La bataille de Roliça (Battle of Roliça en anglais, et combate da Roliça en portugais) est la première bataille livrée par l'armée britannique pendant la guerre d'Espagne, dans le cadre de la guerre péninsulaire du Portugal. Elle se déroule le près du village de Roliça au Portugal, et oppose les Britanniques et les Portugais du général Arthur Wellesley aux Français du général Henri François Delaborde.
Contexte Dans les mois qui suivent l'invasion franco-espagnole du Portugal, Napoléon entreprend de conquérir et de contrôler également l'Espagne. Dans ce but, il détrône les souverains Charles IV et Ferdinand VII d'Espagne en avril- et place son frère Joseph à la tête du pays. Dès le mois de , une première émeute anti-française a lieu à Lisbonne, mais elle est rapidement réprimée. Au début du mois de , la ville de Madrid se révolte contre la domination française. Le massacre qui s'ensuit embrase l'ensemble du royaume, et provoque la rupture de l'alliance franco-espagnole. En juin, faisant écho à la révolte espagnole, une insurrection générale soulève le Portugal, où les premiers signes de crispation avaient commencé à se faire sentir dès les mois de mars-avril. Partant de Bragance le , elle s'étend à tout le pays en moins de dix jours. Le mouvement a la bénédiction du gouvernement portugais installé au Brésil, qui est officiellement en guerre contre la France depuis six mois.
En Espagne, les troupes françaises rencontrent beaucoup de résistance, mais celle-ci est désorganisée, même quand elle se montre efficace. À la fin de juillet, les Espagnols rencontrent les Français une douzaine de fois, gagnant, ou du moins ne perdant pas, sept de ces affrontements. La victoire la plus spectaculaire a lieu en Espagne du sud le , quand le général Castaños encercle et force soldats français du général Dupont à capituler à la bataille de Bailén. Au Portugal, des armées de volontaires formées à la hâte sur les décombres de l'armée portugaise démembrée et désarmée par les Français descendent du Nord du pays vers Lisbonne, où se trouve Junot. Au fil de leur avancée, elles libèrent ou rallient les principales villes du pays. Dans le sud, des mouvements similaires apparaissent dans les environs de Faro. Dès le , menée par le colonel (et stratège) José Lopes de Sousa et le capitaine Sebastião Martins Mestre, la population d'Olhão pousse les Français à quitter l'Algarve. Quelques jours plus tard, les insurgés portugais de Coimbra reprennent le contrôle des infrastructures portuaires de Figueira da Foz, dans le centre du pays. En représailles, le , le général Loison massacre la population, hommes, femmes et enfants, d'Évora, dans l'Alentejo, qui est également entrée en révolte sous la supervision du lieutenant-général Francisco de Paula Leite de Sousa. Ces deux événements, la bataille de Bailén et le massacre d’Évora, ont des répercussions sur les relations des deux nations avec les autorités britanniques, alliées au Portugal, qui décident d'intervenir.
Le , le général Arthur Wellesley reçoit une lettre de Castlereagh, ministre de la Guerre, l'informant que les forces du général Junot comptent plus de hommes. Castlereagh expose ses plans pour augmenter l'armée britannique au Portugal de hommes. Le général John Moore doit arriver avec l'armée depuis la Suède, et une autre force doit être envoyée envoyée depuis Gibraltar. Le commandement de cette force agrandie passerait à Sir Hew Dalrymple, un vieux général de qui n'avait vu de service actif que dans les années 1793-1794 et dans la campagne désastreuse de Flandre, alors gouverneur de Gibraltar. Dalrymple serait secondé par Sir Harry Burrard de Lymington, et assisté par cinq autres généraux, tous supérieurs en grade à Wellesley. Ce dernier, ambitieux, espère provoquer un événement pendant qu'il commande encore l'armée au Portugal.
