Dans la syntaxe traditionnelle de certaines langues, le complément d’objet indirect (COI), appelé aussi complément indirect ou objet indirectGrevisse et Goosse 2007, . est un constituant de la phrase simple ou de la proposition membre d’une phrase complexe, difficile à définir, à cause de son caractère hétérogène du point de vue de la forme et de son contenuBussamnn 1998, .Avram 1997, .. Il a des définitions différentes dans des grammaires de diverses langues, mais aussi dans celles d’une même langue, en fonction de plusieurs points de vue : sémantique, morphologique et structurel. Certaines grammaires, même traditionnelles, ne prennent pas en compte un tel complémentPar exemple celles du hongrois..

L’une des définitions générales du COI est donnée par contraste avec celle du complément d'objet direct (COD). Alors que celui-ci est impliqué dans l’action en tant qu’objet sur lequel s’exerce cette action, le COI y est lui aussi impliqué, mais en tant qu’objet en liaison avec lequel l’action est effectuéeČirgić 2010, ..

Selon une autre définition générale, qui part du sens du verbe régissant, également en contraste avec la définition du COD, qui complète le sens des verbes transitifs directs, le COI complète le sens des verbes transitifs indirects, sauf dans le cas des verbes ayant le sens de « donner » et de « dire », qui sont ditransitifs, pouvant avoir les deux types de complémentsKlajn 2005, ..

Dans des grammaires du français, le COI est défini toujours en contraste avec le COD, mais d’un point de vue structurel. Leurs dénominations sont prises à la lettre, c’est-à-dire le COD est celui qui est relié à son régissant sans préposition, s’il est exprimé par un nom ou un pronom disjoint, alors que le COI y est connecté par une préposition, sauf s’il est exprimé par un pronom conjoint.

Une autre définition structurelle est formulée également par contraste avec le COD, du moins dans des grammaires de langues dans lesquelles le verbe peut être à la voix passive. Le COD d’un verbe actif peut être sujet lorsque le verbe devient passif, ce qui n’est pas le cas du COIGrevisse et Goosse 2007, ..

Le COI peut être plus facilement délimité du COD, du complément d'agent et de certains compléments circonstanciels, que de certains autres compléments considérés comme circonstanciels, et ce en prenant en compte tous les traits sémantiques, morphologiques et structurels qu’on peut lui trouver. Certains linguistes mettent même en doute l’utilité de le délimiterPar exemple Faltz, L.M., « On indirect objects in universal grammar » [« Sur les objets indirects en grammaire universelle »], Chicago Linguistic Society, , 1978, , ou Ziv, Y. et G. Sheintuch, « Indirect objects reconsidered » [« Reconsidération des objets indirects »], Chicago Linguistic Society, , 1979, , cf. Bussmann 1998, ..

Les régissants du COI

Le COI peut déterminer tout d’abord un verbe. Celui-ci peut être transitif indirect. Exemples : La grêle a nui aux récoltesDubois 2002, article objet. ; This occurred to me « Cela m’est arrivé (à moi) » ; Opinia dumitale contravine realității « Votre opinion contrevient à la réalité »Coteanu 1982, . ; Nisam mislio na vas « Je n’ai pas pensé à vous ».

Le verbe régissant peut aussi être ditransitif, et alors le COI se trouve en présence d’un COD. Dans ce cas, la tradition scolaire française parle de complément d'objet second (COS) : donner une pomme à un enfant ; John gave Mary the book « John a donné le livre à Mary » ; Se va atribui cuiva un premiu de consolare? « Attribuera-t-on à quelqu’un un prix de consolation ? » ; Izdala je sobu dvjema studentkinjama « Elle a loué une chambre à deux étudiantes »Čirgić 2010, ..

En fonction du sens du verbe, le COI peut être essentiel, c’est-à-dire indispensable pour que la phrase soit correcte (ex. L’accident résulte de votre imprévoyanceGrevisse et Goosse 2007, ., donner une pomme à un enfant), ou non essentiel : J’ai cueilli des fleurs pour vous.

