Le tertre Ganne (ou Gane) est une colline du département français de la Mayenne située sur la commune de Sainte-Suzanne-et-Chammes, sur la rive gauche de l'Erve, en bordure de forêt de Charnie. Faisant face à la forteresse de Sainte-Suzanne, elle joua un rôle décisif durant la guerre de Cent Ans.
Étymologie Compte tenu de l'occupation très ancienne du site par les Celtes (cf. mur vitrifié), certains auteurs affirmentCf. Ouvrages de Gérard Morteveille, Musée de l'Auditoire, 7 Grande-Rue, 53270 Sainte-Suzanne. que l'expression tertre Ganne vient du celte et signifie « mont boisé ». Tertre est un mot français issu du latin vulgaire termitem, le latin classique étant termen, terminis. Le second élément pourrait être un nom de personne ou éventuellement le terme prélatin kan-, hauteur (que l'on trouve dans Ganagobie). Dans ce dernier cas, le terme tertre traduirait le mot kan- qui n'était plus compris. Cf. Le Gué-de-Longroi. Selon une légende, le "Tertre-Ganne" serait une déformation du "Traître Ganelon", qui a vécu au et qui s'y serait réfugié. Il s'agit là sans doute d'un amalgame un peu rapide. Si la colline recèle des abris sous rochers qui ont pu abriter des ermites ou des vagabonds (-l'un de ces abris est connu en patois sous le nom de la nige-à-Grateau (niche à Grateau), s'il est vrai aussi qu'une commune de la Sarthe porte le nom de Sougé-le-Ganelon à moins de de là, rien de tangible n'indique une présence de Ganelon à Sainte-Suzanne.
En l'absence de formes anciennes, toutes ces explications sont conjecturelles.
Géographie Le site topographique de Sainte-Suzanne présentait au Moyen Âge tous les avantages d'une position militaire de premier ordre. La ville s'élève à la pointe triangulaire d'un promontoire escarpé que la rivière enserre de trois côtés, comme un fossé géant, et dont les flancs à pic dominent de plus de le flanc de la vallée. En face du promontoire de Sainte-Suzanne, la vallée de l'Erve se resserre au point de ne plus former qu'un ravin étroit, et le versant opposé se relève lui aussi en escarpements rocailleux et abrupts, d'une altitude un peu supérieure à celle de la ville. Le sommet de ce promontoire se nomme le tertre Ganne. Sans être le point culminant de la commune (qui se trouve au Mont-Noir, ), il s'agit des derniers monts des Coëvrons et des collines de Normandie avant les immenses plaines d'Anjou et la Bretagne. Jusqu'au son positionnement était donc hautement stratégique puisque l'arrivée d'un ennemi pouvait y être observée de très loin. Dès l'invention des armes à feu, le tertre Ganne affaiblit considérablement la valeur militaire de la position de Sainte-Suzanne, et l'anéantit dès 1425 lors du premier assaut de l'artillerie anglaise. Une carrière de grès fut exploitée en contrebas depuis des temps reculés puisque la pierre extraite a servi d'abord aux portions de mur vitrifié d'origine celtique, retrouvé à Sainte-Suzanne, et ensuite à construire le donjon (première moitié du ), les remparts du château ( - ) et la cité tout entière. La carrière fut exploitée intensément à la fin du , notamment en vue du pavage des rues de Paris. La Société des carrières de l'ouest cessa l'exploitation dans les années 1950, en raison de la proximité de la carrière de La Kabylie à Voutré, d'une exploitation plus aisée. Un stand de tir fut installé au tertre Ganne entre la guerre de 1870-1871 et la Première Guerre mondiale. Il servait à la préparation militaire des jeunes suzannais.
Histoire thumb|upright=1.3|La cité médiévale de Sainte-Suzanne vue du Tertre-Ganne.
