La base aérienne 107 Villacoublay « Sous-lieutenant René Dorme » est une base aérienne de l'Armée de l'air et de l'espace française située au sud-ouest de Paris au sud de Vélizy-Villacoublay dans les Yvelines.
Elle s'étend sur deux départements et dans trois communes : Vélizy-Villacoublay et Jouy-en-Josas dans les Yvelines, et Bièvres dans l’Essonne.
Le site est occupé par les militaires depuis 1911.
La base aérienne 107 fut créée administrativement en 1936.
Histoire
Les débuts de l'aéronautique Idéalement situé à quelques kilomètres de Paris, le plateau de Villacoublay, à près de 200 mètres d'altitude, cerné de vallées et de forêts (vallées de la Bièvre et de Marivel, forêts de Meudon et de Versailles) a constitué un terrain de prédilection pour les essais en vol, d'abord de ballons puis d'aéroplanes.
Aérostation (plus légers que l'air) Les premières photographies aériennes au monde, réalisées par l'artiste et aéronaute Nadar en 1858 depuis un ballon, ont été prises au-dessus du Petit-Clamart, au nord de l'A86 qui le sépare de la base aérienne. Une plaque commémorative le rappelle au rond-point du Petit Clamart.
Le , deux pionniers de l'aérostation militaire, les capitaines Charles Renard et Arthur Constantin Krebs, procèdent à l'essai du ballon dirigeable militaire qu'ils ont construit. Ils l'ont baptisé La France. Ils partent du premier hangar à dirigeables du monde, désigné hangar Y sur les cartes, édifié près des étangs de Chalais-Meudon spécialement pour la construction du dirigeable. Celui-ci, propulsé par un moteur électrique actionnant une hélice tractive, survole la propriété de Monsieur Dautier, futur maire de Vélizy, puis fait demi-tour et revient à son hangar, accomplissant le premier vol en circuit fermé du monde (8 kilomètres en 23 minutes). Pour commémorer cet exploit, la base aérienne n°272 de Saint-Cyr-l'École, ultérieurement transformée en « détachement air » (DA) rattaché à la base aérienne 107, sera baptisée « colonel Charles Renard ».
Aviation (plus lourd que l'air) A quelques kilomètres du plateau de Villacoublay, le camp militaire de Satory voit peut-être le premier vol au monde d'un aéronef. En 1897, l'ingénieur français Clément Ader y a fait décoller son « avion » (c'est lui qui a inventé le mot). Cet exploit ne fait l'objet d'aucune publicité : ce visionnaire a prévu d'emblée les possibilités militaires de son invention, et les essais sont secrets.
En , deux jeunes ingénieurs, Alfred de Pischof et Paul Koechlin, font voler un aéronef de leur conception sur les terres de Paul Dautier. Ils réussissent des vols de 300 à 500 mètres.
En , un riche sportsman, le comte Charles de Lambert (premier aviateur à survoler la tour Eiffel, le ), découvre le site de Villacoublay par hasard. En 1909, avait été créé près de Juvisy le premier « aérodrome » au monde, Port-Aviation. Pour la première fois, une aire était consacrée exclusivement au plus lourd que l'air. Début 1910, la Crue de la Seine de 1910 a noyé le terrain. Le comte de Lambert, qui possédait deux biplans Wright, a donc évacué ses appareils vers le terrain de Saint-Cyr-l'École par char à bœufs. Il a été contraint de s'arrêter pour passer la nuit chez Paul Dautier à la ferme de Villacoublay. Celui-ci, tourné vers l'avenir et féru de technique, lui aurait alors proposé un champ (situé approximativement à l'emplacement des actuels hangars Breguet) pour s'installer. C'est ainsi que l'école de pilotage Wright-Astra a vu le jour en .
À partir de 1910, tout s’accélère avec la création de quatre écoles de pilotages sur le site. Elles sont notamment destinées à l'instruction aérienne des officiers.. Louis Charles Breguet, le célèbre constructeur, installe son école à Villacoublay en . Les usines Breguet s'installent progressivement sur le site à compter de 1913. Il est rapidement suivi par les frères Morane, fondateurs de la société Morane-Saulnier, qui achètent le terrain autour de la ferme de Villacoublay en , puis par l’école Nieuport ().
