Simon Leys, nom de plume de Pierre Ryckmans, né le à Uccle (Région de Bruxelles-Capitale) et mort le à Sydney, est un écrivain, essayiste, critique littéraire, traducteur, historien de l'art, sinologue et professeur d'université de double nationalité belge et australienneCette deuxième nationalité acquise en 2010., de langue française et anglaise et de confession catholique..
Pierre Ryckmans commence sa carrière de sinologue par des traductions et des recherches sur la peinture chinoise en particulier avec sa thèse sur l'oeuvre de Shitao : Propos sur la peinture du moine Citrouille-amère. Contribution à l'étude terminologique des théories chinoises de la peinture (1970). Pour son ouvrage La Vie et l'œuvre de Su Renshan, rebelle, peintre et fou, 1814-1849 (1970), il reçoit le prix Stanislas Julien de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
Par ailleurs, sous le pseudonyme de Simon Leys, il fut l'un des premiers intellectuels à dénoncer la révolution culturelle chinoise et la maolâtrie en Occident en publiant sa trilogie Les Habits neufs du président Mao (1971), Ombres chinoises (1974) et Images brisées (1976). L'opposition d'intellectuels catholiques français maoïstes lui coûtera, en 1971, la perspective d'une carrière à l'université française. Son œuvre porte notamment sur la politique et la culture traditionnelle en Chine, la calligraphie, la littérature française et anglaise (notamment des auteurs catholiques), la mercantilisation de l’université, et la mer dans les œuvres littéraires. Biographie Origines sociales et familiales Pierre Ryckmans est né le à Uccle, une commune bourgeoise de Bruxelles, dans une maison de l’avenue des Aubépines. Sa famille, qui appartient à la grande bourgeoisie catholique belge, est d'origine malinoise et anversoise : il est le fils d'un éditeur, le petit-fils d'Alphonse Ryckmans, homme politique conservateur, conseiller communal d'Anvers puis vice-président du Sénat, le neveu de Pierre Ryckmans, gouverneur général du Congo belge et du Ruanda-Urundi de 1934 à 1946, et de Gonzague Ryckmans, professeur à l'Université de Louvain et sommité mondiale de l’épigraphie arabiquePhilippe Paquet, « Le sinologue belge Simon Leys est décédé », La Libre Belgique, 11 août 2014.Pierre Mertens, Réception de Simon Leys, Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, 30 mai 1992.. Il grandit au sein d'une grande famille avec ses deux frères et sa sœur, et aussi de nombreux cousins dont les huit enfants du gouverneur du Congo..
Études Il fréquente l’école des Servites de Marie, non loin de la maison familiale, puis fait ses humanités gréco-latines au collège diocésain Cardinal Mercier de Braine-l'Alleud, où un de ses maîtres, l’abbé Voussure, .
Il développe son habileté pour le dessin au contact de Jacques Laudy, un ami de sa famille, dont il fréquente l'atelier. L'art graphique, et plus particulièrement la peinture, restera sa grande passion durant toute sa vie.
À partir de 1953, il étudie le droit et l'histoire de l'art à l'université catholique de Louvain.
Voyage en Chine thumb|upright|Zhou Enlai à Nanjing en 1946. En 1955, à l'âge de dix-neuf ans, il perd son père prématurément. En mai, il participe au voyage d'une délégation de dix jeunes Belges invités durant un mois en Chine, séjour encadré au cours duquel il prend part à un entretien avec Zhou Enlai, le numéro 2 chinois.
Ce séjour le rend favorable à la révolution chinoise , The Cameras Can Lie, AIM (Accuracy In Media) Report, February 1978 : . et au régime maoïste : Pierre Ryckmans (Simon Leys), an old China hand, died on August , aged 78, The Economist : ., mais aussi le persuade d'apprendre le chinois afin de pouvoir s'ouvrir à la langue et à la culture du pays : My overwhelming impression (a conclusion to which I remained faithful for the rest of my life) was that it would be inconceivable to live in this world, in our age, without a good knowledge of Chinese language and a direct access to Chinese culture The Hall of Uselessness, My First Trip to China, excerpts from Simon Leys’ recent writings and interviews, 2012-09-05..
Il achève ses études d'histoire de l'art et s'initie à la calligraphie.
À l'été 1958, il embarque à Étel, dans le Morbihan, sur l'un des derniers dundées-thoniers en activité. Il rédige aussitôt le récit de cette maréeLa marée est une campagne de pêche en langage de vieux marins., qui sera publié quarante-cinq ans plus tard, sous le titre de ProsperPrésentation de Prosper, de Simon Leys, illustré par Gildas Chasseboeuf, Le Chasse-Marée, , 6 avril 2012..
Séjours à Taïwan et au Japon thumb|Université nationale de Taïwan. Après avoir voyagé en Afrique et en Asie, il obtient, du gouvernement de Chiang Kai-shek, une maigre bourse d'études pour Taïwan, où il s'inscrit à la section des Beaux-Arts de l’Université nationale de Taïwan. Il a pour professeur Pu Hsin-yu, cousin du « dernier empereur » Pu Yi, et se documente pour sa future thèse de doctorat sur Shitao, un artiste peintre chinois de la dynastie Qing. En 1960, il passe six mois au Japon, il commence à apprendre le japonais et donne des cours de français à des étudiants. Il réside cinq mois à Tokyo puis rejoint Kyoto. thumb|Université de Nanyang.
