Les jardins de Valloires sont des jardins botaniques et paysagers de Picardie maritime, à proximité de l'estuaire de l'Authie, sur les terres de l'ancienne abbaye cistercienne de Valloires à Argoules (Somme), s'étendant sur une superficie de 8 hectares et labellisés Jardin remarquable. Le site est également labellisé « Tourisme et Handicaps ».
Le site La vallée de l'Authie Des confins du plateau picard à l'estuaire ouvert sur la Manche, l'Authie serpente. Le fleuve tirerait son nom du celtique alt, évoquant hauteur et profondeur ; à Valloires, l'encaissement est bien visible dans le paysage.
Dans ce secteur, le plateau culmine aux environs de . Entre basse vallée de l'Authie et estuaire, en rive gauche, le Jardin occupe une superficie de 8 ha avec un dénivelé de sur le versant d'un plateau crayeux où la vallée est encaissée. Du sommet du Jardin, depuis le jardin de l'évolution, le regard saisit le plateau céréalier de l'autre versant et, les paysages du fond de la vallée, organisé en étangs et canaux, bas marais, prairies humides, roselières et peupleraies.
Une série de petits vallons secs entaillent les versants de la vallée. Le fond de vallée est occupé par des alluvions anciennes et des sédiments tourbeux ; le plateau est couvert de limons, l'ensemble est d'âge quaternaire et repose sur la craie du Crétacé supérieur.
Un espace conçu par Gilles Clément Le parc conçu par Gilles Clément héberge plus de taxons végétaux, soit 75 familles botaniques, 698 genres et 2030 espèces.
L'accent est mis sur les plantes de Chine, du Japon et de l'Asie centrale ou d'Amérique du Nord acclimatées au climat picard.
L'espace est un lieu de promenades et d'apprentissage composé de jardins thématiques qui viennent enrichir et diversifier notre connaissance du monde végétal au travers d'expériences ludiques, paisibles et sensorielles. Les Jardins sont ouverts tous les jours de la mi-mars à la mi-novembre.
Installés au pied de l'abbaye du reconstruite au , les Jardins se partagent en cinq espaces : un jardin régulier, à la française, dans le prolongement du bâtiment (roseraie, pelouse et cloître végétal associés aux jardins blanc, jaune et bleu),
un jardin des îles, à l'anglaise, rassemblant l'essentiel de la collection botanique (distribué en îles : d'hiver, d'ombre, des lilas, d'argent, des Viornes, des Deutzias et Spirées, des feuillages pourpres, etc.),
un jardin des cinq sens (destiné principalement aux enfants avec des ateliers ludiques),
un jardin de marais, en contrebas,
un jardin de l'évolution, dominant l'ensemble et se terminant en trois chambres, un hommage à Jean-Baptiste de Lamarck.
Historique des Jardins C'est un paysage du aux pieds d'une abbaye implantée au .
L'origine contemporaine des Jardins date de 1981, lorsque le pépiniériste-collectionneur du Pas-de-Calais, Jean-Louis Cousin, recherchait un site pour sa collection de roses et de quelque variétés et espèces nord-asiatiques et américaines. En 1985, la Région Picardie, le département de la Somme, le Syndicat intercommunal d'aménagement et de développement du Ponthieu-Marquenterre (SIDEAPM) et le Syndicat mixte de l'aménagement de la côte picarde (SMACOPI) décident de construire de nouveaux jardins au pied de l'abbaye de Valloires. C'est à la même période que les collectivités picardes, dans un même élan culturel, décident de créer également des jardins botaniques au Camp César à La Chaussée-Tirancourt, près d'Amiens, dans le cadre du parc archéologique de Samara.
Les jardins de Valloires ont été inaugurés en 1989 après deux années de travaux. Les jardins de Valloires sont inclus dans le projet du futur parc naturel régional Baie de Somme - Picardie maritime.
Caractéristiques générales des jardins « Jardins en mouvement et perpétuellement redéfinis » (Gilles Clément) À partir de 1987, Gilles Clément, jardinier-paysagiste, associé alors à Philippe Niez, au sein de l'atelier Acanthe, qui a également conçu le Parc André-Citroën et jardin botanique du Domaine du Rayol, signe à Valloires son premier grand jardin.