Fin 1910, l’armée fait son apparition. Les domaines décident d’acquérir ces terrains pour devenir le terrain des essais officiels en vol. L’armée s’y implante progressivement.
Début 1911, comme sur la base aérienne 122 Chartres-Champhol, l'armée procède aux premiers essais de radio (TSF) entre un aéronef et une station au sol, en l’occurrence, la tour Eiffel.
Lors de la création de l’aéronautique militaire début 1912, Villacoublay est choisie pour une première présentation en (24 appareils), puis une seconde en (72 appareils) devant les plus hautes autorités de l’Etat.
1912 : les essais en vol débutent et prennent le nom de « Service technique de l'aéronautique » puis « Groupe des avions nouveaux » et « Section des essais en vol des services techniques ».
1913 : l’aérodrome de Villacoublay est le théâtre de la victoire du jeune Marcel Brindejonc des Moulinais à la prestigieuse Coupe Pommery (compétition d’aviation) et de son retour triomphal après son circuit des capitales d’Europe à bord de son Morane-Saulnier type H. Marcel Brindejonc des Moulinais revient à Villacoublay en , quand il est mobilisé avec le grade de caporal et affecté à l'escadrille DO 22 pour sa présentation au général Joseph Joffre.
Le , l'escadrille DO 22, dite des « avions blindés », Dorand DO.1 y est présentée au général Joseph Joffre avant de partir à Reims..
Première Guerre mondiale La Première Guerre mondiale conforte la vocation militaire du site, avec notamment la création des escadrilles de combat chargées de la défense du camp retranché de Paris contre les raids nocturnes des Zeppelins et bombardiers allemands. Le sous-lieutenant René Dorme, breveté pilote le , est affecté à l’une d’elles, la C94 qui vole sur biplan Caudron. Sa famille habite Chaville à côté de la base.. Après être devenu un as aux vingt-trois victoires, il tombe au champ d'honneur le et devient après la Seconde Guerre mondiale le « parrain » de la base aérienne.
Parallèlement, la base continue de 1914 à 1918 sa mission de centre d’essais en vol, assurant les essais de performance, de maniabilité et d’équipement ainsi que les premiers essais de transmission radio. De nombreuses expérimentations ont également lieu sur le plateau. De brillants ingénieurs et visionnaires mettent au point des procédures d’essai qui font basculer l’aviation du stade artisanal au stade industriel.
C'est à Villacoublay que le Breguet XIV, bombardier de jour biplace conçu par Louis Charles Breguet, fait son premier vol le . Cet avion très solide aura une extraordinaire carrière durant la guerre (fabriqué à des milliers d'exemplaires, il contribuera à la victoire alliée) et dans l'entre-deux-guerres : reconverti en avion de transport civil, il participera à l'épopée de l'Aéropostale avec des pilotes mythiques comme Mermoz, Saint Exupéry et Guillaumet.
Ces progrès techniques ne se font pas sans échecs ni sans drames. Ainsi, c'est à Villacoublay qu'est expérimenté le seul et unique avion conçu par Gustave Eiffel, dont la construction a été assurée par Louis Charles Breguet : le monoplan Breguet Laboratoire Eiffel (LE). À son premier vol planifié, le , l'avion s'écrase et tue son pilote d'essais. Le projet est aussitôt abandonné.
Entre-deux-guerres La fin du conflit impose un coup d’arrêt brutal à cette expansion. Dans l’année qui suit l’armistice, le terrain, s’il continue sa vocation d’école qui était la sienne avant-guerre, sert surtout de base de dépôt pour tous les avions que l'Allemagne vaincue doit livrer aux Alliés. En 1919 l'activité est quasiment arrêtée et les avions pourrissent en plein air. Villacoublay n'est pas le seul terrain qui abrite des avions allemands stockés, il y a le Bourget et bien sûr d'autres sites. En , un gigantesque incendie en détruit une partie sans qu'on puisse prouver son origine criminelle.
