vignette|300px|Irrintziak lors de la célébration du Zapatu Azule en 2013 à Ondarroa. Les participants sont accueillis par des applaudissements, des irrintziak et les airs de txaranga (fanfare de rue). Irrintzi ou irrintzina (« cri » en basque, prononcer « ir-rine-tsi-(gna) ») est un cri traditionnel basque, décrit comme aigu, sonore, prolongé et produit en une seule expiration. Il est traditionnellement associé aux bergers et aux populations des régions montagneuses ; il pouvait être lancé et faire résonner les versants des montagnes, notamment pour communiquer à distance. Il est également employé comme expression de joie et se rencontre lors de fêtes, de pèlerinages et d'autres manifestations collectives ; des sources ethnomusicologiques signalent aussi sa présence lors de moments forts de fêtes, de parties de pelote, ainsi que dans l'accompagnement de musiques et de danses.
Description Lirrintzi présente des fonctions diverses selon les contextes. Il a notamment été associé à l'imitation du cri du cheval ou de la jument, au rassemblement des troupeaux et, dans certains contextes historiques, au cri de guerre ; la même source signale également son emploi dans le contexte des parties de pelote en Iparralde (Pays basque français). Lirrintzi n'est toutefois pas exclusivement lié à la joie : des témoignages montrent également son emploi dans des contextes de deuil et de tristesse.
L'origine exacte de lirrintzi n'est pas établie. Des hypothèses anciennes qui le font remonter à une antiquité très reculée et le rapprochent de cris présents dans d'autres traditions, mais ces propositions doivent être considérées comme des hypothèses historiques et non comme une origine démontrée. Des rapprochements ont notamment été établis avec des pratiques vocales du monde arabe et avec d'autres cris traditionnels, notamment le youyou d'Afrique et du Moyen-Orient, même si lirrintzi révèle comme une tradition vocale basque spécifique.
Lirrintzi appartient ainsi à un ensemble plus vaste de pratiques de communication et d'expression vocale présentes dans différentes sociétés rurales et montagnardes, sans que cela permette d'établir une filiation historique directe entre ces traditions. Dans les Pyrénées, un exemple distinct est fourni par le langage sifflé d'Aas dans la vallée d'Ossau, au Béarn. Celui-ci permettait aux habitants et aux bergers de communiquer à grande distance grâce à des modulations sifflées ; la pratique a notamment été étudiée par l'acousticien René-Guy Busnel. Il s'agit cependant d'un système différent de lirrintzi : à Aas, la parole béarnaise était transposée en sifflements, tandis que lirrintzi est un cri vocal dépourvu de mots articulés.
Origine L'origine de lirrintzi demeure incertaine. Ce cri est traditionnellement associé aux bergers basques, qui l'auraient utilisé de longue date pour se signaler entre eux dans les vallées et les zones montagneuses. Les cris pouvaient ainsi être propagés sur de grandes distances en les faisant résonner sur les versants des montagnes.
Plusieurs hypothèses ont été avancées concernant son origine. L'écrivain et spécialiste de la langue et des coutumes basques Duvoisin estimait que lirrintzi remontait à la plus haute antiquité et qu'il aurait déjà été utilisé par les Hébreux. Il rapprochait également lirrintzi de pratiques vocales arabes, l'Auñamendi Eusko Entziklopedia indiquant que les Arabes produisent un son apparenté. Ces rapprochements relèvent toutefois d'une hypothèse ancienne et ne permettent pas d'établir une origine historique certaine.
Des cris comparables existent en effet dans différentes régions du monde. Dans le monde arabe, notamment, certaines formes de cris traditionnels présentent des caractéristiques sonores proches de lirrintzi. L'existence de ces pratiques a conduit certains auteurs à envisager lirrintzi comme l'une des manifestations d'une tradition plus générale de communication vocale en montagne.
Au Moyen Âge, des sources rapportent l'utilisation de cris prolongés par les populations montagnardes pour effrayer leurs adversaires ou avertir de l'approche d'une armée ennemie. Des travaux consacrés à lirrintzi rapprochent cette pratique de certains usages anciens du cri dans les contextes militaires, notamment autour de la bataille de Roncevaux.
Fêtes Lirrintzi est particulièrement présent lors des fêtes traditionnelles basques. Il peut être entendu dans de nombreuses fêtes de villages et lors de rassemblements populaires. Lirrintzi est également fréquemment associé à la musique et à la danse basques. Il peut être lancé pendant l'exécution de danses ou lors de l'interprétation de chants traditionnels. Des groupes de danse basque intègrent notamment des irrintziak et des cris dans leurs représentations.
Guerre Lirrintzi a également été utilisé comme cri de guerre par les combattants basques. Dans ce contexte, il pouvait notamment contribuer à encourager les combattants ou à impressionner l'adversaire. Le Musée Guggenheim de Bilbao décrit ainsi lirrintzi comme pouvant prendre, selon le contexte, la forme d'un « cri de guerre » et d'un signe de manifestation collective.
Il apparaît notamment dans les paroles de Eusko Gudariak, chant associé aux combattants basques pendant la guerre civile espagnole. Le passage « Irrintzi bat entzun da, mendi tontorrean, goazen gudari denok, ikurrinan atzeanUn irrintzi a retenti au sommet de la montagne ; marchons, guerriers, derrière l'ikurrina. » évoque un irrintzi entendu au sommet des montagnes et appelle les combattants à se rassembler derrière l'ikurrina. Le chant, dont les paroles furent écrites par José María Garate en 1932, fut ensuite associé aux gudariak durant la guerre civile espagnole et fut chanté par des combattants basques en 1936.
Classification des cris basques Dans un article publié dans la revue Ariel le 13 avril 1845, Joseph-Augustin Chaho distingue plusieurs types de cris employés dans la tradition basque. Sa classification en comprend notamment. : Khereillu : griterie ou clameur ; Karraxia : cri confus ; Oihu : cri d'appel ; Deigrito : cri destiné à réveiller ; Hela : cri d'alerte ; Auhendu : cri de lamentation ; Orroko : cri d'horreur ; Marraka : cri de douleur ; Marraska : cri accompagné de larmes ; Marruma : cri étouffé ; Heiagora : cri d'affliction ; Deihadarra : cri d'alarme ; Uhuri : cri hurlant ; Marrobia : cri rugissant ; Sinkha : cri de jubilation ; Irrintzina : cri de rire ; Kikisai : cri de joie ; Hozengu : cri d'acclamation. Cette classification témoigne de la diversité des fonctions attribuées aux cris dans la culture traditionnelle basque et ne se limite donc pas à lirrintzi au sens strict.
Applications contemporaines Lirrintzi a également fait l'objet d'études portant sur la voix humaine. Une thèse réalisée à la Clinique universitaire de Navarre a notamment étudié l'intérêt potentiel de cette pratique dans le domaine de la phoniatrie, notamment pour certaines techniques thérapeutiques et pour l'amélioration de techniques vocales et de chant.
Hommages Irrintzina est aussi le nom d'un roman Thriller/fantastique de Philippe Ward, publié en 2000. Irrintzina est également une chanson de Michel Etcheverry en hommage à ce cri de ralliement et au roman de Philippe Ward. Irrintzina est également un documentaire de 2017 retraçant les premières années du mouvement Alternatiba, né au Pays basque puis essaimé en France et ailleurs, qui alerte sur l'urgence climatique et tente de mobiliser la population.
Notes et références
Catégorie:Culture pyrénéenne Catégorie:Culture populaire dans les Pyrénées-Atlantiques Catégorie:Tradition basque Catégorie:Tradition montagnarde