L’« économie de l'offre » ou « politique de l'offre », est un ensemble de politiques économiques d'orientation libérale, qui soutient que des politiques de soutien à l'offre (c'est-à-dire aux entreprises) permettent de stimuler la croissance économique.

Ses tenants considèrent souvent que la faiblesse de la croissance réside dans les freins ou obstacles que rencontrent les acteurs économiques : prélèvements excessifs (cotisations sociales et impôts), salaires insuffisamment soumis à la concurrence du marché, régulation excessive des marchés, etc. Pour les partisans de cette école, les producteurs sont étranglés par des surcoûts qui empêchent l'initiative privée de produire ses effets dynamiques, tandis que les travailleurs sont démotivés au travail du fait de l'existence de prélèvements fiscaux réputés confiscatoires.

Concept Selon les partisans de « l'économie de l'offre », l'objectif de croissance ne peut être atteint qu'en levant le plus possible les freins fiscaux et réglementaires qui entravent leur développement. Il s'agit donc de lever les freins à l'initiative privée en diminuant les prélèvements obligatoires pesant sur l'activité des entreprises (impôt sur les sociétés, taxe professionnelle, etc.) ; sur les revenus des travailleurs (comme les cotisations sociales). Inversement, des subventions peuvent et doivent le cas échéant être accordées aux entreprises dans certains secteurs économiques, si les objectifs attendus le justifient.

Le courant de l'économie de l'offre se rattache à la pensée libérale. Il combat activement les écoles de pensée majeures à savoir : l'économie de la demande (le keynésianisme), qui voit la dynamique économique dans le principe de demande effective. Au point de stimuler celle-ci ou d'y suppléer le cas échéant par la dépense publique ; l'école monétariste, qui voit la dynamique économique à travers le prisme de la théorie quantitative de la monnaie. Au point de privilégier la gestion de la masse monétaire.

Cette école de pensée voit le jour dans les années 1970, alors que les politiques sont hésitants (la politique de la demande keynésienne ne semble plus être efficace dans les pays développés) et ne savent quelle ligne de conduite adopter pour faire face aux chocs pétroliers et pour remédier à la situation de stagflation (situation de stagnation combinée avec une poussée de l'inflation).

Cette école de pensée a contribué à développer et à alimenter un vaste mouvement politique néo-libéral (inspiré par une philosophie conservatrice mise en œuvre dès les années 1980 aux États-Unis et au Royaume-Uni) dans lequel on trouve aussi des mouvements comme les libertariens (parfois appelés « anarcho-capitalistes »).

Historique

La réflexion économique avait déjà pointé l'importance de l'offre dans le jeu économique : Ricardo. et Jean-Baptiste Say avaient largement exploré ce thème. Ainsi la Loi de Say (dite aussi « Loi des débouchés ») pose le principe selon lequel « l’offre crée sa propre demande ». Dit autrement, « c’est la production qui ouvre des débouchés aux produits »Jean-Baptiste Say, Traité d'économie politique, Livre I, chap. 15, édition 1841, page 138..

Cependant, ce que l'on appelle « l'économie de l'offre » désigne un mouvement de pensée tout à fait contemporain, né dans un contexte particulier : Le terme « Économie de l'offre » fut forgé par le journaliste américain en 1975. Alors que Ronald Reagan était gouverneur de Californie, des groupes de pression réussissent à faire voter en 1978 par cet État une réduction de taxes. L'année suivante Arthur Laffer et Jan P. Seymour publient The Economics of the tax revolt, New York, Harcourt Brace Jovanovich, 1979.. thumb|La courbe de Laffer.

Alors que le mouvement d'opinion se diffuse progressivement sur l'ensemble des États-Unis, cette école de pensée se formalise et se structure pour dénoncer les effets négatifs d'un prélèvement fiscal « excessif ». Une forte imposition décourage les opérateurs économiques en abaissant l'attractivité du travail vis-à-vis du loisir. Pourquoi travailler davantage si, du fait de l'imposition, l'utilité marginale du travail décroît ?

Selon Arthur Laffer (voir courbe de Laffer), un niveau d'imposition trop élevé risque à terme de diminuer les recettes totales de l'État. À la suite d'une hausse de l'impôt, les recettes fiscales augmentent à court terme. Mais dans le même temps, les opérateurs se démotivent. Puis, l'activité se réduit, et les recettes fiscales diminuent. Il convient donc de diminuer le taux marginal d'imposition, pour favoriser l'activité, et par suite constater la hausse des recettes fiscales.

