Antoine Héroët, ou HerouetComme c’était souvent le cas à l’époque, le patronyme d’Antoine Héroët a été soumis à des variations importantes de graphie. Sa famille semble avoir porté le nom d’Hérouet, sous lequel il signa ses premières œuvres, et que tous les documents historiques attestent. Lui-même semble avoir voulu choisir le nom féodal de Maison Neuve comme nom de plume, mais les imprimeurs de ses œuvres ont popularisé la forme Héroet, qui s’est imposée par la suite avec un tréma. Voir., né vers 1492 et mort vers 1567, est un poète et un ecclésiastique français.
Biographie Une date de naissance incertaine
Antoine Héroët serait né en 1492, selon Frédéric GodefroyFrédéric Godefroy, Histoire de la littérature française, , 1878. Il y consacre une notice à Héroët (p. 591-592), en indiquant cette date.. Cette date sera reprise par tous les biographes ultérieurs, mais on ignore encore sur quel document Frédéric Godefroy s’appuyait. La date reste donc hypothétique.
La famille d’Antoine Héroët
Antoine Héroët était le fils de Jean Hérouet, un trésorier du roi, et de Marie Malingre. Son père a fait construire dans le Marais l’hôtel Hérouet, qui existe encore, reconnaissable à sa tourelle, qui domine le carrefour de la rue des Francs-Bourgeois et la rue Vieille-du-Temple.
Jean Hérouet
Jean Hérouet était peut-être originaire de Normandie. Il existe un hameau de ce nom dans le canton d’Octeville, à au sud-ouest du centre de Cherbourg. Et on sait que, le , Jacques Hérouet, détenteur héréditaire d’une sergenterie relevant de la vicomté d’Avranches, a fait déclaration de foi et hommage pour ce fief. Il reste cependant impossible de situer avec certitude les origines familiales dans cette petite seigneurie normande ; mais les Hérouet semblaient entretenir des rapports réguliers avec cette province. En outre, en 1499, un Jehan Herouet était greffier civil de l’échiquier de Normandie, ou greffier civil en chef au Parlement de Rouen. S’agissait-il du trésorier parisien ? On sait que Jean Hérouet a souvent été chargé de missions lointaines, jusqu’en Italie. Or le poste était important car cette année-là l’échiquier de Normandie, qui était une cour médiévale intermittente, devint le parlement de Rouen. Jean Hérouet peut donc avoir été chargé de contribuer à l’organisation de la nouvelle institution.
Par la suite, en 1502, Jean Hérouet fut trésorier à Milan. Là, il se serait livré à des malversations qui ont brisé, semble-t-il, sa carrière : on perd toute trace de lui dans l’entourage royal. Il est encore en vie en 1508, puisqu’en janvier, à Blois, Louis XII institua à la requête de Jean Herouet, seigneur de Carrières-sous-Bois, deux foires annuelles au dit lieu, l’une le jour de la Saint-Vincent, l’autre le lendemain de la Saint-Pierre en juin, et un marché le lundi de chaque semaine. Jean Hérouet avait acquis ce fief de son mariage. Il avait un Hôtel particulier au de la rue des Francs-Bourgeois
Marie Malingre
La mère d’Antoine Héroët appartenait, elle, à une famille déjà bien installée de la noblesse de robe parisienne. Le , Nicolas Malingre, huissier de la chambre des comptes, avait reçu des lettres d’anoblissement de Louis XI. Sa fille, Marie, tante de la mère d’Antoine Héroët, épousa Hector Hyon, seigneur de Carrières, faisant ainsi entrer le fief dans la famille.
Le , Jean Malingre, fils de Nicolas, fut reçu conseiller au parlement de Paris. Il épousa Blanche Rolland, qui appartenait également à une famille de la noblesse de robeLes Rolland seront des cousins très présents auprès d’Antoine Hérouet.. Marie Malingre aurait été leur premier enfant. Elle eut elle-même six enfants de son mariage avec Jean Herouet, nommés Nicolas, Georges, Antoine, Louise, Marie et Jean. Le , Marie Malingre, qui est donc devenue veuve, se remaria avec Jean Ballue, dit le jeune, neveu du cardinal La Balue, seigneur de Villepreux, de Gouaix, d’Ermet, de Cervolle et de la Motte-Bonot. Celui-ci devint en 1520 Maître d’hôtel de la reine de Navarre et écuyer tranchant du dauphin. Cette alliance rapprochait de nouveau la famille de la cour, et Antoine Héroët profita toute sa vie de ces liens.
