Gaston Gérard, né le à Dijon et mort le à Dijon, est un avocat, homme politique et homme de Lettres français. Il a été maire de Dijon de 1919 à 1935, député de la Côte-d'Or dans les années 1930 et, de 1931 à 1932, le premier sous-secrétaire d'État en France à être chargé du tourisme.

Biographie

Débuts politiques et participation à la Grande Guerre Issu d'une famille dijonnaise de la moyenne bourgeoisie Pierre Gras (dir.), Histoire de Dijon, Toulouse, Privat, 1987, p. 363., il naît au 30 rue Amiral Roussin, domicile de ses parents. Il effectue sa scolarité au lycée Carnot et fait à l'université de Dijon des études de droit au début desquelles il crée avec d'autres camarades une université populaire qui donne des cours du soir, dans les bourses du travail et les ateliers. Devenu avocat, il s'inscrit au barreau de cette ville en 1899, à vingt et un ans.

À partir du début des années 1900, il entame une carrière politique qui ira de la gauche à la droite et le conduira de fonctions électives locales aux cabinets ministériels. Gaston Gérard est alors membre de l'Alliance démocratique et mène en parallèle une carrière active d'avocat, reconnue par le nombre d'acquittements qu'il obtient aux assises. En 1907, il est élu conseiller général pour le canton de Dijon-Ville, dans le groupe radical. Il conserve ce siège jusqu'en 1945. À l'échelon municipal, il soutient Henri Barabant, ancien maire socialiste de Dijon contre les conservateurs.

Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale comme auxiliaire, il passe à sa demande au service armé. Il est blessé et sera promu capitaine en ayant reçu deux citations françaises et une belge.

Maire de Dijon À son retour à Dijon, Gaston Gérard construit une liste dans la veine du « bloc national », alliant radicaux et même certains socialistes aux conservateurs. La liste « bleu horizon » remporte les municipales dès le premier tour et Gaston Gérard est élu maire par le conseil le à l'unanimité.

« Actif, entreprenant », Gaston Gérard « se veut "apolitique" à l'Hôtel de ville » et veut « administrer en faveur de toutes les catégories socialesPierre Gras (dir.), Histoire de Dijon, Toulouse, Privat, 1987, p. 364 [pour les trois parties de la citation]. ». En tant que maire, Gaston Gérard poursuit trois grands objectifs : préserver le centre ancien de Dijon et le faire connaître ; développer la ville en urbanisant de nouveaux quartiers ; donner à Dijon une réputation de grande cité gastronomique. Pour atteindre ce dernier but, il crée en 1921 avec l'aide de l'industriel Xavier Aubert la Foire gastronomique de Dijon, qui existe toujours. Celle-ci rencontre très vite le succès : elle attire 80 000 visiteurs en 1921, 600 000 dès 1925Rachel Mazuy, « Gaston Gérard, infatigable promoteur du tourisme et de la gastronomie française et bourguignonne », Annales de Bourgogne, t. 96 – 3 & 4, juillet-décembre 2024, p. 34..

Réalisations Sous les mandats de Gaston Gérard, le monument de la Victoire et du Souvenir est construit au rond-point du cours du Parc à Dijon. La statue de Bossuet est placée contre l'église Saint-Jean et inaugurée en présence du ministre de l'Instruction publique. Les monuments à Crébillon et à Henry Bazin sont érigés. En 1924, le syndicat d’initiative de Dijon est installé dans le magnifique hôtel Chambellan. Une nouvelle maternité est aménagée ; une bourse du travail est construite et inaugurée le ; l'Hôtel des Postes et l'hospice des vieillards sont agrandis. Le théâtre est rénové. L'université de Dijon, un moment menacée de suppression pour raisons d'économie en 1923, est maintenue grâce aux démarches de Gaston Gérard, du recteur Rosset et du sénateur Chauveau, et le président de la République vient à Dijon le célébrer le bicentenaire de l'université. Gaston Gérard obtient également au début des années 1930 que le Corps d'armée, jusqu'alors à Bourges, soit installé à Dijon. De nouvelles salles sont attribuées au musée des Beaux-Arts, grâce au départ de l'École des Beaux-Arts. Le musée archéologique est installé dans ses bâtiments actuels, le dortoir des Bénédictins, et inauguré en 1934.