Constitution de l'armée anglo-portugaise Afin de provoquer les évènements, Wellesley débarque ses troupes du convoi de l'amiral Cotton dans la baie de Lavos à l'embouchure du Rio MondégoVoir l'article Viriatus cité dans les sources en lien externe. Même pour ceux qui ne lisent pas le portugais, cet article offre de nombreuses illustrations et cartes permettant de situer le contexte stratégique de la bataille.. Il a choisi ce point de débarquement car des professeurs et des étudiants portugais de l'université de Coimbra regroupés dans le Bataillon Académique ont pris le contrôle du fort Santa Catarina dominant la baie, en faisant ainsi le point de débarquement le plus sûr de toute la côte jusqu'à Lisbonne. Le débarquement des avec leur équipement sous les ordres de Wellesley, avec les supplémentaires rencontrés au large du Portugal dure du au . Quelques barges de débarquement chavirent dans la barre. Quelques soldats périssent noyés. Ce sont les premières pertes britanniques dans la péninsule. L'ensemble de l'armée britannique est débarqué le .
À peine arrivé, Wellesley se dirige le vers Montemor-o-Velho afin de discuter avec le maréchal-de-camp portugais Bernardim Freire de Andrade, gouverneur militaire de la région de Porto et commandant des portugais de l'Armée des Opérations de l'EstrémadureExército de Operações da Estremadura, au sujet de l'intendance et de la meilleure route à prendre pour Lisbonne. Porté par l'insurrection de juin, Freire de Andrade effectue alors sa descente depuis Porto vers Lisbonne, où se trouve Junot. Levée à la hâte sur les débris de l'armée portugaise démembrée et désarmée par les Français, son armée est alors formée de soldats que Wellesley juge « courageux, volontaires et patriotes », mais majoritairement mal entraînés, indisciplinés et sous équipés. Avec le départ d'une partie de l'état-major portugais vers le Brésil et vers la Légion portugaise napoléonienne, elle manque par ailleurs cruellement d'encadrement. Les deux hommes ne parviennent pas à se mettre d'accord sur l'itinéraire et sur le commandement unique souhaités par les Anglais, mais ils coordonnent cependant en partie leurs troupes et leurs opérations.
Lors de la rencontre des deux armées à Leiria le , des forces portugaises sont détachées et agrégées à l'armée britannique. Les troupes de Wellington reçoivent le renfort de 3 régiments de cavalerie composés de , des de la cavalerie de police de Lisbonne, d'un bataillon de chasseurs de et de de trois régiments d'infanterie de ligne, pour un total de . Tous sont regroupés dans un corps unique appelé le Détachement portugais (Destacalento português). En échange, Wellesley donne des armes, 5000 mousquets, et des approvisionnements aux troupes de Freire de Andrade, afin de compenser le matériel confisqué quelques semaines auparavant par Junot.
La bataille de Roliça
Mouvements de troupes
Après Leiria, Wellesley et Freire de Andrade empruntent deux itinéraires différents, mais complémentaires. Alors que Freire de Andrade descend vers Lisbonne en prenant la route intérieure de Leiria et Santarém, protégeant le flanc gauche des Anglais, Wellesley choisit la route en bord de mer, proche de ses sources d'approvisionnement, avec le détachement de soldats portugais placé sous le commandement de l'agent militaire (Militay Agent) , un officier britannique en service dans l'armée portugaise (jusqu'alors sous l'autorité de Freire de Andrade) dans laquelle il dispose du grade de lieutenant-colonel (Tenente-Coronel).
En descendant le long de la côte, Wellesley et Trant vont sans le savoir à la rencontre d'un corps de hommes de l'armée française sous le commandement du général Delaborde, que Junot a envoyé pour harceler et éventuellement retenir les Britanniques, jusqu'à ce que ses forces soient en mesure de s'opposer aux troupes anglo-portugaises. Tout au long de la descente vers le sud, la petite armée de Freire de Andrade effectue une série d'interventions décisives sur le flanc gauche de Wellesley. Ses attaques, coordonnées avec celles des troupes portugaises du général Manuel Pinto de Morais Bacelar, empêchent notamment la jonction des forces de Loison, envoyées par Junot afin de renforcer les effectifs de Delaborde.