Jeunesse et études
Antoine Héroët vécut peut-être ses premières années dans l’hôtel Hérouet, à moins qu’il n’ait été placé en nourrice à la campagne, comme cela se pratiquait à l’époque. left|thumb|200px|Marsile Ficin, dont Antoine Héroët traduit et versifie la traduction de L’Androgyne. On s’est interrogé sur les études qui l’ont amené à devenir humaniste. Son biographe Colletet rapporte qu’il a étudié à Paris. La tradition familiale l’amena certainement à étudier en premier lieu le droit. Cela supposait à l’époque d’être bilingue : toute la profession travaillait en effet encore en latinCe n’est que plusieurs décennies plus tard que l’ordonnance de Villers-Cotterêts imposa le français.. Il semble bien avoir été promis à une carrière judiciaire, car le , un Antoine Hérouet fut nommé auditeur au Châtelet. On ne lui connaît pas d’homonyme à Paris, et il s’agit d’autant plus vraisemblablement de lui qu’il accéda par la suite à d’autres titres de la carrière judiciaire.
Mais Antoine Héroët s’est-il limité à des études de droit ? Fils d’une famille aisée, il a sans doute pu étudier à sa guise. Selon J. Hutton, Jean Salmon Macrin et Hérouet se connaissaient déjà en 1515 au moins. Antoine a-t-il étudié le grec avec Salmon Macrin sous l’égide d’Aléandre et peut-être de Lefebvre d’Étaples ? On ne connaît aucun témoignage allant dans ce sens. Mais les œuvres d’Héroët montrent son intérêt pour Platon, ce qui est à l’époque un trait caractéristique de la Renaissance intellectuelle. Selon André-Jean Festugière, Héroët s’est non seulement inspiré de Platon, mais aussi de textes italiens non traduits, ce qui suppose qu’il ait également connu cette langue. Si l’on ignore si Héroët a eu un accès suffisant au texte original de Platon, on sait du moins qu’il dit, dans son Androgyne, s’inspirer de Marsile Ficin. Ce faisceau d’indices permet en tout cas d’inscrire Héroët dans la mouvance néoplatonicienne des humanistes du début du .
Dans l’entourage de Marguerite de Navarre
thumb|200px|Portrait de Marguerite de Navarre, par Jean Clouet, vers 1527. En 1524, Antoine Héroët reçut de Marguerite de Navarre, sœur de François , une pension de 200 livres. La somme était importante et lui permettait de vivre confortablement. Visiblement, la position de maître d’hôtel de son beau-père de la reine de Navarre lui avait servi. Mais si la sœur du roi s'intéresse à lui, c'est peut-être aussi à cause de ses qualités humaines : on faisait, semble-t-il, appel à lui dans des arbitrages. Cela lui permettait surtout de se rapprocher de la cour savante et raffinée d’humanistes, d’artistes et de poètes qui entourait Marguerite, et qui fut l’un des creusets de la Renaissance française. À l’époque, la figure la plus importante en était Clément Marot, nommé valet de chambre du roi en 1528. thumb|left|150px|Louise de Savoie. Héroët dut y plaire, car en 1529 il devint « pensionnaire extraordinaire » de Marguerite de Navarre et de Louise de Savoie, pension qui a duré jusqu’en 1539. On a retrouvé un bail signé par lui le , qui prouve qu’il vivait probablement à l’extérieur de la cour. Selon ce bail, Antoine Héroët, seigneur de La Maison-Neuve, louait une maison rue de la Bretonnerie. La seigneurie de Maison-Neuve était un petit arrière fief de Carrières-sous-Bois, et sans doute un revenu alloué par sa famille.
