Kétou (ou Ketu) est une commune et une ville du Sud-Est du Bénin, située à l’extrême nord du département du Plateau, à proximité de la frontière avec le Nigeria. Kétou est divisée en six arrondissements : Adakplamè, Idigny, Kétou, Kpankou, Odomèta, Okpomèta, et compte 79 villages.
Géographie La commune de Kétou se présente comme une grande communauté rurale, encore peu développée.
La ville de Kétou se situe à au nord de Cotonou et à de la capitale Porto-Novo. La frontière avec le Nigeria, se trouve à à l’est, dans le village de Illara Kanga
Climat Kétou possède un climat de type tropical avec deux saisons des pluies (mars-juillet et septembre-octobre) et deux saisons sèches (août et novembre-février). Au fil des années on observe cependant un décalage des saisons, la deuxième saison des pluies tendant à devenir une prolongation de la première. Les précipitations annuelles sont de l'ordre de en 65 jours. La température moyenne annuelle est de avec un maximum atteignant , février étant le mois le plus chaud. L'humidité permanente élevée diminue un peu en décembre et janvier du fait de l'harmattanGassi Bani, Monographie de la commune de Kétou, Afrique Conseil, , .
Relief Le territoire de la commune se trouve sur un plateau de faible altitude (entre 100 et ), incliné vers le sud, parfois coupé de dépressions et encadré de quelques hauteurs au nord et au nord-est.
Végétation La végétation est dominée par la savane arborée et la forêt, qui couvre . En font partie les forêts classées de Kétou et de Dogo (ou Guézou) et la forêt sacrée d’Adakplamè.
Démographie La population de la commune s’élève à selon le recensement général de la population de 2013.
Le recensement de 2002 (RGPH3) a établi que la commune était peuplée majoritairement par les Nagot (48,9%), suivis par les Hollidjè (26,2%), les Fon (16,7%) et les Mahi (3,9%), auxquels s'ajoutent, en plus faible proportion, les Adja (0,2%), les Goun (0,7%), les Yoruba (0,4) et les étrangers (0,6%)Monographie de la commune de Kétou, op.cit., 2006, .
Économie L’essentiel de l’économie de Kétou repose sur l’agriculture et le commerce. L’achèvement des axes routiers Kétou – Ilara et Pobè – Kétou devrait désenclaver la ville et en faire un carrefour commercial important. La ville est électrifiée et l’eau courante y est disponible ainsi que la liaison téléphonique (filaire et mobile).
Administration En tant que chef-lieu de la commune de Kétou, on trouve en ville un certain nombre de services, dont un poste de police, un poste de douanes, un camp militaire, un hôpital, une recette PTT, une recette-perception (démembrement du Trésor public) de l'État, une institution de micro crédit (CLCAM), plusieurs écoles primaires et deux collèges.
Le maire de Kétou vignette|Lucie Ablawa Sessinou, maire Depuis les élections communales de , le maire de la commune est Lucie Ablawa Sessinou. Ainsi, elle reprend les fonctions de maire qu'elle avait déjà occupées de 2003 à 2008.
Histoire La ville est le siège d’un très ancien royaume Yoruba, retraçant ses origines directement au berceau du peuple Yoruba, à Ilé-Ifè. Le souverain actuel, le roi Adedun Loyé, a été couronné Alaketu et présenté à la population le dimanche .
