Les Teredinidae (les tarets) sont une famille de mollusques bivalves (lamellibranches) à corps très allongé c'est-à-dire vermiforme, qui s'attaquent au bois immergé dans l'eau de mer ou l'eau saumâtre. Quelques espèces de tarets vivent également en eau douce. Leur apparence très particulière fait que leur appartenance aux mollusques n'est pas évidente, et les marins les désignent généralement sous le nom de « vers », appellation que l'on retrouve notamment en anglais () et en allemand (), et dans cette définition : « ver(s) des mers chaudes qui attaque(nt) le bois des coques »..

Il en existe une espèce géante, Kuphus polythalamia, atteignant plus de de long et de diamètre, qui se développe dans du bois jusqu'à sa maturité avant de s'installer dans le sédiment ; elle ne se nourrit pas de bois mort – son système digestif est très réduit – mais de sulfure d'hydrogène, via une symbiose avec des bactéries..

Une autre espèce de taret, Lithoredo abatanica formellement décrite en 2019, creuse et se nourrit de pierre calcaire carbonatée et vit en eau douce.

Morphologie

Le corps de l'adulte, très allongé, atteint une longueur de plusieurs décimètres (, pour un diamètre de environ, pour l'espèce Teredo navalis.). Il est logé dans une galerie cylindrique creusée dans le bois. Cette galerie est tapissée, hormis à son extrémité antérieure, d'une paroi calcifiée tubulaire sécrétée par le manteau de l'animal au fur et à mesure qu'il allonge sa galerie. Cette sécrétion calcaire est plus épaisse dans les bois tendres et poreux que dans les bois durs et compacts. Cité dans le bulletin n° 18 de la Commission d'études des ennemis des arbres, des bois abattus et des bois mis en œuvre.. Elle s'ouvre sur l'eau environnante au point où la larve s'est initialement fixée. L'orifice est généralement très discret. Il permet la sortie de deux siphons : l'un, ventral, inhalant ; et l'autre, dorsal, exhalant. Ces deux siphons sont rétractiles et l'orifice du tube peut être obturé par deux plaques spéciales appelées « palettes », dont la forme, caractéristique de chaque espèce, est très utile pour leur identification.

La coquille, petite, est équivalve (deux valves de mêmes dimensions), plus haute que longue. Sa hauteur est légèrement inférieure au diamètre de la galerie, donc généralement inférieure à pour la majorité des espèces. Elle est située à l'avant du corps mais, à cause de ses faibles dimensions, elle n'a plus de fonction protectrice : cette dernière revient au bois de la galerie et à son revêtement calcifié. Chaque valve présente extérieurement trois lobes, antérieur, médian et postérieur, ce dernier aussi appelé « auricule ».. Les surfaces du lobe antérieur et de la moitié antérieure du lobe médian sont garnies de crêtes parallèles pourvues de fins denticules. Le lobe postérieur est le point d'insertion d'un puissant muscle adducteur postérieur auquel correspond un faible muscle adducteur antérieur, antagoniste, situé en avant du crochet. Les deux valves peuvent pivoter autour d'un axe dorso-ventral déterminé par deux paires de condyles opposés. En-dessous de la charnière dorsale, la face interne des valves porte une longue apophyse qui sert d'insertion aux muscles du pied. Ce dernier, en forme de ventouse, fait saillie à l'avant de la coquille largement baillante et s'applique contre le fond de la galerie.

, donne une description anatomique très détaillée des Teredo.

Particularités anatomiques thumb|300px|Disposition des principaux organes d'un taret. GDA, partie antérieure de la glande digestive ; GDV, parties ventrales de la glande digestive, leurs orifices sont figurés dans l'estomac ; Orifices uri. et gen., orifices urinaires (rénaux) et génitaux ; le ventricule gauche est sectionné près de sa base, les ganglions nerveux sont figurés en bleu. La distance entre les palettes et le pied représente plusieurs dizaines de fois le diamètre de l'animal.

