de l'ancien, mais à une plus petite échelle.

Le Palais d’Été subit une seconde destruction en 1900, lors de l'invasion de l’Alliance des huit nations venue étouffer la révolte des Boxers, mais aucune preuve formelle n’établit la responsabilité directe des forces étrangères ; les dégâts pourraient avoir été causés par des traînards, des eunuques ou des éléments incontrôlés de l’armée des Huit Bannières. Cette seconde dévastation entraîne également la destruction du parc et l’abattage de nombreux arbres centenaires, et aucun bâtiment ne subsiste après ce nouvel assaut ...

Après la chute de la dynastie Qing en 1911, les pierres de l’ancien Palais d’Été furent progressivement réutilisées par des Seigneurs de la guerre chinois, des bureaucrates et politiciens locaux. À partir de 1917, ce sont des agriculteurs qui commencent à s'installer dans les jardins pour les cultiver, aplanissant alors les collines et comblant les mares et ruisseaux. Après toutes ces destructions, les ruines furent continuellement pillées, notamment par des chercheurs de trésors, y compris durant la Révolution culturelle. Certains spécialistes évoquent alors les « quatre catastrophes » : du feu, du bois, de la pierre et de la terre .

Conséquences

À la suite de cette catastrophe culturelle, la cour impériale déménage et gagne la Cité interdite plus austère, où elle restera jusqu'en 1924, quand le dernier empereur Puyi sera chassé par l'armée républicaine.