On désigne sous le nom de Frange d’Aragon (Franja de Aragón en castillan, Franja d'Aragó ou Franja de Ponent en catalan, Francha d'Aragón en aragonais) un territoire de la communauté autonome d'Aragon, en Espagne, limitrophe de la Catalogne et où la langue traditionnellement parlée est le catalan.
thumb|upright=1.8|Carte de la Frange d’Aragon. L'expression de « Frange d'Aragon » est, avec celle de Frange du Ponant (Franja de Ponent en catalan), la plus répandue en Catalogne. En revanche, en Aragon, les institutions officielles parlent d’Aragon oriental (Aragón Oriental en castillan). On trouve également, quoique bien plus rarement, l'expression de Frange du Levant (Franja de Levante en castillan, Francha de Lebán en aragonais).
Étymologie et dénominations
L'expression de « Frange d'Aragon », pour désigner les territoires catalanophones de l'est de l'Aragon est . On parlait de « zone catalane de l'Aragon », d'« Aragon catalan » ou de « comarques du Ponant ». C'est dans les années 1970, dans le contexte de transition démocratique, de renouveau catalaniste et du développement des autonomies que se développe l'utilisation de « Frange du Ponant » par les médias catalanophones et la Gran enciclopèdia catalana, afin de désigner plus spécifiquement cette « frange » de territoires aragonais où le catalan est la langue majoritaire et situés à l'ouest - au « Ponant » - de la Catalogne Joaquim Monclús i Esteban, « Ponència: La Franja de Ponent, dels orígens », De fronteres i mil·lennis: la Franja, any 2001 : Jornades Cientifiques, Institut d'Estudis Catalans, éd. Ramon Sistac i Vicèn, Barcelone, 2003, ..
L'expression « Frange du Ponant » s'impose avec vigueur dans le vocabulaire catalan, au point de susciter en Aragon des réactions qui proposent un renversement d'optique. Des expressions variées apparaissent, telles que « Frange du Levant » ou « Frange orientale », adoptées par les institutions officielles aragonaises, comme la Députation générale d'Aragon.
Cependant, des partis régionalistes ou nationalistes aragonais, comme le Partido Aragonés, sont opposés à l'appellation-même de « Frange », au motif qu'elle favoriserait le nationalisme catalan et le pancatalanisme, tout comme le séparatisme des territoires qui composent la Frange « La “Franja” no, Aragón y punto », site du Partido Aragonés, 10 janvier 2009..
Géographie Établir une géographie de la Frange d'Aragon n'est pas aisé dans la mesure où les territoires qui la composent n'appartiennent pas à un ensemble administratif spécifique. Les limites de la Frange d'Aragon peuvent différer selon les références utilisées, dans la mesure où il s'agit d'un territoire qui se définit par la présence de locuteurs catalans, une géographie humaine aux frontières souvent floues et imprécises. Les principaux problèmes sont que : il existe des communes de la vallée de Benasque pour lesquelles il y a encore des doutes sur la filiation de la langue bénasquaise avec le catalan ou l'aragonais ; dans plusieurs communes, la proportion des locuteurs de l'aragonais, du catalan, du castillan a varié avec le temps et l’immigration (l'aire d'extension de la Frange a ainsi fortement diminué au cours du ).
thumb|160px|Les « comarques orientales » d'après la Députation générale d'Aragon. Ces différences sont liées à des questions identitaires sensibles et sont donc source de débats, surtout en dehors de la Frange.
D'après la Députation générale de l'Aragon La Députation générale d'Aragon et les institutions officielles aragonaises qui en dépendent n'emploient pas les expressions de « Frange d'Aragon » et, a fortiori, de « Frange du Ponant ». Elles désignent les régions de la Frange comme les « comarques orientales » ou l'« Aragon oriental », sans prendre en compte de façon spécifique les territoires catalanophonesC'est par exemple l'aire de travail retenue lors de l'enquête de l'Institut aragonais de statistique sur les usages du catalan dans les comarques orientales de 2003.. C’est la seule division qui existe d’un point de vue juridique.
