Vilhelm Hammershøi , né à Copenhague le et mort dans la même ville le , est un peintre danois.

Il est connu pour ses peintures d'intérieur intimistes et mélancoliques.

Biographie

Présentation d'un artiste hors-norme Vilhelm Hammershøi est considéré comme un phénomène à part dans l'art danois et européen parce que, au beau milieu de la modernité, il s'en tenait à un conservatisme apparent qui faisait de son art une sorte de mutation, difficile à contourner. Selon Poul VadPoul Vad (1927-2003) est un spécialiste de Vilhelm Hammershøi. Il a notamment publié Vilhelm Hammershøi and danish art à the turn of the century (Vilhelm Hammershøi et l'art danois au début du siècle), Yale university Press, 1992. :

La critique redécouvre depuis les années 1990 ses tableaux d'intérieur énigmatiques représentant des pièces souvent vides, parfois habitées par des personnages féminins perdus dans une profonde réflexion, souvent vus de dos, tournés vers des murs clairs et nus. Réalisés dans une gamme de tons gris, brun et blanc très restreinte, ses paysages et ses portraits baignent dans une atmosphère étrange, irréelle, dénuée de toute action ou d'anecdote.

Personnalité effacée, Hammershøi a été très jeune une figure connue et controversée de l'art danois à une époque où l'on privilégiait les reproductions fidèles à la nature. Son style original, qu'aucune influence extérieure n'avait marqué, malgré un séjour à Paris, puis en Italie, a été remarqué par le critique français Théodore Duret. Au Danemark, il a surtout été apprécié par les . Sa carrière a été alternativement jalonnée d'éloges et de scandales.

et, dès l'automne 1904, Rainer Maria Rilke qui vint le rencontrer à Copenhague, a écrit un essai sur l'artiste qu'il considérait comme un maître..

Vilhelm Hammershøi est mort le d'un cancer à la gorge. Il est enterré à Copenhague au cimetière Vestre.

Les premières années

vignette|redresse|Portrait de Frederikke Amalie Hammershøi, née Rentzmann (la mère de l'artiste), 1886, localisation inconnue. Fils d'un négociant de Copenhague, Vilhelm Hammershøi a grandi dans une famille aisée et cultivée. Il a deux frères et une sœur, Anna, dont il peint le portrait en 1885Portrait d'Anna sur the-athenaeum.org., et un frère cadet, Svend Hammershøi (1873-1948), qui deviendra peintre lui aussi. La mère encourage beaucoup ses enfants dans la voie artistique. C'est elle qui choisit l'enseignement que reçoit Vilhelm, et elle conserve tous les témoignages de son talent qu'elle réunit dans plusieurs albums jusqu'à sa mort.. Vilhelm fait son portrait en 1886Portrait de Frederikke Amalie Hammershøi, née Rentzmann, huile sur toile, , localisation inconnue..

Vilhelm Hammershøi reçoit une formation artistique assez complète. Dès l'âge de huit ans, en 1872, il prend des cours de dessin professionnels et à quinze ans, en 1879, il est admis en première année de l'Académie des beaux-arts de Copenhague. Dans les cinq années qui suivent, il prend des cours dans toutes les disciplines liées au dessin et à la peinture avec comme professeur.. Enfin, il suit encore des cours privés de 1883 à 1885 dans les Kunstnernes Frie Studieskoler (ateliers libres) qui ressemblent beaucoup aux écoles des peintres français, en particulier à celle de Léon Bonnat.. Ces ateliers ont été créés en 1882 en réaction contre l'enseignement figé de l'Académie des beaux-arts de Copenhague, d'abord dirigée par Francis Schwartz, puis Kristian Zahrtmann et enfin par Johan Rohde de 1908 jusqu'à la fermeture de l'école en 1912. Parmi les professeurs se trouvent Laurits Tuxen et Peder Severin Krøyer qui avaient eux-mêmes suivi les cours de Léon Bonnat Les ateliers libres sur denstoredanske.dk..

