La métaphore filée est une figure de style constituée d'une suite de métaphores sur le même thème. La première métaphore en engendre d'autres, construites à partir du même comparant, et développant un champ lexical dans la suite du texte.

Exemples

La métaphore filée fondée sur le torrent de paroles (association du débit de l'eau avec celui des paroles) et finissant son image sur le terme de mer s'étend ici sur une phrase seule.

On a ici une triple métaphore filée dont les comparants / comparés sont reliés par le verbe être conjugué. Le comparant liens a pour comparé cheveux, puis le comparant second flamme a pour comparé second amour, le comparant troisième est trait (« flèche ») et son comparé est yeux.

La métaphore filée est aussi utilisée dans des discours politiques, comme le fait le président chinois Xi Jinping :

Définition Définition linguistique La métaphore filée opère une transformation sémantique (elle joue sur les s, par des comparés proches) de répétition à l'identique (les mots mis en relation sémantique demeurent dans le même réseau lexical, ou dans le même contexte). C'est avant tout une métaphore s'étendant sur une phrase, une strophe ou un paragraphe entier. De manière plus simple, (dans Patrick Bacry, voir bibliographie). La métaphore filée commence souvent par une comparaison : La métaphore filée rapprochant l'empereur Napoléon avec un arbre abattu débute par une comparaison introduite par l'outil de comparaison comme.Enfin, les métaphores filées peuvent s'engendrer l'une l'autre et suivre une progression thématique (voir l'exemple de Du Bellay).

Définition stylistique La métaphore filée permet des effets variés, essentiellement similaires à ceux produits par la métaphore ou la comparaison. L'effet visé est la suggestion d'images rapprochant deux réalités, excepté que ce rapprochement symbolique est poursuivi sur plusieurs phrases ou paragraphes même. Les effets sont tous du domaine de l'isotopie, de la synesthésie ou du champ sémantique et peuvent être comiques, ironiques, lyriques, argumentatifs, etc.

Très employée dans le langage publicitaire, la métaphore filée permet de capter l'attention des récepteurs, afin de le conduire vers une impression d'ensemble et donc à l'adhésion. Une étude a montré d'ailleurs qu'un message est mieux mémorisé lorsqu'il a recours à des métaphores plutôt qu'à un discours classique et non imagé. À l'oral, la métaphore est souvent filée dans des expressions populaires, ou dans les blagues par exemple. Les discours politiques en sont marqués, mais aussi les raisonnements scientifiques (métaphore de l'arbre dans l'évolution darwinienne, du chat de Schrödinger dans la physique quantique) et pédagogiques.

Genres concernés La métaphore filée, comme la métaphore, concerne tous les genres littéraires. Elle est de manière privilégiée employée en poésie comme chez Baudelaire dans L'ennemi, où il fait usage d'une métaphore filée pour illustrer la vie du poète. On la retrouve aussi dans le roman, dans les descriptions où elle permet de mettre en valeur un réseau lexical sur lequel l'auteur veut appuyer sa narration. Honoré de Balzac notamment use de cette figure de style pour décrire Paris en la personnifiant et en l'animalisant à la fois dans les premières pages de Ferragus (1834). Les réalistes en effet usent souvent de la métaphore filée : l'alambic chez Émile Zola, la mine infernale vue comme un monstre dans Germinal ou encore la locomotive dans La Bête humaine.

Historique de la notion

Figures proches Figure « mère » : métaphore ou allégorie Figures « filles » : aucune

Paronymes : allégorisme Synonymes : aucune

Débats La métaphore filée est parfois subordonnée à la figure de l'allégorie, et non à celle de la métaphore. Or, l'allégorie relève d'une démarche très différente de la métaphore filée, comme le précise Olivier Reboul dans La rhétorique :

Par ailleurs, la métaphore a besoin du recours à la métonymie pour se « filer »; en quelque sorte elle suit une progression thématique et c'est pourquoi elle est très employée dans les descriptions. Ainsi, dans ce passage de Proust :

La métaphore filée force donc le lecteur à conjoindre deux isotopies dans un même moment de lecture, au cours duquel les sèmes du comparé et du comparant se superposent dans des constructions imprévues. Il en va tout autrement dans l’allégorie classique, où les niveaux de sens fonctionnent en parallèle et ne fusionnent que lorsque l'intention allégorique est révélée au lecteur, comme c'est le cas dans la fable.

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes

Glossaire de narratologie

Bibliographie Olivier Reboul dans La rhétorique, Que sais-je ?, 2133

Catégorie:Métaphore Catégorie:Figure de style