Germinal est une revue hebdomadaire collaborationniste française parue du au , et prônant une Europe unifiée et socialiste sous l'égide de l'Allemagne. Ce journal gravite dans l'orbite intellectuelle du RNP de Marcel Déat.
Historique En avril 1944, l'ambassade d'Allemagne à Paris, qui a interdit en 1942 la revue de Charles Spinasse, Le Rouge et le Bleu, d'inspiration collaborationniste, socialiste et , souhaite lui trouver un successeur et aide au lancement d'une nouvelle publication pour fédérer la même mouvanceDominique Venner, Histoire de la Collaboration, éd. Pygmalion, Gérard Watelet, 2000, p. 664. .
Germinal vise donc à fédérer certains « collaborateurs de gauche », qui écrivent déjà dans le quotidien La France socialiste. Il est financé par le trust allemand Hibbelen, lié à l'ambassade allemande, qui contrôle alors des quotidiens parisiens comme Aujourd'hui ou Les Nouveaux Temps et a des parts dans le capital d'autres comme L'Œuvre ou Le Matin.
Le premier numéro de Germinal paraît dans les kiosques le . Sous son titre, ce bandeau : « Hebdomadaire de la pensée socialiste française ». Chaumet affirme que Germinal est et œuvre tandis que Rives exalte le qui veut , contre les Anglo-Américains et le bolchevismeGerminal, 28 avril 1944L’édito du n.3 du 12 mai 1944 dit encore : « la réalité balaiera toutes les hérésies. La place de la France est en Europe, à côté de ceux qui se battent pour l’Europe. Mais nous savons aussi qu’une Europe victorieuse ne saurait être qu’une Europe socialiste. ». Ce premier numéro donne la parole à Marcel Déat, évoque Louise Michel, et Jean JaurèsGuillaume Pollack, Une mémoire improbable : Jaurès sous l'Occupation (1940 - 1944), dans les Cahiers Jaurès, 2014/1, publie un extrait du roman L'Hôtel du Nord d'Eugène Dabit, un article de Jamet sur Louis-Ferdinand Céline, etc.
La direction politique de Germinal est assurée par l'ancien député socialiste de l'Allier Paul Rives, membre du RNP, qui y écrit des éditoriaux consacrés au socialismeGerminal, 19 mai 1944, P. Rives, "Repenser le socialisme", Ibid., 26 mai 1944, P. Rives, "Oui mais quel socialisme ?", Ibid., 2 juin 1944, P. Rives, "Synthèses politiques" et en faveur de la collaboration, contre les conséquences du débarquement de Normandie et la gaullisteGerminal, 9 juin 1944, P. Rives, "Après le débarquement", Ibid., 23 juin 1944, P. Rives, "Pour la France et pour l'Europe !", Ibid., 30 juin 1944, P. Rives, "Raison garder", Ibid., 14 juillet 1944, P. Rives, "Dans l'honneur et dans la justice". Claude Jamet, ancien secrétaire fédéral de la SFIO, y exerce la responsabilité de rédacteur en chef et André Chaumet celle de directeur. Ce-dernier est issu de l'extrême droite fascisante, contrairement à la plupart des collaborateurs de l'hebdomadaire; il a fondé et présidé en 1934-1935 un Parti populaire socialiste national avant de se rallier au Francisme de Marcel BucardLaurent Joly, Fascisme et antisémitisme dans la France des années 1930 : une irrésistible convergence ?, dans la Revue d'histoire moderne et contemporaine, 2015/2-3. Membre du Parti populaire français (PPF), il a été le directeur de la revue Notre Combat pour la Nouvelle France socialiste (-), publiée par le Comité d’action antibolchévique, dont il est l'un des animateursPierre-André Taguieff, Annick Duraffour, Céline, la race, le Juif, Fayard, 2017. Cet antisémite, vice-président de l'Association des journalistes antijuifsLe Matin, 8 décembre 1941 (photographie), Le Cri du peuple, 8 décembre 1941, Le Petit Parisien, 12 janvier 1942, Ibid., 17 avril 1942, L'Echo de Nancy, 15 juillet 1942, a dirigé et dirige aussi les revues Le Cahier jaune et Revivre. Lié aux services de propagande nazis depuis 1935, c'est un familier de la Propagandastaffel et de l’ambassade d’AllemagneLaurent Joly, Une tentative de propagande raciste dans la France de 1943. Darquier de Pellepoix et l’union française pour la défense de la race, dans la Revue d'histoire de la Shoah, 2013/1. Il a collaboré de 1940 à 1942 à Paris-Soir et au Matin depuis 1942. Rives a préfacé une brochure anticommuniste de Chaumet, Le chemin de la mort, en 1943Notice de la BNF.
L'audience reste confidentielle, et l'approche de la Libération met fin à la revue après seulement 16 numéros.
Collaborateurs Tous les rédacteurs sollicités, ou presque, sont d'anciens membres de la SFIO, de la tendance pacifiste et anticommuniste. Ces personnalités de gauche se déclarent socialistes et pacifistes. Elles se sont ralliées à la Collaboration franco-allemande en 1940, sont liées ou membres de la Ligue de pensée française. Parmi eux : Claude Jamet, Paul Rives, Marcelle Capy, Félicien Challaye, Léon Émery, Francis Delaisi, Ludovic Zoretti, ancien responsable de la CGT et de la SFIO, où il fut l'adversaire acharné de Léon Blum, « le belliciste », Robert JospinPère de Lionel Jospin. ou encore Pierre Vaillandet. Albert Paraz, Marcel Brébant, Jean Ajalbert, Maurice Rostand, Pierre Hamp, Gérard de Lacaze-Duthiers, Georges Dumoulin, Francis Desphilippon (ancien dreyfusard), Louis Loréal et Armand Charpentier (franc-maçon, ancien dreyfusard) y écrivirent aussi des articles. Certains sont ou ont été professeurs : Rives, Jamet, Zoretti, universitaire, Jospin, Émery.
On retrouvera plus tard la plupart de ces personnalités au Parti socialiste démocratique.
Bibliographie Pierre Philippe Lambert et Gérard Le Marec, Partis et mouvements de la Collaboration, Éditions Grancher, 1993. Simon Epstein, Les Dreyfusards sous l'occupation, Albin Michel, 2001 Guillaume Pollack, Jaurès nazifié. L'hebdomadaire de la "pensée socialiste" Germinal, Mémoire de Master 1 soutenu à Paris 12 en
Notes et références Notes
Références
Liens externes
Voir aussi Rassemblement national populaire
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