Les élections générales espagnoles de 2004 (, désignées sous le numéronyme 14-M) se tiennent le dimanche , afin d'élire les et des de la des Cortes Generales.

Après une législature marquée notamment par la participation de l'Espagne à la guerre en Irak, le président du gouvernement José María Aznar, au pouvoir depuis 1996, respecte son engagement de ne pas postuler pour un troisième mandat. Le Parti populaire (PP) qu'il préside investit pour lui succéder le ministre de la Présidence Mariano Rajoy. Il se trouve principalement opposé au secrétaire général du Parti socialiste ouvrier espagnol José Luis Rodríguez Zapatero, élu à ce poste en 2000 avec une courte avance sur le candidat de l'appareil socialiste, José Bono.

Trois jours avant l'ouverture des bureaux de vote, un attentat terroriste frappe plusieurs trains de banlieue à Madrid, faisant près de . Le gouvernement accuse immédiatement les indépendantistes basques d'ETA, mais la piste s'oriente rapidement vers le terrorisme islamiste. L'exécutif est alors mis en cause par plusieurs manifestations.

Au soir du scrutin, alors que les sondages donnaient le PP en tête du scrutin avant l'attentat, le PSOE remporte la majorité relative face au PP, après huit ans dans l'opposition. Zapatero obtient un mois plus tard l'investiture du Congrès des députés et forme le premier gouvernement paritaire de l'histoire espagnole.

Contexte Majorité absolue du Parti populaire Lors des élections générales du 12 mars 2000, le Parti populaire (PP) du président du gouvernement José María Aznar, au pouvoir depuis 1996, remporte plus de 44 % des suffrages exprimés et sur 350, soit la majorité absolue des sièges au Congrès des députés, une première pour un parti de centre droit.. Alors que l'abstention progresse en raison d'une démobilisation des électeurs de centre gauche, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) de l'ancien ministre Joaquín Almunia réalise à l'époque son plus mauvais résultat depuis 1977 tandis que Izquierda Unida (IU) de perd plus de la moitié de ses voix..

À l'ouverture de la des Cortes Generales le , le PP et le PSOE s'entendent pour la formation des bureaux des assemblées. Luisa Fernanda Rudi est ainsi élue présidente du Congrès des députés par , le deuxième meilleur résultat depuis 1977, et Esperanza Aguirre est reconduite comme présidente du Sénat avec ...

Désigné le candidat à la présidence du gouvernement par le roi ., José María Aznar est investi par le Congrès le par favorables, bénéficiant du soutien de Convergence et Union (CiU) et de la Coalition canarienne (CC).. Il forme son second gouvernement dès le lendemain, qui compte dont huit nouveaux et seulement trois confirmés dans leurs fonctions, dont le ministre de l'Économie Rodrigo Rato. Le ministre de l'Industrie Josep Piqué est nommé ministre des Affaires étrangères et le ministre de l'Éducation Mariano Rajoy devient premier vice-président du gouvernement et ministre de la Présidence..

Changement de dirigeant au Parti socialiste Au soir même de sa déroute électorale, Joaquín Almunia décide de remettre sa démission immédiate et irrévocable du secrétariat général du PSOE.. Dix jours après les élections, le comité fédéral du Parti socialiste constitue une direction provisoire de , dont la présidence revient au président de la Junte d'Andalousie Manuel Chaves.. En prévision du fédéral du parti, quatre candidats se présentent au secrétariat général : le président de la Junte des communautés de Castille-La Manche José Bono, les députés José Luis Rodríguez Zapatero et Matilde Fernández, et la député européenne Rosa Díez.. Bien que soutenu par l'appareil du parti, notamment la puissante fédération andalouse (PSOE-A), Bono est défait de neuf votes par Zapatero, qui bénéficie des manœuvres de l'ancien numéro deux Alfonso Guerra, ce dernier ayant dévié une partie des voix destinée à sa candidate, Fernández, au profit du vainqueur.. Après cette victoire étriquée, le nouveau secrétaire général obtient le soutien sans faille de son principal concurrent et la direction qu'il forme remporte la confiance de plus de 90 % des délégués au congrès..