Les origines – de Ife à Kétou Les différents groupes Yoruba retracent tous leurs origines jusqu'à la ville d’Ilé-Ifè dans le Nigeria actuel et à son fondateur Oduduwa. La dispersion et les migrations des Yoruba sont le fait des sept petits enfants de Oduduwa, chacun d’entre eux ayant créé ce qu'il est convenu d’appeler les grands royaumes Yoruba, dépositaires légitimes de la couronne Yoruba. Selon la tradition, Kétou est clairement considéré comme un membre aîné de la famille Yoruba. En effet, à sa mort, Oduduwa laissa sept princes et princesses, ancêtres des différents groupes constituant le peuple Yoruba. Parmi eux, le deuxième enfant, une princesse, devint la mère d’Alaketu, l’ancêtre du peuple de Kétou. D’après les traditions de Kétou, un certain Shopashan (Şopasan) serait à l’origine de la fondation du royaume. Il aurait quitté Ile-Ife avec sa famille et d’autres membres de son clan, pour se diriger vers l’ouest, avant de s’installer finalement à Aro, au nord-est de Kétou. Rapidement, Aro devint trop petit pour la population grandissante du clan, et la décision fut prise de chercher un lieu plus adapté aux besoins du groupe. Le nouveau roi Ede chercha donc conseil auprès d’un vieux chasseur du nom de Alalumon, qui lui indiqua l’emplacement de ce qui allait bientôt devenir Kétou. Le roi Ede, quitta donc Aro avec et s’installa sous l’arbre du chasseur Alalumon autour duquel la ville fut construite et dont l’emplacement est marqué jusqu’à ce jour. Le périple qui conduisit Ede jusqu'à Kétou, est aujourd’hui encore très présent dans les mémoires et les traditions de Kétou, puisque chaque nouveau roi se doit de le répéter avant son intronisation. Ainsi, fut fondé le royaume de Kétou, tel qu’il existe aujourd’hui. Le roi Ede, bien que fondateur de la ville, n’est que considéré comme étant le septième Alaketu, puisqu’il a été précédé par six souverains du temps de Aro.
Les premiers rois de Kétou Il n’existe aucune date précise concernant la fondation de Kétou et les estimations varient du au . L’histoire de Kétou, comme de l’Afrique dans son ensemble, repose essentiellement sur les traditions orales, souvent imprécises et contradictoires. Ainsi, pas grand-chose n’est connu sur l’évolution de Kétou avant le règne du roi Ede. Il semble pourtant clair que les Yoruba n’étaient pas les premiers à s’établir à Kétou. La tradition indique la présence antérieure d’un peuplement autochtone dans la région, dans le village de Kpankou, à quelques kilomètres de Kétou. Les premiers arrivants Yoruba leur sont d’ailleurs redevables, puisqu'ils allumèrent leur premier feu grâce à la charité d’une certaine Iya Kpankou. Ce geste est resté dans la mémoire de Kétou, à travers un « rituel du feu » qui se déroule lors du décès de l’Alaketu. À l’annonce de la disparition du roi, tout feu doit être éteint dans la ville, pendant qu’un ministre du roi se rend à Kpankou demander du feu afin de rallumer tous les foyers à Kétou. Bien que relativement pacifique, l’histoire ancienne de Kétou est ponctuée de tensions et de conflits. La défense du royaume était assurée en partie par l’existence d’impressionnantes fortifications, encore visibles aujourd’hui. Les murailles et la porte gardée, unique accès à la ville, furent l’œuvre du roi Sa, quatorzième souverain de Kétou.
La chute de Kétou vignette|Groupe de musulmans à Kétou - Dahomey vers 1890 À partir du , l’histoire de Kétou entre dans une période de troubles et de conflits, avec pour toile de fond la rivalité qui oppose les royaumes Fon du Dahomey et Yoruba d’Oyo. Faisant effet de « zone tampon » entre les deux grandes puissances, Kétou subit de plein fouet l’agressivité des souverains dahoméens et se trouva engagée dans de nombreuses batailles avec les rois d’Abomey.
Un premier incident d’importance majeure se déroula près de Kétou en 1858, avec l’assassinat du roi Ghézo dans le village d’Ekpo, une dépendance de Kétou. L’événement provoqua une grande agitation à Kétou. Craignant une riposte dahoméenne, le roi Adegbede hésita, s’attirant ainsi la foudre de ses sujets. La confusion générale, ajoutée à l’impopularité du roi, entraîna une fin tragique puisque Adegbede se vit contraint de se suicider.
