Le Club français du livre (CFL) est un club de livres français fondé en 1946, actif jusqu'à 1980 environ, réputé pour la qualité artistique de ses productions, et devenu une entreprise éditoriale, active jusqu'en 2005.

Histoire Les débuts

Le Club français du livre est fondé sous forme de Sarl le par un Américain, Stéphane Aubry et un Allemand vivant en France, Paul Stein dit « Jean-Paul Lhopital », dans une chambre de bonne sous les toitsMassin, L’ABC du métier, Imprimerie Nationale Éditions, 1988 du 29 avenue de l'OpéraUne première publicité est parue dans Carrefour de la semaine en France, Paris, 28 novembre 1946, — sur Retronews.. Il est opérationnel dès le début de l'année 1947, quand apparaissent ses premières publications, vendues sur abonnement suivant une formule déjà un peu rodée en Suisse et France avant 1939 mais développée sur un exemple nord-américain que S. Aubry a connu aux États-Unis pendant la guerre, le book club. Le mariage de la reliure industrielle et de la créativité artistique sera fécond mais le marketing, le publipostage et la publicité directe veillent en coulisses. Signalons deux précurseurs francophones : la « Sélection Sequana », fondée à Paris par René Julliard et Louis Mouilleseaux le , et la Guilde du livre créée à Lausanne par Albert Mermoud le Alban Cerisier, « Les clubs de livres dans l’édition française de 1946 a la fin des années 1960 », 1996, publications de l'école nationale des Chartes..

Autour de Jean-Paul Lhopital, le premier directeur littéraire est, dès 1947, Robert Carlier ; son successeur en 1952 est Claude Grégory. Pierre Faucheux est le premier directeur artistique du CFL, responsable des maquettes. Les graphistes Massin, Jacques Darche et Jacques Daniel lui succèdent à ce poste. Le tirage moyen passe de à en quelques années tandis que le fichier des adhérents est multiplié par 30 entre 1948 et 1957 — en fait il s'agit de prospects. Le CFL publie quatre livres par mois, y compris ses propres rééditions.

Le comité de patronage est composé de Henri Calet, Colette, Francis Carco, Jean Cocteau, Maître Maurice Garçon et Daniel Mornet, mais leur participation réelle dut être relativement faible, bien qu'il soit annoncé qu'ils s'étaient réunis en comité de sélection afin de déterminer les premiers titres à publier. Il est difficile d'être précis sur les débuts du Club en l'absence de numérotation chronologique des titres par série et ordre croissant dans les premiers mois mais il semble que le tout premier livre diffusé soit Les Aventures d'Arthur Gordon Pym d'Edgar Poe, achevé d'imprimer le dans la collection « Prométhée ». Le nom de cette série a été semble-t-il abandonné rapidement car identique à celui d'une collection de livres d'art.

Sont de la même période initiale et de cette collection « Prométhée » consacrée à des œuvres classiques : Le Prince de Machiavel : achevé d'imprimer le . Candide, L'Ingénu de Voltaire : achevé d'imprimer le . Chronique du règne de Charles IX de Prosper Mérimée : achevé d'imprimer le .

De dimension plus réduite que les éditions ultérieures (20,80 cm de hauteur seulement), il s'agit initialement de volumes cartonnés avec dos entoilé et plats muetsIl y avait peut-être une jaquette plus explicite.. La conception artistique reste sommaire mais le « C » caractéristique du sigle CLF apparait déjà. Le grand titre et la couverture ont été étudiés par EMK (atelier ou personnage inconnu, peut-être allemand) tandis que le tirage n'est pas justifiéSans doute entre et .. Puis, la réalisation matérielle évolue mais, surtout, l'aspect artistique des volumes s'améliore très vite grâce à l'apport de Faucheux.

