vignette|Calligraphie du nom d'Allah en arabe, dans un des huit médaillons ornant l'intérieur de Sainte-Sophie à Istanbul (se lit de droite à gauche). Le texte plus petit en haut à gauche est la formule d'eulogie (, « splendeur de Sa majesté »).
Allah (Allāh, [ɑɫˈɫɑː(h)], écrit ) est le mot arabe qui désigne « Dieu », et signifie littéralement, « le dieu » avec un article défini, faisant référence à un dieu considéré par principe comme unique, le « dieu unique » des religions monothéistes. À l’époque préislamique, un dieu nommé Allah existe au sein du panthéon polythéiste arabe, et est un dieu créateur.
Par extension, Allah fait en général référence au dieu unique dans l'islam, « créateur de l’univers ou ‘âlam, pourvu, dans le Coran, de qualificatifs tels que « puissant », « savant », « clément », etc. »Sourdel D., Sourdel-Thomine J., Vocabulaire de l'islam. Presses Universitaires de France, 2013, article « Allah ».. La croyance en ce dieu unique, appelée tawhid, est le dogme le plus important de l'islam, qui lui attribue .
Depuis la fin du et l'exacerbation des revendications identitaires, le terme Allah est revendiqué comme étant uniquement musulman, bien qu'il reste utilisé notamment par les chrétiens arabes.
Étymologie alt=|vignette|190x190px|Les composants du mot Allah en arabe :
Prononciation
Il est remarquable que le nom Dieu, c'est-à-dire Allah [ɑɫˈɫɑː(h)], présente deux lām pharyngalisés, [ɫ], mode d'articulation uniquement présent dans le mot Allah, dans tout l'arabe standard (Al-Ani 2008, p. 600; Kaye 1997, p. 196; Kaye 2009, p. 564) .
De plus, le alif initial possédant un hamzat waṣl, le [ɑ] initial est éludé par la voyelle finale du mot précédent. Par exemple, Bism-illāh (بِسْمِ ٱللَّٰهِ) [bismil'lɑː(h)] (signifiant « Au nom de Dieu »). Au passage, les deux lām redeviennent standards : [l].
Étymologie acceptée
Phonétique : Dans sa forme vocalisée, l'écriture de Allah est sans équivoque : elle correspond à un « el-lâhu », forme définie d'un mot de forme théorique « lâhu », dont la spécificité est que le â long n'est pas noté comme consonne (il l'est sous forme de alif khanjariah dans la forme vocalisée). C'est ainsi qu'il est prononcé à la lecture. Reste à savoir d'où vient la partie « lâhu ».
La plupart des avis modernes convergent vers l'opinion selon laquelle le mot est composé de el (ou al, la prononciation arabe ne fait pas de différence) et ilāh (la divinité, cas déterminé) et que la première voyelle du mot (i) a été supprimée par apocope, à cause de la fréquence d'usage du mot. Cette opinion est aussi attribuée au célèbre grammairien Sībawayh (). Autrement dit, le mot se composerait de l'article ال el, qui marque la détermination comme l'article français « le » et comporte une hamza instable, et de ilāh ou ilah , qui signifie « (un) dieu ». El suivi de ilāh en est la forme déterminée, donnerait Al'illāh (« le Dieu »), puis Allāh par apocope du deuxième terme. Le mot aurait ensuite été univerbé, c'est-à-dire pris comme un lexème à part entière, susceptible de recevoir son propre article défini.
Le terme Allah remonte « sans doute » étymologiquement aux termes désignant la divinité dans les langues sémitiques : Il ou ElBallanfat P., « Allah » dans Dictionnaire du Coran, 2007, Paris, .. Allah est la forme arabe de l'invocation divine générique de la Bible : « Élie », « Eli »La Bible de Jérusalem, éd. Du Cerf, Paris 1973., Mathieu, 25, 45-47, . ou « Elôï » signifiant « Mon Dieu » en hébreuLa Bible de Jérusalem, éd. Du Cerf, Paris 1973., Marc, 15, 33-34, .. Les Akkadiens déjà utilisaient le mot ilu pour dire « dieu » entre 4000 et 2000 av. J.-C.. À l’époque préislamique, le terme arabe Ilâh est utilisée pour désigner une divinité.
Le nom Allâhumma, parfois utilisé dans le cadre des prières, pourrait être le pendant du nom « Élohim » (pluriel de majesté d’Eloha signifiant « Dieu »Encyclopedia Judaica, "God, Names of", The Gale Group, 2008 dans la Bible).