L'invasion anglaise dans le Maine au début du Compte tenu des armes disponibles jusqu'au début du , la cité fortifiée de Sainte-Suzanne demeure imprenable durant quatre siècles (cf. le siège de Sainte-Suzanne de 1083 à 1086 soutenu par Hubert de Beaumont 15px contre les troupes de Guillaume le Conquérant retranchées dans le camp de Beugy). Les places de Beaumont, Fresnay et Sainte-Suzanne, qui avaient joué un rôle important dans la lutte des Manceaux contre Guillaume, reprennent en effet de l'importance au cours de la guerre de Cent Ans 30px. Mais l'invention de l'artillerie va changer fondamentalement la donne.
Au début du , la vicomté de Sainte-Suzanne, Beaumont et Fresnay est détenue par la famille d'Alençon 15px : Pierre II d'Alençon « le noble » l'a reçue par son mariage en octobre 1371 avec Marie Chamaillart d'Anthenaise et l'a détenue jusqu'à sa mort à Argentan le ; Son fils Jean d'Alençon « le sage », Pair de France, meurt à 30 ans lors de la bataille d'Azincourt, le ; Son fils Jean II d'Alençon « le beau » lui succédant alors qu'il n'est âgé que de six ans, c'est la Duchesse d'Alençon Marie de Bretagne, veuve de Jean , qui, face à l'avancée anglaise, met en alerte l'ensemble des forteresses que la famille d'Alençon détient dans la région du Mans : Beaumont, Fresnay et Sainte-Suzanne. L'invasion anglaise de 1417 marque en effet le début de cette période décisive. Après avoir conquis en quelques jours la Basse-Normandie, Les Anglais 15px se sont avancés jusqu'aux frontières du Maine 15px et menacent la province. Dès 1419, tous les sujets de la châtellenie de Sainte-Suzanne, même ceux qui en sont exempts en droit, se soumettent à faire le guet au château à cause de "l'estat du temps présent et des éminents dangiers qui pourraient advenir en la ville"Abbé Angot, Dictionnaire de la Mayenne, tome III, p. 561.. La population, qui avait résisté de longues années - et victorieusement - aux tentatives d'annexion des normands, est en effet peu encline à céder aux ambitions anglaises. Ambroise de Loré 15px, futur compagnon de Jeanne d'Arc, se signale par de nombreux exploits et par son courage dans la défense du château de Fresnay, de 1418 à 1420. Mais il se fait prendre lors d'une sortie et se fait délivrer par les Français lors d'un coup de main sur le château de Croissy. Le commandement de Sainte-Suzanne lui est confié en 1422. Adepte de la défense offensive, il fait de nombreuses sorties. Dès le mois d'août 1422, il pousse une pointe hardie sur la ville de Bernay (Eure), qui estoit moult garnie de peuple et de grans marchandises. En revenant il bat près de Mortagne-au-Perche un fort détachement anglaisChroniques du religieux de Saint-Denis et de Parceval de Cagny.. De retour à Sainte-Suzanne, il tourne ses efforts vers le château de Fresnay, qu'il ne peut pardonner à ses adversaires de lui avoir enlevé. Au mois de novembre, avec l'aide de Jean du Bellay, il tente de reprendre la place par surprise, mais le coup manque. Plus fortuné que ses compagnons, Ambroise de Loré parvient du moins à se replier sans encombre sur Sillé et Sainte-Suzanne<ref>Jean Chartier, Chronique de Charles VII : L'an mil quatre cens vingt-deux, Messire Jehan du Belloy ou du Bellay et Messire Ambroys, sire de Loré, firent une assemblée pour cuider prandre Fresnay-le-Vicomte, et après ce qu'ilz oulrent couru devant, vindrent repaistre à Sillé-le-Guillaume. Et de là s'en ala ledit messire Ambroys à Saincte-Susanne, dont il estoit capitaine, et ledit Messire du Belloy print tout droit son chemin pour aller à Mans. Et avoit en sa compagnie, ledit du Bellay, plus de deux cens combatans, et fut rencontré en chemin des Angloiz, lesquelz estoient par estimacion de soixante à quatrevingtz, et en estoit chief ung Angloiz nommé Bakeby ou Kerkeby, mareschal de Fresnay, et estoient lesdits Angloiz au longc d'une haye, et lesditz François à cheval, et les viendrent assaillir à cheval sans mettre pié à terre, parquoy furent iceulx François desconfilz par lesditz Angloiz, et y eult plusieurs mors et prins par le moyen du trait qui tuoit les chevaulz sous lesditz François.</ref>. L'année suivante, le , Ambroise de Loré prend une éclatante revanche en assurant la victoire par une habile manœuvre lors de la bataille de la Brossinière. En 1424, Ambroise poursuit ses sorties et enlève parfois quelques notables pour les échanger contre rançon. Mais avec l'année 1425, les fructueuses chevauchées finissent pour le capitaine de Sainte-Suzanne.