Premiers (ou suivant si le est non identifié) titres des collections nées en 1947 ou 1948 : Œuvres poétiques de Louise Labbé : achevé d'imprimer en 1947, commun de la collection Poésie Le Neveu de Rameau de Denis Diderot : achevé d'imprimer le , de la collection Classiques Le Rêve de Fiodor Dostoïevski : achevé d'imprimer le , de la collection Romans Lettres de la Princesse Palatine (Volume I) achevé d'imprimer le , de la collection Mémoires Aphorismes de Georg Lichtenberg : achevé d'imprimer le , de la collection Essai La casa de Bernarda Alba de Federico García Lorca, achevé d'imprimer le , de la collection Théâtre De la Mouche à l'Homme de Jean Rostand : achevé d'imprimer le , de la collection Sciences La Guerre du feu de J.-H. Rosny aîné : achevé d'imprimer le , de la collection Aventures et Voyages Trois hommes dans un bateau de Jerome K. Jerome, achevé d'imprimer le , de la collection Humour

De nombreux titres de 1947-1948 sont imprimés sur des papiers de grande qualité (tirage annoncé : -adhérentSans doute moins pour les premiers titres.). Les maquettistes de 1947 sont EMK, Pierre Faucheux, Jacques Brailes et Alexandre Chem.

Un peu plus tard, le CFL lance des œuvres complètes : William Shakespeare, Honoré de Balzac, Charles Baudelaire, Marivaux, etc. Ont suivi des œuvres rarement éditées en français, une édition intégrale des aventures de Robinson Crusoé de Daniel Defoe, une reprise de l'édition des Fermiers généraux des Contes de Jean de La Fontaine, Défense et illustration de la langue française de Rivarol, etc. Il y aura même un Club français du disque (de à ) où Frank Ténot dirige le département jazz tandis que sort une revue de voyages mensuelle intitulée Marco PoloEn couleurs et de format 21 × 15,5 cm..

Le Club s'installe au 8 rue de la Paix à Paris et il sera une des premières entreprises françaises à informatiser son fichier d'adhérents. Les adhérents du « Club » forment alors une véritable communauté, soudée par la revue, des conférences en province et à Paris. Cette néo-bourgeoisie libérale ou progressiste mêle tradition littéraire et tentations de la consommation élitiste mais garde des ambitions intellectuelles. Pour elle, le CFL lance Diagrammes, revue scientifique.

Les grandes années : 1948-1962 De 1950 à 1962 (environ), la créativité artistique du Club est à son plus haut niveau et les livres qu'il édite sont à chaque fois un objet unique dont la maquette, souvent insolite, est réalisée par un graphiste réputé. Le Club choisit des imprimeurs connus et principalement le relieur Engel à Malakoff, une entreprise au savoir-faire centenaire dont la technicité des ouvriers relieurs permet des réalisations complexes et soignées.

Les couvertures, les déroulements, les pages de titre, les gardes, les choix typographiques ou la composition sont inventifs et Faucheux s'inspire de Dada et du Surréalisme. De plus les dirigeants du Club ne faisant pas toujours primer l'aspect financier sur les choix artistiques quelques coûteuses fantaisies sont ainsi diffusées comme : Les Manifestes du surréalisme d'André Breton est vendu avec une loupe incorporée de façon à lire certaines pages imprimées en très petits caractères. Le Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde comporte une série de photos de l'auteur découpées par estampage.

C'est au Club que naît pour une grande part le « maquettisme » moderne et qui fera école si bien que le style artistique propre au CFL est encore reconnaissable 60 ans après. À l'exception des intégrales et de la collection Les Portiques, très classiques dans leur conception, chaque titre se distingue des autres par la maquette et l'adéquation au texte.

À côté des noms de Faucheux, Massin, Daniel, Darche apparaissent sporadiquement comme maquettistes : Roger Adam, Claude Bouin, Bernard Kagane, André Noël. Au début des années 1960 arrive Étienne Delessert. Le CFL ou plutôt ses maquettistes se tiennent souvent à l'écart de l'Alliance graphique internationale, sans doute trop commerciale.

