Le château de Maulnes, situé à Cruzy-le-Châtel en France est un château de style Renaissance construit au .
Construit d'une seule traite entre 1566 et 1573 sur un plan pentagonal, il a été très peu occupé. Il est bâti autour d'un escalier central et d'un puits alimenté par trois sources.
Ce château fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le .
Inoccupé au , dans un état de dégradation avancé, il est acquis par le conseil général de l'Yonne en 1997. Depuis, il a fait l'objet d'études historique et archéologique, ainsi que de travaux de restauration qui doivent se prolonger sur de nombreuses années. Il est ouvert au public depuis 2005.
Histoire
La « motte de Maulnes »
Le site, qui semble avoir été occupé depuis le néolithique, est cité dans un texte de 863 sous le nom de .
Une maison-forte, connue sous le nom de « motte de Maulnes », avait été édifiée par les comtes de Tonnerre dans une clairière de la forêt de Maulnes, certainement au . On en trouve la trace dans les écrits de l'époque ainsi que sur les photos aériennes. Elle permettait aux comtes de s'adonner à la chasse, parfois en compagnie d'invités de marque, tel le duc de Bourgogne Philippe le Hardi, qui vint y chasser en 1366 et 1374.
À la suite d'une querelle entre le comte de Tonnerre Louis II de Chalon et le duc Jean-sans-Peur, les troupes bourguignonnes envahissent le comté en 1411. En 1414, elles détruisent les châteaux du Tonnerrois, dont ceux de Tonnerre, Tanlay et Maulnes.
Le projet
thumb|left|upright|Louise de Clermont par François Clouet.
Un siècle et demi plus tard, la comtesse de Tonnerre, Louise de Clermont, et son époux Antoine de Crussol, duc d'Uzès, sont des personnages importants, proches de la cour de France et de la reine Catherine de Médicis. C'est en 1556 que Louise de Clermont, veuve de François du Bellay, avait épousé Antoine de Crussol.
En 1566, le couple décide la construction d'un château dans la forêt de Maulnes. Louise a alors soixante-deux ans, c'est une femme intelligente et cultivée, formée à la cour de François , roi féru d'architecture. Son propre frère, Antoine III de Clermont, a confié en 1541 à l'architecte Sebastiano Serlio la construction d'un château à Ancy-le-Franc, non loin de Maulnes.
La France traverse alors une période d'accalmie qui succède à la première guerre de religion, grâce à la signature de la paix d'Amboise en 1563. C'est une période propice à la réalisation de ce projet architectural, auquel le couple songe sans doute depuis plusieurs années. vignette|281x281px En effet, Antoine de Crussol, qui devient duc d'Uzès en mai 1565, ne possède alors pas de résidence digne de son rang dans le comté. Or il se doit d'affirmer son autorité par un édifice capable de frapper l'imagination. Le château, symbole de son pouvoir, doit pouvoir rivaliser avec ses voisins d'Ancy-le-Franc et de Tanlay, alors en construction. S'il ne le peut par sa taille, ce sera par sa beauté et son originalité architecturale.
L'emplacement du futur château dans une forêt se justifie d'abord par sa fonction de relais de chasse. Mais également – et peut-être surtout – par le rôle qu'il aura dans l'exploitation des vastes forêts de la région. La vente de bois de chauffage à Paris est alors la ressource la plus importante du comté et le couple entend en améliorer la gestion. La construction (1566 - 1573) thumb|left|upright|Antoine de Crussol par François Clouet.
C'est le qu'Antoine de Crussol signe devant notaire les contrats qui le lient à un maître maçon et à un maître charpentier. Il leur fournit des plans détaillés du bâtiment à construire. Jean Cosquino, seigneur de Fulvy et témoin de la signature, se voit confier la gestion du chantier, avec le titre de « gouverneur du château de Maulnes ».