Avec le portrait de sa sœur en 1885Huile sur toile, , Copenhague, collection Hirschsprung., Hammershøi aborde l'univers féminin, un thème qu'il continue par la suite à explorer sur fonds gris blanc, avec notamment Jeune fille cousant (1887)Huile sur toile, légué à l'état danois par Wilhelm et Henny Hansen (cf. Jeune fille cousant sur artliste.com). et les portraits de sa femme Ida.. Il se lance ainsi dans une peinture hors-mode qui fait dire à Philippe Dagen :

Ce tableau n'était pas conforme à la peinture qu'attendait l'Académie des beaux-arts de Copenhague. Lors de sa présentation pour un concours, à l'exposition de printemps de Charlottenborg, Hammershøi aurait dû recevoir le prix Neuhausen, mais l'Académie ne le lui attribue pas, ce qui déclenche un mouvement de protestation chez les jeunes peintres danois les plus influents de l'époque, parmi lesquels Johan Rohde et Jens Ferdinand Willumsen.. Cette insatisfaction conduit plus tard à une révolte ouverte provoquée encore par un autre tableau d'Hammershøi (Job) et à la création de Den Frie Udstilling (l'Exposition libre).

Dans la seconde moitié des années 1880, les peintures d'Hammershøi correspondent à une tendance de la jeune peinture danoise qui prend ses distances avec les thèmes de plein air, et se tourne davantage vers des peintures d'intérieur..

Cependant, dès le début, le peintre se situe en marge de la vie artistique de son époque. Son style mélancolique, les thèmes liés à la mort, la mise en scène voisine du symbolisme le distinguent et le rapprochent d'un Edgar Degas, que pourtant Hammershøi ne connaissait pas..

Un peintre à contre-courant vignette|redresse|Autoportrait de l'artiste et de sa femme dans un miroir, 1911, huile sur toile, localisation inconnue. vignette|redresse|Artémis, 1894, Copenhague, Statens Museum for Kunst. vignette|redresse|Portrait d'Ida, 1898, Copenhague, Statens Museum for Kunst. En 1888, Hammershøi crée la surprise avec un tableau intitulé Job, un grand format aujourd'hui perdu, qui lui a pris un an de travail, et dont il ne reste qu'une Étude pour Job au fusainFusain sur papier, , localisation inconnue... Le tableau fait sensation dès sa présentation.

Vers la fin des années 1880, Hammershøi expérimente de nouveaux motifs, des intérieurs, des modèles féminins, des motifs architecturaux. Ses gammes de couleurs ombrées atteignent un raffinement rare comme le montre le tableau Étude : une boulangerie (1889)Huile sur toile, , Vejen Kunstmuseum (cf. Étude, une boulangerie sur artliste.com..

Son voyage à Paris, en 1889, à l'occasion de l'Exposition universelle de 1889 où il était représenté parmi les peintres danois, sa découverte des impressionnistes français et de l'art contemporain, ne laissent aucune trace dans son style. Il s'est pourtant intéressé à l'exposition d'impressionnistes organisée cette même année, à l'automne, à Copenhague, par Karl Madsen, un jeune critique d'art qui a toujours soutenu son travail et qui sera plus tard le conservateur du Statens Museum for Kunst de Copenhague .. À cette époque, le premier autoportrait à l'huile d'Hammershøi, qu'il peint peu après, le rapproche davantage des peintres hollandais de que de ses contemporains ..

Le peintre, qui s'est déjà positionné contre la peinture de l'âge d'or danois, contre la peinture enseignée à l'Académie, sera éternellement en marge, voire en opposition à son époque.

En 1890, le peintre se fiance avec Ida Ilsted ; ils se marient en 1891. Le couple n'a pas d'enfant, mais Ida joue un rôle considérable dans l'évolution de l'art d'Hammershøi. C'est elle qu'il prend inlassablement comme modèle : silhouette féminine figurant dans de nombreux tableaux d'intérieur, Ida paraît indispensable. Elle accompagne le peintre dans tous ses voyages. De 1891 à 1892, le couple séjourne six mois à Paris. Hammershøi est parfaitement conscient que c'est là que se tient le courant le plus important, et précisément, il a le désir d'aller à contre-courant.. Sur les recommandations de Théodore Duret, Hammershoi avait envoyé à la galerie Durand-Ruel un de ses tableaux accompagné d'un jugement très flatteur de Duret. Duret l'avait d'ailleurs invité à dîner en compagnie de Whistler et de Monet, Hammershøi ne se rendit pas à l'invitation et son tableau ne fut pas vendu.

