est un artiste d'estampes japonaises, un des plus célèbres créateurs d'estampes ukiyo-e en couleurs.

C'était un innovateur, le premier qui produisit des estampes imprimées en de nombreuses couleurs, nommées « estampes de brocart » (nishiki-e) dès 1765. Elles surpassèrent par leur richesse les estampes qui ne faisaient appel qu'à deux ou trois couleurs. Harunobu a employé beaucoup de techniques complexes et a développé une grande variété de sujets, depuis les images poétiques classiques jusqu'aux portraits des jeunes beautés de son époque. Comme beaucoup d'artistes de son temps, Harunobu a également produit un certain nombre de shunga, ou images érotiques.

Au cours de sa vie, et ensuite, de nombreux artistes l'ont pris pour modèle. Quelques-uns, tel que Harushige, se sont même vantés de leur capacité à créer de faux originaux du grand maître.

Une biographie difficile à reconstruire thumb|center|upright=1.5|Pèlerinage au sanctuaire (jeune fille venant prier par amour, sous la pluie et la nuit). Détail. Impression nishiki-e, vers 1770. Musée national de Tokyo. On ne dispose que de rares indices pour évoquer la vie de Harunobu. Par extrapolation on évalue sa date de naissance autour de 1725. Cette date ne s'appuie que sur une seule source tardive, une supposition « éclairée » de Sekine Shisei (1825-1893) ou de son fils, Kinshirō, T1.. Les spécialistes de cet artiste ont nuancé très sensiblement, depuis le début du , leurs interprétations des quelques documents dont ils disposentLa recherche apporte de nouveaux documents, permettant une ré-écriture de cette biographie, travail qui reste donc en cours. Ainsi il est tout à fait remarquable qu'Hélène Bayou () construit sa biographie de Harunobu en commençant par préciser l'appartenance de l'artiste au clan samouraï Hozumi, bannit hors d'Edo en 1716, ce qui permet logiquement de penser à une formation de Harunobu hors d'Edo, donc, probablement à Kyoto. Ceci s'articule avec une appréciation stylistique, celle d'une « certaine filiation stylistique avec le langage du Kansai » (du Kansai, le plus connu de ces artistes étant Sukenobu). Ensuite Hélène Bayou mentionne le fait que le spécialiste de l'artiste, David Waterhouse, reconnait, lui-même « la réalité de cette source d'inspiration », bien que celui-ci persiste à penser (la dernière publication de D. Waterhouse, en 2016, date de 2013) que l'œuvre de Harunobu antérieur à 1765 « est clairement héritier des images d'acteurs produites à Edo ». Passant par-dessus cette réserve de D. Waterhouse, le point de vue de Hélène Bayou se confirme, ensuite, avec l'allusion à l'un des élèves de Hiraga Gennai, selon lequel « l'apprentissage du dessin par Harunobu auprès de Sukenobu fut essentiel ». La comparaison de ce dernier texte avec la publication de Hélène Bayou en 2004 () montre bien tout l'écart qui s'est creusé avec cette précédente lecture des informations dont on disposait à l'époque, encore récente, de l'exposition « Images du monde flottant ». Cette biographie se construit.. Sur ses dix années d'activité, les huit dernières sont celles qui sont connues avec le plus de certitude.

