Noravank (en arménien , « nouveau monastère ») ou Noravank d'Amagh(o)u est un monastère arménien situé dans une gorge de la communauté rurale d'Areni, non loin de la ville d'Eghegnazor, dans le marz de Vayots Dzor, au sud de l'Arménie. Bâti sur l'emplacement d'une église des - s, le complexe est refondé au mais date essentiellement des ; il devient le mausolée des Orbélian. Actif jusqu'au et célèbre notamment pour son scriptorium, cet important centre religieux et culturel arménien est jusqu'alors une des résidences des évêques de Siounie.

L'église principale du monastère, Saint-Jean-le-Précurseur (Sourp Karapet), est précédée d'un gavit et est complétée par l'église Saint-Grégoire (Sourp Grigor). S'ajoutent à ce groupe l'église Sainte-Mère-de-Dieu (Sourp Astvatsatsin), les ruines de divers bâtiments, plusieurs khatchkars et les remparts des .

Rénové à deux reprises au , Noravank est aujourd'hui l'une des cinq attractions touristiques majeures de l'Arménie. Le monastère et la haute vallée de l'Amaghou sont placés depuis 1996 sur la liste indicative arménienne du Patrimoine mondial de l'UNESCO.

Situation géographique thumb|left|Carte régionale.

vignette|Route menant au monastère. Noravank a été érigé dans l'étroite gorge de la petite rivière Amaghou Nicholas Holding, Armenia and Nagorno-Karabagh, Bradt Travel Guides, 2006 , 183., un affluent de l'Arpa., à l'est du haut-plateau arménien, dans le Petit Caucase. Situé sur un replat rocheuxPatrick Donabédian et Jean-Michel Thierry, Les arts arméniens, Éditions Mazenod, Paris, 1987 , 478. dans ce qui ressemble à une petite vallée à de l'entrée de la gorge., le site, perché à ., fait face à des falaises de calcaire ocre et grises.

Le monastère est situé à au nord-est de la localité d'Amaghu, sur le territoire de la communauté rurale d'Areni (localité située au nord du site Jasmine Dum-Tragut, Armenien: 3000 Jahre Kultur zwischen West und Ost, Trescher Verlag, 2008 , 345.), non loin de la ville d'Eghegnazor.. Le site est bâti sur le territoire de l'actuel marz de Vayots Dzor, au sud de l'Arménie ArmStat, Marzes of the Republic of Armenia in figures, 2008, .. Erevan, la capitale arménienne, est distante d'environ ..

Historiquement, Noravank est situé dans le canton de Vayots Dzor de la province de Siounie, une des quinze provinces de l'Arménie historique selon le géographe du Anania de Shirak..

Histoire

La gorge au fond de laquelle est situé Noravank est occupée depuis le Néolithique, sur le site de la grotte de Magil, la plus grande d'Arménie, ainsi que dans d'autres grottes plus petites..

Selon l'historien et évêque arménien de la seconde moitié du Stépanos Orbélian, le monastère aurait été fondé en 1105 par Hovhannès, évêque de Vahanavank, qui y aurait fait ériger la première église Sourp Karapet ; Hovhannès aurait auparavant reçu du sultan seldjoukide Mahmud un titre sur l'emplacement du futur établissement, qu'il aurait imposé à un émir local grâce à l'aide du sultan après avoir guéri le fils de ce dernier Nicholas Holding, op. cit., 184.. En réalité, il semble que la première église Sourp Karapet, aujourd'hui en ruines, date des - s. Hovhannès serait par contre crédité de la refondation du monastère, avec l'installation sur place d'un noyau de moinesSèda Mavian, Arménie, coll. « Guides Évasion », Hachette, Paris, 2006 , 183..

thumb|upright=2|left|La Siounie (ou Syunik') au sud-est de l'Arménie sous les Zakarian, vers 1203.