Gouvernement contesté Le , l'Union générale des travailleurs (UGT) et les Commissions ouvrières (CCOO) annoncent qu'elles convoquent une grève générale afin de protester contre les volontés gouvernementales de réforme de l'assurance chômage.. En réaction, le président du gouvernement fait adopter dès le lendemain en conseil des ministres son projet de réforme par décret-loi.. Au soir du , les syndicats affirment que plus de 80 % de la population active a cessé le travail., tandis que l'exécutif évoque un chiffre de 17 %, considérant qu'il ne s'est rien passé de particulier ce jour-là.. Le président du gouvernement annonce le l'organisation imminente d'un remaniement ministériel au cours duquel il remplace le ministre du Travail Juan Carlos Aparicio par le président de la Généralité valencienne Eduardo Zaplana..

Au début de l'année 2003, José María Aznar s'aligne avec sept autres dirigeants européens sur la volonté de George W. Bush de déclencher la guerre d'Irak.. Alors que plus de 90 % des Espagnols se déclarent opposés à ce conflit et à la participation de leur pays à celui-ci., des manifestations géantes rassemblent plus d'un million de personnes à Madrid, Barcelone, Séville, La Corogne ou encore Oviedo le .. Le , le Congrès des députés approuve la résolution parlementaire appuyant la position de soutien aux États-Unis tenue par l'exécutif, et rejette la résolution de l'opposition qui appelle à de nouvelles inspections internationales de l'arsenal militaire irakien.. Une nouvelle manifestation organisée à Madrid rassemble de à un million de personnes le ..

Succession de José María Aznar Conformément à une promesse faite le ., José María Aznar confirme à la fin du mois d' qu'il ne sera pas candidat à sa propre succession aux prochaines élections générales et qu'il a l'intention de proposer sous peu un candidat à sa succession : les trois vice-secrétaires généraux Jaime Mayor Oreja, Mariano Rajoy et Rodrigo Rato font alors figure de favori pour prendre sa suite.. Il choisit finalement Rajoy, alors premier vice-président du gouvernement, ministre de la Présidence et porte-parole du gouvernement, qui est investi secrétaire général du Parti populaire et candidat à la présidence du gouvernement le à la quasi-unanimité.. En conséquence, le président du gouvernement organise le un remaniement ministériel pour redistribuer les fonctions de Rajoy : Rodrigo Rato devient donc premier vice-président, Javier Arenas est nommé second vice-président et ministre de la Présidence, et Eduardo Zaplana est désigné porte-parole du gouvernement..

Mode de scrutin Pour le Congrès des députés vignette|Le palais des Cortès, siège du Congrès des députés. Le Congrès des députés est composé de pourvus au scrutin proportionnel plurinominal à listes fermées dans 52 circonscriptions correspondant aux 50 provinces du pays ainsi qu'aux villes autonomes de Ceuta et de Melilla. Le nombre de députés qui leur est alloué est variable en fonction de leur population, avec néanmoins un minimum de deux sièges par province, à l'exception des villes autonomes qui n'ont chacune en tout qu'un seul siège et pour laquelle les élections se tiennent donc de facto au scrutin uninominal majoritaire à un tour..

Après décompte des voix, les sièges sont répartis selon la méthode d'Hondt dans chacune des circonscriptions. Ne peuvent prétendre à la répartition des sièges que les listes ayant franchi le seuil électoral de 3 % des suffrages exprimés. Dans la pratique, ce seuil se révèle plus élevé dans les circonscriptions ayant peu de sièges à pourvoir. Il est ainsi en réalité de 25 % dans les provinces ne comptant que trois sièges. Le vote blanc est reconnu et comptabilisé comme suffrage exprimé, ce qui élève légèrement le seuil réel par rapport à un système classique où ils ne sont pas reconnus.

