Serge André, né en 1890 et mort en 1951, est un industriel français du pétrole.
Son nom reste lié au Faisceau, premier mouvement politique d'obédience fasciste en France, fondé et dirigé par Georges Valois. Il donna un appui financier important au mouvement de Valois et à son organe le Nouveau Siècle, lancés en 1925.
Biographie
Serge André est le fils d'Alexandre André (1845-1918) et de Caroline Robert de Massy, et le frère cadet de Jacques, l'aîné (1882-1970), et Robert (1885-1962). Alexandre André préside le conseil d'administration de la société anonyme A. André et fils, qu'il a fondée en 1877. C'est une des firmes françaises les plus importantes de l'industrie naissante du pétrole. Il a été le premier importateur en France de produits pétroliers de Russie, amenés par bateau« La famille André en ses collections », gazette-drouot.com, 20 octobre 2017« Il a été maire de Ligny-le-Ribault (Loiret) de 1903 à 1918 », leprogres.fr, 25 décembre 2016, « Alexandre André : un pionnier de l’industrie pétrolière », leprogres.fr, 25 décembre 2016, « Il a signé un contrat avec les frères Nobel », leprogres.fr, 25 décembre 2016Pierre Fontaine, L'aventure du pétrole français, NEL, 1967, Le Monde illustré, 21 décembre 1918.
Serge André épouse en 1912, à 22 ans, Dominique Legendre, fille de Louis Legendre, poète et collaborateur du Figaro, décédéLe Figaro, 11 avril 1912, Excelsior, 21 avril 1912 (photographies). Ils ont un fils, Gérard André, né en 1913« Renseignements mondains », Le Figaro, 6 avril 1913 et futur diplomateNé le 31 mars 1913, diplômé de l'École des sciences politiques, il est intégré dans les cadres du ministère des Affaires étrangères, après avoir servi dans la Résistance. Sa carrière représente un cas unique au Quai d'Orsay, puisqu'il a gravi tous les échelons à l'ambassade de Londres, où il occupait en dernier lieu la fonction de ministre-conseiller, avant d'être nommé en 1969 ambassadeur en Finlande, note Le Monde (« M. GÉRARD ANDRÉ EST NOMMÉ AMBASSADEUR DE FRANCE EN FINLANDE », Le Monde, 29 mars 1969). Il est ambassadeur dans ce pays jusqu'en 1975. Il a été prisonnier de guerre après la défaite de 1940 (Les Nouveaux Temps, 10 mai 1941 : Serge André achète aux enchères pour francs un recueil réalisé par des prisonniers de guerre, en souvenir de son fils ancien prisonnier, lors d'un gala mondain). Gérard André est évoqué dans Raphaële Ulrich-Pier, René Massigli (1888-1988) une vie de diplomate, Peter Lang, 2006.. Serge André le parraine en 1939 pour son entrée à l'Automobile Club de FranceAmbassades et consulats, janvier-février 1939.
Comme ses deux frères, Serge André est officier durant la Première Guerre mondiale : il a été lieutenant aviateur« Deuil », Le Figaro, 10 mars 1918, Ibid., 11 mars 1918« Il a été maire de Ligny-le-Ribault (Loiret) de 1903 à 1918 », leprogres.fr, 25 décembre 2016 et a obtenu la croix de guerreAllen Douglas, From Fascism to Libertarian Communism. Georges Valois against the Third Republic, University of California Press, 1992, . Il est diplômé des Hautes études commerciales (HEC). vignette|redresse|Réclame pour l'huile de moteur « Spidoléine » en 1921. Alexandre André meurt en . Ses trois fils lui succèdent. La firme familiale vend et distribue diverses huiles minérales importéesLa Journée industrielle, 3 mai 1929 (publicité)L’Ère nouvelle, 2 mars 1929 (publicité), notamment après la Première Guerre mondiale une huile de graissage pour automobiles et avions vendue sous le nom de « spidoléine » ou « spido »Le Petit Marseillais, 5 octobre 1935. Serge André est administrateur avec ses frères d'autres firmes fondées en 1920 : société d'entreposage d'huiles minérales, société française de transactions internationales, société des garages de FranceCollection de La Journée industrielle dans Retronews.. Il démissionne de sa fonction d'administrateur de cette dernière société en 1932 ; son frère aîné le remplace Archives commerciales de la France, 18 novembre 1932. En 1925, le capital des établissements A. André fils est porté de 9 à 12 millions de francs. Les bénéfices s'élèvent à 4,6 millions de francsParis-Soir, 22 avril 1925, (en ligne sur Gallica), Ibid., 26 mars 1925, . La société est alors présidée par Jacques André, par ailleurs administrateur en 1925 de la Compagnie française des pétroles. Elle fait construire des pétroliers depuis 1887Jacques Boudet, Le monde des affaires en France de 1830 à nos jours, 1952, , tel le Spidoléine, lancé en 1927 en collaboration avec une société belge, la Société anonyme d'armement, d'industrie et de commerce, d'AnversLa Journée industrielle, 28 décembre 1927, dont Serge André et ses deux frères sont aussi administrateursLe Recueil financier, 1926. Les huiles importées par ses navires sont ensuite traitées dans des usines à Gennevilliers, Dunkerque, Rouen et Port-Saint-Louis-du-Rhône mais aussi dans d'autres villes en Europe où elle a des entrepôts.
