La guerre du Sonderbund (en allemand : ) est une guerre civile à caractère sécessionniste en Suisse et qui s'est déroulée du au . Le Sonderbund, ligue composée de cantons catholiques conservateurs sécessionnistes, s'oppose dans ce conflit à la plupart des autres cantons du pays qui défendent la Confédération suisse, tandis que certains cantons restent neutres. L'issue du conflit joue un rôle clé dans l'émergence de la Suisse moderne en tant qu'État fédéral.

Causes de la guerre

La Suisse du début du est marquée par des tensions religieuses et politiques entre cantons. Les cantons conservateurs catholiques sont en opposition avec les radicaux. Ainsi, en , plusieurs couvents sont fermés par les radicaux en Argovie. Le parti radical travaille ainsi au renforcement du pouvoir fédéral, tandis que des Corps-Francs tentent des coups de main contre les cantons catholiques, comme la tentative d'invasion du canton de Lucerne par Ulrich Ochsenbein avec le , qui échoue face à la résistance des troupes cantonales.

Le , sept cantons conservateurs à majorité catholique (Uri, Schwytz, Unterwald, Lucerne, Zoug, Fribourg et le Valais) s'unissent dans une coalition politique et militaire appelée Sonderbund.. Le pacte, d'abord secret, est révélé en .

Le , la Diète fédérale vote une motion de dissolution de la coalition, approuvée par une majorité de 12 cantons, refusée par les cantons du Sonderbund. Sur la proposition du canton de Zurich, la Diète tente une ultime médiation pour éviter le conflit armé en envoyant, auprès du gouvernement de chacun des membres de la coalition, deux représentants (un catholique et un protestant) porteurs d'une invitation à renoncer à l'alliance.

Composition des armées L'armée insurgée

Le commandement de l'armée du Sonderbund est pendant longtemps sans chef militaire. L'homme fort de la coalition, le Lucernois Constantin Siegwart-Müller, pense tout d'abord à un étranger (les noms du Polonais Dezydery Chłapowski ou de l'Autrichien sont évoqués), mais le conseil de l'alliance impose un commandant suisse. Le général Ludwig von Sonnenberg, puis le colonel Philippe de Maillardoz sont proposés puis refusés au profit du colonel Guillaume de Kalbermatten qui est élu, mais qui refuse le poste (il dirigera ensuite les troupes valaisannes). C'est finalement le colonel grison Jean-Ulrich de Salis-Soglio qui est élu et qui prête serment le . Il nomme comme chef d'état-major Franz von Elgger. Bien que Salis-Soglio soit protestant, son conservatisme et son refus du libéralisme incarné par le Parti radical-démocratique, à l'influence grandissante au niveau confédéral, expliquent son ralliement au Sonderbund.

La levée des troupes du Sonderbund fait l'objet d'une consultation populaire (Landsgemeinde) à Schwytz (le ), Uri et Zoug (le ), Nidwald, Obwald et le Valais (le ). Seuls les cantons de Lucerne et de Fribourg n'ont pas procédé à une consultation. Le , le premier ordre de mobilisation est donné, qui sera terminé le .

Dans le même temps, plusieurs travaux de fortification et de défense sont entrepris dans les cantons coalisés, en particulier dans le canton du Valais où les troupes commandées par Kalbermatten sont massées dès la fin du mois d'octobre entre Saint-Maurice et Saint-Gingolph dans le but de préparer une invasion du Chablais vaudois.

L'armée fédérale

vignette|L’État-Major de l'Armée fédérale : Kurz, Minscher, Enloff, Bontemps, Gerwer, Müller, Ziegler, Bourkhardt, Dufour, Rilliet de Constant, Luvini, Donats, Oschenbein et Gmür. Le , le Genevois Guillaume Henri Dufour est désigné général par la Diète fédérale comme commandant en chef des armées, malgré sa réticenceVoir la lettre envoyée par Dufour le 19 octobre au président de la Diète, citée dans et la pression du canton de Berne pour faire nommer Ulrich Ochsenbein à ce poste. Dufour accepte formellement le poste le lendemain dans une lettre à la Diète dans laquelle il affirme .

