Les Eaux de Saint-Ronan (en anglais, Saint Ronan's Well ) est un roman de mœurs de l’auteur écossais Walter Scott, paru le sous le pseudonyme The Author of Waverley, Quentin Durward
Satire de la faune hantant une ville d'eaux, il offre une galerie de portraits particulièrement incisifs. C'est le roman de Scott qui s’éloigne le plus du genre historique : son intrigue n’est pas liée à un événement de portée nationale, et c’est le seul qui se déroule au . On y trouve cependant le thème — récurrent dans les romans de Scott — d’une aristocratie inconséquente à laquelle un bourgeois industrieux et réaliste donne la leçon.
Genèse Sources et influences
Des faits divers auraient inspiré Scott. Parmi les influences littéraires, on peut retenir celle des Rivaux de Sheridan, celle de L'Orpheline de Thomas Otway et celle de pièces de Shakespeare « Saint Ronan's Well », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, 19 décembre 2011 (consulté le 22 février 2018). (le contient de nombreuses allusions au Songe d'une nuit d'été).
Selon Bompiani et Laffont, . Scott admire la romancière de longue date. Il peut avoir été tenté de la rejoindre sur son terrain. Dans l'introduction de 1832, il affirme avoir cherché dans ce roman de mœurs contemporaines à diversifier sa production, non à rivaliser avec les auteurs à succès du genre — et surtout pas avec les femmes, qui se distinguent particulièrement dans cette veine. Et de vanter le talent de Fanny Burney (Evelina, paru en 1778), de Susan Edmonstone Ferrier (Marriage, paru en 1818), de Maria Edgeworth, de Jane Austen et de Charlotte Turner Smith.
Pour ce qui est des fats et des beaux esprits, Scott trouve habituellement des modèles dans les pièces de Dryden, d'Etheredge, de Cibber, de Congreve et de Vanderburch.
Écriture Le , paraît Peveril du Pic Peveril of the Peak, sur walterscott.lib.ed.ac.uk, (consulté le ).. Le , Scott termine Quentin Durward Quentin Durward, sur walterscott.lib.ed.ac.uk, (consulté le ).. , l'éditeur Constable apprend qu'il vient d'écrire en une quinzaine de jours la moitié du premier volume des Eaux de Saint-Ronan. , quatre mois seulement après Peveril du Pic, paraît Quentin Durward. Mais, en Écosse comme en Angleterre, les ventes de ce dernier vont longtemps rester très décevantesQuentin Durward triomphe au contraire en France, puis en Italie et dans d'autres pays du continent. Par ricochet, le succès gagne enfin la Grande-Bretagne. « Quentin Durward », article cité.. Les éditeurs en viennent à craindre que le marché des romans de Scott ne soit saturé. L'auteur accepte de ralentir son rythme de production. Les trois volumes des Eaux de Saint-Ronan sont terminés à la mi-octobre. On ignore pourquoi il n'est confié aux imprimeurs qu'en décembre. Mark WeinsteinMark Weinstein est professeur de littérature anglaise à l'université du Nevada. Saint Ronan's Well constitue le de The Edinburgh Edition of the Waverley Novels, , Édimbourg, Edinburgh University Press, New York, Columbia University Press, 1993-2003. « Mark A. Weinstein », sur english.unlv.edu. se demande si ce retard n'est pas dû à un désaccord entre l'auteur et les éditeurs sur la fin du récit…
Publication
Saint Ronan's Well (Les Eaux de Saint-Ronan) paraît en trois volumes le (la date figurant sur la page de titre est 1824) sous le pseudonyme The Author of Waverley, Quentin Durward, à Édimbourg, chez Archibald Constable and Co. Il paraît à Londres chez Hurst, Robinson and Co..
Dates et lieux du récit vignette|alt=Carte du sud de l'Écosse avec 3 villes : Édimbourg, Peebles (au sud d'Édimbourg) et Innerleithen (tout près de Peebles, à l'est).|gauche|upright=1|Selon la tradition, le Saint-Ronan du livre serait Innerleithen, au sud de l'Écosse. Marchtorn, la fictive ville voisine, pourrait être Peebles.
C'est le seul livre de Scott dont l'action se passe au . Au dire de l'auteur, elle se situerait vers 1803. Pour Mark Weinstein, les allusions à la guerre péninsulaire la placeraient plutôt entre 1809 et 1812.
thumb|alt=|right|upright=1|Innerleithen.
