vignette|Entrée du sentō au Musée de plein air d'Edo à Tokyo.

Le sentō (kanji : , hiragana : ) est un type de bain public japonais payant. Typiquement, ces bains sont fonctionnels, constitués d'une grande salle avec un mur séparant les deux sexes et, de chaque côté, des rangées de robinets simples et un grand bassin où les clients se baignent ensemble après s'être lavés.

Depuis la seconde moitié du , ces lieux ont perdu de leur popularité étant donné la généralisation des salles de bains privées à l'occidentale dans les maisons japonaises. Cependant, certains Japonais pensent qu'il est important, socialement parlant, de se rendre aux bains publics, selon une théorie qui veut que l'intimité physique permette l'intimité émotionnelle. Pour d'autres, aller dans un sentō est nécessaire car ils vivent dans de petits logements sans bains privés, ou parce qu'ils préfèrent se laver dans des endroits spacieux, ou parfois profiter des saunas et des bains à bulles que l'on trouve désormais dans les sentō récents ou rénovés.

Certains onsen utilisent des eaux thermales, soit en étant raccordé à une source, soit en se procurant de l'eau venant de onsen locaux ou réputés.

Disposition et architecture d'un sentō

thumb|right|Schéma d'un sentō traditionnel dans le style de Tokyo. Entrée thumb|left|Noren orné du symbole . Les sentō peuvent présenter différents aménagements. Mais un sentō typique se présente généralement comme sur le schéma de droite. De l'extérieur, l'entrée est similaire à celle d'un temple, avec un tendu devant l'entrée.. Le noren est souvent dans des tons de bleu et orné du kanji représentant , ou de l'hiragana correspondant, (pour être lisible par les enfants qui ne connaissent pas encore tous les kanjis). Derrière l'entrée se trouve une pièce abritant les casiers à chaussures, suivie de deux rideaux ou des portes, chacun d'un côté. Ils mènent aux , également appelés datsuiba, des hommes et des femmes. L'entrée des hommes est souvent bleue et marquée du kanji représentant , tandis que celle des femmes est rouge et marquée du kanji représentant . Les vestiaires des hommes et des femmes sont similaires, et ne présentent que quelques différences minimes.

Vestiaires thumb|left|Bandai des bains du Musée de plein air d'Edo à Tokyo. Les sentō peuvent avoir deux types d'entrée. Dans le premier, la personne responsable des bains est assise à un bureau face à l'entrée. Dans la seconde, on trouve un bandai pour la personne responsable des bains. .

Dans ce dernier cas, juste derrière l'entrée se trouve le où est installé le personnel d'accueil. Il s'agit d'une cabine rectangulaire ou semi-circulaire munie d'un comptoir, haute généralement d' à . Une grande horloge est souvent accrochée au-dessus du bandai. Juste après, on trouve généralement une porte entre les deux vestiaires, utilisée uniquement par le personnel. Les vestiaires mesurent environ par 10, peuvent être partiellement recouverts de tatamis, et contiennent les casiers destinés aux vêtements. Il y a aussi souvent une grande armoire contenant l'équipement des clients réguliers.

Le plafond des bains est très haut, de 3 à . Le mur qui sépare les hommes des femmes mesure environ de hauteur. Les vestiaires donnent souvent accès à un petit jardin japonais avec un bassin et à des toilettes japonaises. Il y a aussi des tables et des chaises, parfois des chaises de massage à pièces. Il peut aussi y avoir des distributeurs de glaces et de boissons. Les vestiaires peuvent aussi contenir une balance et une toise ; dans les sentō très anciens, les anciennes mesures japonaises sont utilisées, et le poids est mesuré en , représentant , et en kan, représentant monme soit . De même, les sentō anciens ont des toises qui s'arrêtent à . Il y a souvent des publicités pour des produits locaux dans les vestiaires ; ces publicités, ainsi que la décoration, sont différentes selon les côtés. Les vestiaires des femmes contiennent souvent des tables à langer et peuvent avoir plus de miroirs que du côté des hommes.

Les chaussures sont rangées dans des casiers numérotés dès l’entrée. Les vestiaires comprennent des casiers, des sanitaires et un choix assez large d’accessoires hygiéniques qui comprendront systématiquement cotons tiges, sèche-cheveux, serviettes, brosses, peignes, dentifrice et rasoirs. Plus loin, une ou plusieurs salles proposent douches, bains et parfois sauna et hammams. Les lieux sont lavés systématiquement quotidiennement..

Salle de bains thumb|left|Intérieur d'un sentō moderne, avec les bassins à gauche et les douches à droite. La salle de bains est séparée des vestiaires par des portes coulissantes pour préserver la chaleur du bain. Ce n'est cependant pas le cas dans la région d'Okinawa où la température extérieure est élevée toute l'année, ce qui rend inutile de confiner l'air chaud à l'intérieur des bains. Les sentō d'Okinawa n'ont donc pas de séparation entre les vestiaires et les bains, ou seulement une petite cloison avec une ouverture.

La salle de bains est généralement carrelée. Près de l'entrée sont stockés les tabourets et les seaux destinés aux baigneurs. La salle contient plusieurs rangées de robinets situées le long des murs latéraux, et parfois au milieu, chaque unité consistant en deux (d'après le hollandais kraan, robinet), un d'eau chaude et un d'eau froide, et d'une pomme de douche.

Au bout de la salle se trouvent les baignoires, généralement deux ou trois bassins à différentes températures, et parfois aussi un bain à bulles électrique. Deux styles de salle de bains coexistent dans le pays. Autour d'Osaka et dans le reste de la région du Kansai, les bains se trouvent généralement au centre de la pièce, tandis qu'à Tokyo et dans la région du Kanto, ils se trouvent la plupart du temps au bout de la pièce.

