thumb|Caricature de l'hebdomadaire L'Illustration de 1885 intitulée La conférence de Berlin, à chacun sa part, si l'on est bien sage, représentant Bismarck partageant le gâteau Afrique.
Le partage de l'Afrique désigne le processus de compétition territoriale entre les puissances européennes en Afrique, partie du mouvement général de colonisation de la fin du (principalement entre 1880 et la Première Guerre mondiale). Les deux principaux pays européens concernés étaient la France et le Royaume-Uni. L'Allemagne, l'Italie, le Portugal, la Belgique et l'Espagne y ont aussi participé de manière significative, mais de façon moins importante et souvent plus tardive ; d'autres nations européennes également mais de manière marginale.
C'est durant ces quelques années qu'ont été formalisés dans leurs grandes lignes de nombreux territoires africains actuels. Cette division a été souvent symbolisée par la conférence de Berlin (1884-1885), même si cette conférence n'a fait que fixer des règles et n'a pas procédé au partage.. Cette division a le plus souvent repris des tracés établis antérieurement en les modifiant parfois..
La seconde moitié du , à partir de 1877, a vu la transition d'un impérialisme informel, caractérisé par une influence militaire et une dominance économique, vers une gouvernance centralisée, une domination directe, avec néanmoins des spécificités propres à chaque nation européenne en ce qui concerne l'administration de leurs territoires..
Les relations entre les puissances européennes à propos de l'Afrique au tournant des peuvent être considérées comme emblématiques des événements qui ont amené à la Première Guerre mondiale..
Percée sur le continent thumb|200px|David Livingstone, un des premiers explorateurs de l'intérieur du continent africain, qui découvrit en 1855 les chutes d'eau de Mosi-oa-Tunya, qu'il renomma chutes Victoria. Il échoua cependant à trouver la source du Nil. thumb|200px|Henry Morton Stanley, qui retrouva Livingstone et fonda l'État indépendant du Congo au nom de Léopold II de Belgique.
Les explorations occidentales du continent africain et son exploitation ont commencé sérieusement à la fin du . Auparavant, l'écossais James Bruce avait découvert la source du Nil bleu en 1770, mais avait constaté l’existence d'une seconde source au niveau de Khartoum. En 1835, les Européens avaient cartographié la plupart du nord-ouest de l'Afrique. Parmi les explorateurs les plus célèbres, on peut citer David Livingstone, qui cartographia de vastes étendues de l'intérieur du continent et Serpa Pinto, qui traversa l'Afrique australe et l'Afrique centrale lors d'une expédition difficile, cartographiant cette partie du continent. De laborieuses expéditions dans les années 1850 et 1860, menées par Richard Burton, John Speke et James Grant, permirent de reconnaître la région des Grands Lacs et les sources du Nil. Vers la fin du siècle, les Européens avaient dressé des cartes du Nil depuis sa source, du cours du Niger, du Congo et du Zambèze et le monde occidental réalisait maintenant les vastes ressources de l'Afrique.
Cependant, à l'aube de cette course à l'Afrique, seulement 10 % du continent étaient sous le contrôle de nations européennes. En 1875, les plus grandes possessions étaient l'Algérie, conquise par la France à partir des années 1830 , la Colonie du Cap, tenue par le Royaume-Uni, et l'Angola, tenu par le Portugal.
Les progrès technologiques facilitaient l'expansionnisme outre-mer. L'industrialisation permettait de rapides avancées dans les transports et les communications, spécialement dans la marine à vapeur, le transport ferroviaire et le télégraphe. Les progrès médicaux étaient aussi importants, surtout dans les médicaments contre les maladies tropicales. Le développement de la quinine, un traitement efficace contre la malaria, permit de pénétrer dans les vastes zones tropicales.
Causes de la ruée L'Afrique et les marchés globaux thumb|left|Possessions européennes en Afrique en 1914
Mis à part certains comptoirs européens côtiers souvent déjà anciens, l'Afrique subsaharienne était une des dernières régions du monde pas encore touchée par l'« impérialisme informel » et la « civilisation ». Elle était également attractive pour les élites dirigeantes européennes pour des raisons économiques, culturelles et idéologiques. À une époque où la balance commerciale de la Grande-Bretagne montrait un déficit croissant, avec la crise et le protectionnisme des marchés continentaux dû à la Grande Dépression (1873-1896), l'Afrique offrait au Royaume-Uni, à l'Allemagne, à la France et à d'autres pays un marché ouvert qui pouvait générer un surplus de commerce : un marché qui achetait plus de la métropole qu'il ne vendait. La Grande-Bretagne, comme la plupart des autres pays industrialisés, avait depuis longtemps une balance commerciale défavorable qui était de plus en plus compensée, cependant, par les revenus des investissements outre-mer.
Le développement du Royaume-Uni le faisant devenir la première nation post-industrielle du monde, les services financiers devinrent un secteur d'une importance croissante dans son économie. Les excédents de la balance des invisibles ont gardé le Royaume-Uni dans le vert, en particulier les investissements de capitaux hors de l'Europe, notamment le développement et les marchés ouverts en Afrique, dominés par les colons blancs, le Proche-Orient, l'Asie du Sud, l'Asie du Sud-Est et l'Océanie.