Étymologies traditionnelles
L’étymologie traditionnelle la plus répandue est comme ci-dessus, que le terme Allah est une contraction de al-ilāh.
Il y a eu une vingtaine d’avis différents parmi les grammairiens arabes anciens sur l'étymologie de Allāh, comme le rapporte Ibn Manzhûr () dans le dictionnaire de référence Lisān ul-ʿArab. De nombreux lexicographes arabes se sont penchés sur la question, et plusieurs hypothèses ont ainsi été avancées au cours de l’histoire.
Pour certains, cette explication n'est pas valable et tiendrait de l’étymologie populaire. Elle serait d’autant plus étonnante que l’apocope du i de ʾilāh est peu crédible car c’est la première voyelle du mot signifiant réellement « dieu ». Ils avancent aussi le fait que les termes considérés sacrés sont souvent préservés par tabou. D’autre part, le radical ʾel ou ʾil désignant une divinité est fréquent dans d'autres langues sémitiques : en hébreu, אל El (« dieu »), אלהים Élohim (« dieux »), ʾāllāhā en araméen, pourrait être à l’origine du mot arabe par emprunt puis amuïssement du ā final (qui est en araméen une voyelle désinentielle, lesquelles sont rarement prononcées en arabe courant) et enfin abrègement du premier ā par métanalyse et confusion avec l’article ʾal.
Une approche serait de faire dériver le nom d’Allah d’une autre racine que . Pour certains, le nom dériverait de al et de lâhMacDonald D.B., « Ilah » dans Encyclopédie de l’islam, Tome 3, 1986 ., du verbe qui signifie « voilé », « élevé », ce qui pourrait associer ce nom au sens du « Très-Haut ». D’autres le font dériver du pronom de la troisième personne du singulier hu, qui aurait servi à désigner Dieu. "Considérant le Nom Suprême « Allâh », si l’on en effaçait le Alif et les deux lâm, il demeurerait la lettre hâ’, qui est accompagnée d’un wâw (sous-entendu) constituant ainsi le mot « Huwa », lequel est une indication de l’Unicité divine."
Une alternative est alors qu’il s’agit d’un « nom propre à Dieu qui ne le désigne par aucune qualité particulière, qui n’est pas dérivé et dont l’article ne peut être ôté ». Cette vision a été largement diffusée parmi les théologiens sunnites. Il s’agit de l’avis de Al-Fayrūz Abādī (), dans Al-Qāmûs Al-Muh'īt. Un des arguments exposés est que lorsqu'on lui ajoute le mot yā d'interpellation, on dit yā Allāh, tandis que pour tous les mots portant un article, l'article est supprimé après le yā.
Typographie
Un mot univerbé allâh devrait phonétiquement s'écrire en arabe, mais l'écriture réelle du mot al-lâh maintient l'écriture d'une forme définie : le alif est suivi du lam de l'article, et le second lam par lequel commence le mot principal étant une lettre solaire, ce dernier est marqué par une shadda. Par ailleurs, bien que le a final soit prononcé long, le alif de prolongation n'est pas retranscrit ; l'écriture complète du mot le remplace par un alif suscrit (alif khanjariah). Enfin, quand le mot est lié à ce qui le précède, le premier a est élidé et cette liaison est marquée par une hamzat waṣl.
À noter que certaines polices de caractères remplacent les caractères consécutifs ālif lām lām ha par un glyphe de ligature ʾAllāh. Ainsi, les caractères saisis ne correspondent pas aux glyphes contenus dans la ligature : la shadda et l’ālif suscrit apparaissent au rendu, mais n'existent pas au niveau de caractères. Un humain lira donc « ʾAllāh » (avec shadda et ālif suscrit) mais, au niveau informatique, il n'y aura dans le code que les caractères ālif lām lām ha.
Il existe un caractère dans le codage Unicode ( U+FDF2) utilisé pour représenter la ligature. Cependant la séquence de caractères ālif lām lām shadda ālif suscrit ha est recommandée pour la ligature avec signes diacritiques.
