La mine de Baburet est une mine de fer française, située dans la vallée de l'Ouzom, dans les Pyrénées. Elle est située sur le territoire de Louvie-Soubiron (Pyrénées-Atlantiques), près de Ferrières (Hautes-Pyrénées). Elle fut exploitée depuis une « date inconnue » et alimenta les forges de la vallée de l'Ouzom, jusqu'à leur fermeture définitive en 1866. Elle fut exploitée de nouveau entre 1923 et 1962.

Géologie La mine de Baburet est située sur la rive gauche de l'Ouzom, à proximité du village de Ferrières, sur le territoire de Louvie-Soubiron qui s'étend de la vallée d'Ossau à celle de l'Ouzom. Les travaux externes réalisés aux diverses époques de son exploitation s'étagent sur le flanc de la montagne, du bord de l'Ouzom, à d'altitude, jusqu'à .

Le gisement est de type « amas » (ou « lentille »), irrégulier et fracturé, d'une hauteur de environ sur un diamètre d'une centaine de mètres pour la partie reconnue. Il est inclus dans des calcaires dévoniens. La partie qui fut exploitée affleure à la cote et s'étend en profondeur jusqu'à la cote . Moins d'un million de tonnes furent extraites d'un gisement estimé à deux millions de tonnes.

Le minerai est généralement de l'hématite. On y trouve aussi de la sidérite. C'est un minerai de bonne qualité, pratiquement sans soufre ni phosphore, ayant une teneur de 52 % en fer. La manque d'homogénéité du gisement et la fragilité des terrains encaissants en rendent l'exploitation difficileJ. Bertraneu, Le gîte de fer de Baburet (Basses-Pyrénées), étude des possibilités restantes, 1958, Rapport BRGM A 1404..

Histoire Une exploitation du minerai de fer de Baburet est évoquée dès l'âge du fer, mais on manque de preuves archéologiquesD. Roux, Protohistoire des piémonts pyrénéens : la transition âge du bronze-âge du fer et les phases anciennes du premier âge du fer entre Garonne et Èbre, .. Le travers-banc de la mine de Baburet a été attribué, toujours sans preuves, aux « Romains », comme le rappelait Bernard de Palassou qui visita la mine vers 1784Bernard Palassou, Essai sur la minéralogie des Monts-Pyrénées, 1784, Paris, Didot jeune, .

On n'a aucune certitude sur les débuts de l'exploitation de ce gisement, mais la toponymie fournit une indication : l'ancien nom du village de Ferrières, Herrariis, figure dans un document du début du , le cartulaire de BigorreLouis-Antoine Lejosne, Dictionnaire topographique du département des Hautes-Pyrénées, rédigé en 1865. Imprimé à Pau, 1992, sous la direction de R. Aymard. . Cette dénomination est dérivée du latin ferrarius (qui concerne le fer), par l'évolution habituelle du f latin au h occitan dans cette région de parler gascon. On peut donc penser que la mine était exploitée à cette époque.

Les premiers documents d'archives datent de 1512 : la forge de Louvie, à proximité de la mine, fut alors reconstruite. Elle utilisait le minerai extrait à l'affleurement de la lentille, à d'altitude, où existent les traces d'une exploitation en « minière » à ciel ouvert. La mine appartenait alors aux seigneurs de Louvie.

La « mine de fer de Loubie »

La mine est située dans le quartier de Louvie dénommé « la Herrère », toponyme désignant indifféremment l'environnement d'une mine de fer ou d'une forge. La dénomination « mine de fer de Loubie » — traduction en français de la « Herrère de Lobie » — figure dans bien des documents jusqu'au . (Loubie est la prononciation, en occitan, de « Lobie », graphie ancienne de Louvie).

Son histoire est liée à celle des forges de la vallée de l'Ouzom et à celle des Incamps, seigneurs de Louvie de 1612 à 1772. On ne peut dire avec certitude à quelle date un travers-banc permettant d'atteindre le cœur de la lentille fut percé. Il est toutefois probable que cette galerie d'accès, la « galerie royale », fut réalisée à la fin du , vers 1680, quand les maîtres de forge reconstruisirent la forge d'Asson et remplacèrent la forge de Louvie par celle de Nogarot, créée sur un emplacement mieux adapté.

