La ruée vers l'or du Klondike (), parfois appelée ruée vers l'or de l'Alaska et plus rarement ruée vers l'or du Yukon est une ruée vers l'or qui attira environ dans la région du Klondike dans le territoire canadien du Yukon entre 1896 et 1899. De l'or y fut découvert le et lorsque les nouvelles arrivèrent à San Francisco l'année suivante, elles entraînèrent une ruée. Le trajet à travers le terrain difficile et le climat froid avec de lourdes charges se révéla trop dur pour de nombreux prospecteurs et entre seulement arrivèrent sur place. Environ trouvèrent de l'or. La ruée se termina en 1899 lorsque de l'or fut découvert à Nome en Alaska et de nombreux prospecteurs quittèrent le Klondike. La ruée a été immortalisée par des livres comme L'Appel de la forêt et des films tels que La Ruée vers l'or.

Les prospecteurs avaient commencé à chercher de l'or dans le Yukon dès les années 1880. La découverte d'importants dépôts le long de la rivière Klondike en 1896 fut accueillie avec enthousiasme sur place mais l'isolement de la région et le climat extrême retardèrent la transmission des informations l'année suivante. La ruée commença avec l'arrivée de chargements d'or d'une valeur totale de (plusieurs milliards de dollars actuels) dans les ports de la côte ouest des États-Unis en . Les articles des journaux sur l'or engendrèrent une hystérie collective et beaucoup quittèrent leurs emplois pour partir vers le Klondike en tant que prospecteurs.

La plupart rejoignirent les champs aurifères par les ports de Dyea et de Skagway dans le Sud-Est de l'Alaska, avant de franchir la chaîne Côtière par les cols White et du Chilkoot et de descendre les cours d'eau jusqu'au Klondike.

Le gouvernement canadien imposa que chaque prospecteur emporte de quoi manger pendant un an, et la plupart transportaient seuls leur équipement, dont le total atteignait fréquemment la tonne. Le terrain montagneux et le climat glacial firent que ceux qui n'abandonnèrent pas, ou ne périrent pas durant le voyage, n'arrivèrent qu'à l'été 1898. Une fois sur place, les meilleures opportunités avaient été prises et beaucoup quittèrent la région.

Les dépôts d'or étaient riches, mais inégalement répartis, et leur extraction était rendue difficile par le pergélisol. Certains mineurs amassèrent des fortunes en achetant et en vendant des concessions minières et en laissant les autres travailler pour eux. Des villes champignons poussèrent le long des pistes menant à Dawson City fondée au confluent de la rivière Klondike avec le fleuve Yukon à proximité du lieu de la première découverte. La population de la ville passa de 500 habitants en 1896 à à l'été 1898. Construite à la hâte et isolée, la ville fut victime d’incendies, de prix élevés et d’épidémies. Malgré cela, les prospecteurs les plus riches menaient un train de vie extravagant dans les bars de la ville.

La fin de la ruée fut accélérée par la découverte d'or à Nome en Alaska, et beaucoup de prospecteurs quittèrent le Klondike pour les nouveaux dépôts aurifères. Les villes champignons déclinèrent et la population de Dawson City s'effondra. Du point de vue minier, la ruée continua jusqu'en 1903, lorsque la production atteignit son maximum, grâce à l'utilisation d'équipements lourds. L'extraction de l'or a continué par intermittence jusqu'à aujourd'hui et on estime qu'environ d'or (d'une valeur de au ) ont été produites dans la région avant 2005. Le souvenir de la ruée vers l'or continue d'attirer les touristes dans la région et contribue à maintenir vivant son héritage.

Contexte Les peuples amérindiens du Nord-Ouest de l'Amérique du Nord échangeaient déjà des pépites de cuivre avant l'arrivée des Européens. La plupart des tribus savaient que de l'or se trouvait dans la région, mais le métal n'avait pas de valeur pour elles.

