Chamechaude est un sommet du département français de l'Isère s'élevant à d'altitude, ce qui en fait le point culminant du massif de la Chartreuse, dans les Alpes. Comme la plupart des sommets des Préalpes, il est constitué en partie de calcaire urgonien. Si son versant occidental est aisé à gravir depuis le col de Porte, son versant oriental présente des parois verticales difficiles à franchir en randonnée pédestre mais comportant de nombreuses voies d'escalade ouvertes dès la fin de la Seconde Guerre mondiale.

La montagne fait partie du parc naturel régional de Chartreuse et d'une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique. Le chamois est notamment présent dans les parties abruptes, au-dessus de la limite des arbres.

Toponymie Le nom Chamechaude est issu de Chame chauve, pouvant être interprété comme « chalme dépourvue de végétation », du latin (« cime, élévation rocheuse »), et désignant plus spécifiquement un pâturage et le sommet qui le domineRevue alpine, , Section lyonnaise du Club alpin français, 1908, .Toponymie, Étymologie. ; il a donné également le mot « chaume ». L'altération du nom est antérieure au . Pourtant, on rencontre parfois encore le latin « » pour expliquer l'étymologie de « chaude », ce qui en ferait l'« alpage ensoleillé », explication considérée comme peu probable Roland Gaude, Essai sur la toponymie de la commune de Saint-Pierre-de-Chartreuse..

Géographie Situation vignette|gauche|alt=Sommet enneigé dominant des montagnes plus basses et une agglomération.|Vue de Chamechaude dominant les tours de l'Île-Verte et le Centre hospitalier universitaire Grenoble-Alpes depuis le sud.

Chamechaude est situé dans le Sud-Est de la France, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes et le département de l'Isère.

Son sommet est à la jonction des communes de Saint-Pierre-de-Chartreuse, Sarcenas et Le Sappey-en-Chartreuse. Il se trouve à une douzaine de kilomètres au nord-est de Grenoble et à près de cent kilomètres au sud-est de Lyon. Il fait partie du massif préalpin de la Chartreuse.

Il domine le Charmant Som () au nord-ouest, la Pinéa () à l'ouest, l'Écoutoux () au sud-ouest, les barres du mont Saint-Eynard () au sud et au sud-est, et le roc d'Arguille () au nord-est.

Topographie thumb|alt=Montagne enneigée dominant une barre rocheuse en avant-plan.|Vue de Chamechaude depuis la table d'orientation des Seiglières, à Saint-Martin-d'Uriage dans la chaîne de Belledonne.

Le sommet s'élève à d'altitude, ce qui en fait le point culminant du massif de la Chartreuse. Sa proéminence est de , soit la quatrième plus importante de France métropolitaine Europe Ultra-prominences. ; le sommet plus élevé le plus proche est la pointe de la Sitre (), une cime secondaire de la Grande Lance de Domène () dans la chaîne de Belledonne, à au sud-est. Chamechaude est entouré par le col de Porte () à l'ouest et le col de Palaquit () au sud-ouest, qui sont des cols routiers, ainsi que le col de l'Émeindras () à l'est, qui est parcouru par le GR9 et le GR du Tour de Chartreuse.

Chamechaude présente sur son versant oriental une paroi verticale d'environ de hauteur surmontant un talus d'éboulis ; elle est entaillée, légèrement au sud du sommet, par la brèche Arnaud. Le versant occidental se compose de dalles calcaires superposées et inclinées d'où émerge le monolithe de la Folatière, un rocher situé en contrebas du sommet et résistant à l'érosion. Les gorges de l'Oiseau, dominées par les falaises du Jardin, entaillent l'extrémité septentrionale de la montagne et sont parcourues par le ruisseau du Fontanil. Elles jouxtent le Grand Ravin, l'une des plus grandes ravines de Chamechaude, située au nord-ouest de la montagne. Le ruisseau de l'Herbetan prend sa source au nord-est du sommet, sous la falaise de la Roche du Nord et au nord du col de l'Émeindras. La Vence et son affluent la Loux prennent leur source respectivement au sud-ouest et au sud du sommet. La seconde est dominée par la falaise de Roche Rousse. Celle-ci, qui surplombe du haut de ses d'altitude le hameau du Churut au Sappey, résulte d'un écroulement, survenu il y a plusieurs siècles et qui lui donne sa couleur et son nom.

