Le quartier de Chaillot est le quartier administratif de Paris. Situé dans le sur la colline de Chaillot, il a pour origine un village du même nom situé rue de Chaillot mais dont le territoire paroissial, deux fois plus étendu que l'actuel quartier, recouvrait, outre le au nord de la rue des Carrières de Passy et à l'est de la rue Léonard de Vinci, le sud du , appelé depuis faubourg de la Conférence, soit depuis l'actuelle place de l’Étoile tous les bords de Seine à l'est d'un bois de Boulogne autrefois plus étendu entre le cimetière de Passy inclus jusqu'à la Concorde.
Premier village à l'ouest de Paris répondant dans le prolongement du decumanus à l'oriental Charonne, c'est au que Chaillot se désenclave avec la construction d'un château pour la reine Catherine de Médicis, d'autres grandes demeures puis d'établissements religieux, notamment le couvent de Chaillot. En 1659, il devient officiellement un faubourg de la capitale. Scindé en 1785 par le mur des Fermiers généraux, sa partie peuplée intègre le arrondissement. Sous le Premier Empire, un projet de palais du roi de Rome, sur la colline, avorte mais est suivi par plusieurs esquisses architecturales (statues monumentales, lotissements…). Un quartier de Chaillot est formé en 1860 au sein du nouveau . Le palais du Trocadéro y est construit à l'occasion de l'Exposition universelle de 1878, autour duquel de nombreux bâtiments d'habitation sont édifiés. Le palais laisse la place au palais de Chaillot en 1935 pour l'Exposition spécialisée de 1937.
Étymologie La première mention de Chaillot est celle de son église, Ecclesia de Caleio, et figure dans une bulle datée de 1097Jean Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, Paris, Prault, 1754, .. Elle y est mentionnée comme la principale cure donnée en 1060 par Henri au prieuré Saint-Martin-des-ChampsJean Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, . que ce roi a fait reconstruire après que les Normands l'ont détruit.
Dans les documents latins postérieurs, le terme varie entre Callevio, Calloio, Challoio, voire Calloium, et même Chalouel ou, au , Chailloel. En français, on écrit au le plus souvent « Chailluyau », au , « Chailluyau », « Chaleau », « Chayoux » ou « Chailliau ». L'orthographe « Chaillot » ne deviendra la norme qu'au .
L'étymologie de « Chaillot » fait référence au « caillou » qu'est la colline de Chaillot, ou à la « forêt ».
Situation Chaillot est situé au bord du méandre de Boulogne de la Seine sur un sous-sol de calcaire grossier de l'ère tertiaire "le Lutétien" d'une épaisseur de 20 à 30 mètres surmonté d'un banc de pierre de 7 mètres exploité depuis l'époque gallo-romaine pour la construction des édifices parisiens. Une plate-forme de calcaire, la colline de Chaillot, s'étire de la butte de l'Étoile et ses abords (quartier des Ternes et partie haute du faubourg du Roule) jusqu'à la rue du Ranelagh dans le quartier de la Muette, ancienne commune de Passy. Cette plateforme a été partiellement arasée, notamment la butte de l' Étoile et la place du Trocadéro mais ce relief est encore très visible au-dessus des jardins du Trocadéro et par les pentes des rues de part et d'autre de la rue Lauriston, ancien chemin du Bel Air, qui constitue une ligne de crête qui dominait le village étiré le long d'une rue à l'emplacement de l'actuelle rue Chaillot et de ses prolongements au sud-ouest (rue des Batailles à l'emplacement de l'avenue d'Iéna de la place d'Iéna aux jardins du Trocadéro) et au nord-est (actuelle rue Quentin-Bauchart).
Chaillot était limité à l'est par le marais qui s'étendait autour de Paris à l'emplacement du cours préhistorique de la Seine qui rejoignait le cours actuel à proximité de l'actuelle place de l'Alma puis par le grand égout qui lui succéda, à l'ouest par la forêt de Rouvray, actuel bois de Boulogne, au nord par la seigneurie de Villiers-Neuilly qui contrôlait le bois de Boulogne. La limite nord de Chaillot par l'actuelle avenue des Champs-Élysées et avenue de la Grande Armée ne date que de la création de cette nouvelle route de Neuilly au , doublant l'ancien chemin de Neuilly correspondant à l'actuelle avenue des Ternes.
