Rober Racine est un artiste, écrivain et compositeur québécois né le à Montréal.

Biographie

Né à Montréal le , Rober Racine a fait des études en littérature au Collège Lionel-Groulx puis en histoire de l'art et en cinéma à l'Université de Montréal. Adolescent, il joue de la batterie dans un groupe de musique rock, découvre l'univers du piano, apprend à en jouer en autodidacte et compose de nombreux morceaux entre 1973 et 1978 en donne la liste.

Performances gauche|sans_cadre Le , Rober Racine interprète au piano Vexations d’Erik Satie qu’il joue, selon les instructions données par le compositeur en tête de la partition, sans interruption 840 fois pendant 14 heures et 8 minutes. La salle est tapissée de 840 feuilles traduisant en suite numérique les 152 notes de la pièce musicale, assemblées en laizes de 13 feuilles – le nombre de temps dans le thème. Pour Racine, «Vexations est cette immense cathédrale de l’art où chacun des 840 motifs, identiques aux vitraux, taille, par 152 couleurs, le spectre infini de la perception et du silenceCité par . Rober Racine expose sa conception de l’œuvre dans Parachute, n° 15, 1979, p. 50-53. Lire en ligne. »

Après avoir recopié à la main toutes les œuvres de Flaubert, Racine retient Salammbô. Il édifie un grand escalier : une marche par chapitre du roman, dont la largeur est fonction du nombre de mots, la profondeur fonction du nombre de phrases, la hauteur fonction du nombre de paragraphes. Le , au Musée des Beaux-Arts du Canada, il lit chaque chapitre sur chaque marche, pendant quatorze heuresExtrait en ligne.

Rober Racine entame ensuite un long travail sur le dictionnaire. Pendant un an, à raison de huit à dix heures par jour, il en découpe finement les du Petit Robert, les colle sur un bâtonnet puis les plante sur une surface blanche horizontale de 8 mètres sur 8 mètres qu'il intitule Le Terrain du dictionnaire A/Z. En mettant en espace chacun des mots du dictionnaire, Racine accomplit un déplacement de la position traditionnelle des mots et les fait passer de couchés à debout. Les mots ainsi décontextualisés, c’est-à-dire placés « sur une autre surface, dans un autre espace, une autre lumière », acquièrent une nouvelle dimension.

Il de réaliser un Parc de la langue française dans lequel chaque vocable, accompagné de sa définition, et d'une couleur différente selon sa classe, serait représenté sous forme de panneau dans un jardin. Il s'agirait de Le lecteur se ferait promeneur (ou vice-versa) et explorerait à son gré les sentiers de l’expression, de la communication ou de la création.

Mais seules quelques lettres ont pu être ainsi visualisées, en 1992, à la Documenta de Kassel, puis en 1996 dans le parc de la Cité internationale de Lyon.

Avec , Rober Racine reprend les pages du dictionnaire utilisées pour la découpe des entrées comme matériau des Pages-Miroirs. Il pratique d’infimes perforations sous chaque lettre des noms d’auteurs qui apparaissent dans les définitions ; applique de la dorure sur certaines lettres (les lettres et les chiffres fermés des mots en italique : a, b, d, g, e, g, o, p, q, 6, 8, 9) ; souligne les syllabes correspondant à des notes de musique (abandonner, alarmer, amicalement). Il expose chaque page devant un miroir qui permet à la fois de voir son verso et le visage du spectateur, conjuguant l’interrogation de soi et la matérialité du langage. La pluri-lecture est la principale dynamique proposée par l’œuvre, amenant le regard du spectateur dans un constant oscillement entre présentation calligraphique et signifié, signifiés et présentation calligraphique. L’écriture n'est ainsi plus enfermée dans nos habitudes, mais érigée en habitats offrant une perméabilité au désir de faire se confondre et circuler corps et mots.

