L'Algérie des chimères est une mini-série historique française en trois épisodes d'une durée totale de , qui a été réalisée par François Luciani, diffusée sur Arte en 2001 et éditée aux formats vidéo la même année.
Elle est l'adaptation du roman du même nom de Henri de Turenne et Robert Soulé, tous deux grands reporters durant la guerre d'Algérie (1954-1962)Henri de Turenne, cinéaste, écrivain et Robert Soulé, journaliste, ont été ensemble grands reporters pendant la guerre d'Algérie., qui a été publié en France en 2000. Les principaux acteurs sont Aladin Reibel et Olivier Sitruk avec la participation de François Cluzet et Vahina Giocante.
Synopsis
thumb|150px|Le rôle de l'émir Abd el-Kader (1808-1883) est interprété par Ahmed Sagui. L'Algérie des chimères est une saga historique, teintée de romantisme, se situant à mi-chemin entre le roman à clef et la docufiction. Elle narre la vie de deux héros avec pour trame de fond la conquête de l'Algérie et sa colonisation, au nom de la France, depuis 1837 (peu avant le traité de Tafna) jusqu'au décret Crémieux de 1870. Il s'agit du deuxième projet français de ce type, après le feuilleton télévisé adapté du roman de Jules Roy, Les Chevaux du soleil, qui a été diffusé dans les années 1980.
L'intrigue débute en 1871, à Paris, avec l'entrée en scène de Camille Bruyère (Quentin Ogier), journaliste à L'Illustration, venu solliciter une entrevue avec Odilon Hubert (Aladin Reibel), premier député d'Alger. Ce dernier entame alors une longue narration mise en scène sous la forme d'un flashback qui débute avec son arrivée en Oranie en 1837, en compagnie d'Hélie Toussaint (Olivier Sitruk), et qui s'achève à Alger en 1870. Un bref retour en arrière jusqu'en 1836, à Paris, est aussi effectué. Hubert commence son long récit par ces paroles :
La série est tournée en France et au Maroc (l'Algérie étant à l'époque plongée dans la guerre civile) et mêle personnes et faits historiques à des personnages et intrigues romanesques. Ainsi, de nombreuses personnalités militaires de l'époque sont présentes, telles que les généraux Bugeaud, Lamoricière, Fleury, Youssouf, Randon, Pélissier et également le duc d'Aumale, l'empereur Napoléon III, l'émir Abd el-Kader et le marabout Sidi Yacoub. Des célébrités civiles de la confrérie saint-simonienne sont présentes, telles que le Père Enfantin, Ferdinand de Lesseps, les frères Pereire ou encore Paulin Talabot. Il est aussi question du comte de Saint-Simon, du roi Louis-Philippe , de l'illusionniste Robert-Houdin, d'Adolphe Crémieux, de Maximilien d'Autriche, de Léon Gambetta et de Giuseppe Garibaldi.
De grands événements historiques sont présentés ou évoqués à l'écran, entre autres, la création des bureaux arabes en 1833, l'épidémie de choléra de 1834, le passage des Portes de Fer en 1839, la bataille du col de Mouzaïa en 1840, le massacre des colons de la Mitidja par les Hadjoutes en 1842, la carte minéralogique de l'Algérie par le saint-simonien Henri Fournel en 1842, la prise de la smala d'Abd el-Kader en 1843, la bataille d’Isly en 1844, la bataille de Sidi-Brahim en 1845, la soumission d'Abd el-Kader en 1847, la déportation en Algérie des révolutionnaires de 1848, l'abolition de l'esclavage en 1848, la campagne d'Italie de 1859, l'invitation de grands chefs arabes aux fêtes du château de Compiègne en 1861, l'inauguration de la ligne de chemin de fer Alger-Blida en 1862, l'intervention française au Mexique en 1864, la visite officielle de l'empereur en Algérie en 1865, la grande famine de 1867 et la proclamation de la Troisième République en 1870. Il est également fait allusion à la campagne de France de 1814 avec l'entrée des cosaques dans Paris.
Les scènes se déroulent en différents lieux, intérieurs comme extérieurs, mais principalement à Aïn Témouchent, Oran, Alger, Paris, Mascara, le désert du Sahara et la plaine de la Mitidja. Les différentes communautés sont présentes en costumes d'époque, noblesse et bourgeoisie parisienne, militaires français (chasseurs d'Afrique, zouaves, spahis), colons européens, cavaliers d'Abd el-Kader, tribu des Zouetna, tribu des Hadjoutes, tribu des Béni-Snassen, tribu des Ouled Naïls, Arabes, Kabyles, noirs et Juifs d'Algérie.