La seigneurie de Chaillot qui échut en 1684 aux religieuses de la Visitation n'était pas très étendue : elle ne dépassait pas l'emplacement de la place de l'Étoile au nord, celui de la rue Lauriston à l'est. Sa limite avec Passy était constituée par les rues Vineuse et de l'Alboni..
Histoire Le Nigeon du Haut Moyen Âge Si Chaillot n'est nommé qu'au , cinq siècles plus tôt, peu avant 586, c'est-à-dire avant d'être promu évêque du Mans, Bertrand du Mans, un fils de magnat poitevin, fait l'acquisition d'un domaine situé au sud de la future paroisse, la villa de Nimio, orthographe latine du toponyme °Nimjo, devenu Nijuncus puis, en français, « NigeonJean Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, . ». Nigeon continuera d'occuper jusqu'à la fin du le site de l'actuel Trocadéro entre les actuelles rue Vineuse et rue de la Manutention. À l'époque mérovingienne, Nigeon est un domaine viticole qui prospère grâce à la source du lieu-dit Fontanitum, c'est-à-dire « petite source ». Jusqu'au et la découverte de la source de Passy, n'est connue dans les environs qu'une seule source, qui jaillit en plusieurs résurgences. Réputée pour ses vertus curatives, la résurgence principale est située à Auteuil, en haut de la rue de la Source. Le chemin allant de Nigeon à Fontainette est devenu la « rue de la Fontaine », renommée en 1865 « rue La Fontaine ».
Peu après 614 et la promulgation de sa décrétion visant à mettre un peu d'ordre dans les bénéfices ecclésiastiques, Clotaire II ajoute, par donation, au vignoble de Bertrand du Mans un territoire maraicher qui est vraisemblablement le futur Chaillot, c'est-à-dire le territoire intermédiaire entre Paris et la maison forte de Nigeon. Jusqu'en 1790, le territoire de l'ancien Nigeon appartiendra à la paroisse de Chaillot. Le territoire plus au sud, le futur Passy inclus, du moins jusqu'en 1672, relèvera de la paroisse d'Auteuil.
Le , sous le règne de Chilpéric II, la forêt du Rouvray, Rubridum sylva, qui s'étend à l'ouest du Paris de l'époque jusqu'à l'actuelle Concorde et la garenne de Monceau, est partagée entre l'abbaye de Saint-Denis et l'abbaye Sainte-Geneviève, l'ouest et la rive de Seine en aval de Saint-Cloud revenant à celle-là, l'est et la rive en amont à celle-ci. Les génovéfains se retrouvent responsables du prieuré Saint-Martin-des-Champs et de l'oratoire que celui-ci entretient au Sanctum martyrum.
En 1060, Henri fait reconstruire Saint-Martin-des-Champs, que les Normands avaient détruit, tout comme Sainte-Geneviève-du-Mont. Le roi donne aux génovéfains l'église de Chaillot, puisqu'elle est située sur la rive qui leur revient. Chaillot devient la principale cure du prieuré Saint-Martin. Au sud de Chaillot, Auteuil, propriété de l'abbaye du Bec que l'archevêque de Cantorbéry Anselme érige en fleuron de l'église de Normandie, échappe aux génovéfains jusqu'en 1109, date à laquelle ils en font l'acquisition.
Le village du Bas Moyen Âge, sa maison forte et l'étendue de son terroir En 1124, le chancelier Étienne de Garlande, oncle d'Amaury de Montfort et doyen des génovéfains, fixe, selon les us du lieu, les coutumes de ChaillotJean Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, .. Au cours du Bas Moyen Âge, un village, cité dans une charte de 1176, se développe autour d'un chemin qui correspond aux actuelles rues de Chaillot et Quentin-Bauchart ainsi qu'une partie de l'avenue d'Iéna et qui restera jusqu'au l'unique rueJean Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, .. Entouré de vignes, il produit un vin réputé.
