thumb|Un poisson-vipère de Sloane (Chauliodus sloani). Les poissons abyssaux, poissons des abysses ou poissons des profondeurs sont des poissons qui passent la plus grande partie de leur vie dans les abysses. En 2025, un poisson des abysses a cependant été vu vivant à la surface au large des iles Canaries, un évènement extrêmement rare. Les poissons des abysses constituent un élément important de la faune abyssale et une ressource halieutique considérable. Réputés pour leur apparence monstrueuse, la plupart mesurent un mètre et une dizaine de centimètres de longueur. En raison de leur difficile accessibilité, on ne sait que peu de choses de leur comportement, on ne peut le déduire qu'à partir de leur anatomie.

La profondeur moyenne des océans est d'environ , les abysses constituent donc plus de 85 % du volume total. La haute mer est donc le plus grand habitat de la biosphère terrestre, pour la compréhension de la propagation de la biodiversité, l'étude des poissons abyssaux constitue un élément important.

Sur espèces de poissons de mer, on estime qu'au moins 2 000 vivent dans les abysses. Les poissons abyssaux sont divisés en deux types : les poissons dits benthiques, qui vivent près du fond de l'océan, et ceux dits pélagiques, qui flottent au milieu de l'océan, loin du fond. Leurs modes de vie sont très différents, cette distinction est importante pour comprendre l'évolution de l'écologie des poissons des profondeurs.

Les poissons abyssaux constituent une nouvelle ressource halieutique (pêche profonde) et de nombreuses espèces sont consommées par l'homme. Mais l'épuisement des stocks des eaux de surface provoqué par la surpêche accentue le prélèvement d'espèces profondes, mettant en danger ces espèces au métabolisme lent.

Découvertes et explorations La découverte de la vie dans les abysses thumb|La hache d'argent diaphane est sûrement le premier poisson abyssal à avoir été décrit (1781). Avant la fin du , les scientifiques pensaient que toute forme de vie était impossible dans cet environnement hostile que constituent les abysses. En 1858, le naturaliste britannique Edward Forbes affirmait, en se fondant sur des observations à bord d'un navire hydrographique en 1839, qu'il ne pouvait y avoir de vie au-dessous de 300 brasses ().

La découverte de poissons dans les abysses est relativement récente. Bien avant l'invention des premiers bathyscaphes, les scientifiques pêchaient déjà des poissons abyssaux sans même le savoir, en témoigne la hache d'argent diaphane, un poisson vivant entre 400 et de profondeur, qui fut décrit par Jean-Frédéric Hermann en 1781.

Mais les premiers spécimens décrits en masse datent de la fin du avec des expéditions équipées de longs filets pour attraper la faune abyssale. De 1872 à 1876, les scientifiques de l'expédition du Challenger, la première circumnavigation océanographique, raclèrent les fonds marins à l'aide de dragues et de chaluts. Parmi de nombreuses autres découvertes, l'expédition catalogua plus de espèces animales jusque-là inconnues, dont des centaines de poissons. Cette expédition est le point de départ de l'histoire de l'étude des poissons des abysses.

Mais lors de ces prises, la brutalité de la décompression et du changement thermique était telle que les poissons mouraient rapidement. En effet, la plupart des poissons abyssaux ne sont pas capables de survivre à la surface, et les tentatives de les garder en captivité ont toutes échoué. Pour cette raison, on ne sait que peu de choses d'eux : il y a des limites à la quantité de recherches fructueuses qui peuvent être effectuées sur un spécimen mort et les équipements d'exploration en eaux profondes sont très coûteux. Néanmoins, certaines nouvelles découvertes de poissons abyssaux ont pu être recensées. C'est par exemple le cas d'un himantolophus femelle (ou « poisson-football ») retrouvé le , sur une plage du Parc d’État de Crystal Clove, en Californie.

Début de l'exploration des abysses par l'homme thumb|Le bathyscaphe Trieste en 1958. L'invention des premiers submersibles pendant la Première Guerre mondiale à des fins militaires, mais également académiques, marque le début de l'exploration des abysses par l'homme. En 1928, une bathysphère, un submersible sphérique, rend finalement possible l'observation des poissons abyssaux. La bathysphère n'a aucune autonomie, mais peut plonger jusqu'à de profondeur. Mais en 1948, Auguste Piccard construit le premier bathyscaphe, un submersible autonome. Le bathyscaphe a eu par la suite beaucoup de successeurs, il constitue un puissant outil pour observer et recueillir des échantillons de l'environnement des poissons des profondeurs.

À partir des années 1970, le perfectionnement des submersibles habités (Alvin, Nautile, Shinkai 6500, etc.) et l'apparition des robots fixés à un câble (ROV) ont permis d'accumuler les informations sur le mode de vie des poissons abyssaux dans leur milieu naturel. Mais la lumière éblouissante des projecteurs provoque une réaction défensive ou de fuite chez la plupart des poissons abyssaux, empêchant des analyses concrètes.

L'exploration des abysses est encore d'actualité ; de nombreuses expéditions sont chaque année chargées d'en découvrir un peu plus. Certaines d'entre elles pêchent jusqu'à 50 à 90 % d'espèces non identifiées, notamment dans le sud de l'Atlantique et sur les monts sous-marins du Pacifique. Les estimations sur le nombre d'espèces à découvrir dans les abysses se situe généralement autour de 10 et 30 millions, alors qu'on connaît actuellement 1,4 million d'espèces terrestres et marines. On peut donc en conclure que de nombreuses espèces de poissons abyssaux attendent d'être découvertes.