+ Répartition des sièges à pourvoir par circonscription: CirconscriptionsDéputés Madrid ( 1)35 Barcelone31 Valence16 Séville ( 1)12 Alicante11 Málaga10 Biscaye, Cadix, La Corogne et Murcie9 Asturies ( 1), Îles Baléares ( 1), Las Palmas ( 1)8 Cordoue, Grenade, Pontevedra ( 1), Santa Cruz de Tenerife et Saragosse7 Badajoz, Gérone ( 1), Guipuscoa, Jaén, Tarragone6Almería, Cantabrie, Castellón, Ciudad Real, Huelva, León, Navarre, Tolède et Valladolid5Álava, Albacete, Burgos, Cáceres ( 1), Lérida, Lugo, Ourense, La Rioja et Salamanque4Ávila, Cuenca, Guadalajara, Huesca, Palencia, Ségovie, Soria, Teruel et Zamora3Ceuta et Melilla1

Pour le Sénat vignette|Le palais du Sénat, siège du Sénat. Le Sénat est composé de dont 208 élus au scrutin direct, les 51 restants étant élus par les parlements des .

Les sénateurs élus par la population le sont au scrutin majoritaire plurinominal dans 59 circonscriptions plurinominales correspondant aux provinces du pays et à Ceuta et Melilla, à l'exception des deux communautés autonomes archipélagiques. Les principales îles des archipels des Baléares et des Canaries sont en effet dotées de leurs propres circonscriptions. Il y a ainsi quatre sénateurs pour chacune des 47 provinces de la péninsule, trois sénateurs pour les îles de Grande Canarie, Majorque et Tenerife, deux sénateurs respectivement pour Ceuta et Melilla, et un sénateur pour les îles de Minorque, Fuerteventura, La Gomera, Ibiza-Formentera, El Hierro, Lanzarote, et La Palma.

Les assemblées législatives des communautés autonomes désignent aussi des sénateurs, à raison d'un de droit par communauté, plus un siège supplémentaire par tranche d'un million d'habitants. Le nombre est de ce fait variable en fonction de l'évolution démographique. Il était de 51 en . Ces élections indirectes ont lieu pour chaque assemblée communautaire peu après leurs renouvellements, et ne coïncident donc pas nécessairement avec les élections au scrutin populaire.

Campagne électorale Principales forces politiques Force politique Chef de file Idéologie Résultats en 2000 Parti populaire PP Mariano RajoyDéputé de Pontevedra Centre droit à droiteLibéral-conservatisme, démocratie chrétienne 44,5 % des voix PSOE José Luis Rodríguez ZapateroDéputé de León Centre gaucheSocial-démocratie, progressisme34,2 % des voix Gauche unieIU Gaspar LlamazaresDéputé des Asturies Gauche à gauche radicaleCommunisme, socialisme démocratique, républicanisme5,5 % des voix Convergence et Union CiU Josep Antoni Duran i Lleida Centre droit Catalanisme, libéral-conservatisme, démocratie chrétienne4,2 % des voix Parti nationaliste basque EAJ/PNV Josu ErkorekaDéputé de Biscaye Centre droitNationalisme basque, démocratie chrétienne, régionalisme1,5 % des voix

Sondages

Le graphique ci-dessous est une synthèse des résultats des sondages réalisés depuis les élections du 12 mars 2000. vignette|centré|upright=4|Graphique représentant les résultats des sondages depuis les élections générales de 2000.

Principaux événements Attentats de Madrid Le , une série d'attentats terroristes frappent des trains de banlieue à Madrid, causant près de .. Le gouvernement espagnol met immédiatement en cause l'organisation séparatiste basque Euskadi ta Askatasuna (ETA). Si ETA réfute toute responsabilité dès le lendemain, le carnage est revendiqué en fin de journée par les islamistes d'Al-Qaïda. L'exécutif réaffirme néanmoins sa conviction que le massacre a été causé par le groupe terroriste basque, cherchant visiblement à éviter que le lien soit fait entre les attentats et la participation de l'Espagne à la guerre d'Irak, dans la mesure où Oussama ben Laden avait menacé le pays de représailles en octobre précédent...