Les (pluriel du mot allemand , en allemand : Prononciation en allemand standard retranscrite selon la norme API., , et signifiant « pierres d'achoppement », c'est-à-dire les « pierres sur lesquelles on trébuche ») sont une création de l'artiste berlinois Gunter Demnig. Ce sont des pavés de béton ou de métal de dix centimètres de côté enfoncés dans le sol. La face supérieure, affleurante, est recouverte d'une plaque en laiton qui honore la mémoire d'une victime du nazisme. Chaque cube rappelle la mémoire d'une personne déportée dans un camp de concentration ou dans un centre d'extermination parce qu'elle était Juive (Shoah), Rom, Sinté, Yéniche (Porajmos), communiste, anarchiste, anarcho-syndicaliste, membre de la Résistance, homosexuelle, témoin de Jéhovah, chrétienne en opposition au régime nazi ou handicapée.

Encastrées dans le trottoir devant le dernier domicile des victimes, plusieurs milliers de ont ainsi été posées depuis , principalement en Allemagne, mais aussi dans d'autres pays européens. Les ont inspiré l'idée du projet civique international Dernière adresse. Certaines communes cependant s'opposent au dépôt de ces pavés.

Origine du mot est la traduction de trébucher en français.. La traduction de est littéralement « pierre d'achoppement » ou simplement « pavé de mémoire. ». L'artiste a choisi ce mot car il souhaitait que ().

« Ici habitait… » vignette|gauche|Gunter Demnig, le créateur des en . Gunter Demnig a recherché les données des personnes qui ont été pourchassées et déportées pendant la période du nazisme. Il a fait ses recherches en fouillant dans des archives, sur la base de données sur le sort des victimes du Mémorial de Yad Vashem de Jérusalem, en coopération avec des musées et écoles ainsi qu'avec des survivants et familles. Si des données sont disponibles, Gunter Demnig crée alors des . Il les encastre dans le sol des rues publiques devant les maisons ou immeubles où résidaient les personnes déportées ou arrêtées. Sur chaque plaque est marqué « Ici habitait » () avec ensuite le nom, la date de naissance et le destin individuel de chacun.

Ces pierres d'achoppement sont financées par des dons, des collectes et des parrainages obtenus de citoyens, de témoins du passé (), de classes d'écoles, de membres d'associations professionnelles et de communes. Il faut pour installer une pierre.

Les premiers vignette|gauche|Le tout premier , placé le devant l'hôtel de ville de Cologne, avec l'ordre de Heinrich Himmler de procéder aux déportations.

Le premier est placé sans autorisation le , de même que ceux de et il faut attendre pour que le projet jouisse d'une reconnaissance officielle..

En , lors d'une action artistique en souvenir de la déportation massive des Roms, Demnig a eu l'idée des . La première exposition du projet a été réalisée en dans l'église des Antonins à Cologne. En , sans autorisation et pour essayer, Gunter Demnig a placé les premiers dans les rues de Cologne et dans la Oranienstraße du quartier de Kreuzberg à Berlin. En , il a encastré à l'issue du projet « Artistes à la recherche d'Auschwitz », à Berlin. Incité par l'Initiative artistique KNIE et le Service autrichien de la Mémoire, il plaça en les premiers pour les Témoins de Jéhovah à Sankt Georgen près de Salzbourg. Friedrich Amerhauser est le premier maire ayant autorisé Gunter Demnig à placer les .. Quatre ans plus tard, après avoir surmonté les obstacles administratifs et les doutes de la ville de Cologne, il fut autorisé à placer .

Plus de dans d'Allemagne vignette|gauche| à Elmshorn à la mémoire du résistant et ancien député communiste Reinhold Jürgensen, assassiné par les SS au camp de concentration de Fuhlsbüttel. vignette|Pavés de mémoire à Berlin-Pankow.

On trouve des milliers de pierres commémoratives dans de nombreuses villes allemandes comme Berlin, Hambourg ou Cologne et plusieurs centaines dans d'autres villes comme Stuttgart, Francfort-sur-le-Main, Bonn ou Fribourg-en-Brisgau..