La prise de Sainte-Suzanne par les Anglais Le , Salisbury 15pxIl s'agit de Thomas Montaigu (1388-1428) 15px, de Salisbury, qui fut lieutenant-général du roi en Normandie en 1419, puis gouverneur de Champagne et de Brie, et enfin lieutenant général de l'armée anglaise., à la tête d'une armée considérable, s'empare du MansJean Chartier, Chronique de Charles VII, ch. 15 : "Siège mis au Mans. Tantost après, le conte de Salbery, Angloiz, vint avec grand ost mettre le siège devant la cité du Mans, de laquelle estoit cappitaine le sire de Tucé, et y furent assises plusieurs grosses bombardes, qui abatirent grant partie de la muraille, près de l'evesque d'icelle cité; et finablement fut rendue et livrée icelle cité du Mans au dit conte de Salbery par composicion, et s'en allèrent les gens d'armes et aultres qui se vouldrent aller, et ceux qui voulurent demourer demourèrent en l'obéissance d'iceulx Angloiz. Et pour les fraitz dudit conte de Salbery paierent lesdits François estans en ladite ville mille et cinq cenz escuz d'or"., et aussitôt la ville soumise et occupée, dirige toutes ses forces sur Sainte-Suzanne pour en finir avec ce centre de redoutable résistance. Les Anglais ont fait des efforts exceptionnels et organisé l'expédition avec un soin extrême. Non seulement, suivant leur méthode, ils ont eu recours à la cavalerie de Saint-Georges, et envoyé d'Alençon au Comte de Salisbury, devant Sainte-Suzanne, de grosses sommes de deniers pour payer largement ses soldatsBibliothèque Nationale, F.fs. 4491 Comptes de Pierre Sureau : 30 août 1425 "À Jehan Leigleriot, Raoul de Launay et Colin Pichon, voitturiers par terre auxquelx ont esté paëz la somme de VI li. tournois pour leur paine et salaire d'avoir mené en trois charretes de la ville d'Argentan en la ville d'Alençon une certaine grosse somme de deniers, convertie par ledit receveur au paiement des soudoyers estans au siège de Sainte-Suzanne et autres places du païs du Maine, en laquelle besongne faisant ils ont vacqué chascun II jours entiers, au prix de XX s.t. pour chascun jour, à chascun d'eulx, pour eulx et leurs harnois...", mais ils ont acheté pour lui à Paris d'énormes quantités de munitions, entre autres des milliers de livres de poudre à canon, et, pour la première fois, ils ont mis à sa disposition un véritable parc de siège, avec de grosses bombardes que traînent quatre-vingts bœufsBibliothèque Nationale, F.fs.Comptes de Pierre Sureau : « A Jehan Becquet, marchant, demourant à Paris, pour la vente, bail et délivrance de XXIIII barrilz, en chascun barril IIe livres, par lui baillée et délivrée à Mons. Jehan Fastolf, chevalier, grant maistre d'ostel de , capitaine du Mans, pour ladite poudre mettre au Mans et à Sainte-Suzanne... IIIIè IIIIXX l.t. »..