Les Russes et la Compagnie de la Baie d'Hudson avaient exploré le Yukon dans la première moitié du , mais ignorèrent les rumeurs concernant l'or, pour se concentrer sur le commerce des fourrures, qui offrait des profits plus immédiats. Les prospecteurs américains commencèrent néanmoins à s'installer dans la région dans la deuxième moitié du . Réalisant des accords avec les Tlingits et les Tagish, les premiers prospecteurs parvinrent à ouvrir les routes des cols White et du Chilkoot jusqu'à la vallée du Yukon entre 1870 et 1890.

Ils y rencontrèrent des chasseurs et des pêcheurs semi-nomades de la tribu Hän qui vivaient le long des cours d'eau Klondike et Yukon. Les Hän ne semblaient pas connaître l'existence des dépôts aurifères dans la région.

En 1883, identifia des dépôts aurifères dans la région et une expédition organisée jusque dans la vallée de la rivière Fortymile découvrit de grandes quantités d'or. À la fin des années 1880, plusieurs centaines de mineurs se trouvaient dans les vallées du Yukon et du Klondike dans des petits camps et commerçaient avec les Hän.

Découverte vignette|redresse|Skookum Jim, l'un des découvreurs en 1896

Déjà en 1891, le missionnaire baptiste Alexander McDonald découvre de l'or près de Fort YukonWilliam H. Brackney, Historical Dictionary of the Baptists, 2021, .

Le , un prospecteur américain appelé George Carmack, son épouse tagish Kate Carmack, son frère Skookum Jim et leur neveu descendaient la rivière Klondike vers le sud. Sur les conseils de Robert Henderson, un autre prospecteur, ils commencèrent à chercher de l'or dans la rivière alors appelée Rabbit Creek (« ruisseau du lapin »), l'un des affluents du Klondike qui fut par la suite renommée Bonanza Creek (« ruisseau du pactole »). On ne sait pas exactement qui a découvert l'or : Carmack déclara que c'était lui tandis que Skookum Jim et Dawson Charlie affirmèrent que c'était Jim. Quoi qu’il en soit, de grandes quantités d'or se trouvaient le long du cours d'eau.

Carmack mesura quatre bandes de terrains le long du cours d'eau pouvant être légalement exploitées par son propriétaire ; une pour lui-même, la seconde en récompense d'avoir découvert l'or et une pour Jim et Charlie. Jim avança par la suite que la propriété supplémentaire de Carmack était la sienne et qu'elle avait été attribuée à Carmack, car le groupe pensait que les autres prospecteurs ne reconnaîtraient pas une revendication réalisée par un Amérindien.

Les concessions furent enregistrées le lendemain au poste de police à l'embouchure de la Fortymile et les nouvelles se répandirent rapidement dans les autres camps de la vallée du Yukon.

À la fin du mois d'août, tout le cours de la Bonanza Creek avait été attribué à des mineurs. Un prospecteur remonta ensuite un autre de ses affluents, par la suite renommé Eldorado Creek. Il y découvrit de nouveaux dépôts aurifères, qui se révélèrent plus riches que ceux de la Bonanza.

Les concessions commencèrent à être vendues à des mineurs et à des spéculateurs pour des sommes importantes. Juste avant Noël, les nouvelles des découvertes atteignirent Circle City, la grande implantation la plus proche en Alaska. Malgré l'hiver, de nombreux prospecteurs rejoignirent le Yukon en traîneaux pour obtenir les meilleures concessions.

Le monde extérieur ignorait encore largement ces nouvelles et même si des officiels canadiens étaient parvenus à envoyer un message à leurs supérieurs à Ottawa, au sujet des découvertes et de l'afflux de prospecteurs, le gouvernement ne s'intéressa pas beaucoup au sujet. La neige empêcha les déplacements pendant l'hiver et les premiers bateaux ne quittèrent la région qu'en avec les premières pépites d'or et l'annonce des découvertes.

