L'armement d'Orbigny est une ancienne compagnie maritime française, créée en 1865 à La Rochelle par Alcide Charles Jean Dessalines d’Orbigny et Eucher Faustin.

Historique

Le , Alcide d’Orbigny et Eucher Faustin fondent la société A. d'Orbigny et E. Faustin pour le commerce de charbon de terre et de fer. L’extrait d’acte de la société précise l’objectif de la société de « faire le commerce des charbons de terre et de toutes autres marchandises, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la France.. »

L’entreprise débute donc avec des affrètements de navires de charbon entre La Rochelle et divers ports anglais. En 1870, la société achète son premier navire, le Phoenix, un trois-mâts goélette de de port lourd – TPL- construit à Sunderland en 1869 et qu’elle rebaptise le Mary-Fanny, en l’honneur des prénoms des épouses des deux associés...

En 1868, Eucher Faustin cède la place à son fils Georges, la société prend le nom de A. d’Orbigny et Faustin fils. Du fait de l’arrivée d’actionnaires locaux, la société poursuit son développement et loue un terrain de sur les quais du port pour y construire un entrepôt..

En 1872, elle passe commande de l’Océan construit à Bordeaux et acquiert d’occasion un navire anglais ; ils ont tous deux une capacité du double du Marie-Fanny. Le commerce s’étend alors au Pays basque et à la Cantabrie suivant un système de rotation – transport de charbon entre La Rochelle et l’Angleterre, chargement de poteau de mine au retour et transport de minerai de fer pour l’Espagne.

Entre 1874 et 1877, la société diversifie son activité en achetant cinq chalutiers – le Rochelais, le Normand et le Breton sont d’origine anglaise et les deux derniers, le Vendéen et le Verdon sont construits à Nantes. Néanmoins, cette activité ne s’avère pas lucrative et cesse en 1881..

En 1878, l’Atlantique, de , construit à Nantes vient remplacer le Ville de la Rochelle, naufragé sur les côtes anglaises en 1875. À partir de 1880, la flotte s’agrandit encore avec l’arrivée sur trois ans de treize navires construits en Angleterre. Onze font entre 1000 et 2000 TPL et poursuivent le trafic de pondéreux dans le triangle La Rochelle – Angleterre – Espagne. Les deux derniers – le Panama et le Suez – sont de plus grosses unités avec 3000 TPL et sont destinés au tramping international. Le Panama transporte du minerai de fer d’Espagne vers les États-Unis et revient avec du charbon et des céréales ; le Suez est plutôt affecté à des voyages vers l’Asie mais aussi vers l’Amérique du Sud (Montevideo et Buenos Aires)..

En 1890, deux navires de 2100 TPL construits à Sunderland viennent remplacer deux des trois navires perdus dans les années 1880 - Le Réaumur, le Saint Chamond et le Suez. L'État français octroie à la compagnie les droits de transport exclusifs entre la France et l'Algérie, ce qui élargit son rayon d’action.

Parallèlement à son activité d’entrepreneur, Alcide d'Orbigny est élu maire de La Rochelle en 1893, fonction qu’il assumera pendant 12 ans jusqu’en 1905. Il se peut que cette position au cœur des réseaux politiques lui soit une aide pour la compréhension et l’utilisation des lois de soutien de l’État à la marine marchande prises dans les mêmes années.. thumb|droite|« Europe et Asie » : Voiliers en acier de 3500 txC’est ainsi que, à la suite de la loi de 1893 instituant les primes à la construction, la société passe commande aux Chantiers de Normandie Jean Laporte et à Rouen de deux quatre-mâts barque de 3500 TPL, Europe et Asie, qui faisaient partie d’une commande plus importante de cinq voiliers dont les trois derniers ne verront jamais le jour. Mis en service en 1897, ils font du transport de blé entre l’Oregon et l’Angleterre. L’Asie effectue aussi des transports de nickel de Nouvelle-Calédonie. Ils seront exploités jusqu’en 1908, date à laquelle la compagnie les cédera à l’armement Bordes