Le , au moment de prêter serment devant la Diète, Dufour demande des explications à propos de ses instructions (rédigées en allemand) et, à la suite d'une remarque peu amène du député vaudois Jules Eytel, refuse son mandat et claque la porte. Deux séances à huis clos ainsi que l'envoi d'une délégation au Genevois sont nécessaires pour que celui-ci revienne sur sa décision et prête finalement serment le « Dans la séance du 25, M. Dufour a été assermenté et a accepté le commandement tel qu'il lui a été conféré par la Diète » cité par .

Après avoir publié une proclamation le , Dufour nomme comme commandants de divisions : Peter Ludwig von Donatz (Grisons), Johannes Burckhardt et Eduard Ziegler (Argovie) pour le parti conservateur et Louis Rilliet de Constant (Vaud), Dominik Gmür, Giacomo Luvini (Tessin) et Ochsenbein (Berne) pour les radicaux. Le , la Diète ordonne la mobilisation générale de l'armée et, le , l'exécution par la force de l'arrêté sur la dissolution du Sonderbund.

La stratégie mise en place par Dufour est basée sur la rapidité d'action et l'attaque uniquement en forces largement supérieures, « successivement contre Fribourg, Lucerne, puis le Valais ».

À la fin de la guerre, la Diète le récompense en lui faisant un don de .

Les neutres Le canton de Neuchâtel (canton royaliste et conservateur) et Appenzell Rhodes-Intérieures (canton à fort pourcentage de population catholique) se déclarent officiellement neutres. Ils refusent de mettre des troupes à disposition des Confédérés, ce qui irrite certains dirigeants.

Le canton de Vaud en particulier, soupçonne Neuchâtel de soutenir en secret le Sonderbund. Plusieurs incidents éclatent, en particulier la capture d'un bateau à vapeur neuchâtelois par les Vaudois. Le colonel Rilliet-Constant va même, le , demander par écrit à Dufour l'autorisation de marcher sur Neuchâtel. Le général refuse, mais demande au colonel de combler le manque en hommes causé par la défection neuchâteloise en mobilisant des soldats vaudois supplémentaires.

Le , la Diète fédérale somme le canton de Neuchâtel de fournir son contingent, ce que le canton refuse. C'est finalement le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse (prince de Neuchâtel) qui résout le problème en proclamant la principauté « neutre et inviolable » pendant le temps des hostilités.

Le canton de Bâle-Ville résiste un temps aux demandes de la Diète, mais finit par céder et fournit son contingent le , soit deux jours après le début officiel des hostilités.

Début des hostilités

Manœuvres sur le Tessin La première manœuvre est le fait du Sonderbund. Dans le double but d'empêcher la jonction des troupes tessinoises de Luvini et grisonnes d'Eduard de Salis-Soglio (le propre frère du général insurgé) et d'assurer la liaison entre la Suisse centrale et le Valais par le col de la Furka, les troupes uranaises s'emparent sans résistance du col du Saint-Gothard. Les journaux locaux publient alors plusieurs communiqués triomphantsLa gazette du Simplon, du 6 novembre 1847, annonçant la coupure du Tessin du reste de la SuisseCe qui est faux, la liaison étant toujours assurée par le col du San Bernardino. Les premiers morts de la guerre surviennent le , un officier et un soldat uranais sont tués par les Tessinois.

À partir du , les troupes du Sonderbund se préparent à lancer une seconde offensive dans la région argovienne du Freiamt. Après avoir détruit un pont sur la Reuss, les troupes, commandées directement par von Salis-Soglio et von Elgger, pénètrent le dans le territoire argovien avec pour but de couper l'armée fédérale et desserrer l'étau fribourgeois. Cependant, après quelques avancées initiales, ils sont stoppés par Ziegler lors des batailles de Geltwil et Lunnern et se retirent avec pertes sur le canton de Lucerne.