Début de la ruée vignette|upright=0.7|Manuel du prospecteur publié en 1897 La ruée vers le Klondike impliqua environ , mais seulement entre et arrivèrent dans les champs aurifères. Elle commença le à San Francisco et deux jours plus tard à Seattle lorsque deux prospecteurs revinrent du Klondike avec de grandes quantités d'or. La presse rapporta que les premiers navires avaient rapporté ( de 2012) dans les ports de l'Ouest des États-Unis, même si cela se révéla être une sous-estimation. La ruée des prospecteurs attira tellement l'attention qu'elle fut rejointe par des écrivains, des photographes et des commerçants.

Différents facteurs sont à la base de cette réaction soudaine. Économiquement, les États-Unis étaient plongés dans une série de récessions économiques et de faillites bancaires dans les années 1890.

L'étalon-or de l'époque liait le papier monnaie à la production d'or et les pénuries de la fin du faisaient que les pièces en or prenaient rapidement de la valeur par rapport aux billets de banque et qu'elles étaient thésaurisées. Cela avait contribué aux paniques financières de 1893 et 1896 et à la forte hausse du chômage. Le Klondike pouvait subvenir aux besoins en or des pays développés et offrir des opportunités bien payées aux chômeurs.

L'historien Pierre Berton écrivit que psychologiquement, le Klondike . De plus, les ports de la côte Pacifique les plus proches des lieux de découverte d'or cherchaient désespérément à encourager le commerce dans la région. Les journalistes firent la publicité de l'événement et les histoires humaines qui se trouvaient derrière. Une campagne de promotion mondiale largement conçue par Erastus Brainerd, un journaliste de Seattle, aida à établir la ville comme le point de départ à destination des champs aurifères et un centre de ravitaillement.

vignette|gauche|Le SS Excelsior quitte San Francisco le 28 juillet 1897 pour le Klondike. Les prospecteurs étaient d'origines variées même si entre 60 et 80 % d'entre eux étaient américains ou récemment arrivés aux États-Unis. La plupart n'avaient aucune expérience dans le domaine de la prospection et les démissions de masses des employés devinrent célèbres. À Seattle, le maire William D. Wood, l'ancien gouverneur John McGraw, douze policiers et un pourcentage significatif de conducteurs de tramway rejoignirent la ruée. Frederick Burnham, un fameux éclaireur et explorateur américain, revint d'Afrique pour participer à la ruée, mais fut rappelé pour participer à la guerre hispano-américaine.

Parmi ceux qui documentèrent la ruée figuraient le photographe suédois Eric A. Hegg, qui réalisa les images iconiques du col Chilkoot et le journaliste Tappan Adney, qui réalisa par la suite, un récit de première main de la ruée.

Jack London, le futur auteur américain, quitta son travail pour chercher de l'or, mais il gagna essentiellement son argent en travaillant pour des prospecteurs. Certains revinrent d'Angleterre pour tenter leur chance, comme W. H. Davies, clochard de son état, mais qui fut victime d'un grave accident en sautant d'un train en marche ; il décrit cet épisode dans son livre L'Autobiographie d'un super-vagabond..

Seattle et San Francisco rivalisèrent férocement pendant la ruée et Seattle remporta la plus grande partie du commerce. La publicité autour de la ruée entraîna la mise sur le marché d'un tourbillon de produits estampillés « Klondike » supposément conçus pour le Nord-Ouest. Des guides de voyage plus ou moins sérieux furent publiés et donnaient des conseils sur les routes, les équipements, l'extraction minière et le capital nécessaire à l'entreprise. Les journaux de l'époque qualifièrent ce phénomène de « Klondicitis ».

Routes d'accès au Klondike

vignette|Routes vers le Klondike (point rouge)|416x416px À la fin du , il existait deux routes établies vers l'intérieur du Yukon : remonter le fleuve Yukon depuis son embouchure dans la mer de Béring ou par les ports de Dyea et Skagway dans le Sud-Est de l'Alaska jusqu'à la source du fleuve Yukon et le descendre en bateau ou canoës. Les autres routes étaient plus ou moins improvisées et suivaient les anciennes pistes des trappeurs et des précédentes ruées vers l'or.