Carabane, également appelé Karabane, est à la fois une île et un village situés à l'extrême sud-ouest du Sénégal, dans l'embouchure du fleuve Casamance. Site paradisiaque, doté d'un climat agréable et d'une luxuriante végétation, c'est aussi du point de vue historique le premier comptoir colonial français en Casamance. Dans un environnement maritime et fluvial propice à l'exploitation halieutique, l'île vit pourtant au rythme du calendrier rizicole, car les Diolas, majoritaires à Karabane, sont avant tout des terriens : on a pu parler de véritable « civilisation du riz » en Basse-Casamance. En complément , ils pratiquent aussi la pêche artisanale et la collecte de crustacés, mais les pêcheurs professionnels viennent surtout d'autres régions.
Associant d'indéniables atouts naturels et culturels, l'île aurait pu devenir une sorte de « Gorée de la Casamance », mais de multiples difficultés ont jusqu'ici freiné cette ambition. Karabane n'a pas rallié le réseau prometteur des campements villageois aménagés dans la région au cours des années 1970. Les troubles politiques qui ont meurtri la Casamance au cours des décennies suivantes ont porté un coup sévère à un tourisme en plein développement. Enfin, en 2002, le naufrage du Joola, qui assurait la liaison Dakar-Ziguinchor en faisant escale à Karabane, a scellé l'enclavement de l'île pour plusieurs années. Jusqu'en 2014, dans l'attente de nouvelles infrastructures, travailleurs, étudiants et touristes ne peuvent plus compter que sur les pirogues pour quitter ou rejoindre le village. Depuis 2014, la liaison est rétablie depuis Dakar et Zinguinchor ; trois bateaux y accèdent régulièrement.
Toponymie L'étymologie de Karabane reste à élucider. Elle pourrait être rattachée au mot wolof, karabané, signifiant « qui parle beaucoup », ou peut-être au portugais (casa : maison ; kaban : finir). Dans cette hypothèse le toponyme désignerait le lieu « où les maisons sont finies », une possible allusion au fait que ce village fut la première capitale française en Basse-Casamance Louis-Vincent Thomas, « Onomatologie et toponymie en pays diola », Notes Africaines, 71, juillet 1956, p. 79. Selon d'autres sources ., il viendrait de karam akam, qui signifie « de l'autre côté de la rivière ». Ces incertitudes permettent aussi de comprendre l'instabilité dans la graphie : Karabane avec un K initial se réclamant plutôt du diola ou du wolof, et Carabane avec un C plaidant pour une origine latine, probablement portugaise, ou une francisation délibéréeOn trouve aussi, quoique plus rarement, les graphies « Karaban » (sources anglophones ou allemandes notamment) ou « Karabanne » (particulièrement dans les sources espagnoles ou portugaises qui semblent prendre des distances à l'égard d'une éventuelle latinité).. thumb|center|Sable fin et cocotiers : une plage de l'île de Karabane|709x709px
Géographie Situation thumb|Localisation de l'île de Karabane D'une superficie totale de , Karabane est la principale et dernière île dans l'embouchure du fleuve Casamance, en rive gauche, face à la pointe de Diogué. Elle est située par de latitude Nord et par de longitude Ouest et se trouve – via Elinkine – à près de de Ziguinchor, le chef-lieu de la région du même nom, et à un peu plus de de Dakar ., la capitale du pays. thumb|left|Arrivée à Karabane en provenance d'Elinkine « Il faut s'armer de patience pour rejoindre l'île de Karabane » ., dit-on encore aujourd'hui. C'était encore plus vrai au lorsque, selon un témoignage, un voyage en bateau de 26 heures de Rufisque (près de Dakar) à Karabane était jugé assez rapide, en raison d'un vent favorable. Comme on le verra plus loin, dans la section consacrée aux transports, des itinéraires plus variés et plus rapides permettent désormais d'atteindre la Basse-Casamance par la route, par la mer ou par les airs, mais, faute de liaison maritime directe pour le moment, il ne s'agit que de la première étape du périple.
