Henri d'Orléans, né Henri Robert Ferdinand Marie le au Nouvion-en-Thiérache (Aisne) et mort le à Cherisy (Eure-et-Loir), est considéré comme chef de la maison de France par ses partisans en tant que chef de la maison capétienne d'Orléans et prétendant orléaniste au trône de France de 1940 à sa mort en 1999 sous le nom de « ».
Il porte également, à partir de 1929, le titre de courtoisie de comte de ParisTitre porté par Philippe d'Orléans, son grand-père maternel..
En tant qu'aîné de sa branche au sein de la maison d'Orléans, il est également le plus riche descendant des rois de France, avec une fortune estimée environ à 400 millions de francs, et est considéré durant sa vie comme le premier propriétaire foncier de France., preuve de l'influence toujours prégnante de la noblesse subsistante. Engagé en politique dans les années 1960, il travaille pour un projet de restauration sous la forme d'une monarchie parlementaire et s'entretient à ce sujet avec le général Charles de Gaulle, président de la République. Mais toutes ses tentatives et projets politiques échouent. À sa mort, il transmet à son fils aîné, Henri, ses prétentions à la couronne et laisse derrière lui une querelle de succession entre ses descendants et la fondation Saint-Louis portant sur le partage de sa fortune et de ses biens.
Il est un descendant direct de par la branche de Philippe d'Orléans mais aussi de par Françoise Marie de Bourbon, fille légitimée qu'a eue celui-ci avec Madame de Montespan. Il est également l'arrière-arrière-petit-fils du dernier roi des Français, .
Jeunesse (1908-1940)
Enfance et famille
Henri d'Orléans naît au Nouvion-en-Thiérache (Aisne) le , quatrième enfant et seul fils de Jean d'Orléans (1874-1940), d'une branche cadette de la quatrième maison d'Orléans, et de sa cousine germaine Isabelle d'Orléans (1878-1961), sœur du chef de la maison d'Orléans, le duc d'Orléans, Philippe d'Orléans (1869-1926), le « » des orléanistes, soit la majorité des monarchistes de l'époque. Son prénom, Henri, jusque-là peu courant dans la maison d'Orléans, rappelle celui de son oncle, l'explorateur Henri d'Orléans, mort quelques années plus tôt. Il a également trois sœurs aînées, Isabelle d'Orléans (1900-1983), comtesse Bruno d'Harcourt puis princesse Pierre Murat, Françoise d'Orléans (1902-1953), princesse Christophe de Grèce (mère du prince Michel de Grèce) et Anne d'Orléans (1906-1986), duchesse d'Aoste et vice-reine d'Éthiopie. gauche|vignette|La première communion d'Henri d'Orléans et sa soeur Anne au Maroc. Il est baptisé au Nouvion-en-Thiérache le et reçoit pour parrain son oncle, Ferdinand d'Orléans (1884-1924), et pour marraine sa tante, Marie d'Orléans (1865-1909), princesse Valdemar de Danemark.
Il passe la plus grande partie de son enfance dans le nord du Maroc dans des propriétés que son père a achetées. Il voyage en France, en Espagne, en Sicile et ailleurs en Europe à l'occasion de voyages de familleLire son livre Mémoires d'exil et de combats..
L'exil Le « mouvement orléaniste » porté par ses oncles maternels le duc d'Orléans et le frère de celui-ci, le duc de Montpensier, fait de lui le jeune héritier de la couronne royale française. Ni le premier ni le second n'ayant de fils, c'est la raison pour laquelle, à la mort du duc d'Orléans, le duc de Guise et son fils âgé de sont contraints à l'exil.
Il devient en effet interdit de territoire national en vertu de la loi d'exil de 1886 qui interdit le territoire national au chef des maisons royales ou impériales ayant régné en France, ainsi qu'à leur fils aîné. Il habite donc en Belgique, au Maroc, en Espagne et enfin au Portugal. Il poursuit ses études en mathématiques et en sciences à l'Université de Louvain en 1924, puis de droit entre 1926 et 1928. Par ailleurs il est entouré de précepteurs comme l'abbé Thomas, l'économiste Charles Benoist ou le général Henri de Gondrecourt.