De fait, au fil des chapitres, Odilon Hubert et Hélie Toussaint, qui au départ partageaient une cause commune reposant sur les préceptes saint-simoniens et visant à marier l'Orient et l'Occident par l'entremise du progrès (les chimères du titre), vont vivre des expériences radicalement différentes et vont finalement s'opposer. Suivant le mythe fondateur des frères ennemis, l'un devient partisan de l'Algérie française tandis que l'autre devient celui de l'Algérie algérienne. Finalement, les aspirations d'Odilon Hubert triomphent et, magnanime, il offre un sauf-conduit à son adversaire vaincu et pourchassé.
Roman à clef
Les deux principaux personnages sont deux officiers saint-simoniens, âgés d'une vingtaine d'années, qui au début de la saga sont d'inséparables amis puis deviennent progressivement d'inconciliables adversaires politiques. Le fait qu'il s'agisse d'un roman à clef est plus explicite dans la quatrième de couverture de l'ouvrage qui contient une succincte biographie des deux héros. Celle-ci est absente dans la version vidéo mais des indices permettent néanmoins d'identifier les personnes réelles sur lesquelles sont basées les personnages centraux.
Le premier, Odilon Hubert, un Résumé en quatrième de couverture du roman.. Il est inspiré par Auguste Hubert Warnier (tous deux sont premiers députés d'Alger) et interprété par Aladin Reibel.
Le second, Hélie Toussaint, le . Il est inspiré par Ismaÿl Urbain (le fils aîné de Hélie Toussaint est prénommé Ismayl) et interprété par Olivier Sitruk.
Tous deux saint-simoniens, Ismayl Urbain (1812-1884) et Auguste Hubert Warnier (1810-1875) se sont effectivement côtoyés et opposés dans la réalité. Le premier inspire le Sénatus-consulte du 14 juillet 1865 et termine sa vie à Alger en 1884, tandis que le second inspire la Loi du , dite Loi WarnierJean-Marc Valentin, Les parlementaires des départements d'Algérie sous la République — D'où venaient-ils ? • Qui étaient-ils ?, éditions l'Harmattan, Histoire et Perspectives Méditerranéennes, Paris, 2010, , et finit son existence à Versailles en 1875.
Épisodes
I. Médecin de l’Émir
Résumé Outre le prologue se déroulant à Paris en 1871, et le flashback à Ménilmontant en 1836, le premier épisode couvre la période du règne de Louis-Philippe de l'année 1837 aux prémices de la révolution de 1848.
En 1837, à la suite du traité de Tafna, le médecin-major polytechnicien et saint-simonien Odilon Hubert (Aladin Reibel), arrivé quelques mois auparavant à Oran, est nommé auprès de l'émir Abd el-Kader (Ahmed Sagui) par le colonel Lamoricière (François-Régis Marchasson). Abd el-Kader a négocié avec le général Bugeaud (Jean-Pierre Bagot) l'envoi d'un médecin pour soigner sa mère Zhora (Fatima Cheguer) qui est gravement malade. Chapitrage Paris, 1871 Oranie, 1837 Les Saints Simoniens Odilon Hubert & Hélie Toussaint Dans la smala d'Abd-el-Kader Naouel À Oran La prise de la smala Durée 92 minutes Distribution Aladin Reibel : Odilon Hubert Olivier Sitruk : Hélie Toussaint Marion Beulque alias Marion Valantine : Leïla Nozha Khouadra : Bahia Lilah Dadi : Hadj Hamou Saïda Jawad : Naouel (18 ans) François-Régis Marchasson : colonel Lamoricière Jean-Pierre Bagot : général Bugeaud Mahmoud Ousfour : Yaouled (1) Nicolas Vaude : Fleury Alexis Loret : duc d'Aumale Ahmed Sagui : Abd el-Kader Jacky Nercessian : Si Kadour François Cluzet : Père Enfantin Guilaine Londez : Sœur Filomena Stéfan Elbaum : Jean-Baptiste Frémond Julien Arrufat : lieutenant Jérémie Covillault : premier soldat Alexandre Le Provost : deuxième soldat Atawi : Arabe prisonnier Laurent Grenaud : sentinelle zouave Latifa Ahrar : mère maquerelle Mohamed Majd : Oncle Oulema Mohamed Tsouli : deuxième oncle Bahia Mohamed El Hour : Ahmed serviteur Fatima Cheguer : mère d'Abd el-Kader Khadija Abouariss : gouvernante Hadj Hamou Mohamed Kafi : premier prisonnier tribu Sanae Laaouani : petite fille tribu Vincent Bercholz : aumônier mariage Alain Blachere : vétéran mariage Luc Villeneuve : le marié Jean-Claude Bois : colonel mariage Quentin Ogier : journaliste Non crédité : Aïssa (enfant) Non crédité : Ferdinand de Lesseps Non crédités : les frères Pereire Non crédité : colonel Youssouff Non créditée : mère Odilon Hubert
II. La Fiancée de la mort Résumé Outre le résumé du précédent, le second épisode débute après la révolution de 1848 à Oran, ainsi que le coup d'État du 2 décembre 1851 à Paris et couvre le règne de Napoléon III depuis 1852 jusqu'à la demande d'aman de Hadj Hamou (Lilah Dadi), ancien lieutenant d'Abd el-Kader et le successeur à la tête de son ex-khalifat, au général Randon (Christian Bouillette) en 1853.
