La bataille de Medina de Rioseco, aussi connue sous le nom de bataille de Moclín, se déroula le à Medina de Rioseco, pendant la guerre d'indépendance espagnole. Elle opposa les troupes françaises du maréchal Jean-Baptiste Bessières aux forces espagnoles commandées par les généraux Joaquín Blake y Joyes et Gregorio García de la Cuesta. L'affrontement se solda par une victoire française.
Au mois de , l'armée de Galice, composée de miliciens et de réguliers espagnols, fit mouvement de façon à rompre les lignes de communications françaises avec Madrid. Sous le commandement conjoint des généraux Blake et Cuesta, les Espagnols furent toutefois interceptés par le maréchal Bessières au nord de Valladolid. Bessières profita de la mauvaise coordination entre les deux commandants pour vaincre ses adversaires en détail, Blake étant expulsé d'une hauteur sans que Cuesta ne juge nécessaire d'engager ses propres troupes. L'armée de Galice, seule formation capable d'enrayer l'avance française en Vieille-Castille, fut anéantie, ce qui porta un sérieux coup à l'insurrection générale de l'Espagne.
Les conséquences de la victoire française à Medina de Rioseco furent néanmoins éphémères. Les Français échouèrent en effet à occuper les grandes villes du pays et à pacifier les provinces rebelles, avant d'essuyer une défaite humiliante à Bailén. Cette situation contraignit les forces impériales — dont le corps de Bessières — à repasser l'Èbre. Une nouvelle campagne, menée par Napoléon en personne à la tête de la Grande Armée, fut nécessaire pour redresser la situation.
Situation en Espagne du Nord
Les récentes opérations françaises dans la région étaient bien loin des attentes de Napoléon. En juin, le corps du maréchal Jean-Baptiste Bessières tenta de marcher sur Santander afin de sécuriser les communications françaises et garder la côte d'un possible débarquement britannique. Accablé par une résistance massive de la région, Bessières dut rebrousser chemin. L'Empereur engagea alors encore davantage de troupes et formula une nouvelle stratégie. En juillet, il ordonna à Bessières de renouveler son offensive à l'Est.
En face des Français se trouvait le général Joaquín Blake y Joyes. Celui-ci, malgré ses difficultés à coopérer avec le général Gregorio García de la Cuesta, rassemblait une armée hétéroclite de recrues, miliciens et soldats réguliers en provenance de garnisons provinciales isolées.
Préparatifs espagnols
vignette|gauche|upright|alt=Portrait d'un général espagnol du .|Joaquín Blake y Joyes, capitaine général de l'armée espagnole. Portrait anonyme, .
Cuesta, découragé par sa défaite à Cabezón le mois précédent, proposa d'effectuer un coup de main contre Valladolid, ville située à cheval entre les lignes de communication françaises et où il avait anciennement établi son quartier-général avant la déroute de Cabezón. Cuesta rassembla dans ce but quelque 350 cavaliers et plusieurs bataillons d'infanterie, mais pas un seul canon. Les juntes du nord de l'Espagne accueillirent froidement le plan de Cuesta tandis que celle des Asturies, quoique refusant de se laisser entraîner dans ce qu'elle considérait comme une folie, envoya plusieurs bataillons en signe de bonne volonté ; quant à la Galice, elle se montra plus ouverte et chargea le général Blake de coopérer avec Cuesta.
Officier compétent mais malchanceux, Blake jugeait imprudent d'affronter la Grande Armée en rase campagne et entendait tirer parti des collines et du terrain accidenté du nord de l'Espagne pour annuler la supériorité des troupes françaises. Il était particulièrement inquiet de l'état de délabrement de la cavalerie espagnole qui rendait hasardeux toute expédition dans les plaines de Castille. Blake préconisa donc d'occuper les provinces de Léon et de Galice et de les fortifier en tenant compte de la nature particulière du terrain, mais il se reporta finalement aux ordres de Cuesta.