Géologie thumb|alt=Sommet enneigé présentant un pan incliné incurvé vers la gauche et une paroi abrupte reflétant le soleil à droite.|Vue des couches calcaires et du volet synclinal de Chamechaude depuis le mont Saint-Eynard.

Chamechaude est composé de calcaires reposant sur des roches marneuses. Les dalles constituant le sommet forment un volet synclinal perché avec un faciès urgonien caractéristique des Préalpes. En raison de l'érosion, il y est toutefois moins bien préservé que sur les sommets alentour et s'étend sur seulement un kilomètre par Chamechaude, le point culminant du massif de la Chartreuse, geol-alp.com.. Le monolithe de la Folatière est un reliquat d'une de ces dalles. Certaines roches urgoniennes présentent des fragments des extrémités de polypiers branchusChamechaude, vues de détail d'affleurements de l'Urgonien qui constitue ce sommet, geol-alp.com.. La partie inférieure des falaises, enfouie sur le versant occidental au niveau de la faille de décrochement des Bachassons, est faite de calcaire du Barrémien, alors qu'à hauteur du talus et de la partie supérieure de la forêt, le calcaire date du Hauterivien. Le tout repose sur des calcaires du Fontanil-Cornillon particulièrement visibles au niveau de Roche Rousse. Enfin, la base de la montagne est faite de marnes de Narbonne, dont l'érosion a mis au jour le Grand Ravin.

Climat Le massif de la Chartreuse est soumis à un climat océanique montagnard. Il agit comme une barrière face aux vents dominants d'ouest venant de l'océan Atlantique et reçoit ainsi une grande quantité de précipitations, avec un pic au début du printemps et un autre au début de l'automne. Un tiers de ces précipitations se produit sous forme de neige. De ce fait, l'épaisseur du manteau neigeux au col de Porte () avoisine un mètre fin février, mais a atteint des hauteurs record de 200 à pour la même période en 1979, 1982 et 1985. Toutefois, l'enneigement moyen, qui a diminué de moitié depuis cinquante ansL'eau entre mémoire et devenir - Hydrographie et pluviométrie en Chartreuse - Un massif arrosé toute l’année, Amis des parcs naturels régionaux du Sud-Est., est mesuré à cinquante centimètres en moyenne depuis dix ans au cours de l'hiver. Ainsi, depuis les années 2000, la neige se maintient en moyenne par an au col de Porte, soit trente jours de moins que dans les années 1960 ; la présence d'un manteau neigeux supérieur à un mètre a reculé de quinze jours tous les dix ans en moyenne sur la même période. Cette observation coïncide avec une hausse des températures de depuis un demi-siècle sur une période du au Hivers au Col de Porte, Ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie..

Faune et flore thumb|alt=Prairie alpine couverte au premier plan de fleurs jaunes et d'autres bleutées et une montagne avec des falaises en arrière-plan.|Vue depuis les Émeindras variant les alpages, la forêt, les talus et les falaises sommitales.

Chamechaude est un refuge du chamois, essentiellement dans ses versants les plus escarpés au nord et à l'est. La présence du chevreuil, du sanglier et du cerf est également avérée en Chartreuse centraleParc naturel régional de Chartreuse, Fédération des parcs naturels régionaux de France.. Parmi les oiseaux figurent le Tétras lyre, le Tichodrome échelette et le Chocard à bec jauneOiseaux du Vercors et de Rhône-Alpes - Chocard à bec jaune (Pyrrhocorax graculus)..

La forêt de sapins, épicéas et hêtres qui ceinture la montagne abrite le Sabot de Vénus et la Pyrole à feuilles rondes. La Gagée jaune pousse dans les pâturages. On trouve également l'Aconit anthore, l'Arabette à feuilles de serpolet, le Buplèvre à longues feuilles, le Cirse des ruisseaux, l'Épipogon sans feuilles, le Gaillet oblique, l'Avoine soyeuse, l'Épervière de Lawson, le Millepertuis à sous, la Balsamine des bois, l'Orobanche du sermontain, le Polystic à aiguillons, la Potentille luisante, la Primevère oreille d'ours, la Pyrole intermédiaire, la Renoncule de Séguier.