Racine relève dans les de la langue française, dont , et en tire La Musique des mots. Chaque mot vaut un temps. Un mot contenant une seule syllabe-note identifie une noire (un temps), un mot en contenant deux une croche (deux demi temps) et un autre en contenant trois un triolet (trois croches). Il tient également compte de la tonalité, déterminée selon la première note apparaissant dans chaque colonne, puis du mode (majeur-mineur), les syllabes-notes de la colonne de gauche du dictionnaire étant considérées majeures et celles de la colonne de droite comme mineures. Le dictionnaire est considéré comme une partition musicale qu'il est nécessaire d'interpréter et d'exécuter.

Littérature Après plus d'une décennie pendant laquelle il s'est effacé en étant l’exécutant de géants comme Flaubert ou Satie, en étant à leur service, en réinterprétant leurs œuvres sur le plan plastique, Rober Racine sort de leurs ombres et devient un créateur, sans intermédiaires. Dans son premier roman, Le Mal de Vienne, le personnage central, est atteint de thomasbernhardovite, étrange maladie qui le voit hanté par Thomas Bernhard, par son style, par son personnage. Cet ouvrage , situé dans le monde de l’improbable toujours possible, dans lequel l’ère du soupçon est remplacée par l’ère de la fatalité, a sans doute fait naître autant de répulsion que d'admiration.

Pour Là-bas, tout près, Rober Racine s’astreint à un style très différent, presque aux antipodes de celui du précédent. Après trois ans de brouille, Odile, astronome, et Marie, géologue, doivent se rejoindre dans le désert du Nouveau Mexique, là où se trouve The Lightning Field, une installation de Walter de Maria composée de 400 tiges de métal plantées dans le sol, à égale distance sur une superficie d’un mille carré. Mais Marie n’arrive pas. Pour Blandine Campion, l’œuvre d’art et la fiction se confondent dans un mimétisme original, échangeant leurs propriétés respectives : la fiction donne une incarnation et une dimension spectaculaires à l’œuvre d’art qui, à son tour, confère au récit toute sa magie, son énergie, son mystère. Cependant, pour Jean-François Chassay, il s'agit d’un , l'’œuvre de Walter de Maria, sur laquelle est centrée le roman, devenant un poids sans que l’auteur parvienne à en déborder, et envahissant des personnages falots et sans consistance.

Il entame ensuite une trilogie, constituée d'une pièce de théâtre, Le Cœur de Mattingly, et de deux romans, L'Ombre de la terre et Les Vautours de Barcelone.

Dans L'Ombre de la terre, , Gabriella, une Québécoise de 34 ans dont le cœur « bat au rythme des miracles de la science », est la plus grande interprète des madrigaux de Carlo Gesualdo, prince et compositeur italien du , personnage à la légende noire, à la fois artiste et assassin. Souffrant d’une grave maladie cardiaque, Gabriella a reçu le cœur d’un astronaute qui a marché sur la Lune. Son « bienfaiteur » lui a laissé croire que le cœur qu’elle a reçu était celui d’un meurtrier. Pour Hugues Corriveau, si le projet de cerner ou d’approfondir l’effet de la présence lunaire sur terre à travers le nom des villes gardiennes de morceaux de lune rapportés des missions Apollo n’est pas sans intérêt, son intégration même à son travail de fiction théâtrale ou romanesque n'est pas très réussie. Cependant, pour lui, l’envoûtement du roman tient à son style, à une grande magie du langage qui fouit jusqu’au cœur des mots.

Les vautours de Barcelone, Le père de Gabriella s’est suicidé en écrasant son avion sur la cage des vautours du zoo de Barcelone. Alors qu'elle préparait les Trois airs pour un opéra imaginaire du compositeur québécois Claude Vivier, mort assassiné à Paris à l’âge de 34 ans, elle se rend sur place et engage un étrange dialogue avec les sept vautours, qui commentent comme un chœur grec son existence. Elle y rencontre aussi une insolite jeune femme qui visite et dessine chaque jour les oiseaux nécrophages, « pour apprendre à disparaître. »

Au même endroit, Rober Racine se met à dessiner des vautours, qu'il expose plus tard. C'est pour lui comme un journal intime, une manière de surmonter des idées noires. Ces oiseaux sont devenus autant de personnages.