Les efforts des deux généraux espagnols aboutirent à la formation d'une armée d'environ hommes, la plupart démoralisés et mal équipés. En , la Royal Navy débarqua près de ex-prisonniers de guerre espagnols, capturés pour la plupart lors des raids britanniques contre les colonies hispaniques quelque temps auparavant, avec armes et munitions. Parmi ces hommes se trouvaient les 800 réguliers du bataillon Colorados, habillés de rouge en raison du manque d'uniformes espagnols. Cuesta, arguant de son ancienneté, prit le commandement suprême et se mit en marche le malgré les objections de Blake. Le généralissime, en totale méconnaissance des mouvements français faute de cavalerie suffisante, s'attendait à trouver le maréchal Bessières près de Valladolid.
Le , l'armée de Cuesta s'établit près de Medina de Rioseco. Tandis que Blake occupait une hauteur en avant de la ville, Cuesta se déploya à environ en arrière avec le gros des troupes. La faible cavalerie espagnole se tenait à proximité de la route entre les deux corps.
Réaction française
Bessières, informé des agissements espagnols par un agent double, fit mouvement en direction de Burgos le afin d'empêcher la jonction de Blake avec Cuesta, procédant au regroupement de ses forces en cours de route. L'arrivée du gros d'une division à Palencia le porta l'effectif de son corps à hommes et 40 canons, avec lesquels le maréchal se porta à la rencontre de ses adversaires. Les troupes impériales arrivèrent en vue des positions espagnoles à l'aube du . L'armée française alignait à ce moment trois divisions de qualité inégale : une division de réserve, une division de vétérans venue de France et les unités de la Garde impériale expédiées depuis Madrid.
Déroulement de la bataille
vignette|alt=Un général à cheval, la pipe à la main, pendant une charge.|Le général comte de Lasalle menant une charge de sa cavalerie. Illustration de Louis-Ferdinand Malespina.
Blake, imprudemment séparé de Cuesta, dut affronter les Français avec ses flancs découverts et une ligne de retraite qui menaçait à tout moment d'être coupée. Bessières décela rapidement la faiblesse du dispositif espagnol et fit mouvement sur le centre de Blake, prenant soin de tenir Cuesta à distance en détachant face à lui la division du général Mouton. L'infanterie française prit la crête d'assaut tandis que vingt pièces d'artillerie positionnées sur le mont Moclín pilonnaient les Espagnols, occasionnant de nombreuses pertes dans leurs rangs. Le général Merle dirigea l'attaque sur l'aile gauche de Blake tandis que Mouton, sur la droite, continuait d'occuper les troupes de Cuesta.
Blake, de son côté, réagit promptement à la menace qui pesait sur son armée. Il étendit sa ligne de bataille pour éviter l'encerclement et riposta à la canonnade adverse avec ses propres batteries. À cet instant, la cavalerie française du général Lasalle chargea dans la brèche maintenue ouverte par Mouton, enfonça le flanc droit de Blake et disloqua sa petite armée qui fut poursuivie jusqu'au sommet de la crête. Les Espagnols échappèrent néanmoins à l'anéantissement grâce au sacrifice d'un bataillon régulier de Navarre, qui stoppa les cavaliers impériaux suffisamment longtemps pour permettre au reste des troupes de Blake de fuir en direction de la rivière Sequillo.
vignette|gauche|Le mont Moclín aujourd'hui.
Avant que Bessières ne puisse contourner Cuesta, le général espagnol, très réticent à suivre la retraite de Blake, forma ses troupes en colonnes et les lança contre les Français, à présent maîtres de la crête. Les tirailleurs de la division Mouton, brutalement chargés par 300 carabiniers et gardes espagnols, furent rejetés dans le ravin alors que l'infanterie de Cuesta s'avançait jusqu'à la crête sous la protection de ses cavaliers. La cavalerie française de la Garde impériale chargea à son tour et culbuta sa faible homologue espagnole qui fut ramenée sur les fantassins placés en soutien. L'armée de Cuesta continua néanmoins sa progression et captura deux canons de l'artillerie de la Garde, menaçant l'ensemble des positions françaises sur la crête.