Les débuts poétiques
On ignore quand Héroët a commencé à faire des vers. Il semble avoir publié tardivement ses poésies, et contrairement à l’usage, ne fit précéder ses publications d’aucun panégyrique, qui aurait pu nous apporter des renseignements. Par la voie détournée de la musicologie, on sait cependant qu’il a déjà écrit en 1533 : Clément Janequin composa en effet à cette date une partition pour le poème « Ayez pitié du grand mal que j’endure ». On sait aussi qu’en 1535, Clément Marot écrivit de Ferrare où, accusé de protestantisme, il était réfugié, le Blason du beau tétin auquel Héroët répond comme beaucoup d’autres poètes par un Blason de l’œil.
La même année, l’auteur anonyme du Panégyrique des demoiselles comparait Héroët à Horace, en faisant une paronomase sur les deux noms, procédé courant dans les éloges poétiques au . Cette célébrité naissante s’explique sans doute par la publication de L’Androgyne d’après Platon, qu’il ne présenta pourtant au roi que l’année suivante, en 1536 : François avait insisté pour connaître enfin ce poème, mais Hérouet s’excusa en affirmant être mécontent de ses vers et pour cela .
Cette reconnaissance officielle marquait le début véritable de la renommée littéraire d’Antoine Héroët. En 1537, Salmon Macrin lui dédie une hymne latine et Fripelippes invoque son autorité dans la querelle de Marot contre Sagon. Enfin, la même année, Antoine de Saix fait de nouveau l’éloge de son Androgyne. thumb|right|150px|Plaque commémorative à l'abbaye de Cercanceaux. 1538 fut certainement un tournant dans la carrière de cet homme de robe, courtisan humaniste et poète. Le roi lui donna en effet le bénéfice de l’abbaye de Cercanceaux, vacant par la mort de son abbé, Jean de Moles. Dans l’acte, Antoine Héroët est désigné sous le titre de Maître des requêtes ordinaires du roi et de la reine de Navarre, mais il s’agit peut-être d’une charge de complaisance. Ce bénéfice lui donnait en tout cas d’importants revenus ; l’année suivante, il cessa de figurer sur les comptes de Louise de Savoie et de Marguerite de Navarre : le revenu de l’abbaye de Cercanceaux remplaçait vraisemblablement la pension de la mère et de la sœur du roi.
Le clerc
La bulle de nomination pontificale du montre que le poète cumule les bénéfices ecclésiastiques, une pratique courante à l’époque. Il était à la fois curé de Saint-Germain de Villepreux, dont son beau-père Jean de La Balue était seigneur, curé de Sainte-Geneviève de Lindry, dans l’Yonne et enfin prieur commendataire de Nesles-la-Gilberte, près de Rozay-en-Brie. En 1544, on le retrouve chapelain de la chapelle Saint-Louis fondée en l’église Saint-Denys de Coulommiers. Enfin, en 1552, il devint commendataire du Val-Saint-Éloi, entre Chilly et Longjumeau.
Contrairement à beaucoup de ses contemporains, il semble avoir pris au sérieux ses fonctions de bénéficier. Il a ainsi payé un desservant à Coulommiers, Nicolas Alleaume, pour faire dire la messe dans la chapelle dont il a la charge. Mais c’est surtout à Cercanceaux que son implication est la plus visible. D’abord, il a résidé dans son abbaye : on sait par son testament qu’il y a des meubles ; qu’il demande à y être enterré ; qu’il y possède un troupeau de vaches qu’il laisse à sa cousine ; qu’il aimerait enfin que son neveu soit abbé après lui. Deux actes chez les notaires de Château-Landon prouvent en outre qu’il a continué de s’occuper de son abbaye même lorsqu’il était évêque de Digne. En 1630, dans son Histoire du Gâtinais, Dom Morin ne cite qu’Antoine Héroët parmi les anciens abbés de Cercanceaux, et rapporte que celui-ci a fait des réparations et les a marquées de son blason : Les travaux n’étaient cependant pas encore payés à sa mort, car le bailli de Nemours saisit la succession d’Heroët, pour finir de les régler. Mais pour les moines de 1630, c’est le seul abbé qui ait laissé un souvenir, et c’est un souvenir positif.
L’apogée de la carrière poétique Pendant les quinze années qui séparèrent sa nomination d’abbé de Cercanceaux de celle d’évêque de Digne, la renommée poétique d’Antoine Héroët ne cessa de croître.
L’éloge des pairs
thumb|150px|Clément Marot.