Le monastère ne se développe cependant qu'à la période zakarideJannic Durand, Ioanna Rapti et Dorota Giovannoni (dir.), Armenia sacra — Mémoire chrétienne des Arméniens (), Somogy / Musée du Louvre, Paris, 2007 , 300., aux , sous les auspices des Orbélian, des féodaux géorgiens issus de la famille arménienne des Mamikonian. et devenus princes de Siounie en 1175.. Les princes de cette lignée sont les commanditaires des bâtiments actuels du monastère, qui abrite en outre leur mausoléeYvan Travert et Raymond H. Kévorkian, Lumière de l'Arménie chrétienne, Monum, Éditions du patrimoine, Paris, 2006 , 103.. Malgré les dommages causés par un séisme en 1340, le monastère devient alors un important centre religieux et culturel, proche notamment du monastère de Gladzor, et une résidence des évêques de Siounie. Son scriptorium s'illustre ainsi au premier plan de l'école de Siounie en termes de production de miniatures au , avec notamment Momik Thomas F. Mathews, Avedis Krikor Sanjian, Mary Virginia Orna, James R. Russel, Armenian gospel iconography — The tradition of the Glajor Gospel, Harvard University Press, coll. « Dumbarton Oaks Series », 1991 , 61..

La présence religieuse se maintient globalement jusqu'au (avec notamment l'érection de remparts aux ), lorsqu'en 1840, un autre séisme cause d'importants dégâts à l'établissement, suivi d'un troisième en 1931.

De premières réfections sont effectuées sous l'ère soviétique en 1948-1949 ; une deuxième phase de restauration débute en 1982 et, avec notamment l'aide financière de Dikran Hadjetian, membre de la diaspora arménienne du Canada., est achevée en 1999, date de la réouverture de Noravank au public.. Cette phase voit ainsi la reconstruction par anastylose du dôme de Sourp Astvatsatsin, notamment grâce au travail de la Commission arménienne pour la protection des monuments et à l'utilisation d'une matrice montrant les relations entre les différentes pierres le constituant..

Inscrit par l'Arménie sur la liste indicative du Patrimoine mondial de l'UNESCO le selon les critères i, iii, vi, vii et ix et sous l'intitulé « Monastère de Noravank et haute vallée de l'Amaghou »., Noravank est aujourd'hui l'un des cinq sites touristiques majeurs du pays, aux côtés de Garni, de Zvartnots, des quartiers historiques de Gyumri, et de Khor Virap.. Des panneaux d'information sur le monastère et la gorge dans laquelle il est situé (grotte de Magil, faune, flore…) ont notamment été installés sur le site à l'attention des touristes en 2008.

Bâtiments

Le monastère inclut l'église Sourp Karapet et son gavit, l'église Sourp Grigor et l'église Sourp AstvatsatsinPour un plan du site, voir .Pour des coupes et des élévations, voir .. Il est complété par les ruines de divers bâtiments, comme une hôtellerie édifiée entre 1273 et 1290, les bâtiments résidentiels ou de service du et de petites chapelles, par plusieurs khatchkars (dont un de la main même de Momik, daté de 1308. et aujourd'hui conservé à EtchmiadzinJannic Durand, Ioanna Rapti et Dorota Giovannoni (dir.), op. cit., 320..) et par les remparts des . Le lieu compte en outre un certain nombre de pierres tombales munies d'inscriptions, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des bâtiments Michael E. Stone, « Further Armenian inscriptions from Noravank' », dans Apocrypha, Pseudopigraphia and Armenian Studies: Collected Papers, vol. II, Peeters Publishers, coll. « Orientalia Lovaniensia Analecta » ( 145), 2006 , 813..

Sourp Karapet et son gavit L'église principale du monastère est Sourp Karapet (« Saint-Jean-le-Précurseur »), dont la première version, datée des - s, subsiste à l'état de ruines au sud de l'église actuelle ; il s'agissait d'une mononef à voûte en berceau renforcée de quatre doubleaux, et complétée au sud par deux chapelles également mononefs.

L'église actuelle du même nom, également appelée Sourp Stepanos (« Saint-Étienne »), a été érigée par le prince Liparit Orbélian et par l'évêque Sargis en 1216-1223 (ou 1221-1227). Il s'agit d'une croix inscrite à coupole cloisonnée fermée et à quatre chapelles d'angle à deux étages Jasmine Dum-Tragut, op. cit., 347.. D'après une ancienne réplique, elle était surmontée d'un tambour octogonal coiffé d'un dôme à ombrelle, tous deux détruits en 1840 et remplacés lors des restaurations par un tambour cylindrique et un dôme conique. Sa décoration est sévère : à l'intérieur, elle se limite à des croix grecques et aux trèfles ornant les chapiteaux des semi-colonnes ; à l'extérieur, on ne compte que deux niches et les encadrements des deux fenêtres orientales.