Excentrique, son épouse se pique de littérature et fréquente des artistes. Elle publie des maximes, un roman et des pièces de théâtre sous pseudonyme (Cassandre, Claude Isambert)Tableaux de chasse, peintures du musée de la vénerie, musée de la vénerie de Senlis, 2001, (Elle a été peinte à la demande de son mari en 1912 par le peintre Louis-Maurice Boutet de Monvel).Revue des lectures, 1928. Selon les mémoires d'Édouard Bonnefous, l'actrice Gaby Morlay a été avant la Seconde Guerre mondiale la maîtresse de Serge André qui Édouard Bonnefous, Avant l'Oubli. La vie de 1940 à 1970, Nathan, 1987, « Un procès évité », Le Cri du jour, 25 février 1936.
De 1919 à 1923, il a été le co-directeur d'un hebdomadaire parisien, L'Opinion, aux côtés de Jacques BoulengerL'Humanité, 14 janvier 1926« Le dîner de l'Opinion », La Journée industrielle, 17 février 1923Le Gaulois, 17 février 1923. Il y signe un éditorialLéon Daudet, « La Chambre actuelle et ses détracteurs », L'Action française, 4 avril 1922. Il préside la société française d'impression et de publications périodiques, fondée en 1922 pour exploiter ce journalLa Journée industrielle, 29 juin 1923, , Ibid., 20 septembre 1922.
Marcel Proust écrit à des correspondants en 1922 : Bibliophile, Serge André possède un exemplaire rare des Promenades dans Rome de Stendhal, griffonné par cet écrivainLa Revue de Paris, mars 1934« Menus propos stendhaliens », Le Temps, 5 octobre 1925.
Il a été membre de la direction du Faisceau. Son nom figure dans les instances de ce groupement politique fondé en 1925 : il a été administrateur, membre du conseil central, du conseil supérieur et de la commission du trésor du mouvement, jusqu'en 1927Le Nouveau siècle, 13 décembre 1925, Ibid., 27 mars 1927, Ibid., 3 juillet 1927, . Il est l'administrateur-délégué de la société française d'informations politiques, économiques et sociales, qui exploite Le Nouveau Siècle, périodique du FaisceauLe Nouveau Siècle, 14 mars 1926, . Il a fait partie de ses premiers administrateurs en 1925, avec les industriels Franz Van den Broek d'Obrenan, Eugène Mathon, de Roubaix, Auguste Cazeneuve et l'armateur Victor Valentin-SmithLa Journée industrielle, 6 mars 1925, (Lire en ligne).. Il a milité et pris la parole dans des réunions. Il a enfin contribué grandement au financement du mouvement et s'est occupé de ses financesAllen Douglas, From Fascism to Libertarian Communism. Georges Valois against the Third Republic, University of California Press, 1992, p. 76, 115Gisèle Berstein et Serge Berstein, Dictionnaire historique de la France contemporaine, tome 1 : 1870-1945, éditions Complexe, 1995, Emmanuel Mattiato, « L’axe Rome-Paris et la campagne pour le « Blocco latino » dans Le Nouveau Siècle : l’action géopolitique de Georges Valois et du Faisceau (1926-1927) », Cahiers de la Méditerranée, 95/2017.