À nouveau actif fin 1919, le Centre d'essais du matériel aérien (CEMA) jouera un rôle central durant les vingt années suivantes. Les techniques d'essais qui y sont mises au point placent la France au premier plan du monde aéronautique. En 1924, la partie ouest du terrain est confiée à l'armée, la partie est au ministère des transports avec le CEMA et différents hangars constructeurs.
Villacoublay devient le terrain de prédilection des raids, records et meetings aériens. Tous les grands noms de l’aviation des années 1920-1930 s’y illustrent, tels que Marcel Doret et son Dewoitine, Michel Détroyat et son Morane, Maryse Hilsz et Maryse Bastié, Dieudonné Costes et Maurice Bellonte, les vainqueurs de l’océan Atlantique nord en 1930 dans le sens est-ouest, ainsi que la jeune Hélène Boucher. La liste est longue et témoigne de l’enthousiasme des foules pour l'aviation.
Vers 1920 est construit au nord de la base, le long de la route de Versailles à Paris (de nos jours, autoroute A86) un hangar à gros avions de type Eiffel avec une poutre centrale métallique préfabriquée et autoporteuse suprimant les piliers. Il est encore debout de nos jours. Il est désigné « bâtiment B11N » ou « hangar Georges Guynemer ».
En 1921, la division d’entraînement de l’aviation militaire (ancêtre du GAEL) s’installe sur le site.
En 1928, Alfred Fronval, le chef-pilote de l'école Morane-Saulnier, se tue dans un accident d’avion à Villacoublay à la suite d’une collision.
1931 : l'intégration d'un dispositif de recueil des eaux, utilisé pour l'alimentation des pièces d'eaux du château de Versailles (retenue intermédiaire du lieu-dit le loup pendu) permet l'extension du terrain vers le sud.
1934 : implantation de la première escadre aérienne provenant du Régiment mixte d’aviation.
Après la création de l’Armée de l’air en 1934, la partie militaire du site devient administrativement la base aérienne 107 par Instruction ministérielle du Histoire BA 107 http://www.ba107.air.defense.gouv.fr/index.php/la-base-aerienne/historique/55-il-etait-une-fois-a-villacoublay. Elle regroupe tous les services répartis entre les formations de Versailles et de Villacoublay : l’École de l'air jusqu'à son transfert à Salon-de-Provence en 1937, la première Escale aérienne, le Centre aérien régional, la Direction du réseau radio centre de l’Armée de l’air. En 1935-1936, Louis Charles Breguet, qui s'intéresse à l'hélicoptère depuis longtemps (son premier prototype, le Gyroplane Breguet-Richet, remonte à 1907), réussit à faire voler, à Villacoublay, son Gyroplane Laboratoire à rotors contrarotatifs. Piloté par Maurice Claisse lors de 200 essais au sol et une cinquantaine de vols, l'appareil bat les records mondiaux de vitesse ( le ), d’altitude ( le ) et de durée de vol (une heure le ) pour un hélicoptère. Il reste une machine expérimentale, non produite en série. Il sera détruit lors du bombardement américain de 1943 (voir ci-dessous section « Défaite et Occupation ». Breguet-Dorand « Gyroplane Laboratoire » - All the World's Helicopters and Rotorcraft.
Le est créée une escadrille ministérielle, ancêtre du futur Groupe de liaisons aériennes ministérielles (GLAM).
Le a lieu la « Fête de l'air », un grand meeting aérien qui préfigure le Salon du Bourget d'après-guerre. Une autre fête aura lieu en 1938.
Seconde Guerre mondiale
Défaite et Occupation Après le début de la campagne de France, les groupes de chasse 1/4 et 2/8 se replient à Villacoublay le pour former le groupement n°21 qui fera mouvement vers Evreux le .
Le la base aérienne est lourdement bombardée par la Luftwaffe durant l'Opération Paula. 200 bombes sont larguées par vagues successives en 35 minutes. On dénombre 9 morts, 26 blessés et 17 avions endommagés ou détruits. De plus, quelques maisons du village, qui pâtit alors pour la première fois de sa proximité avec la base aérienne, sont touchées.
Le les Allemands s’emparent de la base, évacuée par les Français depuis le 10 ou . Ils l'occupent durant quatre années. Ils trouvent des installations et des avions intacts. La base abrite :