Nature des mots exprimant le COI

Dans la plupart des cas, le COI est exprimé par un mot de nature nominale, c’est-à-dire un nom, un mot substantivé (adjectif, numéral) ou un pronom : Les cambrioleurs ont profité de mon absence, J’ai cueilli des fleurs pour vous ; The man bought the woman a diamond ring « L’homme a acheté une bague à diamant pour la femme », We send you a cheque « Nous t’/vous envoyons un chèque »Eastwood 1994, . ; I-a adus apă bunicii « Il/Elle a apporté de l’eau à grand-mère », Li s-a spus la amândoi să vină « On a dit à tous les deux de venir », Și-a amintit de tine « Il/Elle s’est souvenu de toi »Bărbuță 2000, . ; Sve zavisi od rezultata « Tout dépend du résultat », Više ga se ne plašim « Je n’ai plus peur de lui ».

Plus rarement, le COI est une forme nominale du verbe. En français et en anglais, c’est en général l’infinitif : Elle se force à mangerGrevisse et Goosse 2007, ..

En roumain, l’infinitif est rarement utilisé en tant que COI, et il est toujours remplaçable par une proposition subordonnée COI, ex. M-am săturat a vorbi degeaba « J’en ai assez de parler en vain ». Par contre, le gérondif est plus fréquent dans cette fonction : Nu mă mai satur citind « Je n’en ai jamais assez de lire ». Une autre forme nominale, appelé supin, équivalente en français à l’infinitif avec la préposition à, peut également être COI : M-am apucat de făcut conserve « Je me suis mis(e) à faire des conserves ».

Parmi les langues standard issues du Serbo-croate (bosnien, croate, monténégrin et serbe, abrégées BCMS), le croate ressemble au français par sa préférence pour l’infinitif COI, alors que le serbe, comme le roumain, préfère la subordonnée correspondante. Cependant, ces préférences ne sont exclusives ni en croate ni en serbe : Spremao se dočekati (infinitif) goste vs. Spremao se da dočeka (verbe à l’indicatif présent) goste « Il/Elle se préparait à recevoir des invités »Barić 1997, ..

À la différence des autres langues mentionnées ici, en roumain, le COI peut être exprimé par un adjectif possessif aussi : Ați complotat contra mea « Vous avez comploté contre moi ».

Structures à COI

Sans préposition

Dans les langues qui présentent un degré relativement élevé de synthétisme, ayant une déclinaison, le COI est souvent au cas datif sans préposition : Gheorghe scrie Mariei « Gheorghe écrit à Maria », Vă povestesc totul « Je vous raconte tout » ; Zahvaljujemo svim dobročiniteljima « Nous remercions tous les bienfaiteurs »Des verbes ayant le même sens dans des langues différentes peuvent avoir une rection différente, ici, COI en BCMS, COD en français., Ne prija mi sladoled « La glace ne me fait pas du bien ».

Dans une langue comme le français, qui n’a plus de déclinaison, seuls les pronoms personnels conjoints peuvent être des COI sans préposition ; ceux qui ont des formes différentes de celles qu’ils ont en fonction de sujet sont des vestiges de la déclinaison : Un malheur m’est arrivé ; Une idée lui est venueGrevisse et Goosse 2007, ..

Dans des langues comme le BCMS, le COI sans préposition peut être à d’autres cas que le datif : au génitif : Seti se obećanja « Souviens-toi de ta promesse » ; à l’instrumental : Bavi se naučnim radom « Il/Elle s’occupe de travail scientifique »Čirgić 2010, ..

Avec préposition

Dans les langues ayant un degré relativement réduit de synthétisme, sans déclinaison, les prépositions sont le moyen principal de formation du COI avec des mots de nature nominale, sauf les pronoms conjoints. Le français est une langue dans laquelle c’est toujours le cas : nuire à son prochain ; Je compte sur vous.

En roumain, langue plus synthétique que le français et moins synthétique que le BCMS, beaucoup de COI sont construits avec diverses prépositions, surtout avec des mots au cas accusatif qui, en fait, ne se distingue que très rarement par sa forme du cas nominatif, ce qui rapproche les constructions en cause de celles du français : Am primit scrisoare de la părinți « J’ai reçu une lettre de mes parents », M-am adresat către director « Je me suis adressé(e) au directeur », Copilul seamănă cu mama « L’enfant ressemble à sa mère », Și-a amintit de tine « Il/Elle s’est souvenu(e) de toi »Tine est la forme d’accusatif du pronom tu.. Plus rares, il y a aussi des COI au cas génitif avec préposition : Nevoile s-au abătut asupra casei lor « Les malheurs se sont abattus sur leur maison ».

