Avant le boisement systématique des terres incultes des Landes de Gascogne au milieu du , l'économie de la région repose sur le système agropastoral, permettant de tirer parti de la lande, vaste étendue d'un sol sableux d'une extrême pauvreté. Les élevages ovins omniprésents servent non pas à la production de viande ou de lait, mais à la fertilisation des sols, à partir desquels les Landais de l'époque cultivent quelques céréales, essentiellement du seigle et du millet, matière première de la fabrication du pain, produit de base de leur maigre alimentation. C'est de cette époque que provient l'image d'Épinal de l'échassier landais surveillant son troupeau.

Durant le , de nombreuses expérimentations avaient pour but de trouver des alternatives à l'agrosylvopastoralisme et de diversifier les cultures. Mais c'était sans tenir compte de la stérilité des sols, et ces remises en cause du système traditionnel furent toutes des échecs fracassants.

La nécessité de fixer les dunes et d'assainir les plaines aura finalement raison de l'agropastoralisme, et c'est finalement le pin qui chassera les pasteurs landais et leurs troupeaux à la fin du

Système agropastoral landais Les Landes de Gascogne sont une région homogène sur le plan historique et culturel, mais aussi géologique. La pauvreté des sols, les paysages désertiques et marécageux, l'isolement géographique, la langue et les coutumes des habitants ont souvent suscité une réaction de rejet et de mépris de la part des "estrangeys" (ceux qui ne sont pas de la lande), comparant les Landais à des sauvages.

Afin de pouvoir exploiter les terres incultes et désertiques de la lande, l'économie locale de l'époque repose sur une méthode de fertilisation des terres par un système agricole traditionnel mêlant cultures et élevage. Les moutons et brebis se nourrissent d'herbes basses, tandis que les bergers surveillent le troupeau du haut de leurs échasses. Ce moyen de locomotion est particulièrement adapté à la topographie, permettant de surveiller le troupeau sur de longues distances, mais aussi de se déplacer rapidement tout en évitant les piqûres d'ajoncs et l'humidité du sol. Le rôle du troupeau est avant tout de produire du fumier afin de fertiliser le sol. En effet les rendements naturels sont trop faibles pour permettre à quelque culture que ce soit de fournir une récolte acceptable pour nourrir le foyer, composé d'une dizaine de personnes.

Les cultures de seigle et de millet permettent ainsi de produire la farine nécessaire à la fabrication du pain, constituant la base de l'alimentation. Le schéma ci-dessous résume simplement le fonctionnement du système agropastoral :

De cette façon, les sols pauvres sont mis en valeur de façon intensive, ce qui permet une culture sans jachère. Aux cultures proprement alimentaires, viennent s'ajouter quelques autres productions orientées vers l'autoconsommation. C'est par exemple le cas du chanvre. Cette culture commence à régresser dès le milieu du . Elle permet jusque-là, après filage et tissage, la confection de textiles caractéristiques de la région. Les Landais de l'époque cultivent également la vigne de façon localisée, pratiquent l'apiculture, possèdent quelques cochons et parfois des vaches pour le lait et la viande. Les produits obtenus servent essentiellement à la consommation de la famille mais sont parfois destinés à la vente.

L'entretien de la lande rase est essentiel pour permettre aux troupeaux de se nourrir. Chaque année au printemps, les bergers mettent le feu sur de grandes étendues pour débroussailler et régénérer la végétation. Cette opération est appelée "burle" en gascon.

Rouages d'un système L'airial L'habitat en quartier est inséparable d'une forme particulière d'aménagement de l'espace : l'airial. Les bâtiments d'habitation et d'exploitation se déploient sur une pelouse (due à la présence et à la fertilisation des animaux) plantée de feuillus (chênes, châtaigniers, arbres fruitiers...) et ouverte à la circulation des hommes et des bêtes. Jadis îlot de boisement dans la lande dénudée, l'airial est aujourd'hui une clairière enserrée dans la vaste forêt des Landes.

