Les canots de sauvetage du Titanic sont des embarcations placées à bord du paquebot afin de permettre l'évacuation et le transbordement de ses passagers en cas d'incident. Le Titanic disposait de vingt canots, dont seize en bois et quatre pliables. Ils avaient une capacité de , alors que le navire pouvait transporter jusqu'à environ personnes. Des passagers et membres d'équipage présents à bord du paquebot lors de son naufrage dans la nuit du 14 au y ont été chargés, et ils auraient contenu entre 705 et 712 des qui se trouvaient dans le navire. Treize canots ont été remontés à bord du Carpathia et ramenés à New York, puis restitués à la . Leur sort est par la suite inconnu.

Ces canots sont à l'origine d'une importante polémique, du fait de leur nombre insuffisant, qui était cependant en conformité avec la loi et de leur faible chargement. Les commissions d'enquête britannique et américaine ont blâmé la mauvaise organisation de l'équipage en ce qui concerne le chargement et la mise à l'eau des canots. Elles ont tenté de déterminer le rôle de chaque canot et de leur responsable, mais les faits ont depuis été largement revus par les historiens. Après le naufrage, des lois ont été modifiées pour obliger toutes les compagnies maritimes à avoir des embarcations de sauvetage en nombre suffisant.

Contexte et choix des équipements Réglementation thumb|Pont des embarcations du Titanic, avec à droite les bossoirs pouvant contenir jusqu'à quatre canots chacun.

Le (ministère britannique du Commerce) édicte en 1894 une réglementation prévoyant la présence d'embarcations dont la capacité est calculée en volume en fonction du tonnage du navire et non en fonction du nombre de passagers. La réglementation précise aussi que les navires britanniques d'un tonnage supérieur à tonneaux de jauge brute doivent être équipés d'au moins 16 canots de sauvetage avec une capacité de et de suffisamment de canots pliables pour augmenter de 75 % la capacité des canots. La capacité totale exigée est donc de , soit 972 personnes (soit environ par personne). Avec ses tonneaux, le Titanic se situe très largement au-dessus de la dernière tranche, montrant ainsi que la loi n'est plus adaptée aux paquebots modernes « Board of Trade's Administration », Titanic Inquiry Project. Consulté le 10 janvier 2013.. Le début du est en effet témoin d'une très rapide augmentation de la taille des plus gros paquebots « », The Great Ocean Liners. Consulté le 10 janvier 2013..

Le gouvernement britannique n'est toutefois pas ignorant de la question. Dès 1910, un représentant de la Chambre des communes, Horatio Bottomley demande publiquement au président du s'il est au courant que lOlympic ne doit avoir que 14 canots. On lui rétorque alors qu'il doit en comporter seize, en accord avec la réglementation. Dès 1911, Bottomley suggère que la réglementation soit revue. À la même époque, des commissions commencent à se réunir sur le sujet. En , peu avant que le Titanic ne parte pour son unique voyage, les conclusions des études menées sont tirées, et un changement de législation est envisagé, mais repoussé à une date ultérieure, principalement à cause des vacances de Pâques. Le naufrage du Titanic quelques jours plus tard seulement fait donc office d'électrochoc qui ravive le débat..

Choix du nombre de canots thumb|left|C'est dans les bureaux de dessin des chantiers Harland and Wolff qu'a été décidé le nombre de canots à attribuer au Titanic. Avec seize canots en bois et quatre canots pliables, seulement passagers peuvent embarquer, soit un tiers des des passagers et membres d'équipage pouvant embarquer au total. Toutefois, cette capacité est de 20 % supérieure à ce que la loi impose. Inquiet de cette situation, Alexander Carlisle, le directeur général des chantiers Harland and Wolff, insiste durant la construction pour que le paquebot soit équipé d'un total de 64 canots de sauvetage. Cependant, Lord Pirrie, le président des chantiers, et Joseph Bruce Ismay, président de la , lui refusent cet ajout. Cela effraierait la clientèle en lui rappelant l'éventualité d'un naufrage ; mais surtout, cela pourrait pousser le à revoir sa loi, obligeant les compagnies britanniques à rééquiper leurs navires. Le temps d'immobilisation des navires serait alors profitable aux compagnies étrangères..