Le mur qui sépare les hommes et les femmes mesure généralement de haut, tandis que le plafond est à ou , et se termine par de grandes fenêtres en haut. Dans des cas rares, le mur de séparation comporte également un petit trou, qui servait à se passer le savon entre membres d'une famille. De nos jours, ce trou est devenu inutile car la plupart des familles peuvent se payer un savon par personne.

vignette|Intérieur des bains du Musée de plein air d'Edo. La peinture murale représente un paysage, avec le mont Fuji du côté gauche. Le mur du fond est souvent orné d'une grande peinture décorative. Il s'agit souvent du mont Fuji, mais il peut s'agir de n'importe quel paysage japonais, d'un paysage européen ou d'un paysage générique de rivière ou d'océan. Dans de plus rares cas, la décoration peut inclure un groupe de guerriers ou un nu féminin du côté des hommes, ou des enfants ou une femme du côté des femmes mais aussi des scènes de nature ou des éléments de la culture populaire.

Chaufferie Derrière la salle de bains se trouve la , où une chaudière chauffe l'eau des bains. Elle peut fonctionner au fioul ou à l'électricité ou parfois au bois. Après la Seconde Guerre mondiale, Tokyo a connu plusieurs pannes d'électricité, quand plusieurs sentō allumaient le chauffage électrique des bains en même temps.

Sauna De nos jours, plusieurs sentō possèdent des saunas munis d'un petit bassin d'eau froide à la sortie pour se rafraîchir. L'accès au sauna coûte généralement un supplément et le personnel donne au client un bracelet indiquant qu'il est autorisé à utiliser le sauna.

Comportement au sentō Ce paragraphe décrit les règles de base de comportement dans un sentō.

Équipement Prendre un bain au sentō demande un équipement minimum consistant en une serviette, un savon et un shampooing. Ces objets sont souvent vendus dans les sentō par le personnel. Les clients apportent souvent deux serviettes : une grande en coton pour se sécher et une petite en nylon pour se laver. D'autres produits d'hygiène peuvent être utilisés dans les sentō : de la pierre ponce, une brosse à dents et du dentifrice, un rasoir, un peigne, un bonnet de douche, du maquillage… Certains clients peuvent apporter leur propre seau pour se laver.

Entrée dans le sentō Au Japon, on retire systématiquement ses chaussures en entrant dans une maison. De même, les clients doivent retirer leurs chaussures en entrant dans le sentō et les déposer dans les casiers à chaussures de l'entrée, casiers qui sont généralement gratuits. Après cela, les clients doivent entrer dans le vestiaire correspondant à leur sexe.

À Tokyo, le tarif des bains publics est fixé à . en 2024. À travers le Japon, le tarif est en moyenne de 300 à pour adultes (100 à pour enfants de moins 12 ans). Moyennant des suppléments, le personnel peut fournir divers équipements de bain comme des serviettes, du savon, des rasoirs ou des peignes. Des distributeurs fournissent également des glaces et des boissons.

Salle de bains vignette|gauche|Douches d'un sentō. Avant de se tremper dans la baignoire, il faut se nettoyer des pieds à la tête. Dans les onsen, les sources chaudes minérales, les baigneurs ne se rincent pas après le bain afin de prolonger leur exposition aux minéraux contenus dans l'eau. Dans les bains normaux, il faut normalement se rincer après le bain.

Aspects sociaux et culturels Voyeurisme Beaucoup de sentō ont un surveillant assis au-dessus du bandai, qui surveille à la fois les bains des hommes et ceux des femmes. La plupart du temps, il s'agit d'une surveillante, car les hommes ne voient pas d'inconvénient à être vus par une femme, tandis que les femmes peuvent être embarrassées qu'un homme les regarde.

Les cas de voyeurisme avéré dans les sentō sont rares. Généralement, le voyeur est un homme et la victime une femme. Par exemple, en 2001, un homme a profité de sa grande taille pour regarder par-dessus le mur de séparation. En 2003, un homme se serait travesti pour entrer dans le vestiaire des femmes.

Récemment, le risque de voyeurisme par l'utilisation de la vidéosurveillance s'est accru, particulièrement dans les bains de grande surface ou en plein air.

Les enfants sont généralement autorisés à accompagner un parent du sexe opposé ; typiquement, un garçon accompagnera sa mère dans le bain des femmes. À Tokyo, les règlements des bains limitent cette pratique aux enfants jusqu'à . Certains adultes sont opposés à cette règle car ils craignent que les enfants prennent trop d'intérêt à la vue de personnes du sexe opposé.

Tensions entre classes sociales Il peut y avoir occasionnellement des tensions entre classes sociales dans les sentō. Ce n'est le cas que pour les personnes dont la différence de classe sociale peut être remarquée même sans vêtements : il s'agit principalement des yakuzas et des étrangers.

Les yakuzas se distinguent par la présence de tatouages sur tout leur corps. Par conséquent, certains sentō, particulièrement dans les zones concernées par la criminalité, interdisent l'entrée à toute personne tatouée pour éviter la présence de yakuzas.

Il est également facile de distinguer les étrangers des Japonais dans un sentō au vu des différences morphologiques, mais la discrimination raciale dans les bains est très rare. Cependant, comme indiqué plus haut, les bains publics sont un des rares endroits où les Japonais peuvent être offensés par le non-respect de leurs coutumes, particulièrement si cela a pour conséquence de « polluer » le bain. Cela peut engendrer des tensions à la vue d'un étranger inconnu. Afin d'éviter les problèmes, les sentō affichent généralement à l'entrée le règlement et les coutumes en japonais et aussi dans d'autres langues (selon les régions, l'anglais, le chinois, le portugais ou le tagalog) pour les clients étrangers.