La Compagnie des mines d'Anzin est une ancienne compagnie minière. Elle se distingue par son rôle dans l'histoire économique pour avoir lancé l'exploitation du charbon dans le Nord de la France et avoir ainsi été l'une des premières grandes sociétés industrielles françaises. Elle a été créée à Anzin le par le vicomte Jacques Désandrouin, François Marie Le Danois et Emmanuel de Croÿ-Solre, . Les signatures officialisant sa création ont été faites dans le château de l'Hermitage à Condé-sur-l'Escaut, propriété d'Emmanuel de Croÿ-Solre à l'époque. Elle a exploité ses mines pendant près de deux siècles (1757-1949), jusqu'à la nationalisation des mines.
Dirigée par les grands noms du capitalisme et de la politique française du tels que Jean Casimir-Perier ou Adolphe Thiers et décrite dans le roman Germinal d'Émile Zola, elle est devenue un symbole social et politique du capitalisme français du .
Historique : la première mine de charbon du Nord
La découverte du charbon dans le Nord de la France En 1678, à la suite des guerres de conquête de Louis XIV, une partie du Hainaut est rattaché à la France par le traité de Nimègue. Le rattachement à la France pose problème à quelques industries implantées dans la région : leur approvisionnement en charbon dans la région de Mons est compliqué et renchéri par le fait qu'il soit de l'autre côté de la frontière, aux Pays-Bas autrichiens.
Parmi ces industriels, la famille Désandrouin, de Lodelinsart, possède une verrerie à Fresnes, qui est alors du côté belge (et donc autrichien à l'époque) de la frontière. Le vicomte Desandrouin est convaincu que la veine du gisement houiller se poursuit dans le sous-sol côté français et obtient l'autorisation d'entamer des recherches en 1716 après la mort de Louis XIV.
Il en confie la direction à l'ingénieur Jacques Mathieu, le responsable technique de son charbonnage de Lodelinsart, qui traverse la frontière avec toute sa famille et une vingtaine de jeunes gens recrutés à Charleroi.
Ces recherches sont extrêmement difficiles, car le gisement n'affleure pas en surface. De plus, la nappe phréatique se trouvait à une distance relativement faible de la surface. On devait donc, au fur et à mesure qu'on approfondissait les puits, évacuer les eaux.
Une première veine de quatre pieds (à peu près ) fut découverte en 1720 à Fresnes-sur-Escaut, à 35 toises de profondeur (à peu près ), dans la pâture de Jeanne Colard, qui donne son nom à la première fosse. Trois fosses y furent exploitées pendant quelques années, mais il s'agissait d'un charbon maigre, qui n'était pas apte à tous les usages. À Noël 1720, le cuvelage de l'une cède, plusieurs associés se retirent et du matériel est vendu.
Cependant, Jacques Desandrouin ne perd pas espoir et fonde une nouvelle société avec une partie des associés qui lui sont fidèles et le soutien de l'État, représenté par l'intendant de Hainaut, René Hérault, de la famille Hérault de Séchelles.
Les travaux furent poursuivis pendant dix ans, en creusant de nouvelles fosses, mais en se déplaçant vers l'est, vers Valenciennes. On trouve à Anzin le premier gisement de houille exploitable de la région en 1734, c'est la "fosse du Pavé" et son charbon gras. De 1720 à 1734, la plupart des 35 puits que l'on trouve sont rentables. Désormais, le Nord de la France devient une grande région productrice de charbon alors que ce dernier était auparavant acheté en Belgique.
Histoire de la compagnie La compagnie des mines d'Anzin est créée en 1757 par la fusion de trois des Premiers entrepreneurs du charbon français qui se disputent un territoire proche, le vicomte Jacques Désandrouin, François Marie Le Danois et Emmanuel de Croÿ-Solre, seigneur haut justicier de la région. La Compagnie Desandrouin-Taffin et la Compagnie Desandrouin-Cordier, toutes deux appartenant à Jacques Désandrouin et ses associés, les premiers avoir développé les mines, n'obtiennent que 9 des 24 parts.
La Compagnie des mines d'Anzin est la plus ancienne des grandes mines du Nord, celle qui y a lancé l'exploitation de charbon. Lors de la fusion, elle devient l'une des premières sociétés industrielles d'Europe.