L'anatomie des tarets révèle les organes typiques d'un mollusque bivalve, mais dont les dimensions, les morphologies ou/et les positions particulières sont dues à l'étroitesse et la longueur de l'espace occupé. D'autre part, certaines structures n'ont leur équivalent dans aucun autre groupe de bivalves. Les branchies sont divisées en deux parties, l'antérieure de petite taille, la postérieure très développée. Elles sont reliées par le sillon alimentaire qui court sur le côté de la masse viscérale. L'ensemble cœur-reins subit un basculement qui amène les reins en position dorsale par rapport au cœur dont les oreillettes passent derrière le ventricule. Par ailleurs l'aorte antérieure et l'aorte postérieure deviennent respectivement postérieure et antérieure.

La glande digestive est divisée en plusieurs parties possédant des orifices séparés dans l'estomac. À l'estomac est annexé un vaste cæcum. Le bois est digéré dans le caecum et les diverticules des glandes digestives, bien que ceux-ci soient des compartiments intestinaux en grande partie dépourvus de microbes.. Les glandes de Deshayes, , sont un organe très particulier étroitement associé aux branchies, et qui débouche dans la veine branchiale (cette dernière est double en amont mais n'a qu'un seul conduit près des branchies) L'extrémité postérieure, du côté de l'orifice de la galerie, est munie de palettes dotées d'une musculature propre. Les muscles rétracteurs des siphons s'insèrent sur le revêtement calcaire de la galerie et non sur les valves de la coquille qui se trouvent à l'autre extrémité de l'animal et sont donc très éloignées de l'extrémité des siphons.

Les “foies” de Teredo sont différenciés histologiquement en deux types distincts de lobules : un type (dorsal) est constitué de cellules colonnaires relativement grandes et rapprochées ; les lobules ventraux consistent en des cellules plus petites et quelque peu aplaties entourant de grandes lumières. Ces lumières sont typiquement remplies de particules de bois.

Le corps du taret occupe toute la longueur de la galerie mais la région antérieure peut se rétracter légèrement par rapport à l'extrémité de cette dernière. Si on ne tient pas compte des branchies, les viscères ne représentent que le quart environ de la longueur totale et seule leur partie antérieure est partiellement recouverte par la coquille.

thumb|Disposition d'un taret dans une pièce de bois.

Creusement de la galerie

La coquille a perdu sa fonction de protection du corps et est devenue l'organe de creusement mécanique de la galerie : les tarets sont des organismes térébrants. L'action de succion du pied, la contraction de ses muscles rétracteurs ainsi que le gonflement de la région antérieure du corps appliquent la coquille contre le bois. La contraction alternée des deux muscles adducteurs, l'antérieur et le postérieur, provoque le basculement des valves autour de l'axe dorso-ventral constitué par les condyles, ceci provoque le frottement contre le bois des denticules de la coquille qui agit comme une râpe. La partie antérieure du corps de l'animal est par ailleurs susceptible de tourner sur elle-même, vers la gauche et vers la droite, ce qui permet de donner une section parfaitement circulaire à la galerie. Le creusement de la galerie s'accompagnerait de la fermeture de l'orifice postérieur grâce aux palettes.

Sexualité et reproduction La glande génitale, potentiellement hermaphrodite, fonctionne d'abord comme mâle (hermaphrodisme protandrique) chez plusieurs espèces comme Nototeredo norvagica, Teredo navalis, Bankia setacea, Lyrodus pedicellatus. Un hermaphrodisme fonctionnel peut s'observer temporairement chez les trois dernières espèces ; il est suivi de la phase femelle. Mâles et femelles peuvent émettre leurs gamètes dans l'eau de mer ambiante, où se produit alors la fécondation (Bankia setacea, Bankia indica, Nototeredo norvagica). Dans d'autres espèces, seuls les spermatozoïdes sont expulsés dans le siphon inhalant des femelles et parviennent ainsi dans la cavité épibranchiale où se produit la fécondation. Cette dernière modalité est de rigueur chez les espèces qui incubent plus ou moins longuement leurs œufs à la surface des branchies (Teredo norvegica, Lyrodus pedicellatus). L'introduction du siphon exhalant d'un mâle dans le siphon inhalant d'une femelle, ce qui permet l'introduction massive des spermatozoïdes dans la cavité branchiale de cette dernière, a été observé chez Bankia gouldi.