Elles sont illégales à Munich. (Charlotte Knobloch, ancienne déportée et présidente de la communauté israélite de Bavière puis présidente du Conseil central des juifs en Allemagne, considérant qu'il est humiliant que ces marques de commémorations soient sur le sol et que des passants puissent marcher dessus. Cela ne fait pourtant pas consensus dans la communauté juive et des ont été installés depuis, mais sur des terrains privés.).

Par les articles et reportages dans les médias, les citoyens intéressés sont ainsi incités à aller voir ces pierres commémoratives sur les différents lieux de leur implantation. D'autres personnes découvrent les pierres par hasard en flânant dans les rues et . À Hambourg, on a demandé aux personnes habitant près d'une pierre de la faire briller avec un produit de nettoyage pour les métaux.

Depuis et jusqu'en , environ d'achoppement ont été installées dans et villages d'Allemagne ; c'est trois fois plus en .

Autriche Le , Demnig a encastré onze dans le sol des rues publiques de huit communes du district (Bezirk) de Braunau am Inn, la ville natale d'Adolf Hitler.

C'est la première fois que de telles pierres sont réparties sur tout un district. Comme dans les autres villes, elles sont placées devant les maisons des déportés. Les onze rendent hommage à la témoin de Jéhovah Anna Sax (Braunau am Inn), à quatre communistes et socialistes Franz Amberger, Adolf Wenger (tous les deux de Braunau am Inn), Johann Lenz et Josef Weber (Hackenbuch/Moosdorf), à l'objecteur de conscience Franz Jägerstätter (St. Radegund), au père Ludwig Seraphim Binder (Maria Schmolln), au Sinto Johann Kerndlbacher (Hochburg-Ach), aux victimes de la justice militaire des nazis Franz Braumann (Sankt Veit im Innkreis) et Engelbert Wenger (Altheim) comme à Michael Nimmerfahl (Braunau am Inn) assassiné en détention par la Gestapo. Les ont été encastrées en présence d'hommes politiques locaux, des médias et de la population locale. Ce mouvement a réveillé l'intérêt pour les victimes du nazisme pratiquement oubliées et ainsi rappelées à la conscience publique.

L'initiative artistique KNIE a déjà invité Demnig en à Oberndorf près de Salzbourg.

Après la destruction involontaire des à Sankt Georgen près de Salzbourg, placées en mémoire des témoins de Jéhovah Johann et Matthias Nobis, le politologue d'Innsbruck Andreas Maislinger a invité Gunter Demnig à les remplacer et à encastrer de nouvelles pierres dans le district voisin de Braunau am Inn.

Depuis , on pose à Vienne des qui ne sont pas de Gunter Demnig mais qui en reprennent l'idée. Le projet a pour nom « Les Pierres commémoratives » (en allemand ) et qui forment le « Sentier commémoratif » ().

Belgique

Les premiers « pavés de mémoire » sont installés en dans la Région de Bruxelles-Capitale (communes d'Anderlecht et Schaerbeek notamment à hauteur du 99 avenue du Diamant). Le , les deux premières pierres d'achoppement sont posées dans la commune d'Anderlecht, en présence des autorités de la ville, du public, des membres de la communauté juive, des enfants d'une école voisine et des membres de la famille des défunts. À Saint-Gilles, plusieurs voies sont concernées par les : . Dans la rue de RoumaniePour le contexte urbain : . trois pavés sont placés dont un pour Gela (Catherine) Calka, née en Pologne, d'abord détenue à Malines puis déportée à Auschwitz.

vignette|5 rue de Roumanie, St-Gilles

Depuis , on trouve aussi des à Liège, dont une à la rue Matrognard au numéro 7 et deux autres à la rue Édouard Remouchamps au numéro 27a. Le ont été placées dix-neuf , certaines à Liège et d'autres dans les différentes agglomérations de Bruxelles.

Le , onze nouveaux « pavés de la mémoire » sont inaugurés à Bruxelles, à l'initiative de l'Association pour la mémoire de la Shoah (AMS). Chaque pierre commémorative est dédiée à une personne juive arrêtée à Bruxelles en par l'armée allemande et morte dans le camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz. Chaque pavé est ainsi placé devant la dernière habitation occupée par la victime avant son arrestation. Des pierres commémoratives ont été inaugurées dans le centre historique de Bruxelles, dans la rue d'Accolay, la rue des Tanneurs et la rue Haute notamment. En Belgique, on compte en près de dont presque une centaine dans la rue des Tanneurs.