Sa conception s'intègre parfaitement à l'environnement « naturel » et au caractère historique des lieux, sans pour autant reprendre tous les codes du jardin monastique. Valloires est un jardin contemporain, où les plantes sont classées non pas par espèce ou horizon géographique mais selon des critères de couleurs, de ressemblances ou d'autres encore (plantes piquantes, plantes insolites…).
Le paysagiste connaît particulièrement les plantes mais également les insectes et en tient compte dans ses réalisations.
En 2004, Gilles Clément définissait ainsi le jardin en mouvementClément G., 2004 - La sagesse du jardinier. L’œil neuf, Paris. :
À propos de la classification choisie à Valloires, G. Clément écrivait dans Les jardins de ValloiresGilles Clément,Les jardins de Valloires Architecture et Cie. Hubert Tonka, Les Éditions du Demi-Cercle :
En effet, une originalité des jardins de Valloires tient en une collection préexistante, multiple ; à cette contrainte inhabituelle, le paysagiste a choisi « d'opposer un tissu de formes simples ».
Les Jardins au fil des saisons Chaque mois, le paysage est renouvelé par de nouvelles floraisons ou feuillaisons. La météorologie influant, un décalage jusqu’à trois semaines est possible par rapport à la liste suivante : janvier: écorces des bouleaux, des Prunus et des érables, floraisons des cornouillers (Cornus mas), noisetier tortueux, topiaire d'if, d'osmanthus février : mahonia, hamamélis, saule, noisetier, crocus… mars : forsythia, narcisse, hellébore, muscari, scille et jacinthe… avril : cerisier et autres Prunus, spirée, pommier, magnolia, amélanchier… mai : viorne, marronnier, rose botanique, deutzia, lilas, primevère japonaise… juin : rose, géranium vivace… juillet : hortensia, buddleia, lavande, tilleul… août : hortensia (Hydrangea), millepertuis, potentille, fuchsia, crocosmia… septembre : hibiscus, fusain, sorbier, clerodendron, anémone, aster… octobre : essentiellement des feuillages colorés comme les érables, sumac, liquidambar mais aussi des baies comme celles de l'argousier et, quelques floraisons tardives comme le colchique… novembre : feuillages colorés comme le mélèze, ginkgo, cyprès chauve, fougères, prêle… décembre : topiaires de charmille, osmanthus, d'if…
L'architecture des Jardins vignette|Jardin d'abbaye.
Le jardin régulier, à la française Devant la façade occidentale de l'abbaye, la partie centrale est occupée par un jardin strict d'inspiration « jardin d'abbaye ». Il est composé d'une roseraie (80 variétés de roses en collection), associées à des simples (plantes médicinales), des condimentaires et même des légumes présentés en carrés de 5 × , comme les Cisterciens concevaient le tracé d'un jardin. Les Jardins ont repris certaines des formes révélées dans un .
Au milieu de la grande pelouse, le cloître végétal s'ouvre sur la roseraie, implantée dans l'ancien potager de l'abbaye. De chaque côté de cet espace de respiration, deux jardins de couleur, l'un blanc bordé par une allée de cerisiers, rappelant la couleur de la bure des moines cisterciens, l'autre bleu symbolisant l'attachement des moines à l'eau.
Le jardin blanc et allée des cerisiers thumb|L'allée des cerisiers en avril. Composés uniquement d'arbres, arbustes, vivaces et annuelles à floraison blanche comme les 'mixed borders' anglais, ces massifs évoquent l'appellation de moines blancs donnée aux cisterciens qui occupaient l'abbaye.
L'allée des Cerisiers est formée de à grandes fleurs blanches, doubles et parfumées, Prunus Shirotae Mount Fuji, elle resplendit généralement début avril.