Ce terroir faisait partie du domaine seigneurial de l'abbaye de Saint-Denis. Sur la colline, la maison forte de Nigeon passe en 1292, avec le comté de Montfort-l'Amaury, dans le domaine de la branche capétienne des souverains de Bretagne par le remariage de Yolande de Dreux, éphémère reine d'Écosse, avec Arthur de Bretagne. C'est là que le meurt à l'âge de quarante-trois ans Guy de Penthièvre, puiné du premier lit d'Arthur et demi-frère de Jean de Montfort, lequel, en contestant la primauté de la fille de Guy, Jeanne de Penthièvre que soutient le roi Philippe de Valois, déclenchera dix ans plus tard la longue et terrible guerre de Succession de Bretagne.
En 1360, durant la guerre de Cent Ans, l'abbaye royale de Longchamp, qui se trouve de l'autre côté du bois de Boulogne, est pillée. Les sœurs, dispersées, se réfugient dans Paris. Elles font l'acquisition d'une maison à Chaillot, qui en devient un sous-fief, avec basse et moyenne justice. Cet arrière fief s'étend de l'actuelle place d'Iéna à l'actuelle rue Georges-BizetBéatrice de Andia & Pierre-Yves Balut, Le 16e: Chaillot, Passy, Auteuil : métamorphose des trois villages., , Délégation à l'action artistique de la ville de Paris, Paris, 1991. et scinde la paroisse en deuxJean Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, .. L'actuelle rue de Longchamp conserve le souvenir de cette dualité territoriale qui ne sera formellement abolie que le Jean Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, ., l'abbaye de la Visitation ayant acheté ce terrain de Longchamp trente deux ans plus tôt, le .
Le , alors que le gouvernement civil de Paris, qui prendra la Bastille un mois et demi plus tard, vient, au cours des États généraux, d'imposer le bonnet phrygien à un roi Charles VI confiné dans son palais Saint-Pol, Jean sans Peur, qui retirera bientôt son soutien aux insurgés, positionne son armée entre Montmartre et Chaillot et fixe son état-major à NigeonJean Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris, ..
La vocation religieuse d'un site convoité Le , Louis XI qui, sept ans plus tôt, tentait de s'emparer de Montfort et Étampes, provoquant la ligue du Bien public, accapare la haute justice de Chaillot, malgré la demande d'annulation formulée par le conseiller au Parlement Guillaume le Duc, probablement mandaté par les chanoines du chapitre génovéfains revendiquant l'antiquité du titre pour leur abbé. Cela permet deux ans plus tard au monarque de concéder Chaillot, sans droits d'héritage, au Grand chambellan Philippe de Commynes pour le remercier d'avoir trahi Charles le Téméraire.
Le traité de Picquigny assurant une paix stable, Nigeon redevient une résidence de l'abbé de Sainte-Geneviève, seigneur d'Auteuil, qui s'y rend accompagné de deux écuyers le pour y fêter sainte Madeleine dans une chapelle dédiée. Le même Guillaume Le Duc, qui a passé un arrangement avec le roi Louis XI, y fait faire d'importants travaux pour le compte de Philippe Cousin, abbé commendataire dont en 1516, avec l'appui du roi François M. L. Madelin, « Les premières applications du Concordat de 1516, d'après les dossiers du Château Saint-Ange », Mélanges d'archéologie et d'histoire, Paris, EFR, 1897, , vol. XVII, , ., il prendra pour ses vieux jours la place moyennant des compensations sous forme de bénéficesM. L. Madelin, « Les premières applications du Concordat de 1516, d'après les dossiers du Château Saint-Ange », Mélanges d'archéologie et d'histoire, Paris, EFR, 1897, vol. XVII, , ..
Dès la fin du , Chaillot devient un lieu d'implantation de nouveaux couvents. Cette vocation religieuse du village nait en 1493Auguste Doniol, Histoire du arrondissement de Paris, Paris, Hachette, 1902, . lorsque la reine de France Anne de Bretagne, qui fondera cinq ans plus tard l'ordre de la Cordelière, fait don du manoir de Nigeon, qu'elle a hérité de son arrière-grand-père Jean de Montfort, à la congrégation d'inspiration franciscaine des MinimesE. Margueritte et L. P. Margueritte, Auteuil et Passy des origines à nos jours, Paris, Société historique d'Auteuil et Passy, octobre 1946, ..