Le nombre des œufs pondus est généralement extrêmement élevé : Sigerfoos (1907) cite le chiffre de pour une seule émission chez Psiloteredo megotara. Ces œufs sont très petits : leur diamètre moyen est de moins de 1/ de mm. Les larves (véligères) vivent librement dans le plancton pendant environ ( chez Teredo navalis, durée toujours variable en fonction de la température, et de la nourriture disponible). Chez Lyrodus pedicellatus les larves sont émises à l'état de pédivéligères, elles sont aptes à se fixer sur le bois en , voire de manière pratiquement immédiate.

Becker (1959), qui a élevé quatre générations de Lyrodus pedicellatus en laboratoire, signale que l'émission des œufs et du sperme (spawning) est sujette à une périodicité lunaire marquée.

Nutrition La nutrition des tarets est une question complexe et dont les différents aspects sont sujets à controverse. Ces mollusques disposent de deux sources de nourriture principales : Le plancton et les particules organiques en suspension dans l'eau, qui fournissent les protéines nécessaires. Le bois provenant du forage du tunnel, qui fournit les carbohydrates nécessaires. Ce sont d'authentiques xylophages (mangeurs de bois). Les premiers éléments, aspirés par le courant inhalant, sont capturés par les branchies et conduits vers les palpes labiaux puis la bouche par un sillon alimentaire cilié. Leur digestion, intracellulaire, se réalise dans les tubes « ordinaires », c'est-à-dire semblables à ceux des autres bivalves, de la glande digestive.

Le bois est réduit à l'état de fragments. Les particules les plus fines sont dirigées vers la bouche. Elles seraient d'abord attaquées, dans l'estomac et le cæcum, par les enzymes (cellulases) sécrétées par un ensemble de bactéries symbiotiques logées dans les cellules de la glande de Deshayes près des branchies. Les enzymes cellulolythiques sont transportés depuis les branchies jusqu'à la bouche par les conduits des glandes de Deshayes – et non, comme on le pensait jusqu'à récemment, par des cellules bactériennes mues par l'action ciliaire des sillons branchiaux ou alimentaires. . La digestion du bois a lieu dans les cellules de certains lobules du “foie”. Les particules de bois dans les lumières des lobules digestifs ventraux sont ingérées par des cellules amiboïdes libres, à l'intérieur desquelles le bois est vraisemblablement digéré et préparé pour être absorbé par l'animal. Certaines des cellules épithéliales du foie sont également dites contenir des fragments de bois, et il est probable que les cellules amiboïdes libres dans les lumières proviennent de cet épithélium. Les foies, selon Yonge, n'ont pas de fonction sécrétoire : ce sont des organes d'absorption et de digestion intracellulaire..

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Depuis le dernier quart du , les recherches sur les bactéries symbiotiques de la glande de Deshayes ont permis de mettre en évidence leur rôle dans la dégradation du bois et aussi dans la fixation de l'azote qui permet aux tarets de compenser, autrement que par la capture du plancton, la pauvreté du bois en acides aminés... En liaison probablement avec le fait qu'ils consomment leur propre habitat qui prend donc un caractère temporaire, les tarets présentent un certain nombre d'adaptations comme une croissance rapide, une maturation précoce des gonades et une fécondité élevée.

Dégâts thumb|Perforations et galeries creusées dans le bois par Teredo navalis.