La prise de Fribourg Le , Dufour, en accord avec son plan général, lance sa première offensive contre Fribourg. Ce canton, isolé géographiquement du reste de l'alliance, est également le plus proche de la capitale Berne où siège la Diète, qui craint un coup de force. La prise de Fribourg permet également aux troupes de Dufour de se regrouper contre le centre du pays. La ville d'Estavayer-le-Lac ainsi que les enclaves fribourgeoises dans le canton de Vaud et la plus grande partie du district de Morat sont conquises sans combat les et , les troupes du colonel de Maillardoz se retirant pour défendre la capitale.

Le au matin, les troupes fédérales sont en position en vue de la ville de Fribourg. Deux divisions (celle de Rilliet sur la route qui mène à Romont et celle de Burckhardt sur la route de Payerne) prennent place sans être repérées à l'ouest de la ville, appuyées par une division de réserve. En face, les Fribourgeois ont bâti trois redoutes, dont celle de Bertigny, près du village de Cormanon, qui commande le dispositif de défense et qui ne peut être contournée facilement.

Le colonel fribourgeois, pour sa part, attend l'offensive de l'autre côté de la ville, en direction de Berne. En cela, il est trompé par l'arrivée d'une division de réserve bernoise qui avait reçu l'ordre de faire un maximum de bruit en simulant une attaque. Pendant ce temps, Dufour aligne une batterie de 60 pièces en face des redoutes pour les faire tomber.

Le au matin, alors que tout est prêt pour l'offensive, le lieutenant de Cerjat est envoyé comme émissaire auprès des autorités de la ville de Fribourg, porteur d'un message du général qui leur dévoile son plan et ses forces, leur enjoignant de se rendre pour éviter une bataille meurtrière.. Dans la matinée, le gouvernement fribourgeois demande un armistice pour la journée, qui sera accepté. Néanmoins, à la suite d'une mauvaise coordination des ordres, les soldats vaudois situés en face de la redoute de Bertigny partent à l'assaut de celle-ci dans la journée après quelques échanges de coups de canon. Ils doivent se retirer avec cinq morts et quelque cinquante blessés, dont trois mourront de leurs blessures. Plusieurs défenseurs fribourgeois sont également blessés ou tués.

Au matin du , un dimanche, deux délégués du Conseil d'État fribourgeoisLe syndic Philippe Odet et l'auditeur général de l'armée Ignace Musselin apportent à Dufour la nouvelle de la capitulation du canton, votée à la majorité. Si la Suisse confédérée se réjouit de cette nouvelleVoir par exemple l'édition du 16 novembre de la Neue Zürcher Zeitung, la déception est très importante chez les soldats fribourgeois. Plusieurs accusations de trahison sont portées, en particulier envers le commandant Philippe de Maillardoz, qui quitte la ville et se réfugie à Neuchâtel. Même si ces accusations seront démenties par la suite, et que la preuve sera faite que la capitulation a bien été une décision civile où le colonel de Maillardoz n'a même pas été consultéVoir , cité par , son nom restera longtemps honni par les habitants du canton.

Le soir du , le gouvernement valaisan décide de répondre à l'appel à l'aide des Fribourgeois en ordonnant une offensive sur le canton de Vaud, ouvrant ainsi un deuxième front. Cependant, la nouvelle de la capitulation parvient suffisamment rapidement pour que les ordres soient annulés et les troupes redirigées en vue d'une manœuvre contre le Tessin.

Fin de la campagne fribourgeoise Le document de capitulation signé par le gouvernement fribourgeois est appelé à être utilisé comme modèle pour les autres cantons. Dans ce document, le canton s'engage à quitter l'alliance du Sonderbund, à désarmer ses soldats et à subvenir aux besoins des troupes fédérales d'occupation. Le , un nouveau gouvernement à tendance radicale est élu et décrète l'expulsion des jésuites du territoire. Le lendemain, le colonel Rilliet-Constant doit proclamer l'état de siège dans la ville de Fribourg pour éviter les pillages et saccages provoqués par les soldats de l'armée fédérale, et ceci malgré les ordres très stricts de leurs supérieurs.