Une description précisebaron de Dietrich, Description des gîtes de minerai, des forges et des salines des Pyrénées, 388. de la mine est donnée, un siècle plus tard, par le baron de Dietrich qui, après avoir visité la forge d'Asson – alors appelée « forge de Saint-Paul » – se rendit à la mine de Loubie :

La « mine » (le minerai) est ensuite « grillée » dans des « fours de grillage » situés à l'entrée de la mine : cette opération avait, ici, pour but d'éliminer l'eau et de rendre le minerai plus facile à concasser et plus poreux, ce qui facilitait ensuite les opérations métallurgiques. La mine grillée était ensuite transportée aux forges de Nogarot et de Saint-Paul à dos de mulets .

La « mine de Baburet » au

Cette nouvelle dénomination apparaît au début du , sans qu'on en connaisse la signification : elle figure sur le de 1813Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, le cadastre napoléonien des Basses-Pyrénées, planches Louvie-Soubiron, consultable sur SIG 64. Depuis 1772, les , héritiers des Incamps en étaient propriétaires, ainsi que du très vaste domaine foncier qui les entourait.

La « galerie royale » était alors un travers-bancs de de long ouvrant à la cote . Cette galerie traversait des schistes et des calcaires ne nécessitant pas de boisage, hormis une zone ébouleuse d'une quinzaine de mètres dénommée « le sépulcre ». À son extrémité, « la Fontaine », où elle atteignait l'amas exploitable, deux galeries inclinées percées dans le minerai conduisaient aux divers chantiers d'abattage : la galerie de « l'Espérance » et la « descenderie de la Fontaine ». Les travaux étaient malaisés dans des terrains souvent ébouleux où les anciens travaux avaient laissé des zones mal remblayées.

Jusqu'à la fermeture des forges en 1866 on exploita principalement un petit amas de six ou sept mille mètres cubes.

Vers 1825, le personnel de la mine se composait d'un commis-peseur posté à l'entrée de la mine, du maître-mineur également appelé « l'ambulant » et de 24 ouvriers répartis en « escouades » de trois hommes, un « piqueur » et deux « corbeilleurs » ou « ressorteurs ». Chaque escouade extrayait de 800 à de minerai par jour. Les ouvriers entraient dans la mine à 10 heures du matin et travaillaient jusqu'à 4 heures de l'après-midi. La mine n'eut presque jamais, à cette époque, de directeur expérimenté, si bien que les ouvriers travaillaient au plus vite pour extraire la quantité exigée, sans guère se préoccuper du remblayage des zones exploitées.

Le grillage était réalisé dans deux fours construits sur le carreau de la mine. Ces fours étaient ouverts, cylindriques et placés sous des hangars. Le minerai grillé était ensuite transporté à la forge de Nogarot, dans de petits tombereaux traînés par une paire de bœufs transportant à chaque voyage huit quintaux (). L'état du chemin dans les gorges de l'Ouzom, en aval de Nogarot, ne permettait ensuite que l'utilisation de mulets pour alimenter la forge d'Arthez d'Asson. Pour alimenter la forge de Béon on utilisait ensuite des charrettes le long du « chemin des forges » conduisant à Louvie-Juzon et Béon. On peut estimer à environ la quantité extraite au cours du .

La mine de Baburet ferma, avec les forges, en 1866. L'héritière de la mine et du « domaine d'Angosse » vendit l'ensemble en 1906.

L'exploitation de la mine de Baburet au

Il n'y eut pratiquement aucune activité à Baburet de 1866 à 1906, si ce n'est quelques travaux de recherche en 1898-1899. Ces explorations permirent de constater l'état de la mine après 350 ans d'exploitation pour les besoins des forges. Le jugement de l'ingénieur des Mines fut sans appel : .

De 1906 à 1923, la mine et le « domaine d'Angosse » passèrent de main en main au gré de ventes spéculatives : les que comportait encore le domaine et la richesse supposée de la mine de Baburet attiraient les convoitises. Certains investisseurs entreprirent quelques travaux d'infrastructure préparatoires à une reprise d'exploitation. En 1923, la « Société des Mines de Baburet » devint propriétaire de la mine et du domaine.