Il semble alors avoir vécu à Edo, et pour partie dans le quartier Est, « le quartier aux murs blancs »Son atelier se trouvant dans le district de Kanda, à Shirakabe-chō. : , T1. C'était l'un des rares quartiers dont les murs étaient construits en brique afin de résister au feu. Il était animé par de nombreux commerces et des ateliers d'artisans. Il n'était pas éloigné du quartier d'Asakusa qui longeait Yoshiwara.. C'est de ce quartier, centre actif des libraires et des éditeurs du courant de lukiyo-e, qu'il a représenté la vie quotidienne au cours de ses dernières années. Un connaisseur affirmé des sciences occidentales, Hiraga Gennai (1726-1779), habitant ce quartier, a été un procheTout ce qu'apportent les Hollandais stimule les recherches de Gennai. Cet érudit-touche-à-tout avait aussi, entre autres connaissances, un marchand de tabac-poète et la célébrité du moment, Tanuma Okitsugu, le daimyo. Selon D. Waterhouse, Harunobu aurait été en relation avec eux. Gennai était aussi un homosexuel qui a beaucoup publié sur ce sujet qui l'intéressait vivement, et qui était commun dans la société des samouraï et des moines bouddhistes. D. Waterhouse croit en voir la trace dans les estampes de Harunobu où les jeunes hommes ont un air un peu androgyne. de Harunobu et l'un des élèves de cet homme a souligné « à quel point l'apprentissage du dessin par Harunobu auprès de Nishikawa Sukenobu fut essentiel ». David Waterhouse (, T1.) rapporte la rumeur qui voudrait que Harunobu, lorsqu'il apparait dans le monde de lukiyo-e ruikō, vit à l'angle de Yonezawa-cho, Ryōgoku, et qu'il étudie Nishikawa.. Sukenobu a illustré un très grand nombre d'albums, où des jeunes femmes, aux formes gracieuses, se promènent souvent dans la nature et des espaces urbains parfaitement construits, mais parfois aussi simplement dans le blanc de la page. On retrouve indéniablement dans le dessin de Harunobu des souvenirs de son célèbre prédécesseur, T1. et le succès de Harunobu tient aussi à la création d'un type féminin, juvénile et fluet, plein de délicatesse et aux gestes gracieux.

Harunobu serait originaire du clan samouraï Hozumi, lequel ayant été banni d'Edo en 1716, il semble probable que l'artiste, dans sa jeunesse, ait pu bénéficier de la proximité des meilleurs peintres de la capitale, Kyoto. Car c'est entre Kyoto et Osaka que Sukenobu a travaillé en tant que peintre et graveur d'estampes, et surtout de livres imprimés. Il aurait pu être une source d'inspiration essentielle pour le jeune peintre, s'il ne fut pas son maître.

Harunobu fut aussi très lié à un écrivain, issu de la classe des samouraïs, Ōta Nanpo (1748-1823) - vivant au « centre » d'Edo - admirateur de poésie chinoise et auteur ou co-auteur de descriptions du Yoshiwara que Harunobu illustra à la fin de sa vie, à côté d'autres réalisations. Cet écrivain est le premier à rendre compte de la mort de l'artiste. Puis cette information est relevée dans le Shuparohikki et dans le registre de la famille Sukenobu. Cet élément semble confirmer la relation entre les deux artistes. Il venait, alors, de publier un livre de shunga, avec un jeu de mots sur son nom qui devenait : « celui qui apprécie le vin » (shusuki nanigashi). On en a déduit que c'est le vin qui aurait causé sa mort prématurée, T1.. Dans les jours qui suivirent sa disparition on publia un livre en cinq volumes, le premier à être imprimé en couleurs pour Harunobu. Il s'agissait de 167 portraits des jeunes beautés de Yoshiwara.

Le milieu artistique et sa carrière thumb|upright=0.7| Rafale fraîche de montagne à Awazu, de la série : Huit vues d'ŌmiCette série de huit vues (hakkei) s'inscrit dans une tradition, celle des plus belles vues autour du lac Biwa, dont l'origine remonte à cet événement : L'ancien régent Konoe Masaie (1443-1505) avait été invité par le gouverneur, Sasaki Takayori, en 1500, à Ōmi. On le conduisit en huit points ayant vue sur le lac Biwa afin de leur donner un nom. Cet événement faisait référence aux célèbres peintures et poèmes sur le thème chinois des Huit vues de Xiaoxiang. La confluence de ces deux rivières produit le plus grand lac de Chine, le lac Dongting, comme le lac Biwa qui est le plus grand du Japon. On raconte que Masai composa huit poèmes à l'occasion. Le poème de l'estampe est composé ainsi : « Les nuages se dispersent, et poussés par un vent régulier, des centaines, des milliers de bateaux s'approchent d'Awazu, portés par les vagues ». Ce sujet avait fait l'objet de nombreuses peintures et estampes : , T1.. Gris, rouge, bleu (viré jaune pâle), 31 x , début des années 1760. La carrière de Harunobu est donc singulièrement réduite à une seule décennie, de 1760 à 1770. Sur cette très courte période, lui sont attribuées environ mille deux cents estampes indépendantes (sur feuilles volantes et aussi « Le crabe plein d'espièglerie », « L'aubergine », « Pruniers dans la nuit sans lune », []), certaines étant des « images de calendrier »., mais aussi environ vingt-six livres illustrés (mis à part les derniers, tous étaient en noir et blanc) ainsi que quelques très rares peintures. Il a réalisé la plupart de ses estampes sur feuilles volantes en seulement l'espace de cinq ans, et dans le même temps il réalisait les illustrations de vingt livres, sur les vingt-six au total. La série des Huit vues d'Ōmi précède de peu les premiers calendriers de 1765.

