François Joseph Victor Broussais, né à Saint-Malo le Acte de baptême. et mort à Vitry-sur-Seine le , est un médecin et chirurgien français de la Révolution et de l'Empire, connu un moment comme « l'empereur de la médecine » sous la Restauration. Il est l'auteur d'une nouvelle doctrine médicale, triomphale de son vivant, abandonnée après sa mort, le « système de Broussais ».
Biographie La famille des Broussais est une vieille famille bretonne, dont la généalogie a pu être reconstituée jusqu'en 1525 dans les paroisses qui bordent la Rance. Ce patronyme vient des termes broussaye ou brossaille, termes désignant les buissons et broussailles, comme bush en anglais. Sa famille est de statut intermédiaire, dite « bourgeoise à blason » : avocats, médecins, architectes, courtiers, petits propriétaires… dont l'adolescence et la jeunesse se passent en mer.
Son père Jacques François Broussais (1734-1795) Né le à Dinan, le père de Broussais devient chirurgien navigantAubry P, Gaüzère B-A., La France et ses médecins aux Amériques du , Éditions L’Harmattan, 2021 . des vaisseaux marchands et le reste pendant vingt-et-un ansBrisou B, Sardet M. Dictionnaire des médecins, chirurgiens et pharmaciens de la Marine. Service historique de la Défense, 2010, .. En 1757, il rejoint Brest contre son gré, à l’occasion du retour de l’escadre d’Emmanuel Auguste de Cahideuc, comte Dubois de la Motte (1683-1764), ramenant l’escadre française de Louisbourg en Acadie à Brest avec des milliers de marins (le chiffre de est avancé) atteints du typhus.
Broussais devient aide-chirurgien de la marine royale pour être embarqué jusqu’en 1763. Retrouvant sa liberté, il fait campagne à Terre-Neuve sur le Dauphin, un bateau du comte René Auguste de Chateaubriand (1718-1786), le père de François René de Chateaubriand (1768-1848).
Jacques Broussais se marie en 1769 à Saint-Malo, puis reprend la mer, pour faire de nouveau, campagne à Terre-Neuve jusqu’en 1776 sur l’Hermine, puis sur le Victor. Mettant fin à sa carrière de chirurgien navigant, il s’installe à Pleurtuit, près de Dinard. Très actif patriote sous la Révolution, il fut assassiné, ainsi que son épouse, par les Chouans, dans la nuit de Noël 1795.
Jeunesse et Révolution François Broussais naît à Saint-Malo en 1772, d'un père chirurgien de marine et d'une mère fille d'apothicaire. Il passe sa petite enfance choyé par trois femmes protectrices : sa nourrice, sa mère et sa grand-mère. En 1776, son père met fin à sa carrière maritime pour s'installer à Pleurtuit avec sa famille. Son oncle, qui est abbé, lui apprend à lire, et à servir la messe.
vignette|upright=1.5|La Rance à Dinan, en 2006.
Il entre au collège de Dinan, qui sera nommé d'après lui François BroussaisCet établissement est devenu le collège Roger Vercel. ; il y est le condisciple de Chateaubriand (dont le père était l'armateur des navires où exerçait le père de Broussais). Chateaubriand avait quatre ans de plus que Broussais. Dans ses Mémoires d'outre-tombe, il raconte que les collégiens de Dinan, petits et grands, se baignaient ensemble dans la Rance, en mentionnant Broussais comme son compatriote (ils sont originaires tous deux de Saint-Malo) :
Bon élève, François Broussais se distingue à la lutte bretonne, et il excelle dans les coups de tête. Durant les périodes de congé, il accompagne son père dans ses tournées ; il y apprend les premiers rudiments de la médecine et de la chirurgie.
Quand la Révolution éclate, son père y participe activement en tant que dirigeant local (membre du tribunal de police, puis président du Comité de guerre de Pleurtuit) ; il ne sera pas réélu après la chute de Robespierre. François Broussais, lui, s'engage à dix-sept ans dans une unité nouvellement créée, la Compagnie des Grenadiers des Côtes-du-Nord. Il participe en 1792, à la lutte contre l'insurrection vendéenne. En 1793, il est caporal, participant aux batailles et aux répressions de la région nantaise. Dans sa correspondance à ses parents, il exprime sa haine envers .