La tradition veut que Saint-Ronan soit inspiré d'Innerleithen, ville d'eaux de l'ancien comté de Peebles (aujourd'hui district de Tweeddale, au sein des Scottish Borders), au sud-est de l’Écosse. La parution du livre y suscite un afflux considérable de touristes>.
Les deux villages de Saint-Ronan
Dans le roman, deux s'affrontent… Le vieux village de Saint-Ronan, où se trouve l’auberge de Meg Dods. Il est situé à environ quatorze miles de la principale ville du comté, ville que Scott désigne sous le nom de Marchtorn (qu'on peut imaginer être Peebles). Le nouveau village qui vient de surgir près de la source (une , selon Meg Dods). On l'appelle « les eaux de Saint-Ronan » ou « le nouveau Spa » ou « le village de la Source ». On y a bâti une auberge, cérémonieusement appelée Hôtel de la Tontine ou Hôtel du Renard, qui a capté toute la clientèle de Meg. On trouve là du , de jolies dames, des tables de jeu, des originaux, des violons, des danses joyeuses, des élégants et des bas-bleus, des peintres et des amateurs, des auteurs et des
Les deux versions du livre Ayant lu la première partie du manuscrit, les éditeurs exigent de Scott un remaniement du récitC’est James Ballantyne, imprimeur, et associé de l’éditeur, qui réagit le premier. Il obtient l’appui de l’éditeur Archibald Constable. « Saint Ronan's Well «, article cité. — ., d’où un manque d’unité et des passages obscurs. Le texte initial de Scott est restauré en 1995 dans l'édition des Waverley Novels de l'Américain Mark Weinstein. Il n'existe pas de traduction en langue française de cette édition.
Résumé de la version remaniée, imprimée en 1823 Arrivée de Frank Après sept années d'absence, l'Anglais Frank (Francis) Tyrrel revient en Écosse dans le vieux village de Saint-Ronan. Il prend pension à l'auberge. Non loin de là, on a prêté des vertus médicinales à une source, au point de faire naître un second village, « le nouveau Saint-Ronan », où végète une société d'oisifs. Apprenant que Frank est dessinateur, les précieux de l'endroit l'invitent à dîner à l'hôtel du nouveau village. Frank n'y trouve qu'. Un incident l'y oppose à l'imbécile sir Bingo.
Le jeune homme est surtout préoccupé de revoir Clara, la sœur de John Mowbray, laird de Saint-Ronan. Il réussit à lui parler. Ils se sont connus sept ans plus tôt, et tentent d'oublier une passion sans issue. Frank découvre avec surprise que l'esprit de Clara est par moments dérangé.
Peu après, Frank reçoit un cartel de sir Bingo. Mais, au jour dit, il ne se présente pas au duel, et reste introuvable.
Arrivée d'Etherington Le petit monde des eaux s'entiche d'un nouveau venu, un jeune Anglais, l'élégant comte d'Etherington. Celui-ci se lie avec John Mowbray, joueur comme lui. Etherington lui demande en mariage Clara, qu'il n'a jamais vue. Il explique qu'un grand-oncle original lui lègue le grand et magnifique domaine de Nettlewood, à la condition qu'il épouse une Mowbray de Saint-Ronan. Mowbray, qui a de gros soucis d'argent, est favorable à cette union.
Ce que tout le monde ignore, c'est qu'Etherington a un demi-frère, plus âgé que lui, et que ce demi-frère n'est autre que Frank Tyrrel. Ce dernier, se rendant à son duel contre sir Bingo, a rencontré par hasard Etherington. Les deux frères se sont affrontés au pistolet. Etherington a été blessé. Frank l'a sans doute été, lui aussi, mais Etherington ignore ce qu'il est devenu.
La bévue du révérend Cargill Une fête costumée a lieu au château des Mowbray. Le révérend Cargill, ministre du vieux village, réputé pour ses distractions, commet une bévue considérable. Il rencontre une colporteuse de ragots qui porte le châle de Clara. Croyant avoir affaire à celle-ci, il dit être dépositaire d'un secret la concernant. Indigné, il ajoute qu'elle commettrait un crime en épousant le comte. L'instant d'après, il se trouve nez à nez avec Etherington, en qui il reconnaît immédiatement un certain Valentin Bulmer.
