Le Drummond Castle est un paquebot de la compagnie britannique Castle Line, lancé en 1881 pour servir de navire postal vers l'Afrique du Sud.

Dans la nuit du , le paquebot heurte une roche de la chaussée des Pierres Vertes, près de l'île d'Ouessant et sombre en . Il n'y a que parmi les présentes à bord. Le drame provoqua une vive émotion au Royaume-Uni, et le dévouement des habitants de Molène et d'Ouessant quant aux corps retrouvés des victimes, suscita la reconnaissance unanime du peuple anglais.

Contexte La compagnie britannique Castle Line, créée en 1862 par Donald Currie, exploite une flotte de paquebots et de cargos entre l'Europe (Southampton) et l'Afrique du Sud (Le Cap). En 1876, Currie réussit à obtenir la moitié du contrat postal entre le Royaume-Uni et le sud de l'Afrique, à égalité avec l'Union Line.

Description Dimensions Le navire est construit à Glasgow en 1881, par John Elder & Co. Le navire porte le numéro de .

Les dimensions (longueur / maître-bau / tirant d'eau) du Drummond Castle sont de (). Le paquebot jauge en brut et en net.

Le paquebot a trois ponts. Son pont de passerelle fait et son gaillard .

Il a deux mâts pour plus de sécurité. Les machines à vapeur manquent encore de fiabilité et d'efficacité, et elles sont gourmandes, surtout en cas d'intempérie. Par le passé, plusieurs navires de la compagnie, à court de charbon, ont dû rejoindre Le Cap à la voile.

Sécurité Le navire compte quatre compartiments et huit cloisons étanches, un double fond à l'arrière pouvant contenir un volume d'eau de , et au centre, une cale à eau de .

Aménagements Les cabines sous le gaillard avant, les plus soumises au tangage, sont réservées aux deuxième et troisième classes ainsi, dans les ponts inférieurs, qu'à l'équipage. Les cabines de première classe vont de la passerelle à l'arrière.

Les cabines de première classe disposent de l'eau courante et, après 1887, des lampes électriques donnent un meilleur éclairage.

Les machines Initialement, le Drummond Castle est doté d'une machine à vapeur à double expansion, mise au point par le chantier John Elder & Co. Ses deux cylindres font et . Avec une course de , la machine délivre une puissance nominale de , et active l'unique hélice. Le navire atteint la vitesse de .

En 1887, la machine est remplacée par T. Richardson & Sons, de West Hartlepool. La nouvelle machine est à triple expansion, avec des cylindres de diamètre respectif de , et , et dont la course du piston fait , développent une puissance nominale de .

La machine est alimentée par trois chaudières doubles et douze foyers, avec une surface de grille de . La pression obtenue est de (livres par pouce carré) pour les grande chaudières et pour les petites chaudières. Le navire atteint désormais la vitesse de .

Carrière vignette|Publicité de 1893 de la Castle Line. Le paquebot est lancé , soit deux mois après son sister ship le Garth Castle.

Tous les bateaux de la compagnie Castle Line portent des noms de villes ou de lieudit suivi de Castle. Le Drummond Castle porte le nom d'un château du Perthshire, en Écosse, célèbre pour la beauté de se jardins.

Le Drummond Castle est mis sur la ligne Colonial Mail Line of steamers avec des escales à Londres et Darmouth, puis Cape Town, Mossel Bay , Algoa Bay, The Kowle, East London et Natal. La durée du voyage entre Le Cap et Londres est d'environ trente jours. La remotorisation de 1887 procure un gain de plusieurs jours sur la traversée.

Les prix du passage, en guinées, pour les première et deuxième classes sont : Madère (19/12) ; Ste Hélène (30/20) ; Cape Town (30/20) ; Mossel Bay (33/22) ; Algoa Bay (33/22) ; Port Alfred (37/25) ; East London (37/25) ; Natal (37/25) ; Ascension (37/25).

A partir de 1894, surclassé par les navires plus récents, le Drummond Castle est exclu du service du courrier et transféré sur une ligne secondaire, avec plus d'escales, et moins de passagers aisés. La durée du voyage entre Le Cap et Londres est d'environ quarante jours.

Passagers notables Henry Loch, gouverneur britannique, et Cecil Rhodes, premier ministre du Cap, voyagent sur le paquebot pour se rendre à la négociation sur les délimitations des territoires mortugais et sur la question du Manica.

Le dernier voyage vignette|Le Drummond Castle en 1881. Parti du Cap de la colonie du Cap dans l'actuelle Afrique du Sud, le paquebot Drummond Castle, pour la première fois sous les ordres du commandant Walter William Pierce, a jusqu'alors effectué un voyage sans encombre. L'escale aux Canaries le est la bienvenue et permet de refaire le plein en charbon, en eau et en vivres.

Le , le navire est proche de l'île d'Ouessant et le temps est brumeux.

Pierce ordonne vers de stopper les machines afin de maximiser la précision d'un nouveau sondage. Ce sondage le persuade d'être sur la bonne longitude et, pensant avoir doublé Ouessant, il donne l'ordre de faire route au cap 35 (nord-nord-est). Le Drummond Castle, toujours dans le brouillard, se dirige alors tout droit vers la Chaussée des Pierres Vertes, ensemble de récifs au sud de l'île d'Ouessant.

