La migration des poissons est un phénomène instinctifFontaine, M. (1954). Du déterminisme physiologique des migrations. Biological Reviews, 29(4), 390-418. (résumé) présent chez de nombreuses espèces de poissons. Peu de poissons sont absolument sédentaires, hors quelques espèces des récifs coralliens ou vivant dans des eaux fermées. La plupart des espèces marines et de rivière, accomplissent (individuellement ou de manière grégaire) des déplacements saisonniers ou migratoires.

Beaucoup de poissons migrent de manière cycliquement régulière (à l'échelle du jour ou de l'année), sur des distances de quelques mètres à des milliers de kilomètres, en relation avec les besoins de reproduction ou en nourriture, les conditions de température ; dans certains cas, le motif de la migration n'est pas connu.

Définitions des migrations Dans le milieu aquatique, les zoologistes distinguent : les migrations holobiotiques qui s'effectuent au sein d'un même milieu (marin par exemple), les migrations thalassiques, restant dans le domaine marin, comme celles du Hareng ou de la Morue, les migrations potamiques, restant en eau douce, les migrations amphibiotiques, qui au contraire changent de milieu, c'est-à-dire qu'elles mènent des eaux douces à la mer ou inversement du milieu marin vers les eaux continentales.

Dans les cours d'eau, les ichtyologistes définissent deux phases de migration : La montaison est l'action, pour un poisson migrateur, de remonter un cours d’eau afin de rejoindre son lieu de reproduction ou de développement ; La dévalaison ou avalaison (étymologiquement : qui va vers l'aval) est l'action, pour un poisson migrateur, de descendre un cours d’eau pour retourner dans un lieu nécessaire à son développement (en mer dans le cas des smolts par exemple) ou à sa reproduction. Un nombre significatif de juvéniles meurt durant la dévalaison ; chez les alevins de saumons qui gagnent l'aval de leur frayère peu après l'éclosion, Beall E & Marty C (1983) Dévalaison et survie d'alevins de saumon atlantique (Salmo salar L.) en milieu semi-naturel contrôlé. Bulletin français de pisciculture, (290), 135-148 (résumé).

Classement des poissons migrateurs Les poissons migrateurs sont classés selon le schéma suivant : Un poisson océanodrome migre en restant en eau de mer (grec: 'oceanos', océan; 'drómos', course) Un poisson potamodrome migre en restant en eau douce (grec: 'potamos', rivière) Un poisson diadrome est un poisson vivant alternativement en eau de mer et en eau douce (grec: 'dia', entre). Dans ce troisième cas, trois migrations sont possibles : La migration anadrome va vers l'eau douce, en amont (grec: 'ana', vers le haut) La migration catadrome va vers l'eau de mer, en aval (grec: 'cata', vers le bas) La migration amphidrome est effectuée dans les deux sens (grec: 'amphi', les deux)

Le poisson potamotoque à migration génésique anadrome le plus connu est le saumon qui nait dans les petits cours d'eau douce, migre ensuite vers l'océan où il vit pendant quelques années avant de retourner dans le cours d'eau où il est né pour se reproduire. Les différentes espèces de saumons du Pacifique meurent après la reproduction alors que le saumon de l'Atlantique est capable de se reproduire à plusieurs reprises et de recommencer cette migration pendant plusieurs années. Le saumon est capable de remonter un cours d'eau sur des centaines de kilomètres (ex: Rivière de l'Allier en France). Toutefois, la construction de nombreux barrages le long des cours d'eau a contribué à la dégradation de la migration du saumon (retard à la migration), malgré l'installation d'échelles à poissons ou passes à poissons sur certains barrages.

Le poisson thalassotoque à migration génésique catadrome le plus connu est l'anguille dont les larves vivent quelquefois pendant des mois ou des années en mer avant de remonter les cours d'eau où elles vont atteindre leur plein développement, y vivre, puis retourner en mer pour y pondre et y mourir.