Le critère linguistique n'est donc pas retenu comme déterminant. Le territoire qui correspond à ces « comarques orientales » correspond à six comarques aragonaises : la Ribagorce ; la Litera/Llitera ; le Bajo Cinca/Baix Cinca ; le Bajo Aragón-Caspe/Baix Aragó-Casp ; le Matarraña/Matarranya ; le Bajo Aragón.
D'après l'annexe II de l'avant-projet de loi sur les langues de l'Aragon de 2009 vignette|226x226px|Zones d’utilisation prédominante des langues en Aragon selon l’avant-projet de 2001 de la loi sur les langues de l'Aragon.
Durant la législature des Cortes d'Aragon ont été jetées les bases d'une réflexion sur la politique linguistique de l'Aragon. Durant la législature suivante, le gouvernement de coalition PSOE-PAR présente en 2001 un avant-projet de loi sur les langues de l'AragonAnteproyecto de Ley de Lenguas de Aragón, sur le site de la Colla Unibersitaria por l'Aragonés, université de Saragosse., qui organise la protection et la promotion des langues aragonaise et catalane, reconnues comme langues propres de l'Aragon. Son annexe II établit une liste des communes qui, du point de vue des Cortes d'Aragon, font partie de l'aire linguistique catalane.
Les communes qui ont été reconnues comme faisant partie de la « zone d’utilisation prédominante du catalan normalisé » sont : dans la province de Huesca : Albelda, Alcampell, Altorricón, Arén, Azanuy-Alins, Baélls, Baldellou, Benabarre, Bonansa, Camporrélls, Castigaleu, Castillonroy, Estopiñán del Castillo, Fraga, Isábena, Lascuarre, Laspaúles, Monesma y Cajigar, Montanuy, Peralta de Calasanz, Puente de Montañana, San Esteban de Litera, Sopeira, Tamarite de Litera, Tolva, Torre la Ribera, Torrent de Cinca, Velilla de Cinca, Vencillón, Veracruz, Viacamp y Litera et Zaidín. dans la province de Teruel : Aguaviva de Bergantes, Aréns de Lledó, Beceite, Belmonte de San José, Calaceite, La Cañada de Verich, La Cerollera, La Codoñera, Cretas, Fórnoles, La Fresneda, Fuentespalda, La Ginebrosa, Lledó, Mazaleón, Monroyo, Peñarroya de Tastavins, La Portellada, Ráfales, Torre de Arcas, Torre del Compte, Torrevelilla, Valderrobres, Valdeltormo et Valjunquera. dans la province de Saragosse : Fabara, Fayón, Maella, Mequinenza et Nonaspe.
Cela représente donc 62 communes aragonaises, pour une superficie de et comptant en 2007.
D'après les nationalistes catalans
Les partis nationalistes catalans ERC et CUP revendiquent la séparation et le rattachement de la Frange d'Aragon aux Pays catalansEls Països Catalans han estat dividits en diferents territoris per imperatius polítics: la Catalunya Nord, a l’Estat francès; el Principat de Catalunya amb la Franja de Ponent, el País Valencià, i les Illes Balears i Pitiüses a l’Estat espanyol, i Andorra, que té estat propi. […] L’obtenció de la independència dels Països Catalans a l’Europa Unida constitueix un objectiu irrenunciable., in El projecte per als Països Catalans sur le site officiel du parti catalan ERC, consulté le 12 mai 2013.« La CUP aposta per articular políticament els Països Catalans i per dur la veu de la Franja de Ponent al Parlament », sur le site de la CUP, consulté le 13 mai 2013..
Ils s'appuient sur les délimitations linguistiques des zones catalanophones des six comarques aragonaises orientales pour découper la Frange d'Aragon. Elle est divisée en quatre comarques « naturelles », dans la mesure où le Baix Aragó, le Baix Aragó-Casp et le Matarranya sont regroupés dans une seule comarque de Matarranya.
Selon le point de vue des « intégrationnistes », , ces quatre comarques sont : la Baixa Ribagorça (pour la différencier de la comarque de l'Alta Ribagorça en Catalogne) ; la Llitera ; le Baix Cinca ; le Matarranya, qui comprend également les communes catalanophones des comarques du Baix Aragó-Casp et du Baix Aragó.