En 1899, à la suite du décès de Georges Faustin, la compagnie est dissoute pour être reconstituée en intégrant un nouvel associé, Albert Capelle qui a épousé en 1890 Suzanne Dessalines d’Orbigny, une des nièces d’Alcide d’Orbigny. La société a alors trois actionnaires principaux, Alcide d’Orbigny, Franck Faustin (qui a succédé à son père) et Capelle. Elle prend le nom de A. d’Orbigny, Faustin fils et .. En 1904, la société change à nouveau de nom pour devenir la Compagnie de navigation d’Orbigny et Faustin. Elle prend livraison entre 1906 et 1908 de six cargos de 3700 TPL construits au Havre par les Chantiers de la Méditerranée – La Vendée, Deux Sèvres, Indre, Sarthe, Mayenne et Loiret – destinés aux routes vers l’Algérie et la Tunisie et, parfois, vers le Sénégal pour les arachides.

Alcide d’Orbigny décède le , Albert Capelle lui succède. En 1909, l’entreprise est transformée en société anonyme et prend le nom de Compagnie de navigation d’Orbigny (CNO).. Depuis la création de la compagnie, les navires hissent un pavillon aux couleurs de La Rochelle – bleu clair, rouge et vert clair – accompagné plus tard d’un écusson qui serait attribué à la famille d’Orbigny.

En 1909, la compagnie fait construire le Vosges, de 6200 TPL, cargo de tramping destiné à l’Asie. En 1912, profitant d’une conjoncture favorable, huit navires sont vendus – La Vendée et le Deux Charentes, et les six cargos de 3700 TPL acquis à partir de 1906 - les autres navires sont démolis et la compagnie opte pour l'acquisition d'unités neuves n'ayant que peu de dépenses d'exploitation. La perte du Vosges, qui s’échoue en 1914 lors d’un voyage au Brésil, laisse donc la compagnie sans navire.

En 1913, le siège social de la compagnie jusque-là resté à La Rochelle est transféré à Paris, les affaires ne pouvant plus se traiter localement. À partir de ce moment et jusqu'en 1928, année du décès de Capelle, la société va axer son activité sur le tramping international au long cours vers l'Extrême-Orient puis l'Amérique latine..

Entre 1915 et 1917, cinq navires de 7500 TPL sont alors commandés aux Chantiers de Sunderland mais, du fait de la guerre, deux seulement sont effectivement construits - Le Meuse est mis en service en 1915 mais torpillé en 1917 au large de l'Irlande par un sous-marin allemand, le Marne coulé le de la même année au large de l'île d'Yeu ne fera que cinq jours. Capelle commande à nouveau plusieurs navires dont le premier, le Zénon, n'arrive qu'en 1921, laissant la compagnie sans navire pendant près de quatre ans. En l'espace de six ans, cinq vapeurs de sont mis en service - le Platon, le Solon, le Criton, le Myson et le Strabon et relient les ports de Bordeaux à Anvers pour l'Amérique latine - Montevideo et Buenos Aires.

Le choix de l'Argentine n'est sans doute pas un hasard. Un siècle plus tôt, en 1826, Alcide d'Orbigny embarque sur la corvette Meuse pour Rio de Janeiro dans une expédition soutenue par le Muséum d'histoire naturelle. Aussi, lorsque la compagnie décide d'ouvrir une ligne vers l'Argentine, son nom y est déjà connu et l'image positive laissée par Alcide profite largement à son implantation auprès des clients argentins, des concurrents qui ne s'aventurent de fait pas dans cette zone et auprès des marins..

Albert Capelle décède le à Paris et est remplacé par son fils Marcel Capelle d'Orbigny alors âgé de trente-cinq ans et marin depuis 1923 dans la compagnie. Trois nouveaux navires sortent des chantiers anglais - le Moron, le Pavon et le Gazcon. Cette période des années trente est très favorable grâce à la loi d'aide à l'armement français du qui permet à la compagnie de commander de nouveaux navires dont le Fauzon et l' Arijon construits sur le même modèle que le Platon..