Puis, les surplus de capitaux était souvent plus profitables investis en outremer, où la main d'œuvre bon marché, la faible concurrence et l'abondance de matières premières augmentaient les bénéfices. Une autre incitation à l'impérialisme fut l'augmentation de la demande en matières premières indisponibles en Europe, en particulier, le cuivre, le coton, le caoutchouc, le thé, l'étain, auxquels les consommateurs européens étaient habitués ; l'industrie européenne en était désormais dépendante.
Cependant, en Afrique le montant des capitaux investis par les Européens était relativement faible, comparé à d'autres continents. Par conséquent, les compagnies impliquées dans le commerce de l'Afrique tropicale étaient relativement petites, à l'exception de la De Beers Mining Company de Cecil Rhodes. Rhodes a exploité la Rhodésie à son propre compte ; Léopold II de Belgique plus tard, et de manière considérablement plus brutale, fit de même avec l'État libre du Congo. Ces évènements pourraient porter atteinte aux arguments pro-impérialistes des lobbys coloniaux, comme ceux du Alldeutscher Verband, de Francesco Crispi et de Jules Ferry, qui faisaient valoir que sécuriser les marchés outre-mer en Afrique résoudrait les problèmes de bas prix et de surproduction engendrés par le rétrécissement des marchés continentaux.
John Atkinson Hobson, dans son ouvrage de 1902, Imperialism, qui influencera des auteurs tels que Lénine., Trotski ou Hannah ArendtLes origines du totalitarisme (1951), considère que cette contraction des marchés fut un facteur clé de la période du « nouvel impérialisme ». William Easterly, de l'Université de New York, quant à lui, minimise le lien entre capitalisme et impérialisme, avançant que le colonialisme est plus lié à un développement piloté par l'État qu'à un développement d'entreprise. Il explique que ..
Rivalités stratégiques L'équilibre des puissances franco-britanniques
La ruée vers le continent africain reflétait également le souci d'acquérir des bases militaires et navales à des fins stratégiques et d'exercer le pouvoir. Les marines en croissance et les nouveaux navires propulsés par l'énergie à vapeur nécessitaient des stations de charbon et des ports pour l'entretien. Des bases de défense sont également nécessaires pour la protection des routes maritimes et des lignes de communication, en particulier des voies navigables internationales coûteuses et vitales telles que le canal de SuezH.R. Cowie, Imperialism and Race Relations. Revised edition, Nelson Publishing, Vol. 5, 1982.. Ce dernier est protégé à partir du par la convention de Constantinople, permettant sa neutralité.
Les colonies étaient également considérées comme des atouts dans les négociations sur « l'équilibre des puissances », utiles comme éléments d'échange lors des négociations internationales. Les colonies à forte population indigène étaient également une source de puissance militaire; La Grande-Bretagne et la France ont utilisé un grand nombre de soldats britanniques indiens et nord-africains, respectivement, dans bon nombre de leurs guerres coloniales (et le feraient à nouveau lors des prochaines guerres mondiales). À l'ère du nationalisme, il y avait une pression pour qu'une nation acquière un empire comme symbole de statut; l'idée de «grandeur» est devenue liée au « fardeau de l'homme blanc », ou sens du devoir, qui sous-tend les stratégies de nombreuses nations.
Au début des années 1880, Pierre Savorgnan de Brazza explorait le royaume du Kongo pour la France, en même temps que Henry Morton Stanley l'explorait au nom de Léopold II de Belgique, qui devient une possession personnelle.. La France a occupé la Tunisie en , ce qui a probablement convaincu l'Italie en 1882 de rejoindre l'alliance germano-autrichienne, formant ainsi la Triplice.. La même année, la Grande-Bretagne occupe l'Égypte (jusque-là un état autonome de l'Empire ottoman), qui s'étendait sur le Soudan et certaines parties du Tchad, de l'Érythrée et de la Somalie. Les Français étaient déjà installés en Somalie depuis 1862, et s'établir au Soudan français (actuel Mali) vers 1887. Les frontières entre les colonies de Gambie (britannique) et du Sénégal (français) sont tracées en 1889..
La convergence de la « transversale » française (Dakar—Djibouti) et de la « verticale » britannique (Le Caire—Le Cap) conduisit à la crise de FachodaMarc Michel, Fachoda : guerre sur le Nil, 24.
La Weltpolitik allemande thumb|Les troupes Askari à Dar es Salam, vers 1906 thumb|Troupes coloniales devant le Kilimandjaro L'Allemagne était une puissance coloniale marginale avant la période du nouvel impérialisme, mais participera activement à cette course. Fragmentée en divers États, l'Allemagne n'a été unifiée sous le règne de la Prusse qu'après la bataille de Königgrätz (Sadowa) de 1866 et la guerre franco-prussienne de 1870.. Après l'unification allemande le , l'Allemagne était devenue une puissance industrielle proche de la Grande-Bretagne et a commencé son expansion mondiale dans les années 1880. Après avoir isolé la France par la Triplice, le chancelier Otto von Bismarck proposa la tenue de la conférence de Berlin en 1884 et 1885, qui fixa les règles du contrôle effectif d'un territoire étranger.. La Weltpolitik (politique mondiale) était la politique étrangère adoptée par l'empereur Guillaume II en 1890, dans le but de transformer l'Allemagne en une puissance mondiale par une diplomatie agressive, l'acquisition de colonies d'outre-mer et le développement d'une grande marine..