La posture « » s'appuie sur un redécoupage en comarques des Pays catalans qui ne tient pas compte des divisions administratives actuelles. Les comarques de la Frange d'Aragon sont donc restructurées ou intégrées à d'autres comarques :
la Baixa Ribagorça (pour la différencier de la comarque de l'Alta Ribagorça en Catalogne) ; la Llitera ; le Baix Cinca ; le Matarranya perd une partie de la comarque du Baix Aragó-Casp ; une partie de la comarque du Baix Aragó-Casp est incorporée aux comarques catalanes de la Terra Alta et de la Ribera d'Ebre.
Histoire
Langue
Caractéristiques linguistiques
thumb|Carte dialectale du catalan.
Les dialectes parlés dans la Frange d'Aragon sont rattachés au catalan dans la tradition philologique espagnole.
Il n'existe cependant pas d'unité dialectale entre les territoires qui composent la Frange. La langue a reçu diverses appellations vernaculaires, certaines plus locales que d'autres : fragatí à Fraga, maellà à Maella, mequinensà à Mequinenza, tamarità à Tamarite de Litera, patués (patois), chapurreat (terme péjoratif désignant un langage jugé indigne, également utilisé dans d'autres régions d'Espagne comme les Asturies), etc.
Le catalan du nord de la Frange d'Aragon est rattaché au dialecte nord-occidental. Il en partage donc les traits essentiels : absence de neutralisation des voyelles atones, affrication de [ʒ] en [d͡ʒ], [e] comme résultat de ĭ et ē toniques latins, maintien de [j] dans les groupes ix > [jʃ]/[ʲʃ] etc. « Catalán, en Aragón », Gran Enciclopedia Aragonesa, mis à jour le 8 avril 2011.. À l'exception d'une petite portion méridionale, les parlers de la Frange d’Aragon sont caractérisés par la palatalisation des groupes initiaux latins cl-, pl-, fl- en [kʎ], [pʎ] et [fʎ] respectivement. Comme en valencien (dialecte occidental méridional), on trouve aussi une forte présence des emprunts au castillan (tendance naturellement renforcée par sa situation géographique transitionnelle).
La frontière avec l'aragonais est difficile à déterminer avec précision (en particulier dans les zones septentrionales, de parler constitutif) et a fait l'objet de nombreuses études. Le ribagorcien et le bénasquais, dialectes septentrionaux de la Frange, présentent des traits importants de transition vers l'aragonais. Parmi les critères retenus pour établir la frontière avec l'aragonais, aucun ne s'avérant pleinement satisfaisant, on peut citer (du côté de la Frange d'Aragon) l’absence de diphtongaison de e et o brefs toniques latins, la palatalisation de l initial en [ʎ] ou la chute des [o] finaux atones. Les parlers du nord-ouest de la Frange sont marqués par un maintien des féminins pluriel en [as], un autre trait de transition vers l'aragonais et le castillan, qui les distingue du reste du domaine catalan occidentalLe catalan oriental ne distingue pas [a] et [e] atones..
thumb|Isoglosses phonologiques de la Matarraña selon Joaquim Rafel i Fontanals (1981).
Au sud, le parler de Matarraña est un dialecte de transition entre catalan nord-occidental et valencien septentrional. Différentes isoglosses peuvent être choisies pour marquer la frontière avec le valencien : formes du subjonctif imparfait en -és/-ís, maintien du d dans les terminaisons en -ada ou utilisation de -o comme marque de la première personne du singulier au présent de l’indicatif. Dans le dialecte de Fraga, comme à Lérida et dans certaines zones environnantes, on observe dans les termes féminins une fermeture des [a] atones finaux en [ɛ].
Situation sociolinguistique La Frange d'Aragon présente la plus forte proportion d'habitants disposant de compétences linguistiques en catalan de tout le domaine linguistique. Selon une enquête menée par la Généralité de Catalogne en 2004, 98,5 % des habitants le comprennent, 88,8 % le parlent, 72,9 % savent le lire et 30,3 % savent l'écrire Estadística d'usos lingüístics a la Franja d’Aragó, 2004. Generalitat de Catalunya.
Politique linguistique
Les débuts