En 1929, son père le proclame comte de Paris, titre de courtoisie qu'il conservera jusqu'à sa mort et sous lequel il fut le plus connu.
Mariage
En 1931 Henri d'Orléans épouse à Palerme sa cousine la princesse Isabelle d'Orléans-Bragance (1911-2003), connue sous le titre de « comtesse de Paris ». Le mariage est célébré par le cardinal Luigi Lavitrano, à l'époque archevêque de Palerme, avec pour témoins : Charles de Bourbon-Siciles (cousin germain du comte de Paris, fils de la princesse Louise d'Orléans (1882-1958), le duc des Pouilles, Pierre-Gaston d'Orléans-Bragance (frère de la comtesse de Paris) et le prince Adam Ludwik Czartoryski (petit-fils du prince Louis d'Orléans, duc de Nemours)Acte de mariage du comte et la comtesse de Paris, transcrit dans les registres de l'état civil du consulat de France à Palerme le 21 mai 1936. Leur première fille, aînée de leurs , naît dès 1932.
Engagements et vie en exil gauche|vignette|Le comte de Paris, Charles Maurras et Maurice Pujo passent en revue les Camelots du Roi à bord du Campana. En décembre 1937, au nom de son père le duc de Guise et de la maison d'Orléans, le comte de Paris désavoue l'Action française, dirigée par Charles Maurras, et rompt ainsi avec l'extrême-droite. Depuis quelques années, Henri d'Orléans et Maurras étaient en désaccord, notamment depuis le lancement de la revue Courrier royal par Henri. Ce dernier n'hésitait pas en effet à prendre des positions opposées à l'Action française, quitte à perdre une grande partie de ses lecteursLe Courrier royal, l'organe officiel de la Maison de France, inscrivait au début de chaque numéro l’inscription « La monarchie n’est pas un Parti » (Duc de Guise). Marquant une différence notable avec le quotidien Action française qui reprenait la phrase « Tout ce qui est national est nôtre » du Duc d'Orléans. .
En dépit de la loi d'exil, il séjourne en France clandestinement à plusieurs reprises, dont la première fois en 1938. En , il organise une conférence de presse clandestine près de Pontoise avec l'aide de ses partisans, dont Louis Emery, chez qui a lieu cet événement qui fera la « Une » de tous les journaux. Ainsi, dans Le Populaire du , le journaliste raconte comment il a « été “kidnappé” par le comte de Paris » : « On répartit une vingtaine de journalistes entre six ou sept voitures. Chacune de celles-ci prend une route différente… Près de Pontoise… Une gentilhommière en briques rouges, au milieu d'un grand parc. Tout le monde descend. Un homme se précipite à notre rencontre. C'est le propre frère du colonel de La Rocque, l'homme de confiance de la maison. »J. F., « Comment j'ai été "kidnappé" par le comte de Paris », Le Populaire, organe central de la SFIO, 22 octobre 1938, et 2. Paris-Soir raconte aussi cet événement à la Une de son édition du : « Malgré la loi d'exil, le comte de Paris revient en France pour lancer une proclamation. Il arrive secrètement en avion aux environs de Paris, prend une coupe de champagne avec les journalistes convoqués et repart aussitôt par la voie des airs ». Le journaliste, Rochat-Cenise, ajoute : « Un petit village, un village de France avec des maisons grises au milieu d'arbres encore verts. Un château charmant avec un grand parc et quinze journalistes dans ce château… J'ai une seconde demande à vous adresser, c'est de ne jamais dévoiler l'endroit où vous êtes réunis ici. » Pour lui, commentant les accords de Munich, « le diktat allemand est une humiliation sans précédent dans notre histoire »Rochat-Cenise, Et « pour la première fois le comte de Paris lit sur le sol français une proclamation », Paris-Soir, , 22 octobre 1938, et 5..
Les dernières années d'exil (1940-1950)
Chef de la Maison royale de France
En 1940, il succède à son père, Jean d'Orléans dit , mort en exil ; nouveau prétendant au trône de France et aîné de la maison d'Orléans, il fait alors usage des pleines armes de France (d'azur à trois fleurs de lis d'or). Jusqu'en 1926, il portait les armes traditionnelles de la maison d'Orléans (de France au lambel d'argent à trois pendants), puis celles de dauphin de 1926 à 1940.