Des terrains à bâtir étant à vendre dans le quartier de l'ancien cimetière, proche de l'avenue Victor-Hugo, la municipalité Gaston Gérard impose certaines conditions de construction, notamment esthétiques, qui aboutissent à ce qu'un ensemble remarquable de villas et d'immeubles majoritairement Art déco soit élevé sur cet emplacementDijon et son agglomération mutations urbaines de 1800 à nos jours tome 1 1800-1967, Dijon, ICOVIL, 2012, p. 236.. Dijon, comme la France, connaissant une pénurie de logements, en raison de l'arrêt des constructions pendant la guerre, la municipalité Gaston Gérard fait aménager et lotir à partir de 1924 un quartier neuf, le quartier de la Maladière, où de larges voies sont tracées, et au centre duquel un groupe scolaire est bâti. La mairie revend les terrains, à des prix très modérés, à ceux qui veulent y construire leur maison. Elle cède en 1930 un emplacement au diocèse, sur lequel celui-ci édifie la remarquable église du Sacré-Cœur. Gaston Gérard veille aussi à ce que la ville s'agrandisse « en particulier avec des constructions pour les familles ouvrières sans abri au sud de Dijon (quartier de l'Arsenal)Jean Vigreux, « De la ville parlementaire à la capitale régionale : le devenir d'une ville de province », Dominique Le Page (dir.), Histoire de Dijon, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2023, p. 236. ». Dans les années 1930, quelques-uns des grands boulevards de Dijon sont tracés : Clemenceau en 1932 et 1933, des Bourroches et Alexandre-de-Yougoslavie en 1935... La municipalité acquiert sur les hauteurs de Montmuzard des terrains sur lesquels elle édifie le parc municipal des sports et le vélodrome, que le président de la République inaugure avec Gaston Gérard le . Les boulevards Paul Doumer et Anthelme Trimolet sont tracés pour desservir cet ensemble. Envisageant de créer à Dijon un vaste plan d'eau, la municipalité met des options sur des terrains à l'ouest de la ville, qui seront utilisés dans les années 1960 pour contribuer à créer le lac KirLe Bien public, 17 février 1969..

Les travaux universitaires les plus récents Dominique Le Page (dir.), Histoire de Dijon, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2023, p. 236, 351, 359-360. reconnaissent qu'à l'issue de ses quinze années à la tête de la ville, Gaston Gérard a modernisé et développé Dijon, sans que cette modernisation ait dénaturé le centre ancien ; il a lancé la renommée gastronomique de Dijon, initiative d'avenir (notamment au XXI siècle avec la Cité internationale de la gastronomie et du vin) ; il a relancé la vie culturelle. Gaston Gérard est reconnu comme un des maires les plus marquants de Dijon au XX siècle.

Action internationale en faveur du tourisme et des produits français À un moment où l'exportation des vins français est rendue difficile par la prohibition instituée aux États-Unis et dans d'autres pays, Gaston Gérard fait la promotion de la Bourgogne, de Dijon et du vin. Utilisant l'avion pour se rendre à ses frais en Europe, en Amérique, en Afrique et en Asie., il donne au début des années 1920 plus de six cents conférences dans trente-deux pays pour promouvoir la France et ses produits. Ces activités et celles qu'il déploie à Dijon lui valent la Légion d'honneur en 1923, à la demande du ministre du CommerceDossier de la Légion d'honneur sur la base Léonore (https://www.leonore.archives-nationales.culture.gouv.fr/ui/#show). En 1933, Gaston Gérard est élu à l'unanimité gouverneur du Rotary Club pour toute la France et l'Afrique du Nord.

