Jean Félix-Tchicaya, né le à Libreville et mort le à Pointe-Noire, est un homme politique de l'actuelle république du Congo.
Il est avec Jacques Opangault, Robert Stéphane Tchitchelle et Fulbert Youlou, l'un des pères fondateurs de la république congolaise.
Jean Félix-Tchicaya est le premier parlementaire du Moyen-Congo et du Gabon à l’Assemblée constituante Française. Il est également le fondateur de la première formation politique de l’histoire du Congo, à savoir le Parti progressiste congolais (PPC) et de la première association culturelle du Moyen-Congo dénommée « l’Harmonie de Pointe-Noire ».
Biographie Famille
Jean Félix-Tchicaya est né de Makosso Tchicaya et de Marie-Antoinette Ngouamba Portella. Il est le père du poète Tchicaya U Tam'si.
En 1900, Makosso Tchicaya – père de Jean Félix-Tchicaya –, tailleur employé auprès de Louis Portella Mbouyou, commerçant et notable de Loango très en vue à l'époque, décide d'exercer son savoir-faire d'abord à Libreville (Gabon), puis à Grand-Bassam (Côte d'Ivoire). C'est durant son séjour à Libreville que naît son fils Jean-Félix.
Très entreprenant, Louis Portella Mbouyou disposait, à Pointe-Noire, dans ce qu'on appelait la "Concession Portella", de plusieurs ateliers où il initiait des jeunes gens à la couture. Afin de développer ses affaires, une antenne a été ouverte à Libreville, alors nouvel eldorado où ses meilleurs apprentis-tailleurs étaient envoyés, puis à Conakry.
Ainsi, la fin du . Makosso Tchicaya, le père de Jean Félix-Tchicaya, Louis Pouati, grand-oncle de Louis Portella Mbuyu, archevêque de Kinkala, et Marc Tchidimbo, le père de Raymond-Marie Tchidimbo (-), premier évêque autochtone de Conakry en font partie de cette première génération formée par la concession.
Nouveau patronyme Étant donné que le nom de Tchicaya est très commun et répandu dans le Kouilou, notamment pour le différencier de son cousin Pierre Tchicaya de Boaempire, Jean-Félix Tchicaya va accoler un de ses prénoms à son nom, pour se différencier des autres et ainsi fonder, la nouvelle lignée des Félix-Tchicaya.
Formation, carrière administrative et militaire Le père de Jean Félix-Tchicaya meurt en 1913. Devenu très tôt orphelin, celui-ci est recueilli par son grand-père maternel, membre éminent du clan princier Vili des Boulolo. Il entreprend des études primaires d'abord à la mission catholique de Loango, puis de à à l'école urbaine de Libreville, emmené par un enseignant métropolitain qui s'est pris d'affection pour lui.
En 1921, il est envoyé à l’École normale d’instituteurs d’Aix-en-Provence dans les Bouches-du-Rhône, pour améliorer sa formation.
En 1924, lui et Hervé Mapako-Gnali, père de Mambou Aimée Gnali, deviennent les premiers instituteurs du Moyen-Congo au sortir de l'École normale William-Ponty sur l’île de Gorée au Sénégal. Tout comme Houphouet-Boigny, il y sera un ancien élève d'Amadou Lamine-Gueye en classe de mathématiques.
Exerçant tour à tour les métiers d'instituteur , d'écrivain dans l'administration coloniale et de commis de finance (affecté au magasin de ravitaillement de la main d’œuvre du chemin de fer Congo-Océan jusqu’à la fin du chantier), et bien qu'étant chargé de famille (il élèvera ses quatre enfants et les six enfants de son unique frère André, dit Doé, décédé à Léopoldville dans les années 1950), il est mobilisé dans l'armée française en 1939, puis dans les Forces françaises libres en 1943. Il rejoint Alger en 1944 et reçoit d'ailleurs le grade de sergent et la médaille de la France libre.