Dès ses débuts, la société profite d'innovations puisque, vers la fin du , ses machines à vapeur lui permettent d'extraire du charbon à de profondeur. Selon le site Internet Cambacérès.fr, de charbon..
La Révolution française entraîne des remises en cause du statut de la société qui emploie Honoré-Gabriel Riqueti de Mirabeau (en 1791) puis Jean-Jacques-Régis de Cambacérès pour défendre ses intérêtsSelon le site Cambaceres.fr, idem. Elle donne lieu à une profonde modification de l'actionnariat. Les actifs des nobles émigrés (qui représentaient 14 sols sur un capital social de 24 sols, soient 58 % du capital) sont saisis, rachetés par Désandrouin, et revendus pour bonne part (11 sols, soit 46 % du capital) « à un groupe de financiers issu de la Compagnie française des Indes orientales. » (les familles Desprez, Le Couteulx, Claude Perier, Guillaume Sabatier, Bernier, Pourrat, Thieffries). Dès lors, « Grâce à l'appui financier de Sabatier, les Perier prennent progressivement le contrôle des Mines d'Anzin. ».
Dans la première moitié du , la Compagnie d'Anzin est la plus grande société minière privée française.. Comme l'écrit Émile Zola dans Germinal, .
Anzin est « l'une des premières grandes sociétés industrielles de France »Selon sa fiche aux Archives nationales Compagnie des mines d'Anzin (archives)).. Elle va devenir un archétype de la société capitaliste.
Du côté du capital, ses grands actionnaires et dirigeants sont des grands noms du capitalisme français du , étroitement imbriqués avec les milieux politiques libéraux-conservateurs. Comme l'explique un document sur le site Internet de l'École normale supérieure, « La Compagnie des mines d’Anzin était représentative, en ce début de monarchie de Juillet, des liens nouveaux entre pouvoir économique et pouvoir politique : la Compagnie, très riche, avait accueilli dans sa direction des hommes tels que Casimir Perier puis plus tard Adolphe Thiers »Note à un article de L'Echo de la fabrique, sur le site ENS-LSH, consulté en juin 2008 echo-fabrique.ens-lsh.fr. Jean Casimir-PerierHéritier d'une "grande partie des actions de la Compagnie d'Anzin" et "se consacre enfin à la gestion des mines d’Anzin" après avoir été président de la République, selon sa fiche sur le site de l'Assemblée nationale, consulté en juin 2008 Les anciens Présidents de l'Assemblée nationale : Jean Casimir-Perier et Adolphe ThiersIl est notamment cité comme actionnaire dans un article de NordMag ont été ses dirigeants. Autre symbole notable, Gaston d'Audiffret-Pasquier, membre du conseil d’administration des mines d’Anzin, est un des chefs orléanistes (président de l'assemblée nationale puis du Sénat).. Une fois président du Conseil, au moment de la Commune de Paris, Thiers a d'ailleurs ordonné à la Marine nationale de se fournir auprès d'elleSur le site militant "Notre Lutte", on peut lire en juin 2008 : La Commune de Paris. Zola décrit dans Germinal la hausse de l'action en BourseÉmile Zola, Germinal, partie, chapitre I, .
Côté ouvrier aussi, Anzin est un symbole. Parmi les mouvements sociaux, notons l'émeute des quatre sous en , au cours duquel des grévistes ont été condamnés pour "coalition". La revendication affichée était l'annulation d'une baisse de salaire de ce montant décidée par la compagnie en 1824. Mais une autre cause était la non-prise en compte des difficultés des mineurs. Alors que les directeurs de la famille Mathieu étaient perçus comme proches de la population, ce n'était plus le cas depuis que la compagnie des mines d'Anzin avait pris toute sa dimension de société capitaliste ; un des slogans de cette grève fut « À bas les Parisiens, vive les Matthieu d'Anzin ! »Les trois âges de la mine Tome I, page 45. Au bout de quatre jours de grève, et d'occupation du siège, la compagnie des mines fit appel à la troupe, et occupèrent les corons et les fosses. Les mineurs reprirent le travail sans avoir rien obtenu. Les meneurs furent jugés pour coalition, et condamnés pour certains à des peines légères ; mais les journaux se faisant l'écho du procès révélèrent la condition des mineurs, et la Compagnie finit par céder sur la question de salaireLe peuple de la nuit, page 212.
