Les Blue Mountains (« Montagnes Bleues ») sont un massif montagneux qui occupe le tiers oriental de l'île de la Jamaïque. Dominant l'île par leur altitude, elles forment le principal château d'eau et abritent des écosystèmes de forêt montagnarde d'une grande richesse biologique.

Géographie Topographie Les Blue Mountains constituent le plus haut massif montagneux de la Jamaïque, culminant à au pic Blue Mountain. Les monts John Crow, plus bas et situés plus à l'est, partagent avec elles des forêts de nuages et des forêts tropicales à fort taux d'endémisme. Les monts Port Royal forment les contreforts méridionaux des Blue Mountains. Les monts Dry Harbour occupent la partie nord-centrale de l'île, tandis que les Hellshire Hills, au sud-est, abritent des espèces vertébrées endémiques menacées, dont le hutia jamaïcain (Geocapromys brownii) et l'iguane terrestre de la Jamaïque (Cyclura collei).

D'un point de vue géographique régional, la Jamaïque se divise en deux ensembles distincts. À l'est, le massif volcanique des Blue Mountains domine l'île par son altitude, avec des marges composées de calcaire jaune sur lequel de nombreuses rivières ruissellent vers la mer. Les deux tiers occidentaux du pays sont au contraire recouverts principalement de calcaire blanc issu de dépôts coralliens soulevés et basculés.

Les pentes des Blue Mountains, bien que peu propices à l'agriculture, à l'exception de rares cuvettes fertiles, concentrent à elles seules 56 % des eaux de surface de la Jamaïque.

Géologie Le massif basaltique des Blue Mountains aurait émergé à la fin du Crétacé. Les dépôts calcaires jaunes qui recouvrent ce substrat s'expliquent par la submersion ultérieure de ce massif basaltique.

Les Blue Mountains correspondent au principal affleurement du socle métamorphique de la Jamaïque, connu sous le nom de « Blue Mountain Inlier ». Ce socle est constitué de roches sédimentaires et volcaniques métamorphisées appartenant à un complexe d'accrétion formé au Crétacé inférieur. Les principaux ensembles métamorphiques sont les schistes de Westphalia et du mont Hibernia, aujourd'hui exposés sous forme de blocs limités par des failles.

En périphérie du massif basaltique, seule une couche de calcaire jaune subsiste, les sommets n'étant pas ou peu recouverts de ces strates calcaires en raison de leur altitude et de l'érosion intense générée par les précipitations qu'ils déclenchent.

Les flancs sud des Blue Mountains constituent la principale source de galets de roche verte (greenstone) transportés naturellement par les rivières et la dérive littorale vers le littoral méridional de l'île. En 1972, du schiste bleu, roche extrêmement rare dans la Caraïbe, fut découvert pour la première fois en Jamaïque à Union Hill, sur le bassin de la Morant River, dans le prolongement du Blue Mountain Inlier.

Climat Le climat des Blue Mountains varie fortement selon l'altitude. Les versants inférieurs présentent un caractère chaud et semi-aride, avec deux saisons des pluies marquées en mai et en octobre-novembre, et une pluviométrie croissante avec l'altitude. Les précipitations maximales enregistrées en Jamaïque atteignent l'ordre de à Bowden Pen, dans les Blue Mountains.

Le contraste thermique entre les plaines côtières et les hautes terres est considérable. En janvier, les températures oscillent entre 21 et à Kingston, tandis qu'à Cinchona Gardens, à plus de d'altitude dans une région humide des Blue Mountains, elles se situent entre 12 et . En juillet, ces valeurs sont de 24 à à Kingston et de 15 à à Cinchona.

Sur le Grand Ridge, entre , la température annuelle moyenne est de , avec un maximum absolu de et un minimum de sous couvert forestier. La pluviométrie moyenne y atteint environ par an, avec jusqu'à cinq mois consécutifs recevant moins de .

Edith Blake, épouse du gouverneur de Jamaïque, décrivait en 1892 le climat des hautes terres comme « parfait, rappelant les plus beaux étés anglais, avec dans l'air une fraîcheur vivifiante évoquant la Suisse et les Alpes ».

Végétation La végétation des Blue Mountains se distribue selon des étages bien distincts. Les pentes inférieures, largement déboisées depuis l'époque coloniale, sont recouvertes d'une savane herbeuse à Panicum maximum et de manguiers (Mangifera indica), espèces introduites ayant remplacé une forêt mésophytique originelle.

À partir de environ, la végétation sclérophylle montagnarde s'impose, avant de laisser place à la forêt de brouillard (montane mist forest), couverte de nuages une grande partie de la journée, puis à la forêt naine (elfin forest) au sommet. La limite inférieure de la forêt sclérophylle, qui se situait vers dans les années 1950, s'est déplacée au-dessus de en 1971, illustrant la pression humaine croissante sur les versants.

Au-dessus de , la forêt de brouillard est caractérisée par une végétation dense de fougères arborescentes, de bryophytes et de fougères hyménophyllées remplaçant les lichens de la zone sclérophylle. La hauteur de canopée moyenne y est d'environ .

Lady Blake notait dès 1892 que les collines étaient « dénudées des forêts élevées qui attiraient jadis l'abondance des pluies », témoignant d'une déforestation déjà avancée à la fin du . Les hautes terres offraient par ailleurs une flore remarquable, mêlant espèces tropicales et plantes européennes naturalisées (ajoncs, pensées, églantiers) aux côtés de fougères arborescentes et de nombreuses orchidées.

