Le Grand Prix automobile de Grande-Bretagne (), disputé le sur le circuit de Silverstone, dans le comté du Northamptonshire, en Angleterre, est la soixante-quatrième édition du Grand Prix, le Grand Prix de Formule 1 couru depuis 1950 et la huitième manche du championnat 1995.
La course, de 61 tours, est remportée par Johnny Herbert (Benetton Formula), parti de la cinquième position. Jean Alesi (Scuderia Ferrari) finit deuxième et David Coulthard (Williams F1 Team) se classe troisième ; suivent Olivier Panis (Ligier), Mark Blundell (McLaren Racing) et Heinz-Harald Frentzen (Sauber). Le Grand Prix est marqué par la première victoire de Johnny Herbert en Formule 1 et la cinquième victoire de Benetton cette saison.
Cette épreuve est dominée par la lutte entre Michael Schumacher et Damon Hill pour le gain du championnat du monde. Hill démarre de la position de tête après des essais qualificatifs réalisés dans des conditions météorologiques variables et conserve son avantage au départ tandis que Schumacher, second sur la grille, est gêné par Jean Alesi au premier freinage. Bien que se trouvant derrière une Ferrari plus lente, Schumacher adopte une stratégie à un seul arrêt aux stands, plus favorable pour prendre l'ascendant sur Damon Hill, qui marque deux arrêts au stand. Schumacher, qui a pris la tête au quarante-deuxième tour, est percuté quatre tours plus tard par Hill qui tente de le dépasser, ce qui provoque leur double abandon. Johnny Herbert et David Coulthard, qui se battaient jusqu'alors pour le gain de la troisième place, se retrouvent en lutte pour la victoire. Si Coulthard dépasse Herbert, il est ensuite rétrogradé à la troisième position après une pénalité d'un pour vitesse excessive dans les stands, ce dont Jean Alesi profite pour lui ravir la seconde place.
Contexte avant le Grand Prix Situation du championnat du monde À l'approche du Grand Prix de Grande-Bretagne, Michael Schumacher, pilote Benetton, mène le championnat du monde des pilotes avec 46 points, devant Damon Hill, pilote Williams, qui en a 35. Ils sont suivis par les deux pilotes de la Scuderia Ferrari, Jean Alesi et Gerhard Berger, qui ont marqué 26 et 17 points. Le championnat du monde des constructeurs est lui plus disputé puisque Benetton, en tête du classement avec 48 points, ne devance que de quelques points Ferrari (43 points) et Williams (42 points).
Après un début de saison en demi-teinte, Schumacher, qui vient de remporter trois des quatre précédents Grands Prix, arrive à Silverstone avec le statut d'homme à battre. Damon Hill, qui a gagné l'édition précédente de l'épreuve, espère réitérer sa performance à domicile devant ses supporters.. Le Britannique a réalisé le meilleur temps des essais privés de Silverstone organisés lors de la dernière semaine de , devançant son coéquipier, David Coulthard, de près d'une seconde et Schumacher de deux dixièmes. Outre Williams et Benetton, les écuries McLaren, Jordan, Arrows et Pacific ont participé à ces essais.. Damon Hill est d'autant plus sous pression que son épouse s'apprête à donner naissance à leur troisième enfant.
Situation des pilotes Les débuts de Max Papis thumb|upright|alt=Portrait de Massimiliano Papis en 2008, vêtu d'une combinaison de course noire|Massimiliano Papis dispute à Silverstone son premier Grand Prix de Formule 1. Jackie Oliver, le patron de l'écurie Arrows en manque de liquidités, n'est plus en mesure d'apporter un complément financier à l'équipe et ne peut plus conserver son premier pilote, l'Italien Gianni Morbidelli, qui n'apporte aucun budget complémentaire, au contraire de son coéquipier. Si le Portugais Pedro Lamy est initialement contacté pour le suppléer, Massimiliano Papis, vainqueur d'une manche du championnat international de Formule 3000 1994 et pilote-essayeur de Team Lotus la même année (avant son retrait de la compétition à la fin de la saison) remplace finalement son compatriote. Papis apporte le soutien financier d'Altea, un fabricant de cravates, qui complète le revenu apporté par l'autre pilote-payant Taki Inoue, afin de couvrir le budget annuel de l'écurie. Papis était initialement pressenti pour remplacer le Japonais dont certaines rumeurs suggéraient que son apport financier s'était tari.. Morbidelli ne quitte pas pour autant Arrows puisqu'il en devient le pilote-essayeur, avant d'être à nouveau titularisé pour le Grand Prix du Pacifique, en fin de saison.