Émile Zola choisit de la visiter pour y situer l'action de son roman Germinal. Il y arrive au moment de la grève des 12.000 mineurs de la compagnieHenri Mitterand (professeur à la Columbia University), Zola à Anzin, inRevue Travailler, 7/2002-1 Zola à Anzin : les mineurs de Germinal - Cairn.info. Cette grande grève révéla la personnalité d'Émile Basly, qui deviendra secrétaire général du syndicat des mineurs du Nord, président du syndicat des mineurs du Pas-de-Calais, député et maire de Lens et sera le modèle du personnage de Lantier dans GerminalArticle sur Basly, dans NordMag.
La cause en était un changement d'organisation : le boisage de galeries, jusque-là confié aux « raccommodeurs » fut affecté aux mineurs de fond eux-mêmes. Non seulement cela leur faisait un manque à gagner, puisqu'ils étaient payés à la quantité de houille remontée, mais de plus cela privait d'emploi les mineurs les plus âgés, à qui était traditionnellement attribué le rôle de raccommodeur. Dès le début de la grève, le renvoi de 140 syndicalistes durcit le conflit.
Elle dura 56 joursRené Bleazen, Comment la graine de Germinal a été semée à Bénodet et, répercutée par la presse, eut un retentissement national. Mais la compagnie des mines ne céda pas, et le les mineurs durent reprendre le travail. Une conséquence de cette grève fut l'autorisation des syndicats par la loi Waldeck-Rousseau.
La Compagnie d'Anzin a innové dans plusieurs domaines, par exemple l'introduction des premiers chemins de fer dans le Nord dès 1834 (par comparaison, la première ligne française date de 1827 et la seconde de 1832, toutes deux dans la Loire) et l'ouverture de la première gare du Nord à Saint-Waast. Il semble que le chemin de fer ait fourni un avantage compétitif sur ses concurrents : « La force de la Compagnie d’Anzin réside dans le fait qu’elle comprend tout de suite l’intérêt qu’elle peut retirer de la nouvelle invention de la machine à vapeur », estime un historienHistorique repris sur le site CathoCambrai, consulté en juin 2008 http://www.cathocambrai.com/page-25079-compagnie-mines-abzin.html.
Les fosses
La Compagnie des mines d'Anzin est née de la fusion le de trois sociétés rivales : la Société Desandrouin-Taffin, la Société Desandrouin-Cordier et la Société de Cernay. Sauf indication contraire, les informations générales triviales proviennent de l'étude des aléas du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais publié par Géodéris.
Avaleresses Point du Jour thumb|upright=0.5|Tête de puits non matérialisée Avaleresse Point du Jour.
Avaleresse Point du Jour BRGM - Avaleresse Point du Jour 1716-1717
Seconde avaleresse Point du Jour
1716-1717
Deux puits ont été creusés par la Société Desaubois, mais c'est un échec, d'où le nom d'avaleresses Point du jour. Seule une des deux avaleresses est matérialisée, elle est située rue Jean-Jaurès à Fresnes-sur-Escaut, au niveau de la station service Total et du concessionnaire Renault. L'autre avaleresse est située de l'autre côté de la route.
Avaleresses du Moulin 1716-1717
Les avaleresses du Moulin, creusées un peu au nord de l'église d'Escautpont, sont commencées en 1716 et abandonnées l'année suivante.
Avaleresses Ponchelet 1716-1717
Les avaleresses Ponchelet 1 et 2 sont entreprises à Escautpont en 1716, comme les avaleresses Point du jour et du Moulin, et sont également abandonnées en 1716.
Fosse Jeanne Colard thumb|upright=0.5|Tête de puits non matérialisée Jeanne Colard 1.
Puits Jeanne Colard 1 BRGM - Puits Jeanne Colard 1 1718-1721
Puits Jeanne Colard 2 BRGM - Puits Jeanne Colard 2 1723-1732
Puits Jeanne Colard 3
1723-1732