Carrière politique
L'Harmonie de Pointe-Noire Jean-Felix Tchicaya fonde le groupe musical et social appelé «l'Harmonie de Pointe-Noire» et co-rédige des pétitions revendiquant l'amélioration des droits des autochtones instruits selon les normes occidentales.
Parmi ses succès, figurent la liberation et la restauration au trône du Ma-Loango Moe Kata Matou qui a régné sous le nom de Moe Poaty II ou N'Gangue M'Voumbe Tchiboukili, le souverain traditionnel du Royaume de Loango. Ce souverain monta sur le trône en 1923 et fut déposé en 1926 par l'administration coloniale pour avoir rétabli le poison d'épreuve (Bikalu en langue Vili). Le remplacement du fonctionnaire Français dont les politiques ont été considérées comme préjudiciables à la population locale a été un autre succès de Tchicaya.
Dans le sillage de la victoire électorale du Front populaire communiste-socialiste en France en 1936, Tchicaya a eu la capacité organisationnelle et les réseaux pour tirer parti des réformes douces arrivant en Afrique Équatoriale Française. Son gouverneur général Joseph-François Reste, a mis en place un Conseil d'administration avec certains postes réservés aux représentants élus africains.
En 1937 et 1939, Tchicaya a dirigé la campagne victorieuse de Louis Oliveira, un métis congolo-portugais. Cela a été l'occasion d'une première entrée de l'élite autochtone en politique, bien que ce conseil n'ait pas de réel pouvoir face à l'administration coloniale.
Première élection à l'Assemblée nationale constituante Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la France est exsangue. Elle met en place, grâce à une Assemblée Constituante, de nouvelles institutions pour relancer l'activité politique du pays. La représentativité de la France est alors étendue aux territoires d'Outre-Mer comme l'AEF, dont les autochtones ont la possibilité d'élire des représentants. Alors que les vieilles colonies comme les Antilles élisent leurs députés au suffrage universel, l'AEF et l'AOF. disposent de deux collèges électoraux distincts: le premier réservé aux citoyens métropolitains et le second aux autochtones, non citoyens. Le Gabon et le Moyen-Congo, à cause de leur faible population, constituent une seule circonscription électorale pour l'élection d'un député pour ce second collège.
En instance d'être démobilisé, alors qu'il se trouve au ministère de la guerre, Jean Félix-Tchicaya est contacté par les notables de Pointe-Noire, par télégramme, afin de faire acte de candidature pour le territoire du Gabon-Moyen-Congo.
Le , après un second tour, Jean Félix-Tchicaya est élu membre de l'assemblée, devançant Jean-Hilaire Aubame, Jacques Opangault, Issembé et François-Moussa Simon.
Le parti progressiste congolais
Fondation du parti En 1946, Jean Félix-Tchicaya, grand pourfendeur du colonialisme à l’Assemblée nationale française, où il siège pendant toute la République, fonde son parti le PPC (Parti progressiste congolais), section congolaise du Rassemblement démocratique africain (RDA), proche du Parti communiste français, en compagnie de jeunes cadres comme Emmanuel Damongo-Dadet, Joseph Pouabou ou Robert Stéphane Tchitchelle. Ce dernier, bras droit du fondateur, sera le principal animateur du parti à Pointe-Noire et au Kouilou. Il rallie autour de lui tous les cheminots du CFCO (Chemin de fer Congo-Océan).
Jean Felix-Tchicaya est le vice-président du Comité de coordination du tout récent Rassemblement démocratique africain (RDA) de son ami Félix Houphouët-Boigny.
Le talisman du parti était le léopard en référence à l'appartenance de Tchicaya à la famille régnante du Royaume de Loango.