Malgré ses nombreuses demandes, Carlisle ne parvient pas à modifier l'avis de la direction ; il est contraint d'accepter le nombre de 20 embarcations. Au printemps 1912, devant la commission d'enquête britannique, il reconnaît cependant avoir signé le document certifiant le Titanic comme suffisamment équipé, bien qu'il n'ait pas été d'accord avec ce constat « Testimony of Alexander Carlisle », Titanic Inquiry Project. Consulté le 10 janvier 2013.. Il réussit en revanche à convaincre la direction des chantiers d'installer à bord des bossoirs de type Wellin, capables de comporter 4 canots chacun. Cette mesure lui fut dictée par un souci d'économie, au cas où le nombre de canots exigé par la réglementation serait venu à augmenter, et non comme une mesure de sécurité. Il prend sa retraite (anticipée) en , vraisemblablement à la suite de son échec pour persuader ses supérieurs..

Description des équipements de sauvetage du Titanic Canots de sauvetage Trois types de canots thumb|Un canot pliable de type Engelhardt.

Le Titanic, comme son jumeau lOlympic, est pourvu de vingt canots de sauvetage répartis en trois types. Le premier, et le plus répandu, concerne quatorze des canots. Ces canots standards d'une capacité de sont conçus pour transporter 65 personnes à leur bord. Viennent ensuite deux canots dits « de secours » ou « d'urgence », conçus pour être mis à la mer rapidement, dans l'éventualité où un homme tomberait à la mer, par exemple. Ceux-ci sont plus petits et déjà déployés hors de la coque, contrairement aux autres canots qui sont posés sur le pont. Le volume des deux canots de secours diffère de quelques centimètres cubes, mais leur capacité reste la même, pour 40 personnes. Ces deux canots sont situés au niveau de la passerelle de navigation..

À ces seize canots en bois s'ajoutent quatre canots pliables, ou radeaux (en anglais ) de type Engelhardt. Ceux-ci sont constitués d'une coque en bois quasiment plate, qui constitue le fond de l'embarcation, et de flancs de toile que l'on monte lorsque le canot doit être utilisé. Le fond est conçu pour flotter avec des personnes à son bord quand bien même les flancs de toile ne seraient pas montés.. Leur capacité est de 47 passagers chacun. Deux sont posés à même le pont à côté des canots de secours. Les deux autres se situent sur le toit des quartiers des officiers, de part et d'autre de la première cheminée. Un dispositif est prévu pour les descendre sur le pont, mais les marins du Titanic n'ont pas été convenablement entraînés à le faire. Le soir du naufrage, ils se voient donc contraints de les mettre à la mer tant bien que mal..

Signalétique Tous les canots en bois (standards et d'urgence) sont pourvus d'une plaque mentionnant leurs dimensions, volume et capacité. Sont également présents sur leur coque des plaques portant l'emblème de la (un fanion rouge avec une étoile blanche) et l'inscription « S.S. Titanic ». Chaque canot est identifié par un numéro de 1 à 16 ; les numéros pairs correspondant aux canots du côté bâbord et ceux impairs aux canots du côté tribord. Les deux canots de secours sont les numéros 1 et 2, puis les autres sont numérotés de 3 à 16 en remontant vers l'arrière..

En ce qui concerne les radeaux Engelhardt, il n'est pas certain qu'ils aient été pourvus de plaques les identifiant ou d'un autre moyen de les distinguer les uns des autres. Ils sont désignés par les lettres A à D. Les radeaux C et D sont ceux qui sont situés sur le pont, respectivement à tribord et à bâbord. Les A et B sont pour leur part placés sur le toit du quartier des officiers.