L'art contemporain ne satisfait pas Hammershøi qui écrit à Johan Rohde en 1892 en se moquant de plusieurs toiles qu'il décrit : .

Immédiatement après, peut-être en réaction contre toutes ces nouveautés, le peintre entreprend de copier un bas-relief d'antiquité grecque. Certains critiques parlent de « régression » dans l'évolution du peintre .. Mais ce n'est pas seulement l'art contemporain que le couple rejette, c'est aussi la vie de la capitale, ses grands boulevards, ses femmes fardées et poudrées. Ida, qui a été propulsée directement de sa petite ville de province, est totalement perdue dans ce monde dont elle admire malgré tout le bouillonnement. Elle écrit à sa belle mère :

Un autre voyage conduit Hammershøi en 1895 en Italie où les peintres de la Renaissance l'impressionnent fortement. C'est d'ailleurs après son retour qu'il se lance dans la réalisation d'une grande composition : Artémis inspirée des fresques de Masolino da Panicale, qui présente une silhouette d'homme androgyne et trois silhouettes de femme, dont Poul Vad souligne

Dès son exposition, ce tableau fait sensation et les avis sont partagés : les jeunes symbolistes le couvrent d'éloges dans la revue littéraire La Tour, tandis que son ami Karl Madsen ne comprend pas le tableau et le trouve raté. C'est pourtant lui qui l'achète en 1916, après la mort du peintre, pour le Statens Museum for Kunst. Par la suite, Artémis a été rapproché du style de Pierre Puvis de Chavannes et de ses figures archaïsantes, comparaison jugée peu pertinente de nos jours..

L'œuvre : les thèmes et leur interprétation

Paysages

Les couleurs du peintre sont conditionnées par la lumière de son pays qu'il traduit dans ses paysages comme Vue du lac de Gentofte (qui porte aussi le titre : Pluie et soleil) (1903-1904)Huile sur toile, , Copenhague, Ordrupgaard.. et Paysage, Lejre (1905)Huile sur toile, , Stockholm, Nationalmuseum.. Essentiellement citadin, Hammershøi passait toujours un ou deux mois par an à la campagne. .

Les tons verts de la végétation sont grisés et tous les paysages s'étalent sur fond de ciel gris, ou à peine bleuté comme Paysage, Lejre. La majorité des éléments sont dans des teintes sombres sans véritable ciel à l'exception de quelques espaces clairs : Deux chênes (intitulés également Deux héros, 1896)Huile sur toile, , localisation inconnue., Forêt de jeune hêtres (1904) réalisé au cours de son séjour d'été à Frederiksværk. Les paysages sont sans doute les moins représentatifs des choix coloristes d'HammershøiPoul Vad cité par ..

Une impression de désolation se dégage de ses vues de la campagne danoise, avec des horizons bas, des ciels vastes, une terre plate, dans un style que l'on a audacieusement rapproché de Jacob van Ruisdael et Philips de Koninck, mais que, au contraire des Hollandais du , Hammershøi ne se préoccupe pas d'animer. Il choisit les terres les plus dépeuplées qui évoquent le calme et la rêverie

Architecture

Le peintre étant avant tout citadin, l'essentiel de son inspiration lui est fournie par l'architecture. Il peint un grand nombre de bâtiments et de palais, en leur donnant un aspect monumental. Beaucoup sont réalisés d'après photographie parce qu'il ne pouvait pas installer son chevalet partout où il le voulait, notamment devant Les Bâtiments de la compagnie asiatique (1902)Huile sur toile, , Copenhague, Statens Museum for Kunst., un édifice situé tout près de l'appartement du peintre.

À partir de 1898, date à laquelle il s'installe dans le quartier de Christianshavn, Hammershøi puise son inspiration dans les motifs architecturaux qui lui sont fournis par les quais, les cours intérieures. Mais il a déjà plusieurs fois été attiré par les bâtiments monumentaux à forte connotation nationale, auxquels il conférait une vie nouvelle avec une étrangeté teintée de nostalgie que l'on perçoit dans la Vue de la place d'Amalienborg (1896)Huile sur toile, ...