Espèces hautement migratrices vignette|droite|Les hautes mers, mises en évidence en bleu, sont les mers qui se trouvent en dehors des zones économiques exclusives de .

Le terme espèces hautement migratrices (EHM) trouve son origine à l'article 64 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM). La Convention ne fournit pas de définition opérationnelle du terme, mais dans une annexe (Annexe 1 de la CNUDM), elle énumère les espèces considérées comme hautement migratrices par les parties à la conventionConvention des Nations unies sur le droit de la mer: Texte. La liste comprend: les thons et les espèces apparentées aux thons (albacore, bluefin, bigeye, skipjack, yellowfin, blackfin, little tunny, southern bluefin et thon-bullet), le wahoo, les becuneaux, le marlin, le voilier, l'espadon, le saure et les requins pélagiques, les dauphins et autres cétacés.

Ces espèces océanodromes de haut niveau trophique effectuent des migrations de distances significatives mais variables à travers les océans pour se nourrir, souvent de poissons fourrage, ou se reproduire, et ont également de larges répartitions géographiques. Ainsi, ces espèces se trouvent à la fois à l'intérieur des zones économiques exclusives de et en haute mer en dehors de ces zones. Ce sont des espèces pélagiques, ce qui signifie qu'elles vivent principalement en haute mer et ne vivent pas près du fond marin, bien qu'elles puissent passer une partie de leur cycle de vie dans les eaux côtièresConseil de gestion des pêches du Pacifique: Contexte: Espèces hautement migratrices.

Les espèces hautement migratrices peuvent être comparées aux stocks chevauchants et aux stocks transfrontaliers. Les stocks chevauchants se répartissent à la fois dans une ZEE ainsi qu'en haute mer. Les stocks transfrontaliers se répartissent dans les ZEE d'au moins deux pays. Un stock peut être à la fois transfrontalier et chevauchantFAO (2007) Rapport de l'atelier de la FAO sur les écosystèmes vulnérables et la pêche destructrice dans les pêcheries en eaux profondes, Rome, Rapport sur les pêches n° 829. HTML.

Il peut être difficile de déterminer la structure de la population des espèces hautement migratrices à l'aide de marquages physiques. Les marqueurs génétiques traditionnels tels que les produits PCR à courte portée, les microsatellites et les puces à SNP ont eu du mal à identifier la structure de la population et à distinguer les stocks de poissons des bassins océaniques distincts. Cependant, la recherche génomique de la population utilisant le séquençage RAD chez le thon jaune, l'albacore, et le wahoo a été en mesure de distinguer les populations provenant de différents bassins océaniques et de révéler une structure de population à petite échelle. Des méthodes similaires de génomique des populations ont également permis d'améliorer la compréhension de la structure de la population chez le marlin rayé.

Stratégies de protection, réglementations Les grands migrateurs sont particulièrement vulnérables à la surpêche, au braconnage, aux pollutions ou obstacles infranchissables au moment de la montaison ou dévalaison. Ils font donc l'objet de mesures de réservation, restauration et protection dans de nombreux pays, voire à des échelles supranationales (comme l'anguille en Europe).

En France existe une (STRA.NA.PO.MI ou STRANAPOMI)Les poissons grands migrateurs (comprend les amphihalins (autre appellation) dont la préservation est essentielle. Par exemple : l’esturgeon, l’anguille, le saumon atlantique et Plaquette Les poissons migrateurs amphihalins : les grandes orientations de la stratégie nationale de gestion, DICOM-DGALN/BRO/11011 ; Avril 2011 (PDF, 28 pages), déclinée par les comités de gestion des poissons migrateurs aux échelles de bassin, après approbation en . Ses 22 orientations nationales cherchent à améliorer la connaissance et la gestion des poissons amphihalins, au service de 4 grands objectifs : Préserver et restaurer les populations et leurs habitats ; Rénover la gouvernance de la politique de gestion des poissons migrateurs ; Renforcer l’acquisition des connaissances, le suivi et l’évaluation ; Développer le partage d’expériences, la communication et la formation autour des problématiques migrateurs. autant que possible en accord avec les activités économiques qui peuvent exercer des pressions sur ces espèces.