Rapidement, dès l'été 1567, une nouvelle période de trouble s'ouvre pour le royaume. En , l'armée du prince de Condé occupe les faubourgs de Tonnerre et assiège la ville, qui doit finalement payer une rançon. En novembre, les troupes catholiques s'emparent de Noyers tandis que les huguenots prennent Vézelay au début de 1569, bientôt assiégés par les troupes royales. En mars, l'armée du duc des Deux-Ponts traverse la Bourgogne pour venir au secours de la garnison de Vézelay. Et en juillet, c'est l'armée du maréchal de Cossé qui passe par le Tonnerrois.
Malgré le climat peu sûr, le chantier progresse. En , Louise de Clermont s'installe à Maulnes, qu'elle fait meubler. Elle est rejointe par Antoine de Crussol en . Le logis est alors terminé, mais pas les bâtiments annexes. Le second chantier pourrait avoir commencé en août 1570, après le départ des Crussol qui ont rejoint la cour dans sa vie itinérante.
En 1572, Antoine de Crussol est fait pair de France, pour son duché d'Uzès. Pourtant l'avenir est sombre, la tension est particulièrement forte entre catholiques et protestants. Le , Galiot de Crussol, frère d'Antoine, fait partie des victimes du massacre de la Saint-Barthélemy. En octobre, Antoine et Louise séjournent un mois à Maulnes. Louise part en Languedoc, tandis qu'Antoine regagne Paris. De janvier à juillet 1573, il participe au siège de La Rochelle. Mais il en revient épuisé et malade. Il meurt le .
Les Clermont-Tonnerre (1573 - 1697) thumb|left|upright|Louise de Clermont (collection ducale d'Uzès). Veuve pour la seconde fois, Louise de Clermont poursuit sa vie itinérante entre Paris, Tonnerre, Ancy-le-Franc et Maulnes, dont le chantier est désormais abandonné. À partir de mai 1575, elle ne revient plus à Maulnes, mais elle y installe deux hommes de confiance.
En 1576, Jacques Androuet du Cerceau publie le premier volume des qui présente trente édifices qu'il juge exceptionnels. Le château de Maulnes, dont il publie les plans, est l'un d'eux.
Dans les années qui suivent, Louise doit faire face à de longs procès de succession, engagés contre elle aussi bien par la famille de son premier mari que par celle du second.
Âgée de 92 ans, elle meurt en mai 1596 à l'Hôtel-Dieu de Tonnerre.
Louise de Clermont est morte sans enfant, alors que les problèmes d'héritages plus anciens ne sont pas réglés. Enfin, en mars 1606, son petit-neveu Charles-Henri de Clermont, héritier le plus direct et légataire de Louise, parvient à un accord avec les différentes parties. Moyennant le versement d'un fort dédommagement, il devient comte de Tonnerre, de Cruzy et de Maulnes.
Prenant possession de Maulnes, il engage quelques travaux en 1610, avec la création du plafond de la grande salle.
thumb|upright=1.2|Gravure d'Israël Silvestre vers 1650.
Il prépare sa succession en séparant Maulnes et Cruzy, érigé en marquisat qu'il donne à son fils cadet, des comtés de Clermont et de Tonnerre, qu'il destine à son aîné.
Pourtant, dès sa mort en 1640, son fils aîné François de Clermont devenu comte de Tonnerre revendique une partie des possessions de son frère Roger, comme ayant toujours appartenu au comté de Tonnerre. La même année, son représentant prend symboliquement possession du château de Maulnes. On ne sait si Maulnes est alors habité et entretenu par l'un ou l'autre frère. Une gravure d'Israël Silvestre vers 1650 le montre dans un état d'abandon. Un arrêt du parlement de 1658 donne raison à Roger, marquis de Cruzy. Malgré tout, François et ses descendants persisteront à s'intituler « Seigneurs de Maulnes ».
Entre 1650 et 1670, des modifications et réparations sont entreprises à Maulnes, très certainement par Roger de Clermont qui est revenu des armées de Flandres en 1647.
Les Louvois (1697 - 1844) thumb|left|upright|Le marquis de Louvois.