Le journal communiste L'Humanité a beau jeu de signaler et dénoncer les riches commanditaires du Faisceau, membres du patronat, et notamment Serge André, présenté à raison comme administrateur de A. André et fils avec ses frères mais aussi administrateur d'une firme italienne d'importation d'huile et d'une firme belge, la Société anonyme d'armement, d'industrie et de commerce d'Anvers. Il serait entré dans la firme familiale en 1913L'Humanité, 19 novembre 1925 : .« Ces Messieurs du Faisceau. Des hommes d'affaires désintéressés », L'Humanité, 8 janvier 1926L'Humanité, 17 janvier 1926. De même, L'Action française, après la rupture entre Georges Valois et les royalistes, présente Serge André comme un et l'évoque lorsque le journal de Charles Maurras s'en prend à Valois et au Faisceau, notamment en l'accusant d'avoir mobilisé des employés de sa firme contre les royalistesL'Action française, 18 novembre 1926, Ibid., 21 novembre 1926 et à l'occasion d'un procès en 1927, à propos des fonds récoltés par le FaisceauL'Action française, 29 mai 1927, Le Nouveau siècle, 7 août 1927. En novembre 1926, Serge André se bat en duel, à l'épée, avec un journaliste de L'Action française, Bernard Denisane, et est légèrement blessé au coudeL'Escrime et le tir, décembre 1936, « Les grands duels à Pais depuis la guerre », Paris-soir, 19 mai 1938. Leur duel est moqué par des journauxGeorges de La Fouchardière, « Une démonstration », L'Œuvre, 4 décembre 1926, Le Canard enchaîné, 8 décembre 1926.
La société A. André fils, présidée par Jacques André et dont Serge André est l'un des administrateurs, participe à la constitution en 1929 de la société franco-américaine de raffinage avec d'autres firmes françaises et surtout l'entreprise américaine Standard Oil Co. of New Jersey (SONJ, future ExxonMobil), à la suite d'une loi de 1928 voulant promouvoir une industrie du raffinage en France. Cela donnera lieu à la mise en place en 1933 de la raffinerie de Port-JérômePaul André, Une aventure industrielle, Paris, J. Vuarnet, 1981. Cette société prend la dénomination de Standard franco-américaine de raffinage en 1931 puis absorbe en 1936 la Standard française des pétroles, en reprenant son nom. La société A. André fils est englobée dans cette firme et disparaît en 1936. Les deux frères de Serge André sont administrateurs de la Standard française des pétroles, filiale de la firme américaine, contrairement à lui« Le groupe Standard en France », Les Assemblées générales, 2 janvier 1937. Son frère Robert (1885-1962), docteur en droit, entré à la société A. André fils en 1909, administrateur-directeur depuis 1910, administrateur de la Standard franco-américaine de raffinage en 1929, en 1931 de la Compagnie standard franco-américaine (holding de tête de la firme américaine en France), sera même l'administrateur-délégué à partir de 1936 puis le P-DG de 1940 à 1948 de la Standard française des pétrolesDossier de la Légion d'honneur de Robert André dans la base Léonore., future Esso S.A.F. en 1974Notice des Archives nationales du monde du travail. Quant à Jacques André, ingénieur des arts et manufactures, il préside la chambre syndicale des importateurs d'huiles minérales depuis sa formation en 1920, est vice-président de la fédération de syndicats de produits chimiques et du comité des pétroles et membre de la chambre de commerce de Paris à partir de 1933, son troisième vice-président en 1937La Journée industrielle, 17 décembre 1937, .
Sous l'Occupation, Serge André est proche sinon membre d'un parti collaborationniste, le Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot. L'un des périodiques du parti, le Cri du peuple, le présente en novembre 1941 comme à l'occasion du décès de sa belle-mèreLe Cri du peuple, 19 novembre 1941.
Serge André meurt en février 1951Le Figaro, 24 février 1951.
Le publiciste d'extrême droite Henry Coston, qui affirme l'avoir bien connu, le présente en 1958 comme , au profit du Faisceau dans les années 1920. Serge André fut aussi selon lui Henry Coston, La haute banque et les trusts, La Librairie française, 1958, .
Articles connexes Le Faisceau Fascisme en France sous la Troisième République
Notes et références
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