Premières annonces et rumeurs de transferts Les discussions précédant le weekend de Grand Prix sont centrées sur les transferts des pilotes pour la saison 1996. L'avenir de Michael Schumacher, unique champion du monde du plateau et considéré comme le meilleur pilote de Formule 1 de l'époque, dicte le marché des transferts.
Les échanges les plus courus concernent l'éventuel départ de Schumacher de Benetton Formula vers la Scuderia Ferrari où il remplacerait Gerhard Berger, ce dernier envisageant de rejoindre Williams F1 Team. Berger, s'il ne confirme pas son propre transfert, déclare que l'arrivée de Schumacher chez Ferrari est d'ores et déjà actée..
L'avenir de Damon Hill au sein de Williams F1 Team semble incertain : annoncé par plusieurs journalistes chez Ferrari (où il ferait équipe avec son rival Schumacher, ce qui semble peu probable), Hill se verrait, selon ses propres termes, plutôt chez Benetton où il remplacerait Schumacher..
Le vendredi , Julian Jakobi (l'ancien agent d'Ayrton Senna), Andrew Happel (l'agent de Johnny Herbert) et Tim Wright (l'agent de David Coulthard), tous trois éminents représentants de la société International Management Group de Mark McCormack, sont reçus par Frank Williams. Ceux-ci sont chargés par Craig Pollock, l'agent de Jacques Villeneuve (qui vient juste de remporter le Grand Prix automobile d'Elkhart Lake sur le circuit de Road America en CART), de multiplier les contacts avec Williams F1 Team afin de lui assurer un poste de titulaire en 1996.
thumb|alt=Photo de face d'Alesi, vêtu d'une chemise rouge, entouré à sa droite de trois jeunes femmes|Jean Alesi, présent chez Ferrari depuis 1991, quitte l'écurie italienne à la fin de la saison.
McLaren disposant d'une option sur David Coulthard pour 1996, Heinz-Harald Frentzen (Sauber) est cité pour le remplacer comme titulaire chez Williams en 1996. L'Allemand ferait alors équipe avec le Français Jean Alesi, écarté par Ferrari au terme de la saison. Toutefois, d'autres bruits de paddock annoncent Frentzen chez McLaren dès le Grand Prix d'Allemagne à venir où il remplacerait Mark Blundell qui ne dispose que d'un contrat « course par course ».
L'Anglais Johnny Herbert, coéquipier de Schumacher chez Benetton, est sur le point de perdre son baquet au profit du pilote-essayeur de l'écurie, Jos Verstappen, sans volant de titulaire depuis la faillite de Simtek après le Grand Prix de Monaco. Malgré sa deuxième place en Espagne, Herbert reste largement dominé par Schumacher et impliqué dans deux accidents au départ des deux précédentes courses, au Canada et en France... Flavio Briatore, qui porte la double casquette de directeur de Benetton et d'agent de Verstappen (à qui il doit contractuellement plusieurs courses) pourrait ainsi placer « gratuitement » son pilote comme titulaire dans son écurie.. D'autres rumeurs annoncent le remplacement d'Herbert par Martin Brundle dès le prochain Grand Prix, en Allemagne.