Pendant la Seconde Guerre mondiale Désireux de servir son pays, alors que la loi d'exil le lui interdisait, il fut autorisé le par Paul Reynaud à s'engager dans la Légion étrangère, au début de la Seconde Guerre mondiale, sous le nom d'Henri Robert OrliacQuid 2003, , col. a., patronyme déjà emprunté en 1909 par le duc de Guise, prétendant au trône de France, et son épouse, lors de leur installation au Maroc (Orliac était le nom du « clairon » d'un autre Henri d'Orléans, plus connu par son titre de duc d'Aumale)L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, 2002, -606, quest. /863, ;.
Il se rend à Vichy, y rencontre peut-être Pétain, et se voit éconduire par Laval qui lui propose le cadeau empoisonné du ministère du RavitaillementJean-François Chiappe, La France et le Roi, Paris, Perrin, 1994, . ; on ne sait trop quelle fut la réponse du prince, mais il est certain qu'il n'exerça jamais cette charge.
Il écrit en un « Message aux monarchistes français », qui appelle à soutenir le maréchal PétainEugen Weber, L'Action française, éd. Fayard, 1985, ..
À Alger, en , une conspiration s'organise par le résistant Henri d'Astier de La Vigerie visant à permettre à Henri d'Orléans de prendre la place de l'amiral Darlan, jugé trop proche du , et former un gouvernement d'union dans lequel de Gaulle aurait dirigé les affaires politiques et Giraud les affaires militaires.
L'après-guerre En il s'installe au Portugal. Il choisit de se positionner au centre, proche de la démocratie chrétienne qui, avec le MRP, semblait avoir le vent en poupe. Pour diffuser ses idées, il créa un Bulletin d'information qui attira des collaborations comme celles de Bertrand de Jouvenel, Gustave Thibon et Michel de Saint PierreDaniel de Montplaisir, , petit-fils du roi Soleil, éditions Jacob-Duvernet, juin 2011, .. En 1947, il publie un livre, Entre Français, destiné à se faire connaître de la populationDaniel de Montplaisir, , petit-fils du roi Soleil, éd. Jacob-Duvernet, juin 2011, .. Le il présenta l'Esquisse d'une constitution monarchique et démocratique, qui comportait notamment trois propositionsDaniel de Montplaisir, , petit-fils du roi Soleil, éd. Jacob-Duvernet, juin 2011, . : la place du monarque comme arbitre au-dessus des partis ; le recours aux consultations populaires par la voie du référendum ; l'institution des « délégués du peuple » ; ces derniers auraient été élus au suffrage universel, au scrutin uninominal à un tour, ne se seraient jamais réunis en assemblée mais auraient été consultés simultanément sur les projets de loi.
Le retour en France et l'action politique (1950-1967) Abrogation de la loi d'exil thumb|upright|Le journal du comte de Paris annonçant la fin de l'exil pour les Orléans. Un député du MRP, Paul Hutin-Desgrées, fondateur après la Libération du quotidien Ouest-France, rencontra en 1948 un des collaborateurs du comte de Paris et découvrit l'existence de la loi d'exil. La trouvant scandaleuse, il lança une campagne pour son abolition, laquelle finit par aboutir par la loi du , permettant au comte de Paris de rentrer en FranceDaniel de Montplaisir, , petit-fils du roi Soleil, éd. Jacob-Duvernet, juin 2011, .. Arrivé à Paris, il rendit immédiatement visite au président de la République Vincent Auriol, qui avait appuyé l'abrogation de la loi d'exil, puis alla visiter les plages du débarquement.
En 1953, le comte de Paris s'installe au manoir le Cœur-Volant à Louveciennes avec sa famille. La famille d'Orléans y menait une vie brillante sous l'œil des médias et le Tout-Paris défilait dans cette résidence proche de la capitale : Antoine Pinay, Pierre Mendès France, Maurice Schumann, Jacques Soustelle faisaient partie des invités habituelsDaniel de Montplaisir, , petit-fils du roi Soleil, éd. Jacob-Duvernet, juin 2011, ..