En effet, même si, à vol d'oiseau, plusieurs localités semblent très proches ., on n'accède à Karabane qu'en pirogue à moteur, principalement depuis le village d'Elinkine Sénégal et Gambie, Hachette, 2004, p. 201 ; 204 qui nécessitait autrefois une heure et demie de canot. D'autres possibilités existent, telles que le trajet Ziguinchor-Karabane directement en pirogue en deux ou trois heures ou l'acheminement par la piste depuis Cap Skirring via Kachouane, mais, comme on peut le constater sur une carte détaillée de la région ., un lacis de bras d'eau ne facilite pas les déplacements. Le débarcadère se trouvant sur une petite péninsule au nord-est de l'île, il faut en outre contourner celle-ci.
Géologie et érosion thumb|Bancs de sable et bolongs De formation géologique récente, Karabane est constituée d'un banc de sable et d'alluvions. Comme l'ont souligné les premiers observateurs français, les sols de la région sont généralement composés de sable fin et d'argile, selon différentes combinaisons et superpositions, en fonction des facteurs naturels et de l'action humaine. À Karabane en revanche « le sable paraît exister presque seul » Emmanuel Bertrand-Bocandé, « Notes sur la Guinée portugaise ou Sénégambie méridionale », Bulletin de la Société de géographie, mai-juin 1849, série 3, tome 11, p. 298. La pénurie d'argile explique que les cases sont plus souvent faites de paille sur une armature en bois, plutôt qu'en banco comme à Mlomp ou Séléki par exemple. thumb|left|Pénurie d'argile : habitation de paille sur armature en bois Sur un espace plat et marécageux, les branches et les racines des palétuviers forment une digue naturelle où s'accumulent des dépôts de coquilles d'huîtres qui se mêlent à la vase et aux détritus végétaux Emmanuel Bertrand-Bocandé, loc.cit., p. 299. Cet enchevêtrement contribue à retenir les sols et gagnerait sans doute du terrain si la puissance des courants n'exerçait des effets contraires.
L'élévation ne dépassant guère , le sud de l'île est partiellement inondé pendant la saison des pluies et une submersion totale n'est pas à exclure certaines années. À marée basse les vasières se découvrent, c'est pourquoi les embarcations à quille peuvent difficilement accoster. Pour y faire escale, Le Joola devait donc mouiller à environ au nord du village, par 8 à d’eau ..
Dès 1849 des signes d'érosion sont notés lorsqu'on constate que la maison du Résident , victime d'incendies à deux reprises, doit être reconstruite plus en retrait à chaque fois, alors que l'emplacement d'origine est désormais inondé, même à marée basse Emmanuel Bertrand-Bocandé, loc. cit., p. 302. Les phénomènes d'érosion côtière et de salinisation qui touchent l'ouest du Sénégal sont une source de préoccupations ici également ..
Grâce aux puits, l'eau douce reste pour le moment disponible à une profondeur raisonnable pour l'arrosage ou les besoins domestiques, mais jusqu'à l'installation d'une pompe en 2006, l'eau potable devait être acheminée en pirogue depuis Elinkine ..
Une étude des phénomènes d'érosion est entreprise avec l'Université de Ziguinchor. Trois thèmes ont été identifiés : l'érosion par les vagues (côte Nord-Est), l'érosion par prélèvement du sable en raison du courant latéral (côte nord) la montée des eaux salées dans les bolongs. Ces phénomènes appellent des solutions différentes (digues, épis, barrages) mais dans tous les cas la plantation ou reboisement de palétuviers s'impose en de nombreux endroits et l'évolution de l'habitat (recours aux pilotis de faible hauteur en remplacement des dalles de béton) doit être entrepris.