En BCMS, il y a aussi des COI avec préposition, au cas génitif [ Sve zavisi od rezultata « Tout dépend du résultat »], à l’accusatif [ Ljutim se na vas « Je suis fâché contre vous »Čirgić 2010, .], à l’instrumental [ Nastavićemo s vežbama « Nous allons continuer avec des exercices »] ou au locatif : O vama će se puno pisati « On écrira beaucoup sur vous »Jahić 2000, ..

Constructions avec plus d’un objet

Les constructions des verbes ditransitifs comprenant un COD et un COI sont fréquentes. Un tel COI est appelé « d’attribution » ou « objet second » (par rapport au COD, qui est alors appelé « objet premier ») : Je me (COI) coupe une tranche (COD) de jambonGrevisse et Goosse 2007, . ; I can show it (COD) to you (COI) « Je peux te le/la montrer »Eastwood 1994, . ; A mărturisit totul (COD) mamei (COI) « Il/Elle a tout confessé à sa mère » ; Ja sam joj (COI) oduzeo nešto (COD) « Je lui ai arraché quelque chose (à elle) »Barić 1997, ..

Certains verbes peuvent avoir deux COI : un secret dont j’ai hérité de mon grand-père ; Ți-am vorbit despre ea « Je t’ai parlé d’elle », Din urs s-a prefăcut în om « D’ours il s’est transformé en homme » ; Zahvalite im za brigu « Remerciez-les pour leur préoccupation »Čirgić 2010, ..

Il y a aussi des cas où le verbe a un COD et deux COI, donc trois objets : l’un correspondant au COD (l’objet attribué), un autre correspondant au COI qui exprime celui qui reçoit l’objet attribué sans être son bénéficiaire, et un autre encore, exprimant le bénéficiaire. Exemple en peul : Duudu hokkanii Buuba Muhammadu ceede « Duudu a donné de l’argent à Muhammadu, pour Buuba ». Le verbe hokkanii contient un suffixe, -an-, qui se réfère spécifiquement au bénéficiaireEifring et Theil 2005, chap. 2, ..

Redoublement du COI

Dans certaines langues, comme le français ou le roumain, il y a des cas de redoublement du COI exprimé par un mot à sens lexical ou un pronom disjoint, et anticipé ou repris par un pronom conjoint correspondant, sans qu’il s’agisse de deux COI.

En français, c’est seulement un procédé de mise en relief d’une partie de la phrase : On ne peut jamais lui demander un service, à lui (anticipation) ; Toi, on t’a pas demandé ton avis (reprise)Kalmbach 2020, page Formes syncrétiques, dissociées et détachées..

En roumain, il y a des cas d’anticipation et de reprise facultatives ou obligatoires, avec ou sans mise en relief : (I-)am dat-o altuia « Je l’ai donnée à un autre » [littéralement « (Lui) ai donnée-la à autre »] – anticipation facultative sans mise en relief ; Îi e somn copilului « Il a sommeil, l’enfant » – anticipation obligatoire pour mettre en relief le mot somn « sommeil » ; Cui (îi) dai cartea? « À qui donnes-tu le livre ? » – reprise facultative sans mise en relief ; Copilului îi e somn « L’enfant a sommeil » (littéralement « À l’enfant lui est sommeil ») – reprise obligatoire sans mise en relief.

Constructions équivalentes

Constructions avec des COI

À part l’équivalence mentionnée plus haut entre construction avec un COI et construction avec une proposition subordonnée complément d’objet indirect, il existe deux types de constructions équivalentes avec des COI, l’une sans préposition, l’autre avec préposition.

En français, il y a une telle équivalence seulement lorsque le COI est exprimé par un pronom personnel. Le pronom conjoint est placé sans préposition avant le verbe, et le pronom disjoint, avec une préposition, après le verbe : Je vous ai cueilli cette rose – J’ai cueilli des fleurs pour vous.