Publié en 2015, L'Atlas des Films de Giotto aligne les résumés de 230 films – qui ne sont que de pure invention. Giotto, un pilote d’avion de la NASA, les classe par villes, émet non pas une critique ou une analyse, mais un bref commentaire, une observation ou une réflexion, et donne la parole à des spectateurs imaginaires. Il recommande une lecture dans le désordre. Ce travail rappelle les Films fantômes d’Albin de la Simone, œuvres imaginaires dont il fait entendre en concert les musiques et certains dialogues.

La Petite rose de Halley, dont l'écriture s'est révélée particulièrement difficile, est dominée par la figure de Denis Vanier, poète maudit qui influence le développement du récit par ses mots — « j’écris pour ne pas tuer » —, par son parcours atypique, les lieux qu’il a fréquentés et sa voix unique et provocante.

Claude Vivier, assassiné en 1983, réapparaît en 2024 dans Au square Gardette, interrogation sur les liens entre meurtre et création.

Œuvres littéraires

Œuvres musicales et visuelles Une liste exhaustive illustrée figure sur le site officiel de Rober Racine Vexations, d'Erik Satie, 1978 Gustave Flaubert 1880-1980, Escalier Salammbô, 1980 Le Terrain du dictionnaire A/Z, 1981 Des Pages-Miroirs et Les 1600 Pages-Miroirs (corpus définitif), dessins, 1980-1994 Lettre K (extrait du Parc de la langue française), Documenta, Kassel, 1992 Textes Une liste exhaustive illustrée figure sur le site officiel de Rober Racine

Rétrospective

rober racine, exposition, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa, - , commissaire : Diana Nemiroff commente longuement la salle consacrée aux Vexations d'Erik Satie

Prix et distinctions 1993 - Finaliste au Prix du Gouverneur général du Canada, pour le roman Le Mal de Vienne. 1998 - Prix Louis-Comtois, pour l'ensemble de son œuvre en arts visuels. 1998 - Prix Ozias-Leduc, pour l'ensemble de son œuvre en arts visuels. 2003 - Prix Ringuet de l'Académie des lettres du Québec, pour le roman L'Ombre de la Terre. 2007 - Prix Paul-Émile-Borduas, arts visuels. La plus haute distinction décernée chaque année par le Gouvernement du Québec en reconnaissance d'une carrière remarquable dans le domaine artistique et culturel. 2014 - Membre de l'Académie des lettres du Québec. 2015 - Prix du Gouverneur général du Canada pour les arts visuels et les arts médiatiques.

Bibliographie

Ouvrages

Articles

[À propos de l'interprétation des Vexations d'Erik Satie] [À propos du Terrain du dictionnaire et des Pages-Miroirs] [À propos de La-bas, tout près] [À propos du Mal de Vienne]

[À propos de Là-bas, tout près] [À propos des Pages-Miroirs] [À propos de L'Ombre de la terre] [À propos de L'Atlas des films de Giotto] [À propos des Pages-Miroirs]

[À propos des Vautours de Barcelone]

[À propos du Terrain du dictionnaire A/Z]

[À propos de La Petite rose de Halley] [À propos de Selena]

[À propos du Mal de Vienne]

[À propos de Selena-Spica]

[À propos des travaux sur le dictionnaire]

[À propos des travaux sur le dictionnaire] [À propos des Pages-Miroirs]

Vidéo

Un artiste, une œuvre, Rober Racine, Musée National des Beaux-Arts du Québec. Voir en ligne

Liens externes

Gustave Flaubert 1880-1980 ; Escalier Salammbô, (extrait de la lecture publique), 1980. Site Les Vautours de Barcelone. Trois cycles de dessins : Quelques vautours (2002), Fantasmes Fragiles (2004) et La Fin des Vautours (2006) Lieder, piano, 1980 Duo pour violon et timbales, 2005

Notes et références

Catégorie:Naissance en août 1956 Catégorie:Naissance à Montréal Catégorie:Écrivain québécois Catégorie:Artiste québécois Catégorie:Compositeur québécois Catégorie:Essayiste québécois Catégorie:Lauréat du prix Paul-Émile-Borduas