Le , un « pavé de mémoire » est scellé à Uccle, chaussée d'Alsemberg 712, devant le dernier domicile de Léon Fajnznaider, adolescent juif de déporté et assassiné en à Auschwitz par les nazis.

En , pavés sont placés en mémoire des juifs venus de Belgique après être passés par la Maison d'Izieu (France). Trois villes sont concernées, Bruxelles, Anvers et Liège. Le , trois pavés sont placés à Liège, deux à la mémoire des frères Bulka (Albert et Marcel) qui furent déportés et un honorant Alec Bergman, enfant caché qui échappe à la barbarie nazie et qui est présent avec sa famille lors de la pose du pavé.

Jusqu'en , sous l'impulsion du , les autorités de la ville d'Anvers s'opposaient à la mise en place de ces pavés. À la suite de l'avis émis par une commission d'experts, d'une pétition bilingue ayant recueilli près de et la pose de deux pavés par une équipe de l'Association pour la mémoire de la Shoah, en présence de Gunter Demnig, dans un geste de désobéissance civile le , la ville d'Anvers décide d'accepter la pose de pavés de la mémoire..

Le , à l'initiative de la commune de Schaerbeek et en coopération avec la Maison de la culture juive et de l'Association pour la mémoire de la Shoah, treize Stolpersteine sont apposés : rue Gallait 76, en hommage à Elja-Noach Nagiel, Margula Nagiel-Amtmann et leurs deux jeunes enfants Joseph-Henri et Felix-Pierre, Avenue Emile Verhaeren 73, en hommage aux résistants Andrée De Jongh, Alice De Jongh-Decarpenterie, Frédéric De Jongh et Suzanne Wittek-De Jongh et au 1 Avenue Colonel Picquart en hommage à Mindla Flinker-De Rochanini, Leizer-Noah Flinker et leurs enfants Moshe Flinker, Esther-Malka Flinker et Léa Flinker...

Début à Anderlecht, deux directions d'école ont dans un premier temps refusé la pose de pavés de la mémoire, dans un contexte de génocide à Gaza, avant de se rétracter à la suite de la polémique que cette décision avait créée en ligne.

France Les premières en France sont posées entre le et le en Vendée à L'Aiguillon-sur-Mer, Beaulieu-sous-la-Roche, Bourneau, Fontaines, Fontenay-le-Comte, Longèves, Mervent et Nieul-sur-l'Autise.. Certaines communes, notamment Paris et Lens, refusent leur installation..

Bordeaux et Bègles sont les premières grandes villes françaises à s'engager dans le projet, avec la pose de dix à la mémoire de victimes juives, de résistants autrichiens ou communistes, poses qui ont eu lieu les et , à partir d'un projet lancé par l'Université Bordeaux-Montaigne..

Dans le Nord-Pas-de-Calais, deux associations organisent la pose des stolpersteine, « Lille-Fives 1942 » pour les personnes persécutées (juifs, tsiganes, homosexuels, handicapés, etc.) qui a déposé plus d'une trentaine de stolpersteine, et « Stolpersteine NPDC » pour les résistants, association qui a déposé plus de 100 stolpersteine..

Hongrie Depuis , des pierres commémoratives sont posées en Hongrie où environ ont été déportés et assassinés. Au centre de Budapest, les premières pierres d'achoppement ont été posées dans la rue Raday.

Italie vignette|Pierres d'achoppement commémoratives à à Rome. En Italie, de nombreux sont placés dans différentes villes. Les pierres d'achoppement sont présentes à Turin, Rome, Viterbe, Sienne, Reggio d'Émilie, Meina, Padoue, Venise, Livourne, Prato, Ravenne, Brescia, Gênes, L'Aquila, Ancône, Bolzano et Florence.

En , à Turin, a été posée la pierre d’achoppement en Europe, qui rappelle la mémoire de Eleonora Levi, déportée à Auschwitz, « bien que gravement malade », en en tant que juive.