Plus tard, alors qu'il se rapproche des Pierres Vertes, le Drummond Castle manque d'éperonner un navire. Il s'agit du Werfa, un navire venant de Brest et se rendant à Cardiff. Le Werfa cherche donc à contourner Ouessant mais, contrairement du paquebot, son cap est bon. Le capitaine Pierce est informé de l'incident, mais maintient son cap.

Le naufrage vignette|Illustration du naufrage du "Drummond Castle" pour le journal The Illustrated London News, (27 juin 1896). Vers , le paquebot va éventrer tout son tiers avant sur une roche qui n'émerge pas. Si le choc est ressenti violemment pour les quelques marins se trouvant à l'avant, il n'en est rien pour les passagers dont la plupart sont déjà couchés et qui apprennent, incrédules, qu'il faut se lever, s'habiller chaudement et se diriger vers les canots de sauvetage. Mais il y a déjà de l'eau jusqu'au pont et quinze minutes après le choc, le Drummond Castle sombre dans le Fromveur sans qu'aucun canot ne soit mis à l'eau.

Survivants Deux membres d'équipages sont sauvés par des pécheurs et un passager se rend à la nage à Molène.

Les 242 autres membres d’équipage et passagers se noient.

L'alerte est alors donnée. Les pêcheurs se mettent à rechercher des survivants. Le préfet maritime de Brest Édouard Barrera, prévenu par télégramme, envoie un patrouilleur militaire, aidé par le vapeur effectuant la liaison entre les îles et le continent. Pendant , cette flottille cherche vainement des rescapés et ne ramène que des corps sans vie. Le drame fait la une du journal La Dépêche de Brest du .

Victimes vignette|Tombes des naufragés à Molène. Le nombres de personnes à bord au moment du naufrage varient selon les sources : Tangi Quéméner liste le rôle d'équipage () et, se basant sur les minutes du procès du Board of Trade de , les (53 de , 38 de et 52 de ), soit un total de . et d'équipage sur le site molene.fr.vignette|Plaque commémorative du drame.Une centaine de corps sont repêchés.

La reconnaissance des Britanniques vignette|Le cimetière d'Ouessant, avec le clocher sans flèche. gauche|vignette|Photo des sauveteurs pris en 1897. Les mois suivants les visites officielles vont se succéder : représentants de la compagnie, parents des disparus...

En 1897, un ministre de la Reine Victoria effectue un voyage pour remercier au nom du Royaume-Uni tous les acteurs qui ont participé aux sauvetages, aux recherches et aux inhumations. Des médailles sont distribuées, dont notamment la décoration de chevalier commandeur de l'ordre royal de Victoria pour l'amiral Barrera.

En 1897, un ministre de la reine Victoria effectue un voyage pour remercier tous les acteurs ayant participé aux recherches et aux inhumations. Les Ouessantins se voient offrir le financement de la construction d'une flèche pour leur église. À Molène, c'est une citerne ainsi qu'une horloge pour le clocher qui sont offertes.

Le récit du naufrage par Paul Gruyer

Paul Gruyer raconte ainsi le naufrage dans son livre Ouessant, Enez Heussa, l'île de l'Epouvante :

Conséquences La Commission du commerce est informée du naufrage en à Westminster.

En France, la presse nationale se fit l’écho de ce drame. Les journaux comme Le Petit journal, le Petit parisien, Le Figaro, La Croix, Le Matin ou Le Monde illustré couvrent l’événement.

La catastrophe du Drummond-Castle incite la Commission des phares à améliorer le balisage dans cette zone. C’est ainsi qu’en 1904 est décidé la construction d’un phare à l’entrée du Fromveur, sur le récif d’Ar Gazeg, appelé « La Jument ». Sa construction, effectuée dans des conditions extrêmement difficile, dura sept années. Après Le Stiff allumé en 1700 et Le Créac’h en 1863, La Jument est le troisième phare à baliser la zone d’Ouessant. Deux autres édifices  seront construits plus tard, Kéréon  en 1907 et Nividic en 1912.

L’enquête a conclu que la perte était due à une « navigation négligente ou maladroite ».

Postérité

Musée vignette|Calice et patene dits du "Drummond Castle". L'île de Molène dispose d'un musée consacré au naufrage.

Le centenaire du naufrage En 1996, le centenaire du naufrage du Drummond Castle est marqué à Ouessant et Molène. Représentants des États français et britannique sont présents avec des descendants des rescapés. La reine Élisabeth II offre aux Molénais un drapeau britannique, en signe d'amitié envers l'archipel et ses habitants.

Épave du Drummond Castle thumb|Cuvette de toilette du Drummond Castle (Musée maritime du Cap-Sizun à Audierne). L'épave se trouve au niveau des Pierres-Vertes, dans le Fromveur, entre Molène et Ouessant. Elle repose par 63 à 66 m de fond. Et plonger sur le Drummond-Castle n'est pas donné à tout le monde.

Le Drummond Castle dans la littérature Dans La Tour d'amour de Rachilde, écrit quatre ans après le naufrage, l'autrice évoque le paquebot sous le nom fictif de Dermond Nestle ; Le romancier Henri Queffélec romance ce drame dans Les Îles de la Miséricorde en 1974 ; Henri de Noussane consacre à ce naufrage un chapitre de son livre Les Grands Naufrages – Drames de mer.

Notes

Références

Voir aussi

Articles de presse

Bibliographie

Liens externes

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