Le jardin bleu Composé uniquement d'arbres, arbustes, vivaces et annuelles à floraison bleue. Ces massifs sont un hommage à l'eau omniprésente et au travail des cisterciens qui ont exploité le fond de la vallée de l'Authie en creusant des canaux, des étangs et en installant des moulins. Les moines cisterciens ne pouvant manger de la viande, avaient pour habitude de s'installer dans les zones humides pour y pratiquer l'aquaculture, le poisson étant autorisé à la consommation par l'ordre (cistercien vient d'ailleurs du toponyme Citeaux (abbaye) signifiant roseaux en vieux français).
Le jardin jaune Composé uniquement d'arbres, arbustes, vivaces et annuelles à floraison jaune.
La roseraie La roseraie est de conception particulièrement intéressante : les variétés choisies sont peu employées dans les roseraies classiques, avec une dominante de blanc et de roses très pâles.
Rosiers et plantes vivaces sont associées offrant au visiteur un fleurissement plus long que sur la période du rosier seul. La roseraie n'est pas représentative de toute la collection, quelques espèces ont été sélectionnées pour leur ton pastel et leur large floraison. Elles forment un camaïeu allant du blanc dans l'axe du Jardin au rouge à proximité de l’abbaye. La structure de la fleur a eu également son importance, plus proche de l'églantine que de la rose de Damas.
Le dessin de l'ensemble est symétrique, les rosiers absents par place sont remplacés par des arbustes à feuillages persistants. Des carrés de légumes croissent parmi les carrés de rosiers.
Le cloître végétal vignette|L'abbaye vue des jardins. Traité en topiaires, le cloître végétal reprend les proportions du cloître de pierre au cœur de l'abbaye. Chacun des massifs en carré rappelle une partie du Jardin (un carré de rosier pour la roseraie par exemple).
Les jardins des îles Sur le versant, G. Clément a accordé le nom dîle aux différents regroupements pour évoquer une promenade dans un archipel.
L'île évoque une spécialisation géographique ; les critères de regroupements se font par convergences d'aspect, de fonction et d'évocation : île aux lilas, île d'or, île d'argent, îles d'étés, îles d'hiver, île des fructifications décoratives, île aux papillons, etc.
Les îles des couleurs Iles d'or : arbres et arbustes aux feuillages dorés ou jaunes. Une ile lumineuse au milieu des sous-bois, Iles d'argent : arbres et arbustes aux feuillages blancs ou argentés, Iles pourpres : arbres et arbustes aux feuillages pourpres.
Les îles des saisons Îles d'hiver : floraisons hivernales et écorces décoratives, Îles d'automne : essentiellement des feuillages colorés en fin de saison, Îles du printemps : aussi appelée l'île des Prunus, plantes majoritaires, aux floraisons spectaculaires en avril, Îles d'été : Îles des Viburnum' (Viornes) : dans la famille des Caprifoliacées, le genre Viburnum compte quelque 200 espèces arbustives à feuillages caduc ou persistantLaurent M. 1994 - La folie des Viornes. Conservatoire des Collections végétales spécialisées, Hommes et Plantes, CR des séances, 12 : 7-11Malécot V., 2004 - La diversité des viburnums. Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées, Hommes et Plantes, CR des séances, 49 : 22-27. Parmi les plus connus figurent le laurier-tin et la boule de neige. Viburnum plicatum a donné de nombreux cultivars. Îles des spirées, Îles des Lonicera' (chèvrefeuilles), Îles des Deutzia'.
Les îles thématiques Îles des fructifications décoratives : une collection de plantes à baies, dominée par les Sorbus et Malus, Îles des épines douces : une collection de Rubus, Berberis, cognassier, Îles des papillons : ensemble de plantes particulièrement nectarifères, Îles d'ombre : principalement une collection dhydrangea (hortensia), Îles bizzaretum ou bizarretum : y sont regroupés arbres et arbustes aux formes tourmentées - branches tordues ou feuilles crispées - fruits de mutations génétiques (marronnier lacinié, marronnier et orme nains, noisetier et mélèze tortueux (Corylus avellana 'cortorta' et Larix…), cystise, frêne et spirée crispés et lilas nain). Ces particularités apparaissent dans la nature et disparaissent en général assez vite car ces individus sont plus fragiles ; des horticulteurs se font une spécialité de les prélever et de les bouturer ;