Pendant ce temps, le général Merle, qui poursuivait sa marche le long de son axe initial, conduisit sa division sur l'aile droite de la deuxième ligne espagnole ; saisissant l'occasion, Bessières ordonna à son subordonné de charger à la baïonnette. Les tirailleurs de Mouton se déployèrent face à la gauche espagnole et, sous la pression conjuguée des Français, les hommes de Cuesta craquèrent et cédèrent à la panique. Les bataillons de grenadiers espagnols résistèrent encore un moment contre le centre français avant d'être pris sous un feu croisé et d'être expulsés des hauteurs, contraignant Cuesta à évacuer le champ de bataille. De la même manière que pour Blake, les bataillons réguliers en arrière-garde tinrent les Français à distance tandis que le reste de l'armée fuyait au nord de Medina.
Conséquences
La déroute espagnole fut complète. Les deux généraux, Blake et Cuesta, parvinrent à s'échapper mais l'armée de Galice cessa d'exister en tant que force combattante. Les troupes de Blake furent celles qui souffrirent le plus, perdant treize canons et environ hommes. De nombreux bataillons de vétérans espagnols furent sévèrement malmenés lors des combats sur la crête ; les Colorados, par exemple, furent quasiment anéantis. Au total, les Espagnols perdirent morts, blessés ou prisonniers d'après l'historien Charles Esdaile alors qu'une autre source fait état d'environ tués, blessés et prisonniers auxquels s'ajoutent disparus et 13 canons. De son côté, l'armée française déplora 400 à 500 tués selon certaines estimations. Ronald Brighouse considère cependant que ces chiffres sont sous-évalués et donne une autre estimation, plus vraisemblable selon lui, d'un millier d'hommes tués ou blessés dans les rangs impériaux.
Craignant d'être poursuivi, Cuesta conduisit son infanterie au nord des Asturies puis regagna Salamanque avec un petit corps de cavalerie, tandis que Blake retourna en Galice. À la suite de cette victoire, Bessières captura aisément Léon et Zamora. Les Français se rendirent coupables de sauvages représailles contre les prisonniers aussi bien qu'envers la population des villes voisines, qui ironie du sort, étaient parmi les très rares villes à n'avoir pas été emportées par des soulèvements populaires. Bessières, informé de la séparation des deux armées espagnoles, n'en profita pas et rappela le général Lasalle, commandant de sa cavalerie, à son quartier-général.
La victoire de Bessières améliora grandement la position stratégique de l'armée française dans le nord de l'Espagne. Enchanté, Napoléon déclara : . Quatre jours plus tard, le général Dupont se faisait battre à Bailén par les Espagnols et se soumettait avec hommes à une capitulation humiliante. Le commandement français fut pris de panique et ordonna une retraite générale jusqu'à l'Èbre, défaisant l'œuvre durement acquise de Bessières.
Analyse de la bataille
Les faits
vignette|alt=Portrait en pied d'un maréchal de Napoléon.|Le maréchal Jean-Baptiste Bessières. Huile sur toile d'Edmond Hédouin d'après Henri-François Riesener, 1853.
Medina de Rioseco fut une bataille âprement disputée. L'attaque de l'infanterie espagnole sur la crête, menée avec « précision et audace », fut saluée par les contemporains. En Grande-Bretagne, l'écrivain Thomas Hamilton célébra la ténacité des troupes espagnoles, luttant avec acharnement contre une armée française beaucoup plus aguerrie. Les divisions de Cuesta, à l'inverse de leur commandant, reçurent des éloges pour avoir failli faire basculer la victoire dans le camp espagnol, même après la déroute de Blake.
Un autre contemporain, le général français Maximilien Sébastien Foy, porta ce jugement sur l'armée espagnole à Medina de Rioseco : .
Les généraux