De 1683 à 1685, le marquis de Louvois achète le comté de Tonnerre à François-Joseph de Clermont, petit-fils de François.
Louvois meurt en 1691 et sa veuve, Anne de Souvré, poursuit les acquisitions. Le , elle achète Maulnes et Cruzy à la veuve du second marquis de Cruzy, fils de Roger, qui rencontre des difficultés financières. L'héritage de Louise de Clermont est à nouveau réuni entre ses mains.
La nouvelle propriétaire fait alors dessiner un plan détaillé de la forêt de Maulnes et dresser une liste précise des terres, bois et prés qui le composent. Ces documents ont ensuite disparu dans le courant du . Femme intelligente et appréciée de ses contemporains, la marquise de Louvois meurt en décembre 1715. La succession n'est réglée que six ans plus tard, et Maulnes est à nouveau laissé à l'abandon.
En 1721, le fils aîné de Louvois, Michel-François Le Tellier, marquis de Courtanvaux, hérite du comté de Tonnerre. Mais il meurt aussitôt et sa bru Anne-Louise de Noailles en reçoit la tutelle jusqu'à la majorité de son fils âgé de deux ans.
Un arrêt du conseil royal des finances autorise en 1723 le flottage du bois de Maulnes vers Paris, par l'Armançon, l'Yonne et la Seine. Le château et ses dépendances accueillent dès lors une petite communauté concernée par cette activité : gardes forestiers et voituriers. À sa majorité en 1744, François-César Le Tellier de Courtanvaux poursuit l'entreprise de sa mère.
thumb|upright=1.5|Maulnes sur la carte de Cassini.
En 1775, les marchands de bois qui occupent le château obtiennent du marquis l'autorisation d'ouvrir une verrerie, activité plus rentable que la vente du bois qu'il est coûteux d'acheminer jusqu'à l'Armançon. Ils fabriquent du verre à vitre, puis des bouteilles. En 1779, il est fait mention de la « verrerie de Maulnes ». Cette transformation affecte notablement Maulnes, avec la modification des communs, la construction d'annexes, le défrichement progressif de la forêt.
En 1781, le marquis meurt sans héritier direct. Son cousin Louis-Sophie Le Tellier de Souvré, fils de François-Louis Le Tellier, devient comte de Tonnerre. Mais il meurt couvert de dettes en 1785. Sa veuve Marie Jeanne Henriette Victoire de Bombelles exerce la tutelle au nom de son fils âgé de deux ans. Elle parvient à traverser la Révolution et à retrouver ses biens qu'elle administre jusqu'à sa mort en 1822.
En 1806, une note rédigée par le sous-préfet de Tonnerre décrit la qualité du travail de la verrerie de Maulnes, tant dans les procédés que dans la production, qui s'élève à bouteilles par an. Mais elle ne peut fonctionner que six mois par an, car elle manque de bois, la forêt de Maulnes n'en fournissant pas suffisamment.
Lorsqu'il prend en main la direction de la verrerie, à la suite de sa mère en 1819, Auguste Michel Le Tellier de Louvois est un personnage important depuis qu'il est devenu pair de France sous la Restauration. Également président du conseil-général de l'Yonne, il a épousé en 1804 Athénaïs Grimaldi de Monaco, avec laquelle il réside au château d'Ancy le Franc, fille de Joseph Grimaldi et nièce du prince de Monaco Honoré IV Grimaldi.
En 1819, la production a doublé et la verrerie emploie une centaine d'ouvriers, sans compter les bûcherons et les voituriers. Le château sert de logement au personnel de la verrerie. Une chapelle y est aménagée.
À partir de 1824, Maulnes est loué à un maître-verrier venu de Bayel, François Vallory. En 1834, le marquis de Louvois vend Maulnes et son domaine, qu'il partage en trois lots. François Vallory achète le château et une partie de la forêt. Mais, ayant fait de mauvaises affaires, le maître-verrier doit fermer Maulnes en 1844, l'année même de la mort du marquis.
L'abandon (1844 - 1997) thumb|Maulnes au début du .