Confidences d'Etherington Etherington-Bulmer donne à un fidèle ami, le capitaine Jekyl, sa version de ce qui s'est passé quelques années plus tôt. Son père, le cinquième comte d'Etherington, le considérait comme son héritier, Frank étant fils illégitime. Bulmer cependant nourrissait quelques craintes que leur père n'en vienne à inverser la légitimité. Le comte les avait envoyés tous deux étudier en Écosse. Frank s'y était épris de Clara. Il avait résolu de l'épouser en secret. C'est alors que Bulmer apprit de son père la clause du testament du grand-oncle. Et le père, vivement intéressé par la réunion de son propre domaine à celui de Nettlewood, se montrait fort intéressé par cette alliance avec la famille Mowbray. Ce qui conduisait à penser qu'il pourrait accueillir d'un œil favorable l'annonce d'un mariage secret de Frank, et qu'il pourrait léguer à ce dernier son titre et sa fortune.
Alarmé, Bulmer organisa la cérémonie à l'insu de Frank et, profitant de l'obscurité de l'église, prit la place du marié. Il épousa donc Clara non par passion, mais par . Le ministre Cargill fut entièrement abusé. Deux complices furent témoins de la scène : Solmes, domestique de Bulmer ; et la cousine de Clara, Hannah Irwin, subjuguée par Bulmer. Frank, informé, se battit contre son frère, qui fut gravement blessé. Quant à Clara, lorsqu'elle apprit la mystification, elle en fut fortement choquée. Finalement, les deux frères conclurent un arrangement en deux points : ils allaient se séparer pour toujours, et renoncer tous deux à Clara.
Sept ans plus tard, ayant appris que Tyrrel œuvrait à faire reconnaître sa légitimité, Etherington-Bulmer est revenu en Écosse : il veut épouser officiellement Clara, pour mettre la main sur le beau domaine du grand-oncle.
Arrivée de Peregrine Touchwood Guéri de sa blessure, Frank réapparaît au vieux village. Dans un nouveau pensionnaire de l'auberge, il reconnaît Peregrine Touchwood, un négociant qui l'a tiré d'embarras un an plus tôt, à Smyrne.
Frank reçoit la visite du capitaine Jekyl, qui a accepté de jouer un rôle de médiateur entre les deux frères. La proposition de Bulmer est simple : que Frank renonce à Clara, et qu'il déguerpisse. Mais Frank apprend à Jekyl que, sur son lit de mort, son père a reconnu sa légitimité, qu'il a fait de lui l'héritier de son titre et de sa fortune. Son acte de naissance et autres pièces constatant ses droits sont déposés dans une maison de commerce, à Londres. Frank avance une contre-proposition : il laisse titre et fortune à Bulmer si le misérable renonce à Clara (et, par conséquent, au domaine de Nettlewood).
En une soirée de jeu, Bulmer ruine totalement Mowbray. Pour comble d'infortune, des bruits injurieux parviennent aux oreilles de ce dernier : une femme médisante aurait déclaré que Clara . Au château, Clara laisse entendre à son frère qu'elle mérite bien que l'on dise du mal d'elle, ne fournissant pas plus d'explications, laissant Mowbray imaginer ce qu'il veut. Mowbray la frappe. Il veut la poignarder, mais il réussit à se contenir. Puis il exige d'elle qu'elle épouse Etherington. Clara tente de s'expliquer à ce sujet. Il l'en empêche. Épouvantée, elle se retire dans sa chambre, et le malentendu persiste donc sur la faute qu'elle aurait commise.
C'est alors que le négociant Peregrine Touchwood surgit au château. Il éclaire enfin Mowbray. Il lui parle du vieux Ronald Scrogie, le grand-oncle des deux demi-frères. Lui-même, Peregrine S. Touchwood, né Peregrine Scrogie, est le fils de Ronald Scrogie. Et c'est dans sa maison de commerce, à Londres, que sont déposées les preuves de la légitimité de Frank Tyrrel.
Il se propose de payer la dette de jeu de Mowbray. Il lui révèle ensuite la machination du mariage secret, que le ministre accepta de célébrer parce qu'on lui avait fait croire que Clara avait fauté, ce qui n'était que calomnie. Clara est parfaitement innocente, et les bruits qui la poursuivent sont sans fondement.
Hannah Irwin