Carrière politique nationale « L'énergie [que Gaston Gérard] déploie dans le tourisme est remarquée » et l'amène à participer au deuxième gouvernement d'André Tardieu en qualité de Haut-Commissaire au Tourisme de mars à . Le , Gaston Gérard reçoit à Dijon le président du conseil André Tardieu qui prononce dans cette ville, dans un banquet de 1800 invités, un important discours programme où il souhaite « un État coordinateur, rajeuni, fort et obéi« Le Discours de M. Tardieu », Le Figaro, 2 juin 1930. . » Gaston Gérard revient au gouvernement fin comme sous-secrétaire d’État aux Travaux publics chargé des Travaux publics et du Tourisme dans le premier Gouvernement Pierre Laval et reste à ce poste jusqu’à la fin du troisième Gouvernement André Tardieu début . Participant à cinq gouvernements pendant trois ans, il est le premier membre d'un gouvernement français chargé du Tourisme. Durant cette période, Gaston Gérard travaille à une vaste politique du tourisme : développement du thermalisme, organisation des travaux publics, de la marine marchande et de l'aviation civile, échanges touristiques, classement des villes en station touristique, organisation d'expositions touristiques, etc. Pour lutter contre la mévente des vins, il imagine une fête des vins de France, qui se répétera chaque année. Il fait rénover le réseau routier et fait mettre au point le code de la route. Dès 1923, il estimait que la France « ne doit pas vouloir être le pays qui fait très grand. Elle doit rester le pays qui fait très bien. » Il lance aussi le slogan : « La France est l'atelier de réparation de l'outillage humain . »

Gaston Gérard est également député de Côte-d'Or, élu à Dijon de 1928 à 1932, battu par le socialiste Robert Jardillier en 1932. Il est réélu député dans la circonscription de Châtillon-sur-Seine en 1936.

Pendant l'Occupation Le , Gaston Gérard vote, comme 568 autres parlementaires, les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Cependant, trois jours plus tard, le , il publie en première page du journal Le Progrès de la Côte-d'Or un article dans lequel il met en garde le gouvernement du maréchal Pétain au sujet de la constitution qu’il doit élaborer : « qu’on y prenne garde. Une Constitution, dans un pays de liberté comme le nôtre, n’est solide et durable que si elle est établie sur des réalités politiques, sur des fondations sociales, dont ne veulent point être privés les citoyens qu’elle entend gouverner. Méconnaître la souveraineté de la Nation, ses traditions, son indépendance, copier sa Constitution sur telle ou telle autre dont des peuples différents s’accommodent, serait témérité et folieGaston Gérard, « L'Etat nouveau », Le Progrès de la Côte-d'Or, 14 juillet 1940.. » Dans cet article, loin de faire toute confiance au gouvernement du maréchal Pétain, il appelle celui-ci à respecter la souveraineté de la Nation, tout en rappelant la notion de liberté. Plus tard, Gaston Gérard se dit prêt à exercer à nouveau les fonctions de maire de Dijon. Il en fait la demande au préfet de la Côte-d'Or. Selon Claude Guyot, il participe en à l'arbre de Noël de la Ligue française et assiste à une manifestation des Ailes de BourgogneLes Ailes de Bourgogne sont, selon Claude Guyot, une "association pour le recrutement de jeunes pilotes, de toute évidence sous le patronage allemand". Claude Guyot, Historique du comité départemental de Libération de la Côte-d'Or, Arnay-le-Duc, Chez l'auteur, 1962, p. 234-235.. Il est membre en 1941 et 1942 de la « commission administrative » remplaçant le conseil général, commission composée de personnalités dont l'une participa à la collaboration et dont plusieurs autres entrèrent dans la Résistance.

Gaston Gérard écrira pour sa part qu’il a caché des juifs pendant l’Occupation ; il écrit également qu'il a été arrêté par la Gestapo, une journée, en , et que sa résidence d’Arceau a été occupée de 1940 à 1944 et complètement pillée par les Allemands lors de leur départ.