Officier républicain et « pro-Arabe », Odilon Hubert a été chassé de l'armée à la suite du renversement de la Deuxième République et à la prise de pouvoir par Louis-Napoléon Bonaparte en . L'ancien médecin militaire, âgé maintenant de 37 ans, se reconvertit comme colon dans la plaine de la Mitidja, un ancien marécage, surnommée par les Arabes « la fiancée de la mort » en raison de son caractère inhospitalier et périlleux. Il vit dans la « ferme Hubert » avec sa femme Leïla (34 ans) et leurs deux enfants Émile (12 ans) et Jeanne (11 ans).
Chapitrage Résumé du La ferme d'Odilon À Paris Les colons Aïssa & Hadj Hamou Les Hadjoutes Hélie contre les arabophobes La vie sauve pour Odilon Les frères ennemisDurée 76 minutes Distribution Aladin Reibel : Odilon Hubert Olivier Sitruk : Hélie Toussaint Marion Beulque alias Marion Valantine : Leïla Nozha Khouadra : Bahia Lilah Dadi : Hadj Hamou Saïda Jawad : Naouel (18 ans) Julien Cafaro : Roucariès Ayoube Nesrate : Aïssa (11 ans) Abdessamad Meftahelkhair : Yaouled (2) Lilly-Fleur Pointeaux : Jeanne (11 ans) Pierre-Augustin Crenn : Émile (12 ans) Nicolas Vaude : Fleury Christian Bouillette : Randon Yann Babilée : Ludovic Charmasson Denis Sebbah : Benjamin Bensoussan Laurent Philibert : capitaine Audran Philippe Faure : Paulin Talabot Alexis Desseaux : Maxime Talabot My Alaoui Abdelkader Taleb : Chérif célibataire Ichrak Berraoui : Djamila (ou Djemila, 16 ans) Mustapha Ziraoui : Mohamed Ben Salah Saïd Bey : Hassan, lieutenant Ben Salah Mohamed Nesrate : caïd des Beni Slassen Rafik Boubker : Saïd, ouvrier Ahmed Saari : Kader, ouvrier Odilon Olivier Bourdon : patron de café Alger Yasmine Khetib : femme ouvrier (1) Odilon Fatiha Ouatili : femme ouvrier (2) Odilon Gérard Dessalles : Albert Dumont Ben Aïssa El Jirari : Sidi Yacoub Mohamed Chatouane : fellah berger Mouna Bel Ghali : femme fellah Non créditée : Ana Delorme (6 ans) Non crédité : Jérémie Delorme (8 ans) Non crédité : Antoine Delorme Non créditée : Marie Delorme Non crédité : gardien Delorme
III. « Le Royaume arabe » Résumé Outre le résumé des deux précédents, le troisième épisode débute en 1860 à Mascara, et couvre la fin du règne de Napoléon III jusqu'à la chute du Second Empire, la proclamation de la Troisième République et l'adoption du décret Crémieux en 1870. Il se termine avec un épilogue à Paris en 1871.
L'officier interprète Hélie Toussaint (Olivier Sitruk), confrère saint-simonien d'Odilon Hubert, un arabophile converti à l'islam, est par ailleurs devenu un courtisan influent de Napoléon III. Il tente de persuader l'empereur de faire de l'Algérie, territoire militaire, un royaume arabe vassal de la France, sur le modèle britannique du dominion, et, ce faisant, Toussaint s'attire les foudres du gouverneur général de l'Algérie, de l'armée d'occupation, des colons européens et des israélites qui, eux, aspirent à faire de l'Algérie une province française.
Chapitrage