Équipement des canots L'équipement des canots reste conforme aux exigences du . Tous les canots (à l'exception des canots pliables) se voient pourvus d'un mât, de voiles pliées dans des sacs, de rames, d'une ancre, d'un compas à alcool et son nécessaire de fixation, d'un réservoir à provisions et de gobelets. Les canots pliables sont également pourvus de rames, d'une ancre, ainsi que d'une pompe pour évacuer l'eau qui s'y infiltrerait. Enfin, les canots 3, 4, 5 et 6 disposent d'une lampe à pétrole..

Cependant, dans son ouvrage , dans lequel il consacre un chapitre aux dispositifs de sauvetage, Bruce Beveridge explique que si les canots ont été pourvus de tels équipements, cela n'implique pas qu'ils en aient été doté en permanence. Les compas, par exemple, trop précieux et fragiles pour être laissés dans les canots, sont stockés dans un casier sécurisé. Ceci explique que les rescapés ne les aient pas trouvé, l'équipage n'ayant pas pensé à les leur fournir..

Autres équipements de secours thumb|Plus de gilets de sauvetage semblables à celui-ci étaient à bord du Titanic.|alt=Un gilet de sauvetage blanc Outre les canots de sauvetage, le Titanic dispose d'autres équipements en cas de détresse. 48 bouées de sauvetage en liège sont réparties sur le navire, prêtes à être utilisées si un homme venait à tomber à la mer. Certaines sont équipées du dispositif lumineux de la société Holmes, conçu pour dégager un signal de fumée lorsque la bouée touche l'eau, même en pleine nuit.. Les bouées sont simples et blanches. Depuis le naufrage, un grand nombre de bouées marquées « Titanic » ont été vendues aux enchères à un très fort prix, mais sont en réalité des faux, puisque les vraies ne comportaient pas d'inscription.. Le navire est également équipé de gilets de sauvetage en liège , disposés dans tous les logements des passagers et de l'équipage..

Afin de se signaler aux autres navires, le Titanic dispose d'une installation radio, ainsi que de lampes Aldis, et des fusées de détresse.. Ces dernières ont beaucoup prêté à polémique dans les temps qui ont suivi, notamment concernant le nombre de fusées, leur couleur, et la façon dont elles ont pu être vues depuis le Californian, cargo proche du Titanic la nuit du naufrage. De récentes études ont prouvé qu'outre les signaux de compagnie (verts) qu'il transportait, le Titanic disposait de fusées de détresse blanches pouvant être vues au loin, et dont c'était la seule utilité. Elles étaient donc réglementaires, et ne pouvaient pas être confondues avec des signaux anodins Samuel Halpern, « What Color Were They », Titanicology. Consulté le 10 janvier 2013..

Rôle durant le naufrage

Organisation de l'évacuation

La nuit du naufrage, l'évacuation des passagers dans les canots est organisée de la façon suivante : William Murdoch, le premier officier, est chargé de tous les canots situés à tribord (c'est-à-dire tous les canots portant un chiffre impair en plus des canots A et C) et le deuxième officier, Charles Lightoller, a la responsabilité de tous les canots situés à bâbord (tous les canots portant un chiffre pair en plus des canots B et D). Le commandant Edward Smith et le commandant en second Henry Wilde supervisent les opérations tandis que les quatre autres officiers (dans l'ordre hiérarchique, Herbert Pitman, Joseph Boxhall, Harold Lowe et James Moody) ne sont pas assignés à un côté spécifique, et se déplacent selon les besoins. Avec les quartiers-maîtres et matelots, ils sont indispensables pour manœuvrer les canots, ce qui explique leur fort taux de survie, alors que les stewards et hôtesses se chargeaient de réunir les passagers et de les faire embarquer, parfois aidés par le reste de l'équipage, comme les cuisiniers, chauffeurs ou soutiers..