Proche des surréalistes et s'appuyant sur des amitiés progressistes mais aussi le marketing, le Club connaît dès sa création le succès tant par le nombre des adhésions que par la qualité des livres numérotés qu'il édite, privilégiant les textes classiques mais n'hésitant pas à publier de jeunes auteurs : le Club ne se contente plus de classiques mais passe à l'édition de livres d'auteurs comme Marguerite Duras ou Marguerite Yourcenar. Il publie même quelques auteurs originaux comme Michel Butor. La sortie dAu-dessous du Volcan de Malcolm Lowry en 1950 est particulièrement mal acceptée par les éditeurs installés.

Sa revue Liens, servie aux seuls adhérents, en vient à jouer un rôle littéraire. Le succès de l'entreprise entraîne des rivalités : le Club des libraires de France voit le jour peu après ainsi que le Club du meilleur livreAlban Cerisier, Jean-Étienne Huret. Le Club du meilleur livre (1952-1963), Librairie J.-E. Huret, 2007.. Avec ses collections générales ou spécialisées et sa revue Liens, le CFL inquiète le monde traditionnel du livre d'alors qui lui manifeste une vive hostilité, tant les éditeurs en place que les libraires en boutique..

Le succès commercial est rapide et le CFL n'hésite pas à créer un prix littéraire. Le Grand prix international du Club français du livre est ainsi décerné en 1949 à un futur prix Nobel, Elias Canetti pour son unique roman, Die Blendung, traduit en français La Tour de Babel. Une telle attitude pour une aussi jeune maison mais aussi des dépenses qualifiées de somptuaires irritent les éditeurs parisiens.

L'installation du CFL au 6 rue de Lisbonne dans le de Paris et surtout au 8 rue de la Paix montre bien la recherche de prestige et aussi la volonté de ne pas être confondu avec les éditeurs traditionnels installés de l'autre côté de la Seine. C'est l'époque où Robert Carlier envisage de concurrencer la Bibliothèque de la Pléiade de Gallimard en créant une collection rivale. Le CFL obtient ainsi les droits de traduction de Jacques Schiffrin, fondateur de la Pleiade mais la direction recule.

De 1955 à 1957 paraissent les cinq grands volumes reliés de toile grise de « Formes de l'Art », dont le directeur est André Breton qui en rédige lui-même le , L'Art magique. Cette publication fait date par l'abondance des photographies couleurs et les choix iconographiques. Elle est suivie de quelques livres d'art plus classiques de format plus réduit mais de présentation graphique analogue. L'accent mis sur les Intégrales permet un apaisement des relations avec le monde de l'édition traditionnelle. Le Club s'entoure de filiales spécialisées comme Les Editions du Cap ou Marco Polo (revue du CFL).

Le Club édite aussi à tirage très limité, à quelques occasions, des ouvragesLe site abraxas-libris permet, dans une vitrine dédiée, de voir certaines éditions typiques des bonnes années du CFL. de grande bibliophilie, des tirages graphiques en portefeuille ou des séries particulières avec emboîtages décorés.

Le déclin du club Vers 1960, la créativité artistique se ralentit légèrement et l'apparence de certains des livres édités par le CFL tend à se normaliser notamment par l'emploi de caractères typographiques uniformes pour tous les dos de couverture. Néanmoins pour l'ensemble de la période la jaquette Rhodoïd et l'étiquette de collationnure restent systématiques et les maquettes inventives demeurent nombreuses.

Certaines rééditions entraînent une refonte totale ; ainsi Le Brave Soldat Chveik de Jaroslav Hašek republié en 1963 (?) avec une maquette de Jacques Daniel (couverture blanche et jaune) n'a rien à voir avec celle de 1948 dont la maquette est de Pierre Faucheux (couverture bleue et grise) — de même les Instructions aux domestiques de Jonathan Swift.

L'échec de quelques opérations commerciales au début des années 1960 et le coût non maîtrisé de certains projets, notamment celui de l'intégrale de Blaise Cendrars qui sort en 1968-1971, vont entraîner une crise financière qui culmine en 1967-1968 et qui expliquerait la mutation du CFL.