L’église Saint-Julien-le-Pauvre est une église médiévale située rive gauche de la Seine à Paris dans le Quartier latin, rue Saint-Julien-le-Pauvre dans le square René-Viviani. Depuis la fin du , elle est confiée à l'Église grecque-melkite-catholique et est donc affectée au rite byzantin.

Histoire

Son nom fait référence à saint Julien l'Hospitalier., car un hospice accueillant les pèlerins et pauvres voyageurs était associé à l'église au Moyen Âge. Il n'est toutefois pas de certitude quant à savoir quel saint fut le premier patron de l'église, car c'est l'une des plus anciennes de Paris, et ses origines remontent au moins au début du . Saint Julien du Mans et saint Julien de Brioude sont également considérés comme patrons de l'église.

La basilique primitive est détruite par les Vikings en 886. Une seconde église est construite, elle est donnée au prieuré clunisien de Longpont-sur-Orge vers 1125. Les moines de Longpont réparent l'église, établissent un prieuré et font construire une église neuve à partir de 1160 qui correspond à l'église actuelle.

Malgré ses dimensions modestes, son chœur est une œuvre de qualité, dont la sculpture est inspirée de la cathédrale Notre-Dame, et exécutée sans doute par les mêmes artistes. Le prieuré est longtemps prospère, et l'église accueille des cours de l'Université de Paris ainsi que les élections et assemblées générales jusqu'en 1525, puis de nouveau jusqu'au début du . À cette époque, le prieuré tombe en décadence et l'église se délabre. Malgré une tentative de redressement et la construction d'une nouvelle façade en 1651, le prieuré de Longpont se résout de céder église et prieuré à l'Hôtel-Dieu de Paris, deux ans plus tard. Le prieuré cesse d'exister, et l'église devient une chapelle de l'Hôtel-Dieu. La Révolution française apporte sa transformation en entrepôt, situation qui perdure jusqu'en 1826. Puis Saint-Julien-le-Pauvre devient à nouveau une chapelle de l'hôpital, avec une vie spirituelle bien limitée, avant de fermer en 1873. Entre-temps, en 1846, elle est classée aux monuments historiques.

Les démarches du père Alexis Kateb pour une paroisse grecque-melkite-catholique à Paris aboutissent en 1889 avec la mise à disposition de cette église. Dès lors, les catholiques d'Orient ont leur propre lieu de culte dans la capitale. L'église demeure le centre de vie de la paroisse grecque-melkite-catholique de Paris.

Les origines et le vocable thumb|left|210px|Bas-relief représentant la légende de saint Julien, 42 rue Galande.

Sa construction est lancée en même temps que le chantier de Notre-Dame, mais c’est Saint-Julien qui est achevée en premier. Parmi les églises actuellement affectées au culte dans la capitale, c’est Saint-Germain-des-Prés qui est la plus ancienne : son clocher et sa nef datent d’autour de l’an mil. L’église Saint-Pierre de Montmartre est consacrée en 1147, et vient au deuxième rang. Le chœur de Saint-Martin-des-Champs date de la même période, mais cette église est désaffectée depuis la Révolution française. Saint-Julien-le-Pauvre vient donc au troisième rang.