Physiologie et éthologie Au milieu du , alors que l'on construit et prévoit de construire de nombreux barrages, et que diverses populations de poissons migrateurs ont déjà été réduites par la surpêche, les ichtyologues cherchent à mieux comprendre le phénomène migratoireFontaine M (1946) Vues actuelles sur les migrations des Poissons. Experientia, 2(7), 233-237 (extraits). Ils distinguent clairement deux cas : Dans certains cas, . Inversement, la migration d'avalaison ou de dévalaison s'accompagnent de très importantes modifications physiologiques du poisson, notamment quand il doit passer du milieu marin à l'eau douce ou inversement. Ces modifications complexes sont contrôlées par des facteurs internesFontaine M (1948) Du Rôle joué par les Facteurs internes dans certaines Migrations de Poissons : Étude critique de diverses Méthodes d'Investigation. Journal du Conseil, 15(3), 284-294. (ex modification du squelette avec résorption ostéoclastique, déminéralisation diffuse ou « halastasie »Kacem A (2000) Transformations morphologiques et histologiques du squelette du saumon Atlantique(Salmo salar L.) au cours de son cycle vital ; Thèse de Doctorat (résumé)., et ostéolyse ; ostéolyseKacem, A., & Meunier, F. J. (2000). Mise en évidence de l’ostélyse périostéocytaire vertébrale chez le saumon atlantique Salmo salar (Salmonidae, Teleostei) au cours de sa migration anadrome. Cybium, 24(3), 105-112., Contrôle de l'iodeFontaine M & Leloup J (1950) L'iodémie du saumon (Salmo-salar L) au cours de sa migration reproductrice ; Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences, 230(12), 1216-1218. et du taux de chlore cellulaireFontaine M (1951) Sur la diminution de la teneur en chlore du muscle des jeunes saumons (smolts) lors de la migration d’avalaison. comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences, 232(26), 2477-2479., régulation hormonale, qui semblent notamment impliquer la glande thyroïdeFontaine M, Leloup J & Olivereau M.(1952), La fonction thyroidienne du jeune saumon, Salmo-salar L (Parr et smolt) et son intervention possible dans la migration d'avalaison. Archives des sciences physiologiques, 6(2), 83-104. et l'hypophyseFontaine M & Olivereau M (1949) L'hypophyse du saumon (Salmo-salar L) à diverses étapes de sa migration. Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences, 228(9), 772-774 et par des facteurs environnementaux (température, durée du jour, dureté et pH de l'eau, etc.)

Dans un groupe (de saumons par exemple), certains individus présentent des comportements individuels que l'on cherche à mieux comprendre, car pouvant éventuellement être indicateur d'un trouble ou avoir une utilité en matière d'adaptation évolutiveBégout-Anras, M. L. (2001). Étude des particularités du comportement individuel des Saumons lors de leur migration estivale dans l'estuaire de l'Adour. CREMA L'HOUMEAU, contrat de collaboration–Étude et investissement.

Mieux comprendre les facteurs internes et externes qui induisent ou inhibent les comportements ou réflexes migratoires doit aussi permettre de mieux concevoir les dispositifs d'aide à la migration (passes à poissons, ascenseurs à poissons, écran électrique répulsifGosset C, Travade F & Garaicoechea C (1992) Influence d'un écran électrique en aval d'une usine hydroélectrique sur le comportement de remontée du saumon atlantique (Salmo salar). Bulletin Français de la Pêche et de la Pisciculture, (324), 2-25. (résumé), éclairage ou non-éclairage, etc.).

Surveillance & évaluation