Histoire La date de la première ascension de Chamechaude est inconnue. Les versants de la montagne sont occupés depuis plusieurs siècles, comme l'attestent les quelques s, constitués d'une maison d'habitation et d'une grange étable, généralement construits aux Revue de géographie alpine, , , 1960, ..

thumb|alt=Église dans un village sous la neige avec une montagne en arrière-plan.|Vue de l'église du Sappey-en-Chartreuse dominée par Chamechaude.

Une croix sommitale est visible sur une photo dont l'existence semble remonter au Nicolas GAMBY, photos de montagne, d'ici et d'ailleurs - Chamechaude.. Une nouvelle croix est érigée le . Une procession, conduite par le vicaire Jules Vernaz, part du Sappey à six heures du matin, au son des cloches de l'église. Un grand nombre d'anciens poilus y participent, accompagnés du curé du village, l'abbé Fleur, et de l'archiprêtre de Domène. Alors soldats, ils s'étaient promis, en cas de victoire et en accord avec la paroisse, de refaire le chemin de croix. La montée vers le sommet passe par le col de Porte. La croix est constituée de trois tronçons afin d'en faciliter le transport ; du ciment et de l'eau sont également hissés. Le sommet est atteint trois heures et demie plus tard. À dix heures passées, la croix est dressée. Des sonneries de clairons sont émises, des cantiques et un sermon sont prononcés avant que la croix ne soit bénieLe Dauphiné libéré, .Pèlerin, ..

Les premières voies d'escalade font leur apparition dans les années 1940 : le pilier Tobey (ou pilier Oriental) est ouvert dans sa partie inférieure par S. Coupé et G. Lyan en 1945 et complété par L. Berger et A. Tobey en 1950Chamechaude : Pilier Tobey (ou Oriental)., tandis que la cheminée de l'Y est vaincue par C. Buxtorf, C. Fontaine et R. Pilotti en 1946Chamechaude : Cheminée de l'Y.. Toutefois, le véritable essor a lieu dans les années 1960 : le pilier Gris par Y. Morin, J.-C. Planchon et B. Vartanian en 1962Chamechaude : Pilier Gris., la fissure Jaune par J. Pilon, A. Rebreyend et M. Robert le Chamechaude : Fissure Jaune., le pilier Central par D. Delin, G. Marchesin et G. Richerand en 1965Chamechaude : Pilier Central (ébauche)., le pilier de Droite par J.-C. Gallet et G. Marchesin en 1966Chamechaude : Pilier de Droite., la voie du 24-Septembre par P. Abatte, G. André, J. Chabert, D. Delin et B. Fouchere en 1967Chamechaude : Voie du 24 septembre., voies auxquelles peut s'ajouter la voie Ultime par J. Bechia, E. Laroche-Joubert et B. Vartanian en 1973Chamechaude : Voie Ultime..

Au cours du , une transhumance se déroule chaque été, de juin à septembre vers le habert de Chamechaude, à d'altitude au sud-est du sommet. Toutefois, en raison de l'absence de source proche, de la pente et de l'étroitesse du pâturage ne pouvant accueillir que , elle est abandonnée en 1963. L'élevage reprend en 1979 et le habert, désormais en lisière de forêt, est rénové. La tonte de l'herbe par les animaux contribue à lutter naturellement contre les avalanches en hiverCharles Gardelle, Alpages, terres de l'été : Tome 2, Dauphiné, La Fontaine de Siloé, 2002 , .. Pourtant, le , c'est l'abri de l'Émeindra-de-Dessous, transformé en refuge de montagne et occupé en permanence par deux gardiens, qui est emporté par une masse de neige sortie de son couloir naturel. La gardienne, enceinte de sept mois, et son frère sont grièvement blessés par l'explosion de gaz qui s'ensuitCharles Gardelle, , ..

thumb|alt=Croix sommitale en bois sur laquelle se sont formés des cristaux de glace dans le sens du vent et une longue chaîne de montagne enneigée en arrière-plan sous un ciel azur.|Vue de la croix sommitale contemporaine à la fin de l'hiver.