Avec l’accession au trône du roi Glélé, les ardeurs dahoméennes se portèrent alors sur les autres royaumes Yoruba. De part et d’autre, on accusait Kétou de complicité avec l’ennemi et il semble en effet que l’armée dahoméenne avait l’habitude de se ravitailler à Kétou. vignette|Chef de Kétou (1900) En 1883, une banale dispute d’approvisionnement entraîna la fureur de Glélé qui se jura de briser Kétou. En août, profitant d’une querelle opposant Kétou et Ibadan, Glélé lança ses troupes sur Kétou sans défense. Le roi Ojeku fut aussitôt capturé et décapité, alors que son royaume était mis à feu et à sang par l’armée de Glélé.
Malgré cette écrasante victoire, le roi Glélé, n’avait pas mis fin à son hostilité à l’égard de Kétou. Avec le redressement de Kétou, il chercha d’autres moyens pour définitivement défaire son ennemi. Apprenant par un informateur que la nouvelle stratégie militaire de Kétou était essentiellement défensive, il lança en 1886 une offensive d’envergure contre Kétou. L’attaque fut de courte durée et particulièrement meurtrière pour les troupes dahoméennes, puisque la muraille de Kétou s’avéra être infranchissable. Il fut donc décidé de cerner la ville et de l’affaiblir par le blocus et la famine. Au terme d’un siège de trois mois, Glélé supervisa personnellement la destruction totale de Kétou. La ville fut pillée, les temples et autels furent détruits et toutes les maisons brûlées. La majorité des soldats et gens de Kétou furent conduits attachés jusqu’à Abomey pour endurer la honte et la cruauté, tandis que leurs chefs étaient impitoyablement exécutés. vignette|Statue représentant le roi Oyingin - Place du centenaire de la renaissance de Kétou 1894 - 1994 Il faut attendre huit ans et la défaite dahoméenne aux mains des troupes françaises du général Dodds, pour voir la renaissance de Kétou. C’est donc en 1894, sous le règne du roi Oyingin que Kétou se relève définitivement. Depuis lors, Kétou a connu cinq souverains, dont le dernier, Adedun Loyé, successeur de Aladé Ifè, décédé le .
Aladé Ifè, de Kétou À la fin du règne du Adétutu le , et après consultation de l’oracle Ifa, le choix fut porté sur le dénommé Basile Gbotché, pour assumer la fonction royale. Né à Kétou vers 1948, il avait fait carrière dans l’administration publique en tant que statisticien au Ministère du Plan et du Développement. Il fut couronné le sous le nom de règne de Aladé Ifè – le « porteur de la couronne d’amour ».
Il tira sa révérence le lundi , à l'âge de 70 ans, des suites d'une longue maladie..
Son successeur, présenté aux populations de Kétou le dimanche , a pour nom Anicet Adédjouman Adéchinan. Marié et père de plusieurs enfants, il est inspecteur des douanes en service à Kaboua dans la commune de Savè.
Comme tous les rois avant lui, pendant plus de trois mois, il se sacrifiera au rituel du pèlerinage, reprenant l’itinéraire qui a conduit le premier roi du Nigéria jusqu’à Kétou. Ainsi il se rendra, pour effectuer les sacrifices d’usage, à Idofa, Imeko, Illikimou, Idigny, Irokogny et Odometa avant d’entrer à Kétou par la porte Akaba Idena..
Avant d’être couronné, le roi doit également se familiariser avec les secrets de sa fonction. Ainsi, il sera initié durant plusieurs retraites royales aux sciences divinatoires et aux affaires religieuses lui permettant d’exercer sa charge. Une fois ces étapes effectuées, le roi peut officiellement entrer en fonction.
vignette|centré|Statue du roi Oyingin à Place du centenaire de la renaissance de Kétou
Liste des rois de Kétou Cinquante souverains se sont succédé à la tête de Kétou depuis l'établissement à Aro. Le , Adedun Loyé, a été présenté à la population le dimanche .
Il est à noter que Kétou a été dirigé par deux régents au cours de son histoire : Agidigbo Hungbo (1883 - 1886), puis Ida, une femme (1893 - 1894).