Voyage aux États-Unis et objecteur de conscience De retour à Taïwan, il doit repartir en , pour rejoindre la Belgique et effectuer son service militaire, du moins le croit-il. Pierre Ryckmans embarque sur un vieux cargo chinois, traverse le Pacifique Nord, en plein hiver, dans une mer déchaînée, ce qui l'enchante. Il passe des heures sur le pont à admirer la mer. Par ailleurs il profite de la traversée pour lire Two Years Before the Mast (Deux années sur le gaillard d'avant) de Richard Henry Dana, Jr. et les Voyages de Gulliver de Jonathan Swift, il indiquera cinquante ans plus tard que ces livres l'accompagnent encore. Arrivé à la fin février en vue des côtes américaines, le cargo remonte la Columbia River jusqu'à Longview. Puis il traverse les États-Unis, en prenant son temps avec les bus de Greyhound. Les paysages exotiques se succèdent avec l'ouest américain, le Midwest, les grandes villes de l'est et leurs « sublimes musées ». Il découvre enfin New York, qui après la Rome baroque quelques années plus tôt et Kyoto, constitue un « choc esthétique » mémorable. Fin avril Pierre Ryckmans quitte à regret New York, n'ayant pas eu le temps de visiter tout Manhattan, et embarque pour rejoindre Le Havre à bord du paquebot Liberté. Revenu en Belgique, il s'attelle d'abord à terminer son mémoire de fin d'études en histoire de l'art. À l'issue de ce travail, il obtient une « grande distinction » pour son mémoire. Celui-ci sera le prélude à sa thèse de doctorat.
Par ailleurs le , le parlement belge promulgue une réforme qui permet à certains jeunes de substituer au service militaire un service civil. Trois semaines avant d'être appelé sous les drapeaux, Pierre Ryckmans peut bénéficier de la réforme. Il obtient donc le statut d'objecteur de conscience et, en remplacement du service militaire, accomplit trois années de « coopération au développement » d’abord à Singapour, où, grâce à l’écrivaine Han Suyin, il peut étudier et enseigner en chinois à l'université de Nanyang. Soupçonné d’être pro-communiste par le régime de Lee Kuan Yew, il fait ses valises en 1963 et s’installe à Hong Kong, à l'époque colonie britannique.
Vie de bohème à Hong-Kong thumb|Réfugiés à Hongkong, en 1965. thumb|File d'attente pour l'eau à Hong Kong, en 1963. Pendant son séjour de plus de deux ans à Hong Kong, la vie que mène Pierre Ryckmans n'est pas sans ressembler à une version asiatique de Scènes de la vie de bohème The Hall of Uselessness: Collected Essays by Simon Leys, reviewed by Angelo Paratico, Asian Review of Books, 15 septembre 2013 : , partageant avec trois amis, un artiste et deux étudiants, ce qu'ils appellent , une misérable cahuteEn 2012, Simon Leys publie un livre au titre étrange, Le studio de l'inutilité. Celui-ci fait référence à une calligraphie qui décorait la cabane d'un bidonville de Hong Kong où il vit deux ans durant avec trois amis étudiants et artistes. d'un bidonville de réfugiés du quartier de KowloonSimon Leys et le studio de l'inutilité, Simon Leys, 2011 : . Pour Simon Leys, Pierre-Edouard Deldique, Seul contre tous, Simon Leys montra le vrai visage du maoïsme, RFI, 11 septembre 2015.. Il donne des cours au New Asia College, embryon de la future université chinoise, mais étant insuffisamment rémunéré et devant faire face à la cherté des loyers, il complète son salaire en rédigeant tous les quinze jours, de 1967 à 1969, un rapport analysant le déroulement des événements en Chine, pour le compte de la délégation diplomatique belge de Hong-Kong.. Ces rapports seront à l'origine de son livre Les Habits neufs du président Mao. Par ailleurs, il donne des cours à l’Alliance française de la colonie anglaise. C'est à cette époque qu'il rencontre le sinologue René Viénet, alors membre de l'Internationale situationnisteRené Viénet sera ultérieurement l'auteur d'un film, Chinois, encore un effort pour être révolutionnaires !, sorti en 1977., par l'entremise d'un autre sinologue, Jacques Pimpaneau, qui donne lui aussi des cours au New Asia College. René Viénet, qui estime que les journaux chinois de Hong Kong ne donnent pas de la révolution culturelle une version aussi aseptisée que les écrits des sinologues et journalistes occidentaux, obtient l'accord de Pierre Ryckmans pour que son essai, Les Habits neufs du président Mao, soit publié par la maison d'édition parisienne Champ libre, dirigée par Gérard Lebovici.
Mariage et thèse de doctorat Le , Pierre Ryckmans épouse Han-fang Chang Michael Forsythe, Pierre Ryckmans, 78, Dies; Exposed Mao’s Hard Line, The New York Times, August 14, 2014., une journalisteBiographie de Simon Leys, Who's who. rencontrée lors de son séjour à Taïwan. Le couple aura quatre enfants, dont des jumeaux, Marc et Louis, nés le à Hong Kong..
Pour sa thèse de doctorat, il traduit et commente un chef-d'œuvre de l'histoire de l'art chinois, le traité de peinture écrit par Shitao, dont le nom se traduit par Citrouille-amère, véritable génie créatif du début du . . Elle sera publiée, en 1970, par l'Institut belge des hautes études chinoises à Bruxelles, sous le titre Propos sur la peinture du moine Citrouille-amère. Contribution à l'étude terminologique des théories chinoises de la peinture..
De Pierre Ryckmans à Simon Leys thumb|Couverture de René Leys (1922).