L'emplacement de l'airial se fait à l'écart de la lande humide et près d'une rivière drainante. Dans cette région, les cours d'eau sont avant tout les axes naturels de drainage du plateau landais. En raison de l'encombrement des eaux, tous les lieux habités de ce pays (quartiers et bourgs) sont situés sur les rebords du plateau, en aplomb des cours d'eau, là où précisément le sol est le mieux drainé.

Paradoxalement, l'homme s'est installé ici à proximité des rivières, non pas pour s'approvisionner en eau comme dans bien d'autres régions, mais au contraire pour mieux s'en débarrasser.

La lande

Le domaine des troupeaux, c'est la lande rase. Aujourd'hui disparue, elle a cédé la place à la forêt. Jusqu'au milieu du , elle occupe environ les trois quarts du territoire des Landes de Gascogne.

Sa composition végétale varie en fonction du plus ou moins bon drainage du sol : dans la lande sèche dominent bruyères (notamment la callune), avoine de Thore, hélianthèmes, canches et lichens ; dans la lande humide règne la molinie ; entre les deux, la lande mésophile favorise la bruyère à balai, la fougère aigle et l'ajonc d'Europe.

Nourriture exclusive des troupeaux, ces plantes permettent aussi de réaliser le soutrage. Ramené dans les bergeries, celui-ci constituera la litière des troupeaux et la matière première du fumier tant recherché. Végétation spontanée, la lande reste toutefois étroitement contrôlée par l'homme. À la fin de l'hiver, les paysans pratiquent régulièrement l'incinération (la burle), afin de débarrasser la lande de la végétation arbustive (bruyère et ajoncs) et des fougères (laissée libre, cette végétation aurait rapidement étouffé les graminées, seule nourriture du bétail), favorisant ainsi la repousse et une légère fertilisation grâce aux cendres..

Ce milieu ingrat ne tolère guère qu'une bête par hectare. Ces immensités consacrées au libre parcours des troupeaux prennent alors tout leur sens. Ainsi s'explique le statut communal de la majeure partie de ces landes. Ce sont généralement 50 % à 60 % du territoire de chaque commune qui sont en « vacant ». Vastes réservoirs de ressources collectives, ceux-ci offrent à chacun, par troupeau interposé, la part nécessaire au fonctionnement de son exploitation agricole.

C'est la lande, et elle seule, plus par son immensité disponible que par ses qualités nutritives, qui doit assurer la subsistance des troupeaux. Aussi, le pacage doit-il se réaliser en longs parcours, afin que les bêtes puissent trouver leur nourriture quotidienne. Le berger modifie ses déplacements en fonction du cycle de la végétation et du rythme des saisons.

En été, le troupeau part très loin sur la lande humide qui occupe les grandes étendues interfluviales, effectuant jusqu'à vingt kilomètres par jour. Chaque nuit, il est remisé dans une des nombreuses bergeries de parcours qui jalonnent la lande. De cette manière, on ne perd rien du précieux fumier que l'on attend des troupeaux.

En hiver, les bêtes sont maintenues à proximité des quartiers, en zone de lande sèche. Durant la période d'agnelage, entre Noël et Pâques, les mères (agnereyres) et leurs agneaux sont confiés au berger en titre (aouilhé), homme expérimenté. Les jeunes et non-mères (bassioues) sont confiées à un berger débutant. Les deux parties sont réunies à la belle saison.

Le champ Le champ, constitue une véritable architecture agraire. Cette agriculture a dû faire face à deux handicaps : la stagnation des eaux hivernales et la médiocrité des sols. L'insuffisance de la pente du plateau landais et la présence à une faible profondeur d'une couche compacte et imperméable de grès ferrugineux (alios) ont rendu le drainage indispensable.