La société dans laquelle il vivait n'était pas compartimentée de manière étanche, T1.. S'il était issu d'une famille de samouraïs, il a pu néanmoins entrer en contact avec les personnalités les plus diverses. Et ses contacts lui ont servi sur plusieurs plans. Ils ont nourri ses références à une culture savante portée par des amateurs de poésie chinoise, mais pas seulement. À propos des calendriers, ces estampes polychromes qui ont rendu l'artiste célèbre, ils étaient le produit de commandes privées, pour de petits groupes de connaisseurs d'Edo. Au début ceux-ci les échangeaient entre eux. On ne sait pas précisément qui ils étaient, ni quand et pourquoi il a été décidé d'en faire un marché.

Si Harunobu a marqué ses contemporains par la beauté de ses jeunes femmes, il est tout aussi remarquable qu'il ait fait d'innombrables références littéraires dans ses estampes, T1.. C'est ce qui le rapproche de ses prédécesseurs, Sukenobu, Okumura Masanobu, les feuillets séparés de Toyonobu, Torii Kiyohiro... et c'est aussi ce qui les distingue tous de leurs successeurs. Ses très nombreuses références littéraires et les poèmes qu'il inscrits dans ses estampes sont tirés des anthologies impériales, mais il pouvait avoir accès à d'autres sélections. Il fait aussi souvent référence au théâtre nô qu'il connaissait et appréciait. Il cite enfin des poèmes chinois dont on ne retrouve pas la trace et qui auraient pu être composés par ses amis cultivés. Dans le cas de l'histoire de Ōta Dōkan, on a pu retrouver la source littéraire de son inspiration. Elle lui aurait été communiquée par ce cercle d'amis cultivés, qui étaient passionnés de poésie chinoise. Le plus célèbre d'entre eux étant un jeune homme, Ōta Nanpo (1749-1823), originaire d'une famille de samouraïs, qui avait déjà publié à 18 ans une étude sur la poésie chinoise. Ses écrits mentionnent abondamment Harunobu et la pratique du nishiki-e. D'ailleurs Harunobu a illustré l'un des livres de Nanpo (Ameuri Dohei den). Le projet original de l'''Ukiyo-e ruikō (une collection de biographies d'artistes Ukiyo-e) est attribué à ce garçon et celui-ci l'a publié ensuite, en 1844. Il avait vingt et un ans à la mort de Harunobu. C'est lui qui a créé le terme nishiki-e « (images de brocart », ou plus exactement « images semblables à une étoffe aux figures [comme dans le cas d'un brocart] tissées en couleurs ». Bien que Harunobu ait employé le terme nishiki pour une de ses premières gravures, en 1763, et la même année pour un brocard d'or, avec des gravures en noir et blanc. Harunobu avait déjà en tête cette analogie avant que le jeune Ōta Nanpo ne parle de nishiki-e à propos de ce type d'estampes japonaises en couleurs. De plus le caractère nishiki se rencontre dans quelques titres d'albums plus anciens, imprimés en couleurs.

Comme on vient de le voir avec les références littéraires de Harunobu et le milieu cultivé de ses amis, la distance entre le monde de lukiyo-e et les études confucéennes ne sont pas si éloignées qu'on pourrait le penser.

On ne sait, par contre, que fort peu de choses de son amitié artistique avec son collègue Bunchō, de ses relations avec ses propres élèves et aussi avec un poète de haïkaï avec lequel il a travaillé, Gitoku II, qui pourrait être le samouraï Sakei, lui-même. Ses connaissances comprenaient aussi un calligraphe, Fukagawa Shinna, et l'auteur Tukusōshi (Tukusōsai) qui venait d'Osaka et qui a rédigé la préface de 9 livres illustrés de Harunobu.