Vu l’ancienneté de la fondation, ses circonstances ne sont plus connues et l’on ignore sous la dédicace de quel saint l’église est initialement placée. Apparemment, un hospice pour les pèlerins et pauvres voyageurs est associé très tôt à l’église : Grégoire de Tours (539-594) le mentionne déjà, et y a passé la nuit. Cet indice ainsi que le motif d’un bas-relief de l’ancien portail, transféré ultérieurement sur la maison 42, rue GalandeCf. également Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, tome 1, Paris 1997, ., parlent en faveur de saint Julien l'Hospitalier. Le bas-relief le représente dans une barque, accompagné de sa femme et d’un pauvre voyageur, à qui il fait traverser le fleuve, l’hospice étant représenté en arrière-plan. Julien l’Hospitalier avait fondé un hospice près d’un fleuve, et l’on trouve la même situation à Paris, ce qui explique le choix de Julien l’Hospitalier comme patron. Néanmoins, l’église possédait aussi les reliques de saint Julien de Brioude, martyrisé en 304; elles furent conservées à gauche du maître-autel. Pour des raisons aujourd’hui oubliées, saint Julien du Mans, dit également saint Julien le Confesseur ou le Pauvre, a également été évoqué comme patron de l’église, et il est mentionné conjointement avec Julien de Brioude dans un acte de donation d’Étienne de Vitry. Ainsi, l’on commença, pour ne faire tort à aucun des trois saints, de considérer l’église comme étant placée sous leur triple vocable. L’appellation de Saint-Julien-le-Pauvre ne se réfère en l'occurrence à aucun parmi eux en particulier : au Moyen Âge, l’on parlait de l’église Saint-Julien-le-Vieil; puis, avec la fondation de l'église Saint-Julien-des-Ménétriers (détruite à la Révolution), on choisit le qualificatif le Pauvre pour faire allusion à l’hospice, destiné à l’accueil des pauvres, et pauvre lui-même..

Le Moyen Âge thumb|Vue nocturne ; au fond, Notre-Dame.

En 886, les Normands saccagent l’église au cours de leur siège de Paris (885-887). Ses biens sont dès lors usurpés par des seigneurs laïcs.

Une charte du roi Henri en ordonne en 1045 la restitution en ruine à l’évêque de Paris via son chapître de Notre-Dame, mais pose la condition qu’un clerc nommé Giraud aura la jouissance des revenus. Habituellement, les bénéfices d’une cure ne peuvent pas être cédés à des particuliers, mais seulement à des établissements religieux : peut-être est-ce l’indice de l’assimilation de l’église Saint-Julien-le-Pauvre à un prieuré, dont l’existence peut être également déduit du fait de l’existence de l’hospice, qui a besoin de moines ou religieuses pour fonctionner. En tout cas, l’église tombe en commende, et au début , son bénéfice est partagé par le chevalier Étienne de Vitry et Hugues de Monteler. Le premier rentre de Croisade, et en exécution d’un vœu fait après la guérison d’une longue maladie, lui et sa femme donnent leur part de l’église au prieuré clunisien de Longpont-sur-Orge. En 1125, l'évêque Étienne de Senlis confirme cette donation. Presque en même temps, Hugues de Monteler se joint à cette démarche, et donne lui aussi sa part au prieuré de Longpont. Les moines de Longpont font réparer l’église, et y établissent un prieuré.

Vers 1160, les religieux de Longpont lancent la construction de l’église actuelle, qui est achevée vers 1170. À cette époque, la rue du Fouarre, qui passe près du chevet de l’église, est l’un des principaux lieux d’enseignement de l’Université de Paris. Les cours se tiennent en pleine rue, et les étudiants s’assoient sur de la paille, d’où le nom de la rue. L’on sait que Dante logeait rue du Fouarre en 1309, et allait souvent prier dans l’église Saint-Julien, de même que Pétrarque, à une époque où l'édifice religieux accueillait les assemblées générales de l'université de Paris, au cours desquels étaient élus ses dirigeants. L'église est située sur une des routes du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Le prieuré héberge alors un grand nombre de moines, jusqu’à cinquante. Le recteur de l’Université s’adresse au prieuré pour obtenir l’autorisation de tenir une partie des cours dans l’église, car elle manque de locaux. Certes il y a un grand nombre de collèges dans le quartier, mais ce sont des maisons d’hôtes hébergeant les étudiants. Ainsi, les classes d’Humanité et de Philosophie sont transférés dans l’église Saint-Julien-le-Pauvre. Elle devient également le siège des assemblées générales de l’Université. Tous les trois mois, les délégués qui doivent nommer le recteur y sont élus. C'est aussi dans son enceinte que chaque année le recteur et les autres chanoines de chacune des quatre facultés des quatre nations tiennent leur chapitre. L'évènement donne lieu à des cérémonies grandioses où l'hermine le dispute à la pourpre. En vertu d’une ordonnance de Philippe le Bel, le prévôt de Paris y prête serment, tous les deux ans, de faire respecter, et d’observer lui-même, les privilèges des maîtres et élèves...