« Enfin nous ne rentrerons qu’après avoir définitivement exterminé toute la race » (Xavier Martin, « Voltaire méconnu » p. 309-310).
vignette|Corvette française, début du .
En , hospitalisé pour une dysenterie grave, il doit démissionner. Après une convalescence de plusieurs mois, il reprend ses études de médecine. En , il apprend la mort de ses parents, massacrés dans leur maison, dans la nuit suivant celle de Noël 1795, par un groupe de chouans. Sa mère a été hachée à coups de sabre dans son lit, et son père, décapité dans son grenier. Cette maison sera dite « maison du crime » et considérée comme « hantée » jusqu'au début du . Selon l'auteur, il existe une autre maison de Pleurtuit, dite de « l'égorgerie », où eut lieu un autre massacre familial, cette fois de Blancs par des Bleus..
En , il se marie avec Marie-Jeanne Froussart, fille d'un capitaine de navire. En septembre de la même année, il embarque comme chirurgien de sur les navires corsaires. Sa présence auprès de Surcouf est douteuse, mais les primes (parts de prise) touchées par Broussais, comme enseigne puis second lieutenant, montrent qu'il participa à la capture de plusieurs navires. En 1799, il démissionne de la marine, car il envisage une carrière de médecin à Paris, plutôt que de chirurgien en mer.
Médecin d'Empire En 1799, il s'installe à Paris où il est l'élève de Xavier Bichat, de Georges Cabanis et de Philippe Pinel. Il passe sa thèse en 1802, mais il n'a pas la patience de se constituer une clientèle. Il rejoint l'armée de Napoléon en 1804, au camp de Boulogne, en qualité de « médecin ordinaire » de l'armée des Côtes de l'Océan, destinée à envahir l'Angleterre. En 1805, il participe à la bataille d'Austerlitz ; selon le témoignage de Larrey, il soigne les prisonniers russes atteints du typhus. Il accompagne les troupes en Dalmatie et dans le nord de l'Italie ; c'est là qu'il devient le protégé du maréchal Soult.
Durant ces campagnes, Broussais observe et dissèque, plus qu'il ne soigne, prenant des notes de plusieurs centaines de cas. Atteint lui-même d'une fièvre digestive en 1808, il se guérit par une diète rigoureuse, en refusant les traitements des confrères. Il obtient ensuite une longue permission pour convalescence. Il regagne alors Paris avec ses manuscrits. En quelques semaines, il rédige et publie son Histoire des phlegmasies ou inflammations chroniques (1808), en deux volumes de chacun. Cet ouvrage inaugure .
Il rejoint ensuite les troupes de Soult engagées dans la guerre d'Espagne, en étant médecin de divers hôpitaux militaires jusqu'en 1813. De retour à Paris en 1814, il est réformé puis appelé comme médecin adjoint à l'hôpital du Val-de-Grâce, probablement grâce à Soult.
Professeur sous la Restauration vignette|François Broussais. Le , l'hôpital du Val de Grâce est rétabli comme hôpital militaire d'instruction, et, le , Broussais est nommé second professeur ; il reçoit la croix de chevalier de la Légion d'honneur dans la même année. L'enseignement ne s'adresse pas seulement aux jeunes médecins militaires, c'est aussi un enseignement public suivi par des étudiants en médecine et des médecins civils. Broussais a aussi son cours libre ou particulier, en local privé, habitude courante des professeurs de cette époque. Un de ses élèves, Élie Gintrac (1791-1887), est le fondateur de la Faculté de médecine et pharmacie de Bordeaux.
C'est là qu'il élabore sa théorie originale des relations entre « vie » et « stimulus » et sur l'interdépendance (ou « sympathies ») des divers organes. En 1816, il publie son ouvrage Examen de la doctrine médicale généralement adoptée et des systèmes modernes de nosologie , un pamphlet de où il expose ses idées en critiquant sévèrement celles de Pinel et de Laënnec. Il ré-éditera son ouvrage plusieurs fois dans sa vie en le complétant (la dernière édition fait pages en ).