Le remède pour vaincre la pauvreté des sols acides est le fumier, seul amendement disponible et consistant, procuré par les troupeaux. Ainsi, l'agriculture intensive commence ici avec l'élevage extensif du mouton, en respectant les équilibres figurant sur le schéma ci-dessus.

Pour nourrir les hommes, l'agriculture traditionnelle a dû ingénieusement se diversifier. Le seigle, bien adapté à la médiocre qualité du sol et aux conditions climatiques, est la céréale principale qui donnera le pain, pilier de l'alimentation. D'autres céréales sont cultivées en complément : le millet commun, qui sert à fabriquer la cruchade (bouillie abondamment consommée), le millet des oiseaux appelé "panis" (dont les grains minuscules sont réservés aux jeunes volailles), le sarrasin (consommé également sous forme de bouillie). Le maïs n'arrivant dans cette région qu'à la fin du supplantera peu à peu le millet pour la préparation de la cruchade.

Réalisée sur de petites surfaces, de trois à cinq hectares par exploitation, cette agriculture vivrière associe deux céréales sur la même parcelle. En automne, après l'épandage du fumier, le seigle est ensemencé à la volée puis relevé en billons. Au printemps, une seconde céréale (millet, panis ou maïs) vient s'intercaler dans les sillons entre les rangs de seigle. Ignorant par ailleurs la jachère, le sol porte ses récoltes de manière ininterrompue. Après la récolte du millet, du panis ou du maïs, en début d'automne, un nouveau cycle annuel commence.

Une telle agriculture, très jardinée, est grande consommatrice de main d'œuvre : une fois le champ emblavé de seigle en rangs parallèles, presque toutes les opérations doivent s'effectuer à la main.

Les brebis

En 1850, le cheptel compte environ un million de têtes sur l'ensemble des Landes de Gascogne. Frugale, la brebis landaise s'est parfaitement adaptée au milieu végétal si particulier et si peu généreux de la lande. Haute sur pattes et longiligne, elle se révèle excellente marcheuse et d'une rusticité à toute épreuve. Soumise à ces rudes conditions d'élevage, elle ne donne que peu de viande, encore moins de lait et seulement deux agneaux dans sa vie (le premier à trois ans, le second à sept ans, âge de la « réforme »).

Malgré ces caractères, il est difficile de parler de race locale. En effet, les échanges étaient nombreux avec les troupeaux pyrénéens. Ceux-ci traversaient régulièrement la région en fin d'été pour gagner les pâturages girondins puis en début de printemps pour rejoindre les pâturages d'estive. Dans certaines foires comme à Luxey, on s'approvisionnait en géniteurs venus du Béarn ou du Pays basque pour « renouveler le sang ». Mais si la transhumance des troupeaux pyrénéens se faisait vers les Landes, les troupeaux locaux, eux, ne franchissaient jamais les lointains horizons du « Grand Désert ».

Les produits issus du troupeau sont divers. Les animaux sont dépouillés de leur toison avant les grosses chaleurs. La laine, en partie traitée par les paysans, peut aussi être commercialisée et procurer quelques revenus monétaires. Elle est même, avec le miel et la cire, l'un des rares produits commercialisés à cette époque. La viande des jeunes agneaux mâles ou des brebis de « réforme » est la seule consommée, les agnelles sont systématiquement gardées pour le renouvellement du troupeau. Le lait, produit en faible quantité, n'est jamais soutiré. Il est intégralement laissé aux mères pour nourrir leurs agneaux.

Le produit principal est le fumier, destiné à fertiliser la terre pauvre et acide des champs. Celui de vingt à trente bêtes est nécessaire pour amender convenablement un seul hectare. L'économie de l'ancienne société landaise repose sur un système agropastoral où l'élevage est au service de l'agriculture. La culture des champs trouve ainsi sa source dans les maigres richesses de la lande.

Les bœufs

Le premier outil du laboureur, c'est la paire de bœufs. Gros capital sur pied, ceux-ci bénéficient des plus grands soins. Sans eux, point de travaux agricoles ni de charrois.