L'époque moderne jusqu'à la Révolution française thumb|L'église Saint-Julien-le-Pauvre sur le plan de Truschet et Hoyau (1550). thumb|upright|Vue de la façade de 1651 depuis la rue Saint-Julien-le-Pauvre. thumb|upright|Plan de situation vers 1770.

En 1524, l’une des élections donne lieu à une émeute et l’église est vandalisée. Les portes sont enfoncées, et les fenêtres volent en éclats. Par un arrêté du , le Parlement de Paris ordonne que les assemblées doivent se réunir ailleurs, mais l’effet de cet arrêté n’est que temporaire. En vertu de la tradition, l’on apprend que le , la faculté des Arts tient son assemblée à l’église Saint-Julien-le-Pauvre, . Par ailleurs, l’église est également le siège des corporations des couvreurs, des fondeurs et des marchands. Il y existe également une confrérie Notre-Dame des Vertus.

En 1562, sous la première guerre de religion, les troupes de Louis de Bourbon-Condé saccagèrent le sud du diocèse de Paris, profanent les églises et brisent les statues. Les moines de Longpont obtiennent l'autorisation de s'installer à Paris, dans leur prieuré Saint-Julien-le-Pauvre. À cette occasion, ils entreprennent sa restauration. Mais après leur retour vers Longpont, la prospérité du prieuré parisien prend fin : le centre de l’Université se déplace vers la montagne Sainte-Geneviève, et les immeubles appartenant au prieuré ne peuvent plus être si facilement loués. Plusieurs deviennent vacants et tombent en ruines. Le prieuré est ainsi privé d’une partie de ses ressources.

Vers 1612, un prieur nommé E. Thiboust de Berry est installé, alors qu’il n’est encore qu’un enfant. Son inexpérience, puis sa mauvaise gestion, précipitent la ruine du prieuré. Pour cette raison, Thiboust est destitué vers 1630, et remplacé par Pierre Méliand. Celui-ci s’adresse au procureur du Roi pour que son prédécesseur rembourse la moitié des revenus qu’il a touchés, afin que la somme serve à réparer l’église. En 1635, la cour des requêtes prononce une sentence à son encontre, et le condamne à rembourser la somme de . Il semble que Thiboust ne verse qu’une partie de la somme. L’église commence à tomber en ruines : le portail et le toit de la nef ont chuté, et le lambris qui recouvre intérieurement la nef et les bas-côtés commencent également à tomber. Des experts établissent leurs rapports, et il est décidé de raccourcir l’église de deux travées, et d’employer les matériaux récupérés pour bâtir une sacristie et faire une nouvelle façade. Ces travaux sont effectués par le maître-maçon Berrnad Roche en 1651, et coûtent la somme de livres tournois. Il s’est formé par la suite la légende que la perte de l’ancienne façade serait imputable à un incendie, mais aucun document ne le confirme..

En ce milieu du , l'Hôtel-Dieu, jusque-là cantonné sur l'île de la Cité, cherche à s'agrandir et vise la rive gauche de la Seine. Dans ce but, il achète toutes les maisons comprises entre la rivière et la rue de la Bûcherie, qui à l'époque n'est pas encore coupée en deux sections par le square René-Viviani - Montebello. Au sud de la rue, commençait l'enceinte de Saint-Julien, qui était un îlot de trente-huit maisons appartenant au prieuré, sur l'emplacement de l'actuel jardin public et au-delà, jusqu'à la rue Galande. L'église était en effet complètement enclavée dans ces maisons, et accessible uniquement par deux étroits passages, l'une depuis la rue Garlande, au sud, et l'autre, depuis la rue Saint-Julien-le-Pauvre, dont le parcours n'a pas évolué depuis.