Les libertariens (dont David Friedman, le fils de Milton Friedman, qui reproche à son père et à Hayek de « n'être pas assez radicaux dans leur anti-Étatisme »The machinery of Freedom : Guide to a radical capitalism, New Rochelle, New York, Arlington House, 1973.) vont encore plus loin : .

Application dans quelques pays

Aux États-Unis, elle est souvent associée aux changements de la politique économique américaine sous la présidence de Ronald Reagan au point qu'on la désigne souvent par le terme « reaganomics »La Pensée économique depuis Keynes, par et , Le Seuil, coll. « Points Économie », 1996.. Selon les tenants de cette conception, la manière la plus efficace d’obtenir une croissance économique élevée sur le moyen et le long terme est d’aider les entreprises à produire davantage de biens et services, de les inciter à entrer sur de nouveaux marchés.

On appelle « thatchérisme » la politique économique libérale de Margaret Thatcher, première ministre du Royaume-Uni de 1979 à 1990. Le thatchérisme est avec le « reaganisme », son pendant américain à la même époque, l'un des deux principaux avatars de la « révolution conservatrice dont les États qui y sont soumis réduisent leurs dépenses, privatisent les entreprises publiques, déréglementent de larges pans de l’économie national. et le marché du travail. Dans le même temps ces gouvernements allégent la fiscalité directe pour les ménages et les entreprises.

D'après Laurent de Boissieu, le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) est le premier parti social-démocrate, , après avoir ..

Entre 2003 et 2005, sous le mandat du chancelier Gerhard Schröder, le gouvernement allemand a cherché à résoudre les problèmes de croissance, de perte de compétitivité et d’emplois, en mettant en place un ensemble de mesures regroupées sous le nom « d’agenda 2010 ». Celles-ci se concentrent sur trois axes, elles visent principalement à réformer, le marché du travail, le système de protection sociale et le système fiscal. Elles mettent en place des réductions d'impôts, notamment pour les plus riches, et coupe dans le budget de la sécurité sociale. Il réduit également les pensions de retraite, ainsi que les assurances chômage. Les réformes qui ont été menées ont modifié la réglementation du travail et ce sont ces réformes que l’on nomme dans leurs globalités les lois Hartz. Les salaires sont comprimés par l'agenda et continuent de baisser tandis que la productivité allemande et ses exportations augmentent..

En France, en marge de l'université d'été du PS de 2007, Les Gracques organisent une réunion, rassemblant les représentants de think tanks réformistes européens, à qui le mouvement a demandé de rédiger une plate-forme économique commune, sous la houlette d'Emmanuel Macron, alors inspecteur des financesMarie-France Etchegoin, « Conseils d'amis », Vanity Fair , juillet 2015, pages 112-117 et 149-153.. Le , Laurent Fabius alors dans l'opposition, a tenu un discours insistant sur l'orthodoxie budgétaire marquant une inflexion de politique économique préconisée par la gauche. . Didier Migaud, président socialiste de la commission des finances, préconise de , esquissant ce que pourrait être une politique de l'offre .. La politique de l’offre rappelle Anne-Laure Delatte, chercheuse en économie au CNRS. Elle est annoncée par François Hollande en et est sujette à arbitrage en 2025 pour le gouvernement de François Bayrou au cours de la deuxième présidence de Emmanuel Macron qui en reste partisan.. Les mesures prises par le gouvernement français relevant de la politique de l'offre sur la période 2012-2025 n'ont pas eu l'impact espéré sur l'économie française. Ses mesures sont une des causes de l'augmentation de la dette publique

Controverses

Dans le débat théorique économique, l'économie de l'offre a justifié la réduction des dépenses publiques mise en œuvre aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans l'Union Européenne et préconisée par les néolibéraux dès les années 1980..

Selon Joseph Stiglitz, économiste nouveau-keynésien, l'économie de l'offre est complètement discréditée et ce n'est même plus un sujet de débat chez les économistes de ce début de .. Selon lui, abaisser les impôts ou les charges des entreprises ne contribue pas à relancer l'économie.

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Offre et demande Politique de la demande Politiques économiques Politiques de l'emploi Déréglementation Dérégulation Dévaluation interne Social-libéralisme

* Catégorie:Théorie économique Catégorie:Macroéconomie