Les travaux préparatoires (1923-1930)

Pour rendre à nouveau la mine exploitable, la « Société des Mines de Baburet » engagea, dès 1923, une trentaine d'ouvriers et un ingénieur des mines. La galerie royale, la 685, fut remise en état, des cheminées d'aérage et des descenderies furent ouverts ou restaurés dans la masse de minerai : on retrouva et rééquipa la descenderie de la Fontaine. Un nouveau travers-bancs, au niveau 620, permit d'en faire communiquer la partie inférieure avec l'extérieur. Un niveau intermédiaire (640) fut ouvert entre la 685 et la 620. La Société procéda à l'extraction de de minerai : il était transporté jusqu'à la gare de Coarraze en camions portant six tonnes. Le but de cette première exploitation était uniquement de faire connaître la qualité du minerai extrait.

De 1924 à 1928, les travaux se poursuivirent dans le même esprit : préparer une exploitation rentable. En 1924, on reprit un ancien travers-banc « construit à une époque inconnue » à la cote 741 et en 1928, on en ouvrit un quatrième à la cote 556. L'exploitation pouvait désormais être envisagée à partir de ces quatre travers-bancs étagés sur le flanc de la montagne. À l'extérieur on mit en place un plan incliné muni de chariots porteurs entre les niveaux 685 et 556. L'exploitation resta modeste : il fallait d'abord résoudre le problème du transport du minerai vers la plaine.

La construction de la voie ferrée minière (1928-1930)

Après avoir envisagé la construction de téléphériques pour transporter le minerai jusqu'à une gare de la Compagnie des chemins de fer du Midi - celle de Laruns, en vallée d'Ossau ou celle de Montaut, dans la plaine du gave - on opta finalement pour la construction d'un chemin de fer à voie métrique de la gare de Coarraze-Nay à Baburet.

Les travaux démarrèrent en 1928 et furent menés à grande allure par des centaines d'ouvriers. La voie ferrée longue de fut établie en plateforme indépendante et nécessita l'édification de nombreux ouvrages d'art : deux viaducs métalliques sur le Gave () et l'Ouzom (), deux tunnels, à La Herrère () et aux Eschartès (), neuf ponts en béton armé de dix à vingt mètres de long… La ligne fut ouverte en .

Le matériel roulant était allemand et avait été fourni à la Société des Mines de Baburet dans le cadre des « réparations » que l'Allemagne devait fournir en application du traité de Versailles. Il comprenait deux locomotives construites par Orenstein & Koppel à Berlin, vingt-cinq wagons-trémies pouvant porter vingt tonnes de minerai, 10 wagons plateforme et deux fourgons livrés par « Luttgens Frères » à Sarrebruck.

Le minerai était déversé dans les wagons-trémies sur le carreau de la mine de Baburet depuis un silo de chargement. À Coarraze, les wagons étaient hissés sur une estacade qui permettait de déverser leur contenu dans des wagons tombereau de la Compagnie du Midi et plus tard de la SNCF. L'installation avait été hâtivement construite et se révéla très rapidement fragile : le ballast et la fixation des rails sur les traverses étaient insuffisants pour assurer de manière continue le trafic de trains transportant 80 à de minerai.

L'exploitation de la mine de Baburet de 1930 à 1962

En 1930, l'exploitation sembla démarrer de façon satisfaisante avec un personnel considérable (180 ouvriers et mineurs en , pour la plupart originaires de Ferrières et d'Arbéost). Mais, dans un environnement économique défavorable lié à la crise de 1929, la Société, lourdement endettée par la construction de la voie ferrée fut incapable de faire face. Jusqu'en 1931, elle publia des résultats d'exploitation falsifiés, puis renvoya la majeure partie du personnel. Contrainte au dépôt de bilan, elle garda, en 1932 et 1933, une quinzaine d'ouvriers occupés à entretenir l'existant. En , le personnel fut licencié et la mine laissée à l'abandon.