« Allah » en Arabie pré-islamique vignette|Représentation d'Allat, Palmyre.|alt= Certains passages coraniques rappellent que le nom Allah désignait pour les mecquois avant la période islamique le Dieu créateurLe Coran, « Le Tonnerre », XIII, 16, (ar) الرعد, « L’Araignée », XXIX, 61-63, « Lokman », XXXI, 25, « Troupes », XXXIX, 38L. Gardet, « Allah » dans Encyclopédie de l’islam, tome 1, et suivSourdel D., « Les Arabes avant l'Islam », Histoire des Arabes. Presses Universitaires de France, 2007, .. Le terme Ilah apparaît, précédé de l’article, dans la poésie préislamique comme un nom divin impersonnel et signifie le dieu évoqué dans le contexte (déjà mentionné, par exemple…). Cette littérature montre aussi l’existence de la contraction en AllahD.B. MacDonald, « Ilah » dans Encyclopedie de l’islam, Tome 3, 1986, ..
La religion préislamique était d’ordre polythéiste et les arabes appelaient Ilâha le soleil que certains vénéraient parmi plusieurs divinités. Allah, reconnu au comme le « Seigneur du Temple » (la Kaaba de La Mecque)Sourdel, Dominique. « Mahomet et le coran », L’islam. Presses Universitaires de France, 2009, . avait des divinités associées, considérées par les Arabes comme divinités subordonnées, des fils et les divinités Al-ʿUzzā, Al-Manāt et Al-lāt étaient désignées comme ses fillesLe Coran, « L’Étoile », LIII, 19-22, (ar) النجم, « L’Abeille », XVI, 57 et « Les Rangs », XXXVII, 149.. Al-Lat était une déesse de la fécondité et de la féminité vénérée en Arabie à l'époque préislamiqueFahd T., “al-Lāt” dans Encyclopédie de l’Islam.. Le nom de la divinité Al-lât serait le féminin d’Allah. Le père de Mahomet aurait porté le nom d’Abdallah, le « serviteur d’Allah ». Le terme utilisé dans le Coran ne désigne alors pas un dieu unique. Pour Dominique Sourdelle, « au , chez les semi-nomades de la steppe syrienne, Allâh restait loin derrière les autres divinités ». C’est à cette époque qu’il pourrait commencer à prendre la première place.
Ces divinités étaient vénérées par des rites de circonvolution autour des pierres et des objets sacrés, tel, pour Sourdelle, la « pierre noire » ou le Maqam Ibrahim associées à la Ka’ba. Ces objets étaient placés dans des territoires considérés comme sacrés, dans lesquels des prescriptions rituelles de pureté s’imposaient avant les sacrifices. De même, il y était interdit de tuer un animal ou de couper un arbre.
Le terme Allah est attesté dans les poèmes des tribus arabes chrétiennes d'Arabie comme les Ghassanides et les TanukhidesA. Amin et A. Harun, Sharh Diwan Al-Hamasa, Le Caire, 1951, Vol. 1, .Al-Marzubani, Mu'jam Ash-Shu'araa, .Irfan Shahîd, Byzantium and the Arabs in the Fourth Century, Dumbarton Oaks Trustees for Harvard University-Washington DC, p.452.. Une inscription du trouvée à Umm al-Jimal atteste l’usage de ce nom. Dans une inscription chrétienne datant de 512, les références à Allah sont en arabe et en araméen, soit « Allah » et « Alaha ». L'inscription commence par la déclaration Grohmann A., Arabische Paläographie II: Das Schriftwesen und die Lapidarschrift, Vienne, 1971,Hermann Böhlaus Nochfolger, .Gruendler B., The Development of the Arabic Scripts: From the Nabatean Era to the First Islamic Century according to Dated Texts, Atlanta, 1993, Scholars Press.. Le nom Allah était donc utilisé par les chrétiens avant l’islamKoscielniak, « Quelques remarques sur la littérature pré-islamique arabe chrétienne », Rocznik orientalistyczny, LVII, 2004, ..
Allah dans la tradition islamique L’islam croit en un dieu unique, créateur de toute chose et maître du jour du Jugement Dernier. Le Coran ayant été rédigé en langue arabe, c'est donc le terme Allah qui y est utilisé pour désigner le dieu unique, créateur, omniprésent et omniscient. En particulier, pour se convertir à l’islam, la profession de foi islamique, appelée la Chahada, énonce : « J'atteste qu'Il n'y a pas de divinité si ce n'est Dieu (Allah) et que Mahomet (Mohammed) est Son messager » (Ashhadu an lâ ilâha illa-llâh wa Ashhadu ana Mouhammadan Rasûlu-l-llâh)Clarck M., Chebel M., L'islam pour les nuls, First, 2008, ..
Allah dans le Coran