Environ 50 % des plantes à fleurs sont endémiques à la Jamaïque, et 30 à 40 % d'entre elles sont confinées aux seules Blue Mountains, certaines étant introuvables ailleurs dans le monde. Parmi les espèces caractéristiques de la canopée à altitude moyenne figurent notamment Cyrilla racemiflora, Podocarpus urbanii, Gordonia haematoxylon et Vaccinium meridionale. Les zones de forêt secondaire ou recolonisées après défrichement sont dominées par des espèces pionnières comme Cecropia peltata, Bocconia frutescens et Grevillea robusta, cette dernière étant une espèce introduite.

Faune Une étude menée entre 1970 et 1971 sur les psocides associés aux manguiers sur le versant sud a recensé cinquante-trois espèces le long d'un gradient allant de à . La diversité spécifique augmente linéairement avec l'altitude, à raison d'environ une espèce pour de dénivelé, en corrélation avec l'augmentation de la diversité des micro-épiphytes — algues, lichens et champignons — constituant la ressource alimentaire principale de ces insectes. La grande majorité des espèces de haute altitude sont endémiques à la Jamaïque, contrairement aux espèces de basse altitude.

Histoire Lors de la découverte de l'île par les Espagnols, les côtes sont densément peuplées par les Taïnos, mais l'intérieur des terres demeure largement inhabité. Les analyses pétrographiques des vestiges taïnos révèlent que la grande majorité d'entre elles sont composées de roches métamorphiques similaires à celles du Blue Mountain Inlier. Les Taïnos s'approvisionnent principalement depuis les rivières et les côtes du versant sud des Blue Mountains notamment depuis la Morant River, ce qui implique l'existence d'échanges commerciaux à l'échelle de l'île.

En mai 1655, une expédition britannique menée par l'amiral William Penn et le général Robert Venables s'empare de l'île, encore peu peuplée, après avoir échoué à prendre Hispaniola. Les Espagnols s'enfuient après avoir libéré leurs esclaves. Dispersés dans la jungle, ils créent des dizaines de villages secrets sur le versant nord des Blue MountainsJacques Adélaïde-Merland, Histoire générale des Antilles et des Guyanes : des Précolombiens à nos jours, page 95 lire en ligne au sol calcaire recristallisé et dolomitique, et dans le « pays Cockpit ». Pendant un siècle et demi, ces deux zones servent, grâce à leurs nombreuses caches, de base arrière aux nombreuses révoltes d'esclaves marrons. Les Blue Mountains et les monts John Crow, qui les bordent, constituent le refuge principal des Windward Maroons (marrons du vent), tandis que les Leeward Maroons (marrons sous le vent) s'établissent dans le pays Cockpit, à l'ouest.

Les ancêtres des Windward Maroons, les rebelles varmahaly ou « Varmahaly Negroes », conduits par Juan de Seras, s'installent dans des endroits inaccessibles des Blue Mountains après avoir refusé de rejoindre les Anglais en 1660. Ils maintiennent des établissements durables avant d'être rejoints par de nouveaux fugitifs. Ils y développent une organisation politique originale, de type fédératif, fondée sur plusieurs établissements autonomes entretenant des relations de coopération sans autorité centrale unique. Leur principal établissement, Nanny Town, a donné son nom à deux implantations successives dans les Blue Mountains. Des fouilles archéologiques préliminaires menées à l'emplacement de Nanny Town y ont mis au jour un niveau d'occupation du avec des vestiges espagnols sous le niveau du .

En 1739, les deux communautés marronnes signent des traités avec le gouvernement jamaïcain qui reconnaissent leur liberté et fixent en quatorze clauses les conditions de leur autonomie, tout en leur imposant notamment de contribuer à la répression des futures révoltes d'esclaves.

La personnalité la plus marquante des Windward Maroons, Nanny, est une femme pratiquant l'obeah et dont l'autorité politique et spirituelle dépasse celle de tous les chefs militaires successifs. C'est en son nom que la concession de terres de New Nanny Town est accordée après les traités de 1739.

L'octroi initial de 500 acres permet l'établissement de New Nanny Town. En 1781-1782, les Windward Maroons obtiennent des terres supplémentaires. L'établissement est alors déjà désigné sous le nom de Moore Town dans les documents coloniaux.

Plantation de quinquina En 1868, sur l'initiative du gouverneur John Peter Grant, une plantation gouvernementale de quinquina (Cinchona) est établie dans les hautes terres afin de propager la culture de cette espèce dans l'île. La chute du prix de la quinine, consécutive au développement des plantations en Inde à partir des plants rapportés des Andes en 1860 par Clements Markham, empêcha la plantation jamaïcaine d'atteindre la rentabilité espérée.

Activités Agriculture Le café Jamaica Blue Mountain, qui est cultivé sur les pentes montagneuses du même nom, est l'un des plus chers et l'un des meilleurs au monde.

Protection environnementale Les Blue Mountains constituent le premier parc national terrestre de la Jamaïque, établi en 1990. Avec les monts John Crow adjacents, le massif a été inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO en 2015.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

Catégorie:Massif de montagnes en Amérique centrale Catégorie:Montagne en Jamaïque Catégorie:Patrimoine mondial en Jamaïque Catégorie:Bien mixte du patrimoine mondial Catégorie:Patrimoine mondial inscrit en 2015