Scission du parti et fin de règne En , à l'issue de la session budgétaire de l'Assemblée territoriale, une dissidence apparait au sein du PPC. Au cours d'un conciliabule qui se tient à Pointe-Noire, en présence du leader Tchicaya, dans le domaine de Mpita de Germain Bicoumat, plusieurs conseillers territoriaux démissionnent du parti. Ils reprochent à Tchicaya son manque de concertation dans certaines décisions (nomination des élus aux postes de responsabilité, le désapparentement du PPC au RDA à la suite de l'adhésion de Youlou).
Il s'agit des élus du Niari: Simon-Pierre Kikhounga-Ngot, Auguste Nzoungou, Raymond Ango; des élus du Pool: Prosper Decorad, Louis Vouama, Toundé Néré, Jean Maniaki, Nicolas Bakala et de l'élu du Kouilou: Robert Stéphane Tchitchelle.
Tchitchellé rejoint l'abbé Fulbert Youlou pour fonder l'UDDIA (Union démocratique pour la défense des intérêts africains). Ce dernier parti, en mobilisant politiquement les Laris, prend le leadership politique sur le PPC. et permet, à Stéphane Tchitchelle de devenir le premier maire autochtone de Pointe-Noire, avant d'occuper par la suite plusieurs postes ministériels.
Tous ces évènements vont marquer l'éclipse de Jean Félix-Tchicaya et de son parti le PPC après plus de dix ans de règne sans discontinuer sur l'échiquier politique.
Politique française au Congo Le Congo-Brazzaville, dans ces années de décolonisation, est considéré comme l’une des lignes de front de la lutte anti-communiste en Afrique francophone. Paris veut à tout prix que le futur Congo indépendant ne soit pas tenu par les « Rouges », mais par un responsable politique ami. Paris avait aussi initialement espéré faire de Brazzaville le pivot de l’action française en Afrique centrale en direction du Congo-Kinshasa, parce que tous les complots qui visaient l’ex-Congo belge passaient par Brazzaville.
La France soucieuse également de maîtriser les aspirations émancipatrices dans ses colonies, utilise des agents secrets comme le Dahoméen Antoine Hazoume, cadre du PPC passé ensuite à l'UDDIA, ou encore le SDECE (services secrets français), pour approcher les responsables politiques congolais. Hazoume remplace son compatriote dahoméen Yves Marcos - greffier au Tribunal de Brazzaville - au poste de secrétaire général de la section locale du RDA au Moyen-Congo.
C'est également un agent des renseignements français traité par Maurice Robert [chef du département Afrique du SDECE], et il avait intégré l’équipe politique de Jean Mauricheau-Beaupré [chargé de mission au secrétariat général des Affaires africaines]. Les chefs d’État africains comme Fulbert Youlou, Félix Houphouët-Boigny ou Ngarta Tombalbaye lui faisaient confiance. C'est effectivement par son entremise que la France va favoriser à partir de 1956, la victoire de Youlou (action à l’échelle du territoire congolais), pour le mettre sur le même pied d’égalité que ses deux principaux rivaux Jean Félix-Tchicaya et Jacques Opangault. Ensuite, la France obtient l'adhésion de Youlou et celle de son parti au RDA (action à l’échelle africaine) au début de l'année 1958; concurrençant ainsi directement Tchicaya, qui se retire alors du RDA. Enfin, la France ouvre à Youlou les portes d’un univers normalement réservé aux seuls députés africains (action à l’échelle française) en l’occurrence à Tchicaya.
En fait, en 1952, le RDA initialement affilié au Parti communiste français s'allie désormais à l'Union démocratique et socialiste de la Résistance (USDR) animé à l'époque par René Pleven, le président du Conseil et son ministre de la France d’outre-mer, François Mitterrand. La base à l'échelon local a alors pour consigne d'appliquer ce "repli tactique" à la lettre sous peine de représailles de la part de l'administration locale dirigée majoritairement par des membres du Parti socialiste. Les membres du PPC qualifiés de communistes subissent des brimades de l'administration coloniale et l'hostilité de la majorité des agents de l'État (affiliés à la SFIO ou au RPF) afin de préserver leurs avantages.