Climat En Basse-Casamance le climat est de type tropical. Il se caractérise par une saison sèche et une saison humide, aussi appelée hivernage, qui commence habituellement en juin et se termine en octobre. En raison de la proximité de l'océan, le degré hygrométrique de l'air reste toujours supérieur à 40 % et contribue à la luxuriance de la végétation. Grâce aux alizés maritimes, issus de l'anticyclone des Açores, l'île bénéficie d'un climat agréable toute l'année .. De direction nord à nord-est, ces vents sont frais, toujours humides, et leur amplitude thermique diurne est faible Pascal Sagna, « Caractéristiques climatiques », Atlas du Sénégal, Éditions Jaguar, Paris, 2007, p. 66-67. Leur présence est appréciée par les amateurs de kitesurf. Les activités agricoles, et notamment la riziculture, dépendent entièrement de la pluviosité. Wah uŋejutumu, emitai elaatut (« Si un projet ne se réalise pas, c'est que la pluie ne sera pas tombée »), dit un proverbe floup. L'invocation des fétiches lorsqu'il ne pleut pas fait partie des rites animistes traditionnels. De fait, au cours des dernières décennies, on a pu observer une baisse générale de la pluviométrie, qui menace la productivité dans les rizières, accroît la salinité des sols qui ne sont plus suffisamment lessivés et concourt à la dégradation de la mangrove. En mai et juin la température de l'air est de l'ordre de . En janvier et février elle avoisine . Des températures inférieures à sont tout à fait exceptionnelles. Au mois de septembre, la température de l'eau de mer constatée en surface est de .
Flore Autrefois, certains jugeaient l'île aride, dotée d'une maigre végétation, « où les cocotiers seuls sont susceptibles d'une belle venue » et « où l'on a grand'peine à faire venir quelques légumes » Alfred Marche, Trois voyages dans l'Afrique occidentale, Paris, 1879, p. 54. Sous ce climat de type tropical, la végétation est pourtant plus abondante que dans le nord du pays, surtout pendant l'hivernage, c'est-à-dire la saison des pluies. Soucieux d'attirer l'attention de l'administration coloniale qu'il juge insuffisamment impliquée dans le développement de la Casamance, le traitant Emmanuel Bertrand-Bocandé lui avait remis un rapport argumenté, Carabane et Sedhiou. Des ressources que présentent dans leur état actuel les comptoirs français établis sur les bords de la Casamance, dans lequel il recensait de manière très détaillée les espèces végétales présentes alors sur l'île Emmanuel Bertrand-Bocandé, loc. cit., p. 398-422 . thumb|Omniprésence de la mangrove à palétuviers La plus grande partie de Karabane est couverte de mangroves à palétuviers formant un inextricable maquis que l'on ne peut franchir en dehors de passages aménagés. Les palétuviers font partie des quelques espèces capables de s'adapter à ce milieu contraignant, caractérisé par une salinité élevée, une faible oxygénation des sols due à la vase, un sol instable ou l'immersion des racines. La dégradation de la mangrove et la transformation des sols en tannes, constatée de longue date dans la région Claude Marius, Effets de la sécheresse sur l’évolution des sols de mangroves - Casamance - Gambie, ORSTOM, 1976, 79 p., publié dans le Bulletin de l'IFAN, tome 41, série B, 1979, p. 669-691, touche également Karabane. Ce phénomène s'explique par des causes tant naturelles qu'anthropiques, telles que l'exploitation anarchique du bois ou des crustacés. Des actions sont menées pour la sauvegarde de la mangrove et l'on cherche aussi à sensibiliser les plus jeunes ..
thumb|left|Pirogue taillée dans le tronc d'un fromager Le visiteur s'aventure peu au cœur de la mangrove, sans doute plus sensible aux palmiers qui bordent la plage et donnent à Karabane son aspect caractéristique de paysage de carte postale. Les noix de coco occupent une place privilégiée parmi les ressources de l'île.
Pas nécessairement aussi spectaculaires que dans d'autres localités de Basse-Casamance , les fromagers sont néanmoins présents et leur bois grisé, très léger, facile à travailler, trouve de multiples usages, de la construction de portes à la fabrication d'embarcations monoxyles. En effet les pirogues des Diolas, longues de 6 à , ont pour caractéristique d'être taillées d'une seule pièce – contrairement à la pirogue sénégalaise traditionnelle. Elles sont façonnées à l'herminette dans le tronc d'un grand fromager.