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, la compagnie possède dix navires auxquels s'ajoute le Lyon en cours de construction aux Chantiers de Normandie à Rouen. À la déclaration de guerre, tous les navires sont réquisitionnés. Le seul rescapé est le Fauzon, coulé en 1942 dans le port de Casablanca mais renfloué et réparé en 1943. En 1945, Marcel Capelle doit faire ainsi face à la quasi-disparition de sa flotte. De plus, la compagnie ne profite que peu de l'opportunité d'avoir des Liberty ships, navires américains cédés à la France dans le cadre du plan Marshall puisqu'elle n'en récupère qu'un seul, le Lyon 2 ex-Allen G. Collins - Delmas s'en voit accorder cinq, les Chargeurs réunis onze et la Compagnie générale Transatlantique trente-deux.. Néanmoins, l'activité vers l'Amérique latine redémarre avec ces deux navires.

En 1947, Marcel Capelle commande quatre navires sur le modèle de ceux d'avant-guerre, des vapeurs à turbine de - le Dijon, le Vernon, le Chinon et le Redon. Malgré ce manque de modernité, la compagnie reste attractive pour les marins - le patron connait tout le monde, l'atmosphère y est familiale, le nom de la compagnie est associé au voyage et à l'aventure sans compter le haut niveau de formation des capitaines et la qualité de la protection sociale du personnel..

Elle reprend progressivement sa ligne régulière avec l'Amérique latine au départ d'Anvers. Les dommages de guerre permettent de plus la construction entre 1952 et 1955 de six autres navires par les Chantiers de Normandie - Chalon, Vierzon, Crozon, Gaillon, Lannion et Meudon - faisant repasser la flotte à son niveau d'avant-guerre avec onze bâtiments. Flotte renouvelée mais non rajeunie..

Mais cette période favorable ne dure pas. La situation économique des trois pays - Argentine, Brésil, Uruguay - et leur volonté de développer leur propre pavillon fragilise la rentabilité de la ligne. En , la CNO rejoint la Société anonyme pour l'exploitation de l'Atlantique Sud (SAEAS) constituée en 1959 par les Chargeurs réunis et Louis Dreyfus et pour coordonner leurs lignes de fret sur cette zone. Cette décision l'amène à accepter un plan de fusion qui aboutit à des changements conséquents. Les deux autres compagnies vont en effet entrer dans le capital de la CNO, faisant perdre à celle-ci son caractère familial. Le , la Compagnie de navigation d'Orbigny est dissoute et devient la Nouvelle compagnie de navigation d'Orbigny. Entre 1963 et 1964, ses dix cargos sont revendus à l'Inde et la politique d’acquisition se réoriente vers l'achat de bateaux d'occasion - les Sauzon, Arzon, Salon puis les Courson, Javron et Clisson.

Fin 1965, les Messageries maritimes rachètent les parts des Chargeurs réunis et de Dreyfus si bien qu'à la fin des années soixante, la compagnie d'Orbigny devient une filiale des Messageries maritimes. Marcel Capelle quitte la direction de la compagnie en 1972 à 79 ans et devient Président d'honneur, il décède en 1980. Auparavant, en 1958, son gendre Jean Corpet est entré à la CNO comme agent commercial à la CNO à Buenos Aires. Marcel Capelle, veillant sur les intérêts de sa famille, propose en 1968 aux Messageries maritimes que Corpet prenne le poste de directeur. La proposition est acceptée mais ce rôle de directeur est très amoindri, la CNO étant devenue une filiale. C'est la fin de la dynastie familiale des d'Orbigny....

En 1977, les Messageries Maritimes fusionnent avec la Compagnie générale transatlantique pour former la Compagnie générale maritime (CGM), la Compagnie de navigation d'Orbigny passe alors sous le contrôle de la Société financière et maritime de participations puis la Financière de l'Atlantique, toutes deux filiales de la CGM Financière - elle-même maison mère de la CGM.

Dans les années quatre-vingt, le conteneur progresse sur l'Amérique latine mais la CNO n'a plus les moyens de s'adapter à cette évolution. Ses cargos, devenus obsolètes, sortent de la flotte entre 1979 et 1984. Ils ne seront remplacés que par le Thonon, ex-Éric Vieljeux de 1979 à 1984 puis le Toulon, ex-Zélande de 1983 à 1987. Pour le personnel de la compagnie, la sortie du dernier navire marque la fin de la compagnie et il manifeste son désarroi par un faire-part publié dans Ouest France le "Les navigants de la d'Orbigny ont la douleur de vous faire part du naufrage de leur Compagnie.".