En 1820, il est promu premier professeur et médecin en chef du Val-de-Grâce. Il fait partie des premiers membres de l'Académie royale de Médecine, créée le . La période 1821–1832 est celle du triomphe de Broussais : sa fougue, sa puissance verbale, son passé militaire prestigieux, ses opinions médicales nouvelles et révolutionnaires le rendent très populaire auprès des étudiants engagés dans l'opposition libérale. Broussais se présente lui-même, mi-plaisantin et mi-sérieux, comme un « nouveau Messie ».
À partir de 1822, et pendant , il publie, pour défendre sa doctrine, les Annales de la médecine physiologique, revue semestrielle, représentant de plus de chacun, presque entièrement composée d'articles de lui. Il a des abonnés et correspondants belges, hollandais, allemands… Son influence déborde les milieux médicaux, car il publie aussi des ouvrages anonymes de vulgarisation pour le grand public, comme le « Catéchisme de la médecine physiologique » (1824).
Il rayonne à la fois sur la jeunesse éprise de nouveautés, et sur les vétérans des guerres de la Révolution et de l'Empire. Toutefois, malgré ses démarches, il ne parvient toujours pas à obtenir une chaire à la faculté de médecine. En 1828, le fait officier de la Légion d'honneur. Cette année-là, il publie De l'irritation et de la folie, où il applique son système aux maladies mentales. En 1830, grâce à l'appui de Casimir Perier, il est enfin nommé professeur de pathologie à la faculté de médecine.
Par la suite, il adopte les opinions de Franz Joseph Gall en neuroanatomie, et il enseigne aussi la phrénologie, après avoir créé la Société phrénologique de Paris le ..
Du choléra à la fin En , une pandémie de choléra touche la ville de Paris ; elle fera plus de . Le système de Broussais est mis en échec ; des victimes fameuses meurent dans ses bras, dont le célèbre général Lamarque, et Casimir Perier lui-même. Broussais, lui aussi, est atteint de choléra, mais d'une forme peu grave de fin d'épidémie.
Après son rétablissement, il devient membre de l'Académie des sciences morales et politiques en 1832, membre adjoint du Conseil de Santé en 1835, et inspecteur du service de santé en 1836. Peu de temps avant sa mort, il est fait commandeur de la Légion d'honneur. Broussais meurt le , au faubourg de Bacchus à Vitry-sur-Seine, d'un cancer du rectum.
Ses funérailles ont lieu en grande pompe le , devant les membres des académies en habit vert, les universitaires en toge rouge, les officiers et médecins militaires en grand uniforme, suivis d'une « foule immense de médecins et d'élèves ». Les honneurs sont rendus par un régiment de ligne. Plusieurs éloges funèbres sont prononcés, dont ceux du baron Larrey et du Bouillaud. Il est d'abord inhumé au cimetière du Père-Lachaise, mais, le , son corps est ramené au pied de sa statue, érigée en 1841, à l'hôpital du Val-de-Grâce.
Toutefois, le souvenir de sa gloire s'amenuise. Seuls des écrivains, Balzac, Flaubert, ou Barbey d'Aurevilly, le mentionnent encore, par ironie.
Système de Broussais Broussais soutient qu'en pathologie « tout est inflammation », expliquant tous les phénomènes pathologiques par l'irritation et l'inflammation des tissus, surtout ceux du tube digestif. On l'accuse souvent d'avoir professé un système exclusif et d'avoir abusé de la saignée.
Origines et influences Par ses influences familiales et de jeunesse, Broussais est imprégné des idées, surtout anticléricales et révolutionnaires, des Lumières, dont l'unité de la nature et l'unité des sciences (idéal de l'Encyclopédie), en s'opposant aux systèmes métaphysiques et aux doctrines spiritualistes. C'est initialement un chirurgien, nourri par l'expérience fondée sur l'observation des faits et l'analyse des sensations et des idées, sans préjugé dogmatique, qui cherche en toute affection une origine localisée, la lésion..
vignette|John Brown (1735-1788) dans son Elements of medicine, édition anglaise de 1795.