Le gavit rectangulaire a probablement été construit peu après Sourp Karapet et était alors vraisemblablement doté de quatre piliers, mais il a été fortement remanié en 1261 sous le prince Smbat Orbélian : en attestent les semi-colonnes adossées aux murs et arrêtées à mi-hauteur par une ceinture portant une inscription du prince, sur laquelle repose la couverture du bâtiment, soutenue par voûte d'arêtePatrick Donabédian et Jean-Michel Thierry, op. cit., 198. ; cette dernière est composée de quatre pans et d'un carré central doté de stalactites et d'une lucarne. Le bas du pan nord de la couverture, peut-être récupéré de l'ancien gavit, représente un cavalier chassant un lion avec un sabre. Le gavit abrite quelques sépultures d'Orbélians (dont celle de l'historien et évêque Stépanos.) et de moines, ainsi que quelques khatchkars. Le bâtiment est cependant connu pour la décoration de sa façade occidentale, « remarquable par sa qualité artistique et son originalité iconographique », consistant en deux tympans superposés, réalisés après 1261 et souvent attribués par erreur à Momik (selon cette erreur, ils dateraient de 1321, alors qu'ils sont stylistiquement plus proches de la fin du )Patrick Donabédian et Jean-Michel Thierry, op. cit., 479. : le tympan inférieur, semi-circulaire Nicholas Holding, op. cit., 185., surmonte la porte du gavit et représente une Vierge à l'Enfant entourée d'une inscription et d'une double rangée de trèfles. La Vierge et l'Enfant figurent au centre et sont surmontés d'une colombe, un lion et un oiseau à leurs pieds ; ils sont entourés à droite du prophète Isaïe et à gauche d'un personnage qui pourrait être le prophète Michée ou saint Jean-Baptiste, voire le prophète ÉzéchielJannic Durand, Ioanna Rapti et Dorota Giovannoni (dir.), op. cit., 328.. Décoré en outre de motifs floraux, ce tympan est « un excellent exemple de la sculpture “à jour” »Sèda Mavian, op. cit., 184. ; le tympan supérieur, au sommet pointu, surmonte des fenêtres jumelles. Il représente au centre Dieu sous la forme de « l'Ancien des jours »Jannic Durand, Ioanna Rapti et Dorota Giovannoni (dir.), op. cit., 324., à la face statique et aux yeux en amande, créant Adam à son image, auquel une colombe donne le souffle de vie ; il est entouré à gauche d'une scène de crucifixion avec la Vierge et le prophète Daniel, et à droite d'un séraphin et d'une citation du Livre de Daniel (VII, 9). La composition reflète « une brillante pensée théologique : elle évoque la création d'Adam animé par le souffle divin et rappelle que l'humanité perdue par le péché du premier homme sera sauvée grâce au sacrifice du Christ sur la croix », reflétant ainsi la position exacte de l'Église arménienne au sujet de la TrinitéJannic Durand, Ioanna Rapti et Dorota Giovannoni (dir.), op. cit., 327..

Sourp Grigor L'église Sourp Grigor (« Saint-Grégoire »), ou chapelle de Smbat Orbélian (l'église abrite sa tombe), a été bâtie en 1275 par l'architecte Siranès, au nord de Sourp Karapet, sur commande du frère de Smbat, Tarssayitj Orbélian. Il s'agit d'une mononef à voûte en berceau posée sur un doubleau, dotée à l'est d'un autel semi-circulaire encadré de khatchkars et de colombes sculptées. À l'intérieur de l'église, des restes de fresques sont encore discernables ; Sourp Grigor contient plusieurs tombes de membres de la famille Orbélian, dont celle du fils de Tarssayitj, Élikum, frère de Stépanos, mort en 1300. Sa pierre tombale représente un lion : une inscription explique que le prince, lorsqu'il combattait, « rugissait comme un lion ». L'entrée (à l'ouest) de l'église est surmontée d'un tympan.

Sourp Astvatsatsin