Des poissons à des profondeurs extrêmes thumb|Une donzelle (Typhlonus nasus). En 1960, les États-Unis avaient pour objectif de descendre dans la fosse des Mariannes, déjà connue à l'époque comme le point le plus profond du monde, avec l'un des bathyscaphes Trieste. Jacques Piccard, le fils d'Auguste Piccard, se trouvait à bord lorsque le point le plus bas fut atteint (environ de profondeur). Il rapporta avoir vu « un poisson semblable à une limande ». L'engin japonais sans pilote utilisé pendant l'expédition de 1998 ne vit cependant aucun poisson dans la même zone. Depuis, le statut de « témoin » est discuté et on préfère se fier aux caméras. En effet, certains chercheurs pensent que Jacques Piccard aurait confondu une limande avec un concombre de mer.

Un exemple avec des preuves scientifiques solides : des poissons ont été recueillis dans les plus grandes profondeurs, des donzelles de l'espèce Abyssobrotula galatheae, dans la fosse de Porto Rico à une profondeur de par l'équipe d'une expédition danoise en 1952. Le nom scientifique de cette espèce vient du nom du navire de l'expédition, le Galathea. Des scorpaéniformes, des liparidés et des donzelles ont été observés à de profondeur. En 2022, un poisson du genre Pseudoliparis a été observé à la profondeur de .

Développement des techniques de capture

Pour analyser la capacité d'adaptation aux basses températures et aux pressions extrêmes des poissons abyssaux, il faudrait maintenir en vie les échantillons capturés le plus longtemps possible, cette prouesse pourrait bientôt devenir possible en laboratoire.

Toutefois, pour capturer les poissons vivant en eau profonde il reste de nombreuses difficultés pratiques. Le problème le plus important est la température de l'océan qui augmente et la décompression rapide lors de la remontée, les dommages seraient mortels pour les échantillons dans de nombreux cas. Par ailleurs le stress environnemental causé par une trop forte luminosité, pourrait affecter la fonction visuelle et la régulation physiologique.

Les techniques de capture ont continué à s'améliorer avec le développement des techniques d'exploration des abysses. Dès les années 1970, les premiers récipients à basse température sont inventés. Puis en 1979, les premiers récipients capables de maintenir une haute pression voient le jour, avec une amélioration considérable dans les années 1980. Il est devenu possible de capturer des poissons benthiques en haute mer tels que Nezumia kamoharai, mais les techniques de maintien en vie à long terme ne sont pas encore au point.

La Japan Agency for Marine Earth Science and Technology (JAMSTEC) a élaboré, au début des années 2000, un dispositif pour remonter à haute pression les poissons des profondeurs. Le récipient central est de forme sphérique pour résister à la pression du réservoir sous pression, capable de maintenir la pression interne. Après la capture de poissons par le navire Dipuakuariumu, les échantillons sont acheminés par transport terrestre, tout en maintenant l'environnement à haute pression dans le réservoir reproduisant les conditions de leur milieu naturel. La décompression sans provoquer d'échange d'eau est devenue possible, ce qui devrait fournir de nouvelles pistes d'études à la recherche.

Répartition géographique Distribution horizontale Le long du plateau continental et des zones côtières à proximité des terres sont divisées horizontalement en haute mer. Les producteurs primaires, premier maillon d'une chaîne alimentaire dans un réseau trophique, sont absents compte tenu de l'absence de photosynthèse. Les matières organiques de l'énergie sont donc fournies par la terre ferme ou les couches supérieures. Les poissons abyssaux en général (et d'autres organismes) sont proches des terres. En outre, les organismes tropicaux à la surface des océans produisent moins de convection, empêchant l'expansion dans les fonds océaniques.

Distribution verticale

Zone mésopélagique Dans la zone mésopélagique, de 200 à , seule la longueur d'onde bleue parvient à pénétrer, ce qui n'est pas suffisant pour réaliser la photosynthèse. La thermocline principale se trouve généralement dans cette zone, c'est un environnement typique de la haute mer physiquement stable et avec peu de changements. Environ 750 poissons abyssaux vivant dans cette zone sont connus à ce jour, on y trouve surtout des haches d'argent, des gonostomatidés et des poissons-lanternes. Ces groupes sont largement distribués dans tous les océans du monde, y compris les mers polaires. Ils représentent une biomasse considérable, ainsi les Cyclothones sont considérés comme la plus grande population de vertébrés sur Terre.

Les poissons démersaux comme les chimaériformes, les squaliformes, les grenadiers, les donzelles et les halosaures sont dominants. Des espèces de poissons abyssaux comme les poissons trépied, les anguilles à bec de canard et des zoarcidés, sont observées dans une zone relativement diversifiée. Les poissons abyssaux benthiques dépendent plus de la topographie du fond que de la profondeur, souvent éparpillés à différentes profondeurs. Zone bathypélagique La zone bathypélagique, de à de profondeur, ne reçoit plus aucune lumière solaire. Alors que la température de l'eau est stable, entre 2 et , la quantité de matière organique disponible représente moins de 5 % de la surface, elle baisse rapidement avec la profondeur. Cette zone rassemble au moins 200 espèces. On y trouve surtout des poissons-football, des cétomimidés, des alépocéphalidés et des grand-gousiers. Des grenadiers, des anguilles égorgées, des baudroies abyssales et des thaumatichthyidés sont également dominants.

Zone abyssopélagique Dans la zone abyssopélagique, de à , les températures chutent à environ 1 ou , non plus peu de changement. La pression de plus de 300 atmosphères exerce une incidence sur l'activité biologique des cellules. Les poissons nageant en eau profonde ont presque disparu, on y trouve surtout des donzelles et des grenadiers. Zone hadopélagique