Jos Verstappen est également cité comme remplaçant de l'Italien Andrea Montermini au sein de la modeste écurie Pacific Racing, en manque de liquidités, pour ce Grand Prix de Grande-Bretagne. En effet, les observateurs estiment que Montermini ne peut plus payer son baquet tandis que le Néerlandais pourrait le suppléer grâce au soutien du principal commanditaire de l'écurie, le fabricant hollandais de vodka Ursus ; Verstappen est néanmoins en lutte pour ce volant avec son compatriote Jan Lammers et avec le Suisse Jean-Denis Delétraz (censé disputer les quatre dernières manches de la saison). Montermini confirmé pour la course de Silverstone, doit finalement être remplacé par un autre Italien dès l'épreuve suivante..
Tensions entre Schumacher et Hill Lors de la conférence de presse du jeudi, Damon Hill répond à la précédente attaque de son rival Michael Schumacher qui l'avait traité de et avait enfoncé le clou en déclarant qu'il . Le Britannique réplique : . Mis au courant de ces propos, l'Allemand incrimine alors la presse en ces termes : . Une heure plus tard, au micro de TF1, Schumacher calme la situation en annonçant : . Hill, soucieux à son tour de calmer la polémique, conclut en ces termes : .
Situation des écuries Minardi en crise thumb|Les Minardi M195 ont failli ne pas être disponibles pour la course.|alt=Photographie d'une monoplace de Formule 1 en livrée blanche et noire. Lors du Grand Prix précédent, à Magny-Cours, Giancarlo Minardi, le patron de la Scuderia Minardi, mandate Dominique Dumas (entre autres avocat d'Alain Prost) pour plaider sa cause au tribunal de commerce de Nevers à propos de la saisie de ses monoplaces Minardi M195 à la suite d'un litige financier avec la société Grand Prix Engineering Sponsorship Limited. Si les monoplaces ne peuvent tourner durant toute la journée du vendredi, Dominique Dumas obtient une levée temporaire du séquestre pour les journées du samedi et dimanche ; les monoplaces restent toutefois bloquées en France à l'issue de la course..
L'affaire rebondit le , une semaine avant la course, lorsqu'Henry Peter (entre autres avocat de la Scuderia Ferrari) est mandaté par Grand Prix Engineering Sponsorship Limited pour régler le différend. Le lendemain, Minardi est mis en demeure de régler pour disposer de ses monoplaces. L'avenir de l'écurie est en péril pendant plusieurs heures puis un compromis est adopté, permettant à l'équipe italienne de participer au Grand Prix de Grande-Bretagne.
Vers un rachat de Ligier ? En 1994, lorsque les aides au pilotage ont été interdites, le moteur Renault Sport n'a pas suffi à masquer les carences de la Ligier JS39B qui n'a marqué aucun point à mi-saison. Au printemps, Flavio Briatore, patron de Benetton Formula, rachète Ligier, financièrement aux abois. La manœuvre de Briatore n'est pas anodine puisque, désormais propriétaire des deux équipes, plus rien ne peut s'opposer au transfert du moteur Renault chez Benetton pour 1995. Ne pouvant gérer les deux équipes concomitamment, Briatore installe Tom Walkinshaw à la tête de Ligier. Le , à l'occasion du Grand Prix de Grande-Bretagne, Guy Ligier, actionnaire minoritaire de l'écurie et Jean-Dominique Comolli, président de la SEITA (sponsor-titre de l'équipe Ligier Gitanes Blondes) quittent le circuit en hélicoptère pour Oxford où sont entamés les premiers pourparlers visant au rachat total de l'écurie par Walkinshaw et au déménagement des installations en Angleterre. Comolli annonce que, .
Retour de Steve Nichols chez McLaren La semaine précédant le Grand Prix de Grande-Bretagne, Ron Dennis, le directeur de McLaren Racing, annonce le retour de l'ingénieur américain Steve Nichols présent au sein de l'équipe britannique de 1980 à 1989. Nichols, après être passé par la Scuderia Ferrari, Jordan Grand Prix et Sauber, est notamment chargé de superviser la conception de la prochaine monoplace de McLaren...
Tensions entre Williams et Renault