Le , les Britanniques atteignent Alcobaça, où ils apprennent la présence du corps d'armée de Delaborde, et font mouvement vers Óbidos. Là, l'avant-garde britannique, principalement le Rifles (fusiliers)Les troupes de l'époque sont principalement armées de mousquets, arme à canon lisse, beaucoup plus facile à recharger que le fusil, qui avec son canon rayé, offre une meilleure précision et une plus grande portée. Napoléon lui-même a refusé d'équiper ses voltigeurs de fusils. Les Britanniques par contre équipent des unités entières de fusils. Ces troupes sont principalement chargées de harceler l'ennemi avant le contact avec les troupes de ligne, visant à désorganiser l'ennemi en abattant en priorité officiers et sous-officiers, Les Rifles se distinguent par leur habit vert sombre, alors que tous les autres soldats Britanniques portent une tunique rouge. Ils peuvent ainsi harceler l'ennemi en restant hors de portée des mousquets. L'armée portugaise est réorganisée à partir de 1809 avec une large participation des Britanniques ; elle inclut alors des unités de Caçadores (chasseurs) équipées du fusil britannique. rencontre des sentinelles de l'arrière-garde française. Les Français font alors face aux Alliés trois fois plus nombreux.
Le champ de bataille Le village de Roliça est situé au centre d'un fer à cheval constitué par des collines très pentues, de de large et de profondeur. L'ouverture du fer à cheval est orientée vers le nord-est en direction d'Obidos, là où le a rencontré les Français. Les collines autour d'Obidos et de Roliça sont bien boiséesVoir Lien externe: Rolica 17 août 1808 qui donne une bonne cartographie du champ de bataille.
Les Français commencent la journée en se plaçant au nord de Roliça, adossés au terrain plus élevé, leur permettant ainsi de bloquer ou de protéger les routes du sud vers Lisbonne. Sur les hauteurs à environ au sud du village, où les Français font leur premier repli, il y a quatre défilés, ou vallons conduisant vers les nouvelles positions françaises. Le terrain en contrebas des collines est herbeux, mais de gros blocs de rocher et les flancs abruptsVoir Lien externe: qui montre le caractère abrupt des flancs des vallons des vallons rendent une attaque en formation impossible.
Forces en présence
L'armée britannique est constituée de six brigades sous les généraux Hill, Ferguson, Nightingale, Bowes, Crawfurd et Fane avec le détachement portugais sous les ordres du colonel Trant et formant l'aile droite, et devant contourner l'aile gauche française. Les généraux Ferguson et Bowes avec trois compagnies de fusiliers et un peu d'artillerie doivent forcer la droite française contre l'arrivée possible du général Loison. Les généraux Nightingale, Crawfurd et Fane avec le reste des Portugais, de l'artillerie et de la cavalerie poussent au centre.
Les Français sous les ordres de Delaborde, comprennent cinq bataillons, dont un du d'infanterie suisse, et cinq canons.
La bataille
vignette|upright=1.5|L'attaque du d'infanterie britannique à la bataille de Roliça, par Madeley. Au premier plan, le général Wellesley et son état-major.
Wellesley arrive à Obidos le et part pour Roliça le 17. Au début de la bataille, Delaborde occupe une position au nord-nord-ouest du village de Roliça. Wellesley tente de manœuvrer ses forces en tenaille sur chacun des flancs de la position française. Cela peut être tenté car l'armée anglo-portugaise surclasse les effectifs des Français à trois contre un.
Il envoie les forces portugaises du lieutenant-colonel Trant vers l'ouest et une force britannique plus importante sous les généraux Ferguson et Bowers avec 6 canons vers l'est, pendant qu'il fait une démonstration de force au centre, à grand bruit, pour faire diversion. Wellesley commence à manœuvrer à du matin, mais en général averti, dès les premiers affrontements, Delaborde retire ses troupes sur le sommet de la colline.